Bernhard Heinrich Martin Karl von Bülow (né le à Klein Flottbek - mort le à Rome) est un homme d'État allemand ayant occupé plusieurs postes politiques dont celui de ministre des Affaires étrangères de 1897 à 1900 et celui de chancelier impérial de 1900 à 1909.

Issu d'une longue tradition familiale au service de l'État, Bernhard von Bülow est le fils d'un diplomate et d'une fille de grand négociant. Il grandit au cœur des événements politiques de son temps. Son père étant au service du Danemark, il voit de très près les dissensions nationalistes entre Danois et Allemands qui conduisent à la guerre des Duchés de 1864.

Biographie Généalogie et famille

vignette|left|La Voss'sche Villa, maison natale de Bernhard von Bülow sur l' à Klein-Flottbek. Fils de Bernhard Ernst von Bülow et de Luise Victorine Rücker, Bernhard von Bülow naît le à Klein Flottbek, à l'ouest de Hambourg, où réside sa grand-mère maternelle Émilie Rücker née Jenisch.

Originaire du village de Bülow près de Rehna, la famille von Bülow fait partie de la vieille noblesse du Mecklembourg. Von Bülow s'inscrit dans une tradition familiale liée au service de l'État. Dans sa famille proche, son arrière-grand-père Bernhard Joachim von Bülow était grand maréchal à la cour de Mecklembourg-Schwerin. Son grand-père Adolf von Bülow, qui a épousé à Copenhague Susanne Baudissin, la fille d'un haut-militaire danois, a quant à lui travaillé au service du roi du Danemark Frédéric VI au sein du ministère des Finances grâce à l'entremise du comte Bernstorff avant de partir pour le Holstein et d'administrer le canton de Cismar. Son propre père a entre autres exercé les fonctions de ministre des Affaires étrangères auprès d'Otto von Bismarck. D'autres membres éloignés de la famille von Bülow sont également entrés au service de l'État ou de l'armée comme Friedrich Wilhelm Bülow von Dennewitz ou Heinrich von Bülow. Il faut également citer le diplomate Wolf Heinrich von Baudissin, le grand-oncle de Bülow avec qui il reste très proche et dont la mort en 1878 l'affecte beaucoup.

La famille maternelle de Bernhard von Bülow est quant à elle installée dans la région de Hambourg depuis 1708 après avoir émigré de la région d'Augsbourg. Sa mère est la fille de Johann Wilhelm Rücker (1791-1847), un grand marchand de Hambourg qui a également exercé les fonctions de consul auprès du roi du Danemark. Sa grand-mère, Émilie Jenisch (1790-1864), est quant à elle la fille de Martin Johann Jenisch, sénateur de la ville de Hambourg. La famille Jenisch est l'une des plus riches de la ville avec une fortune estimée en 1827 à 11 millions de marks et c'est dans la maison de sa grand-mère située sur l' que Bernhard von Bülow voir le jour. Certains membres des familles Rücker et Jenisch ont eu, à l'image de ses oncles Martin Johann Jenisch fils et Alfred Rücker, un rôle soit politique, soit diplomatique. Par les mariages de ses grand-tantes Marianne et Bertha, les filles de Martin Jenisch père, Bernhard von Bülow est également apparenté à Carl Godeffroy, ministre-résident de Hambourg à Saint-Pétersbourg et à Friedrich Wilhelm von Redern, grand-chambellan de Prusse.

Enfance et jeunesse vignette|upright|gauche|Bernhard Ernst von Bülow fait grandir son fils dans le milieu diplomatique. La famille von Bülow s'installe à Francfort-sur-le-Main dans la maison de Wilhelm Carl von Rothschild située dans la après la nomination du père au poste de représentant des duchés de Holstein et de Lauenbourg au Parlement à Francfort en 1850. Les deux duchés font alors partie de la couronne danoise. Après avoir été au service de Frédéric VII, Ernst von Bülow travaille pour le roi Christian IX. La famille est alors depuis longtemps au service de la famille royale du Danemark. C'est dans cet environnement cosmopolite que grandit Bernhard von Bülow qui côtoie souvent les enfants du roi de Danemark au château de Rumpenheim dont la plupart vont occuper les trônes d'Europe à l'image de Dagmar, future épouse d'Alexandre III de Russie, d'Alexandra, future épouse d'Édouard VII du Royaume-Uni et de Guillaume, futur Georges Ier de Grèce.

