Le film musicalParfois aussi appelé : Ciné-ballet (par Georges Sadoul, entre autres) est un genre cinématographique qui contient de la musique, des chansons et/ou de la danse. Il peut être confondu avec la comédie musicale, qui est son alter ego théâtral où ont été ajoutées de la musique, des chansons et de la danse.

Présent dès l'apparition du cinéma parlant avec notamment Le Chanteur de jazz (1927) considéré comme le premier film parlant, ce genre s'est surtout popularisée de 1940 à 1960 avec le premier âge d'or. Il faudra attendre l'année 2014 avec la sortie de deux pièces issues de Broadway : Jersey Boys et Into the Woods : Promenons-nous dans les bois mais surtout le phénomène de La La Land (2016) pour que débute le nouvel âge d'or du genre.

Histoire Le cinéma muet

Dès les premiers films, le problème de l’enregistrement du son qui émane de la scène filmée est au cœur des préoccupations des inventeurs du cinéma, l’Américain Thomas Edison et son assistant, le Franco-Britannique William Kennedy Laurie Dickson. Thomas Edison vient déjà en 1877 de mettre au point le phonographe, un appareil qui non seulement enregistre les sons sur un cylindre en acier recouvert d’une feuille d’étain, mais qui est capable de les reproduire distinctement, contrairement aux expériences qui ont été faites par d’autres inventeurs prolixes, comme le Français Charles Cros. Edison est devenu sourd dans sa jeunesse et un rêve le travaille : coupler le son d’une voix et l’image de l’artiste qui chante ou qui parle. Rêve prémonitoire du cinéma sonore.

Le rêve d'Edison s’appuie sur la mise au point en 1889 dans ses laboratoires d’une machine qui semble répondre à sa recherche. Il s’agit d’un enregistreur phonographique dont l’axe de rotation horizontal est prolongé à l’intérieur d’une chambre photographique. Cet axe reçoit sur un cylindre en verre une couche d’émulsion photographique. L’objectif de la chambre noire est en permanence ouvert lors de la prise de vues, mais un obturateur rotatif en interrompt régulièrement le faisceau lumineux, tandis que le cylindre tourne et se déplace latéralement à la manière du graveur de son lui-même. L’axe commun devrait en principe assurer une parfaite synchronisation de l’image et du son. Les premiers essais sont exécutés sans prise de son, et donnent ce qu'Edison et ses ingénieurs appellent les Monkeyshines , 2 et 3. La couche sur verre est d’abord développée en tant que film négatif puis tirée sur un papier photosensible qui donne ainsi un positif que l'on découpe comme une pelure d’orange, en formant un ruban. Les différents clichés, qui sont autant de positions intermédiaires des gestes exécutés par les personnages filmés sont bien visibles à l’œil nu, mais leur support fragile et opaque ne permet pas de les voir en mouvement par quelque moyen que ce soit. D’autre part, la quantité de clichés nécessaire pour obtenir une seule seconde de prise de vues est énorme et convainc Edison qu’il ne lui sera pas possible de faire aboutir son rêve : un cylindre suffit pour enregistrer un son, une chanson par exemple, mais le cylindre photosensible sont insuffisants pour impressionner la quantité nécessaire de photogrammes que réclame la prise de vues à raison d'au moins une douzaine d'images par seconde.

L’invention en 1888 par l’Américain John Carbutt du ruban souple et transparent en nitrate de cellulose va permettre à Edison de finaliser la première caméra de cinéma utilisant une pellicule entraînée par un mécanisme intermittent grâce aux perforations disposées sur ses bords : le Kinétographe qui, en 1891, enregistre le premier film du cinéma (c’est Edison qui adopte le mot anglais pour désigner les bobineaux impressionnés) : Dickson Greeting. Les films Edison, au format 35 mm à perforations Edison brevetées, sont vus avec un appareil à visionnement individuel, le Kinétoscope. Après ce succès, Edison s’obstine à trouver une solution valable au couplage image et son. Il néglige ainsi, malgré les conseils pressants de Dickson, de développer un projet d'appareil permettant la projection de ses films. Les frères Lumière, qui n’ont que faire des recherches sonores, lui raviront la primeur et la gloire de cette amélioration considérable.

