La crise d'OctobreLe mot « Octobre » s'écrit ici avec une majuscule. Selon la règle de l'Office québécois de la langue française, « [l]orsque la dénomination d’une époque ou d’un événement historique consiste en un nom générique suivi d’un groupe prépositionnel ou d’un nom propre, le générique prend habituellement une minuscule initiale, et le nom en complément, une majuscule. Le déterminant numéral qui précède ce nom, le cas échéant, prend aussi une majuscule ». Majuscule aux noms de périodes et d’événements historiques, Vitrine linguistique, Office québécois de la langue française, Gouvernement du Québec, 2025. Consulté le 26 septembre 2025. recoupe une série d'événements politiques et sociaux liés à l'enlèvement de l'attaché commercial du Royaume-Uni James Richard Cross et l'enlèvement et le meurtre du ministre provincial du Travail Pierre Laporte par le Front de libération du Québec qui ont lieu en dans la province de Québec, au Canada.

Débutant le avec l'enlèvement, à sa maison de Westmount, de l'attaché commercial du consulat général du Royaume-Uni à Montréal, James Richard Cross, par la cellule Libération du Front de libération du Québec (FLQ)., la crise d'Octobre est marquée également par la lecture du Manifeste du FLQ à la télévision de Radio-Canada (), par l'enlèvement du ministre provincial du Travail Pierre Laporte par la cellule Chénier ()LA BELLE PROVINCE, 2000. Vidéo de AD HOC FILMS, un documentaire de Luc Cyr et Carl Leblanc. Montréal, Télé-Québec, par la mise en place de la Loi sur les mesures de guerre (-), par la découverte du corps de Pierre Laporte le à Saint-Hubert dans le coffre d'une voiture, par la libération de James Richard CrossL'OTAGE, 2004. Vidéo de AD HOC FILMS, un documentaire de Luc Cyr et Carl Leblanc. Montréal, Télé-Québec. le , puis par l'arrestation des trois derniers membres de la cellule Chénier le .

La crise d'Octobre vient affecter les élections municipales de 1970 à Montréal.

Contexte historique Le Québec, vers la fin des années 1960, n'est pas en bonne posture économique. Le taux de chômage atteint des sommets; le taux d'inflation est très élevé. L'économie du Québec est en récession dès 1966. Durant la période de la Grande Noirceur, les Québécois sont souvent victimes du pouvoir des anglophones. Ces derniers occupent toujours les postes les plus importants et contrôlent l’économie québécoise. Les francophones sont résignés à travailler comme ouvrier dans des usines appartenant à des anglophones. Nombreux sont les Québécois qui ne peuvent plus parler leur langue au travail ou qui doivent maîtriser l'anglais pour trouver un emploi. Bien que la position des Québécois ait connu des changements avec l'arrivée de la Révolution tranquille, les anglophones ont toujours une grande partie du monopole économique au Québec. Cette situation choque le peuple québécois qui n’a pas le contrôle de ses affaires collectives. Un bon nombre s'indigne des inégalités socioéconomiques et de l'emprise des intérêts anglophones et capitalistes sur l'économieDickinson John A. et al (2003). Brève histoire socio-économique du Québec, Québec, Éditions du Septentrion, 412 p. québécoise. Des mouvements dont le Front de libération du Québec font valoir leur vision de la situation et considèrent que de constituer à partir du Québec et sa société un pays souverain est la solution. De plus, les gouvernements, provincial et fédéral déplaisent notamment au FLQ qui voit en eux des complices d'intérêts renouvelant de structures politiques nées d'entreprises coloniales qui défavorisent l'épanouissement de l'ensemble de la société québécoise et francophone.

Dans la foulée de la Révolution tranquille, quelques Québécois se radicalisent à la suite de certaines situations jugées injustes. Se révoltant contre le clergé catholique et une minorité québécoise principalement anglophone, ils ressentent l'appel au changement et la contestation. Un mouvement nationaliste se crée peu à peu et se rassemble sous l'égide d'un mouvement radical: Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), dirigé par Pierre Bourgault.. En 1967 a lieu l’Exposition universelle de Montréal, ce qui permet au monde entier de venir visiter le Québec. Charles de Gaulle, président de la République française, vient visiter le Québec et déclare durant un discours : « Vive le Québec libre ! ».. Aux élections d'avril 1970, le Parti québécois arrive deuxième au vote populaire, mais à cause du mode de scrutin majoritaire, il ne parvient qu'à récolter 7 sièges à l'assemblée nationale.

Front de libération du Québec vignette|189x189px|Robot de déminage des forces canadiennes au musée canadien de la guerre à Ottawa.

Les membres du Front de libération du Québec (FLQ) font valoir leur point de vue, depuis plusieurs années, à propos du reste du Canada. C'est par l'entremise de bombes et de dynamites placées près des bâtiments fédéraux comme des édifices militaires, des banques et même des boîtes aux lettres, que le FLQ démontre sa colère face à la situation critique au Québec, bien que la provenance de certaines d'entre elles restent controversée. Une enquête menée par le gouvernement québécois a tenté de prouver que certaines de ces bombes ont en fait été placées par la GRC (Gendarmerie royale du Canada) pour se faire passer pour le FLQ. Malheureusement cette enquête n'a jamais été menée à terme. Plusieurs felquistes sont arrêtés et emprisonnés pour les crimes qu’ils ont commis durant ces années.