vignette|upright|droite|Luise Viktorine Rücker, mère de Bernhard von Bülow. Enfant, il est confié aux soins de deux gouvernantes, l'une française et l'autre anglaise. Il souligne plus tard l'importance d'avoir baigné dans cet univers linguistique : De plus, son père diplomate maîtrise le français et sa mère fille de commerçant maîtrise l'anglais. Jusqu'à ses douze ans, Bernhard von Bülow suit les enseignements de précepteurs hessois mais c'est surtout de son père qu'il reçoit son éducation. Grand admirateur de Goethe, le père de Bülow l'élève dans la tradition classique et conservatrice et lui fait lire la Bible et les œuvres d'Homère. Au cours de fréquentes promenades souvent orientées vers la politique, le père a l'occasion de montrer à son fils comme il est important de maîtriser ses nerfs. Bülow baigne alors dans la culture politique de son époque, et cela d'autant plus que son père devient un ami intime de Bismarck qui habite dans la , près du domicile familial. Bülow garde d'ailleurs un souvenir très précis de sa première rencontre vers 1857 avec Bismarck qui avait souligné l'allure ambitieuse du garçon.

À l'automne 1861, le père de Bülow l'inscrit lui et son frère Adolf au lycée de la ville où les deux garçons intègrent la classe de . Ils suivent alors les enseignements classiques, en particulier ceux de langues anciennes de Tycho Mommsen et ceux d'histoire de Theodor Creizenach, professeur juif que les deux frères défendent lorsque ce dernier subit des attaques antisémites. Les évènements politiques contribuent à un changement familial. Au début des années 1860, le parti conservateur des Danois de l'Eider arrivent aux responsabilités gouvernementales. Les mesures anti-allemandes qui sont mises en place, comme la fin du droit pour les Allemands de s'auto-administrer, poussent Bernhard Ernst von Bülow que son fils décrit comme à donner sa démission en 1862. Il quitte donc le service du roi du Danemark qui lui remet l'ordre de Dannebrog et accepte la proposition de Friedrich Wilhelm von Mecklemburg-Strelitz de devenir premier ministre. Les Bülow s'installent à Neu-Strelitz au printemps 1863. Bernhard et son frère Adolf sont alors inscrits au Carolinum de Neustrelitz où ils sont les seuls nobles de leur classe. Son dernier bulletin de Pâques 1865 montre ses prédispositions pour le français. Son professeur, Césaire Villatte, le dispense d'ailleurs de cours pour que son bon accent ne soit pas gâché par celui de ses camarades.

La Prusse est en conflit ouvert avec le Danemark depuis et finit par obtenir après la Bataille de Dybbøl que le Danemark évacue les duchés du Schleswig et du Holstein qui entrent alors sous administration prussienne et autrichienne. . C'est avec ses mots que Bernhard Ernst von Bülow envoie ses deux aînés à l'internat des Frankesche Stiftungen de Halle au printemps 1865. Au contact de ses professeurs et en particulier du géographe et théologien Hermann Adalbert Daniel, Bülow s'intéresse à l'histoire et au patriotisme allemand. Le de Halle dirigé par Gustav Kramer est un milieu très conservateur où les lectures libérales sont interdites. Lorsque la Guerre austro-prussienne de 1866 éclate, le jeune Bülow s'enthousiasme. Dans le Mecklemburg-Strelitz, l'opinion est hostile aux Prussiens. Bien qu'ami intime de Bismarck, le père de Bülow déplore lui-même la dissolution de la Confédération germanique et quitte son service pour partir à Berlin comme représentant du Mecklembourg-Schwerin pour le compte de Frédéric-François II, le neveu de Guillaume . En , Bernhard von Bülow obtient son baccalauréat avec des mentions excellentes en religion, en allemand, en français, en histoire et en géographie.