Ces projections ne sont pourtant pas les premières. En effet, le Français Émile Reynaud qui, lui, dessine et peint directement sur une pellicule de de large, constituée de carrés de gélatine comme autant d’images, projette depuis 1892 dans le cadre de son Théâtre optique, les premiers dessins animés, ses pantomimes lumineuses, qui durent jusqu’à cinq minutes. Reynaud a compris instinctivement qu’une musique d'accompagnement augmenterait l’impact émotionnel d’une scène. Il commande ainsi des musiques originales à Gaston Paulin qui les interprète lui-même au piano lors de chaque séance. Ainsi, dès 1892, le mariage des images animées et de la musique est déjà scellé. Mais les films des trente-cinq premières années du cinéma, que l’on appellera plus tard des films muets, sont souvent sonorisés par des moyens bricolés : chanteur caché derrière l'écran pendant la projection, pianiste, orchestre ou disque diffusé par un phonographe, etc.

Le cinéma sonore Du tournage des premiers films (1891) au premier système d’enregistrement du son sur la pellicule elle-même par procédé photographique (1927), des essais plus sérieux voient le jour sporadiquement. Les plus notables sont d’abord les phonoscènes de Léon Gaumont, initiées par la première réalisatrice du cinéma, Alice Guy, qui permettent encore aujourd’hui de voir et entendre des chansons entières interprétées par des artistes de la fin du devant le Chronophone de Georges Demenÿ. Puis ce sont les véritables essais du Vitaphone, développé à la demande d’une petite société de production américaine, Warner Bros, par la compagnie Western Electric et Bell Telephone Laboratories, un système de synchronisation sonore qui reprend le procédé du disque gravé qu’avait essayé sans succès Thomas Edison dès 1895. C’est le procédé qui est utilisé en 1926 pour le premier film sonore, en fait un film chantant de près de trois heures Don Juan (film, 1926), réalisé par Alan Crosland, avec la vedette John Barrymore, un succès qui tient l’affiche durant de longs mois à New York. Puis en 1927, le célèbre Chanteur de jazz, réalisé lui aussi par Alan Crosland, avec Al Jolson. En fait de parlant, le film utilise encore les intertitres du cinéma muet. Aucun dialogue n’est enregistré. Seules les chansons le sont ainsi que les rares interventions parlées d’Al Jolson au sein de ces chansons.

Les films « avec chansons »

En quelques années la sonorisation s'impose dans le cinéma mondial et avec elle, la chanson. Sans parler des premières comédies musicales, des opérettes et des opéras filmés, les films des années 1930 contiennent souvent une ou deux chansons, révélant au passage le talent de nombreux acteurs-chanteurs : Jean Gabin (Pépé le Moko, Cœur de lilas), Danielle Darrieux (La crise est finie, Mon cœur t'appelle, Un mauvais garçon), Maurice Chevalier et Claudette Colbert (La Chanson de Paris) ou Marlène Dietrich (L'Ange bleu) par exemple. Des artistes issus du music-hall ou du café-concert gagneront ou regagneront une certaine popularité grâce au cinéma : Fréhel (Pépé le Moko, Cœur de lilas), Joséphine Baker (Princesse Tam Tam, Zouzou) et Bing Crosby. Certains ne quitteront plus le , comme Fernandel. Les industries du disque et du film se rapprochent en se complétant, les films servant à faire vendre des disques et réciproquement, parfois de manière artificielle, comme lorsque la Gaumont modifie le montage de L'Atalante (Jean Vigo) pour y ajouter la chanson Le Chaland qui passe, par Lys GautyLe Chaland qui passe sera d'ailleurs le premier titre de ce film, que, aujourd’hui encore, on peine à reconstituer tel que son auteur l'a voulu..