Cela crée donc de l'agitation chez le Front de libération du Québec puisque beaucoup de membres souhaitent voir leurs camarades sortir de prison. Quelquefois, certains membres du FLQ se retrouvent en Gaspésie avec des pêcheurs et d’autres personnalités connues comme Plume Latraverse pour partager leur révolte. Ils se rejoignent tous à La Maison du pêcheur de Percé et chantent, composent et discutent d'enjeux importants pour le Québec. Ces rencontres alimentent la ferveur des militants qui croient de plus en plus en leur cause et fortifient leur convictionBeauchamp, Mathieu (2012). Plume : D’un plume à l’autre, Première chaîne de Radio-Canada, Montréal, Société Radio-Canada (Consulté le 25 octobre 2012)..

Manifeste du FLQ Le manifeste est envoyé par le Front de libération du Québec aux médias lorsque les membres de la cellule Libération enlèvent James Richard Cross, le . Il s’agit d’un discours à saveur politique, écrit en 1970 par certains membres influents du FLQ. Ces derniers rédigent Le Manifeste pour qu'il soit lu à la télévision et à la radio, afin que toute la population québécoise connaisse les revendications du FLQ. Le Manifeste est rédigé alors que le Québec est l'objet de tension et de division entre les fédéralistes et les souverainistes. Il est écrit pour expliquer bien plus que la question nationale, il dénonce aussi l'inégalité entre les anglophones et les francophones .

Auteurs du Manifeste Le Manifeste du FLQ a été écrit principalement par Jacques Lanctôt et André Roy, deux membres du mouvementSociété Radio-Canada (s.d.). Lecture du manifeste FLQ à la télévision, http://archives.radio-canada.ca/guerres_conflits/terrorisme/clips/322/ (Consulté le 15 novembre 2012)..

Jacques Lanctôt, né en 1945 à Montréal, est le fils de Gérard LanctôtJean-François Nadeau, Adrien Arcand Führer canadien, Lux Éditeurs, 2010, , un fasciste de droite connu pour ses propos racistes. Durant la crise d’octobre, il est chroniqueur pour le journal La PresseTout le monde en parlait, .. Il est très au fait de la situation au Québec et croit que l’avenir de la province doit passer par une révolution. Jacques Lanctôt participe activement à l'enlèvement de James Richard Cross.

André Roy, quant à lui, est né en 1943 au Québec. Tout comme Lanctôt, il espère un avenir meilleur pour le Québec et souhaite son indépendance. Les deux hommes écrivent donc le manifeste du FLQ dans cette optique, tout en ayant en tête l’enlèvement d’une figure politique importante. André Roy n’est pas un témoin direct de la crise d’octobre puisque, quelques mois avant les évènements, il est emprisonné, car la police est au courant de ses intentions. Jacques Lanctôt ajoute le nom d’André Roy à la liste de prisonniers politiques devant être libérés dans le Manifeste du FLQ (Trait, 1970). Ce document historique est écrit pour les médias dans l’intention qu’ils le lisent sur les ondes. Le , le manifeste est récité à la radio CKAC et le lendemain il est lu sur les ondes de Radio-Canada par Gaétan Montreuil.

Octobre 1970 En 1968, les contacts se multiplent entre felquistes opérationnels comme Jacques Lanctôt, Robert Comeau et Paul Rose. En 1969, l'opération d'écoute des chefs de campagne de Pierre Laporte est mise en place. Dans la foulée de cette opération qui visera à discréditer la personne de Pierre Laporte et jugeant que la situation politique est dans une impasse, un groupuscule indépendantiste à tendance révolutionnaire, le Front de libération du Québec, décide, le , d'enlever le diplomate britannique James Richard Cross. Les services de police, qui s'étaient infiltrés dans le mouvement felquiste, savaient ce que le groupe clandestin planifiait, mais décidèrent de ne pas intervenir . Marc Alain « Une mesure de la propension des policiers québécois à dénoncer des comportements dérogatoires, éléments de culture policière et cultures organisationnelles », Déviance et Société 1/2004 (Vol. 28), . URL : http://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2004-1-page-3.htm. DOI : 10.3917/ds.281.0003..

À la suite de ces enlèvements, Pierre Elliott Trudeau contacte le Toronto Star et déclare à l'éditorialiste Peter C. Newman que les enlèvements font partie d'un complot pour renverser le gouvernement du Québec. Le Toronto Star relaye ses dires, qui créent une commotion dans tout le Canada, sans révéler sa source ni le fait que Trudeau n'avait aucune preuve de cette « insurrection appréhendée »Les détails de cette affaire seront révélés par l'éditorialiste du Toronto Star, Peter Newman, des décennies plus tard, dans son autobiographie. Voir The October Crisis: a Fresh Take on Trudeau's Act. sinon « les informations » qu'il avait amassées « depuis l'âge de trois ans ».

À la demande du gouvernement du Québec et de l'administration municipale de Montréal, la Loi sur les mesures de guerre est proclamée le , à 4 heures du matin.

Moyens de communication des gouvernements fédéral et provincial pour répondre au FLQ