Études et guerre franco-prussienne vignette|droite|upright|Bernhard von Bülow en 1870 alors qu'il est sous-lieutenant au de hussards du roi. Une fois son baccalauréat obtenu, Bernhard von Bülow fait part à son père de son envie de s'inscrire à l'Université de Bonn et d'intégrer le Corps Borussia, ce que son père refuse. S'affilier à une société d'étudiants, c'est montrer son statut social et ne pas intégrer une telle association suffit à être discrédité. John Röhl souligne le fait que . Les études que va suivre Bülow vont se montrer hasardeuses, ne suivant que très peu des cours inscrits à son cursus. Il part avec son frère Adolf pour l'Université de Lausanne où il s'inscrit en 1867. Ne s'intéressant qu'aux cours de romanistique, il passe le plus clair de son temps à se promener et se rend souvent chez la veuve de son oncle à Vevey. Il quitte Lausanne et devant le nouveau refus de son père de l'inscrire à Bonn, il part pour l'Université de Leipzig en 1868. Bernhard von Bülow répète le même schéma qu'à Lausanne en suivant uniquement les enseignements de l'économiste Wilhelm Roscher dont il lit attentivement le Système d'économie politique. Il part loin des études en entreprenant un voyage en Italie où il passe par Milan. À son retour, il quitte Leipzig et part pour Berlin où il ne s'intéresse qu'aux cours du juriste Rudolf von Gneist. Pour son biographe Gerd Fesser, ses lectures et surtout ses fréquents déménagements et ses voyages ont fait de lui par la suite un homme peu enclin à sacrifier à un quelconque particularisme régional.

Au tournant des années 1869/1870, la situation politique allemande évolue. En 1868, Bülow père avait quitté la tête du gouvernement de Mecklembourg-Strelitz et était parti à Berlin comme envoyé des duchés de Mecklembourg et de Strelitz. À cause d'une maladie de la gorge qui se déclare au début de l'année 1869, Bernhard von Bülow rejoint ses parents alors installés au Palais Arnim où meurt sa sœur Berthe le . Forcé à partir en cure à Bad Oeynhausen, il y suit les évènements qui conduisent à la déclaration de guerre française contre la Prusse le . C'est grâce à un ancien camarade, Bodo von dem Knesebeck, et contre l'avis de son père, que von Bülow parvient à se faire enrôler dans le de hussards, mais n'ayant effectué aucun service militaire, ses premiers instants au régiment se résument essentiellement à des exercices de cavalerie. Il arrive au front en novembre et participe pour la première fois à un combat rapproché lors de la Bataille de l'Hallue les 23 et avant d'être promu sous-lieutenant le . La victoire prussienne et l'Empire allemand proclamés, Bülow continue de servir à Bonn avant de rentrer chez ses parents à Klein-Flottbek le .

Son père se soucie de l'avenir de son fils et lui demande de reprendre ses études et de passer son examen de droit. Bernhard von Bülow se plie à la volonté de son père et s'inscrit à l'Université de Greifswald avec son ami Franz von Arenberg. Il obtient son diplôme en avec la mention bien. Le , Bülow quitte l'armée. Son fils n'ayant pas suivi de cursus universitaire entier, son père lui obtient une dispense et le fait nommer stagiaire au Palais de justice de Metz. Bülow y fait la connaissance du baron von Seckendorff. Le , il entre à la préfecture de Metz dirigée alors par Botho zu Eulenburg. Le , le père de Bülow est personnellement appelé par Otto von Bismarck pour être ministre des Affaires étrangères. Tout d'abord hésitant, il finit par accepter. : Bismarck pousse Bernhard Ernst von Bülow à faire entrer son fils dans son service. Le , Bernhard von Bülow quitte la préfecture de Metz et entre dans la diplomatie allemande.

Un apprentissage diplomatique européen Premiers postes vignette|upright|Bernhard von Bülow lors d'un bal costumé à Rome en 1875.