Des films sont même créés à la gloire d'artistes vocaux dont l'« univers » tient souvent lieu de scénario : Charles Trenet (La Route enchantée, Romance de Paris), Irène de Trébert (Mademoiselle Swing), comme plus tard Elvis Presley, les Beatles, Johnny Hallyday, les Spice Girls, Mariah Carey, Eminem et des centaines d'autres. Ce genre n'est pas toujours traité de manière mercenaire et peut procéder d'un choix artistique fort : le film John McCabe, construit autour des chansons de Leonard Cohen qui l'ont inspiré, a été réalisé par Robert Altman.

La comédie musicale américaine Les films « avec des chansons » sont rapidement rejoints par la comédie musicale filmée.Certains films sont des adaptations à l'écran de comédies musicales à succès jouées à Broadway. Les premiers films de ce genre, tous sortis en 1929, sont The Desert Song, de Roy Del Ruth, The Cocoanuts, de Robert Florey et Joseph Santley mettant en scène les Marx Brothers, Paris, de Clarence G. Badger d'après Cole PorterPar crainte que le public du cinéma ne soit pas capable d'apprécier la sophistication musicale de la pièce originelle, celle-ci est remplacée par des compositions de Al Bryan et Ed Ward., et surtout Show Boat, de Harry A. PollardLe film Show Boat connaît des remakes en 1936 et 1951..

droite|vignette|Footlight Parade (1933) de Busby Berkeley, plongée à 90° sur des figures de natation synchronisée.

Les années 1930 sont celles de toutes les extravagances en matière de comédie musicale filmée et de nombreux historiens affirment que le genre n'a jamais connu une telle vitalité depuis. Chants, danses, décors fastueux, les comédies musicales offrent au public de la Grande Dépression le rêve et l'évasion dont il a besoin : les films de Mervyn LeRoy (Golddiggers of 1933, 1935) et de Lloyd Bacon (42th street, 1933, Wonder bar, 1934, À Calliente, 1935), sont très marqués par le style kaléidoscopique du chorégraphe Busby Berkeley qui devient coréalisateur puis réalisateur.

En 1935, avec Le Danseur du dessus, le réalisateur Mark Sandrich offre à la comédie musicale son premier couple mythique : Fred Astaire et Ginger Rogers.

La fin de la décennie voit arriver la couleur. Le Magicien d'Oz, de Victor Fleming, sorti en 1939, constitue à l'époque le film le plus coûteux jamais produit par la Metro-Goldwyn-Mayer. Son succès public est phénoménal. C'est cependant Autant en emporte le vent, du même Victor Fleming, qui lui vole l'Oscar du meilleur film en 1939.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Metro-Goldwyn-Mayer règne sans partage sur la production de comédies musicales et prend sous contrat Judy Garland, Fred Astaire, Gene Kelly, Frank Sinatra, Vincente Minnelli, Cyd Charisse, Esther Williams, Debbie Reynolds, Mickey Rooney, Jane Powell, Howard Keel, Kathryn Grayson, Ann Miller, etc., pour des films dont certains sont devenus des classiques. La plupart des films musicaux de la MGM sont produits par Arthur Freed, un ancien pianiste et compositeur devenu producteur au cours des années 1940.

Durant cette période, deux réalisateurs vont peu à peu s'établir comme des maitres du genre : Stanley Donen, un ancien danseur, et Vincente Minnelli, décorateur et costumier passé à la mise-en-scène. À Donen, on doit Mariage royal (1951) et surtout Un jour à New York (1949) et Chantons sous la pluie (1951), deux films qu'il coréalise avec Gene Kelly. De son côté, Minnelli signe Le Chant du Missouri (1944), Un Américain à Paris (1951), Tous en scène (1953). George Sidney est un autre réalisateur qui, au sein de la MGM, contribuera régulièrement au genre avec, notamment, Annie, la reine du cirque (1950), Show Boat (1951) et Embrasse-moi, chérie (1953).