vignette|Le pape , l'un des acteurs des négociations de paix pendant la Première Guerre mondiale. Les tentatives de paix pendant la Première Guerre mondiale sont principalement le fait du pape , du président des États-Unis Woodrow Wilson, et, à partir de , des deux principaux membres de la Triple Alliance (l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie) pour mettre un terme au conflit. Des socialistes européens, mettant à profit leurs relations dans les camps opposés grâce à l'Internationale, tentèrent aussi d'engager une perspective de paix.
Si la lassitude gagne les différents cercles de la société des pays en guerre à partir de (la bataille de Verdun, qui fait plus de , marque un tournant dans la guerre), les propositions de paix visent davantage à préserver les intérêts nationaux qu'à assurer une paix durable entre les belligérants. Il faut donc considérer le terme de avec circonspection. L'historien Jean-Baptiste Duroselle emploie d'ailleurs le terme de .
Aucune des tentatives de paix, comme l'Affaire Sixte de l'empereur d'Autriche avec pour médiateur son beau-frère le prince Sixte de Bourbon-Parme, ne réussit, et toutes déclenchent une vague de polémiques, ce qui montre leur caractère ambivalent mais aussi le climat de haine attisé par un patriotisme exacerbé. Les manifestations pour la paix de sont les derniers signes de la volonté générale de faire la paix. Les tentatives de paix sont le plus souvent menées par des hommes politiques ou des personnes privées qui ne sont pas ou plus au pouvoir : Aristide Briand, en , n'est plus président du Conseil, ou Sixte de Bourbon-Parme, alors engagé dans l'armée belge, ce qui permet aux gouvernements et aux dirigeants de ne pas perdre la face en cas d'échec. Mais c'est bien le roi des Belges qui est derrière ces tentatives de paix, comme Aristide Briand l'est en France.. Il s'agit d'obtenir de l'Allemagne la restauration intégrale de l'indépendance belge ainsi que la restitution de l'Alsace-Lorraine à la France. Mais l'intransigeance allemande anéantit tout espoir en s'exprimant dans un discours du ministre austro-hongrois des affaires étrangères, Ottokar Czernin, allié de l'Allemagne, qui sabote la tentative de paix en révélant, dans un discours public, l'existence d'une lettre du premier ministre français Clemenceau. Ce dernier dénie vivement, tandis que le ministre belge des affaires étrangères, Charles de Broqueville, démissionne.
Au sortir de la guerre, l'Allemagne, jugée responsable de la guerre par les Alliés, est confrontée à ses responsabilités y compris concernant l'échec des tentatives de paix, confrontation qui tourne vite à la révision nationaliste. L'étude des tentatives de paix est un domaine de recherche essentiellement allemand, cette recherche s'inscrivant dans le cadre plus vaste de la Kriegsschuldfrage.
Les premières négociations en Proposition de paix allemandes vignette|redresse|Theobald von Bethmann-Hollweg. En , la situation intérieure de l'Allemagne devient de plus en plus préoccupante en raison des difficultés de ravitaillement occasionnées par la pénurie de main-d'œuvre.
Devant l'indécision de la Maison-Blanche, le chancelier impérial allemand Theobald von Bethmann-Hollweg décide de faire sa propre proposition de paix et la considère comme la dernière chance d'obtenir une paix équitable, l'issue de la guerre étant, d'après lui, défavorable à l'Allemagne. Le , une fois la Roumanie en grande partie conquise, Bethmann Hollweg propose devant le Reichstag, au nom des Empires centraux, d'engager des négociations de paix. soutient alors son chancelier dont la proposition constitue pour lui un . Cité dans , volume 2, Berlin, 152 et suivantes..
Le ton hautain de la note, son contenuHerbert Michaelis, Ernst Schraepler (éd.), , volume 2 : , Berlin, 1958–1959, 68 et suivantes (). et le fait que l'Allemagne ne laisse apparaître aucune volonté d'évacuer les territoires occupés rendent la note inacceptable pour les Alliés Zbyněk A. Zeman, , Vienne, 1963, 123.. La réponse de ces derniers du parle d'une suggestion sans condition qui n'est pas une proposition de paix mais qui passe plutôt pour une manœuvre de guerre Ulrich Cartarius (éd.), , Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich, 1982, 208..
À Berlin, on pense que si les ennemis refusent la proposition, ce sont eux qui devront endosser les conséquences de la poursuite de la guerre, et surtout le recours à la guerre sous-marine à outrance. L'Allemagne tente ainsi de se défausser de ses responsabilités et, après l'échec de cette action de paix, le Reich considère comme justifié le durcissement de la conduite de la guerre Imre Gonda, , Budapest, 1977, 347..
La montée du pacifisme de la gauche allemande En , dix-neuf députés du SPD refusent de voter des crédits de guerre supplémentaires et dix-huit d'entre eux sont pour cela exclus du parti Volker Depkat, , Munich, 2007, 270.. Ces derniers fondent en l'Unabhängige Sozialdemokratische Partei Deutschlands (USPD).
Proposition de Wilson vignette|Wilson déclare la rupture des liens diplomatiques avec l'Allemagne. Parallèlement à l'action de la Triple-Alliance, le président américain Wilson envoie une note à tous les belligérants le . Il leur demande de préciser leurs buts de guerre Alexander Sedlmaier, , Stuttgart, 2003, 67. et se présente comme intermédiaire entre les pays. Mais l'Allemagne, qui s'oppose à toute médiation américaine, refuse également de préciser ses buts de guerre et rejette la proposition le ..
Le , Bethmann-Hollweg menace de mettre en place la guerre sous-marine à outrance. La menace est mise à exécution deux jours plus tard. L'Entente, quant à elle, fait part de ses conditions de paix au président Wilson le Frédéric Le Moal, La France et l'Italie dans les Balkans, - Le contentieux adriatique, Paris, 2006, 176.. Wilson les considère comme trop importantes. Outre le rétablissement de la Serbie, du Monténégro et de la Belgique dans leurs droits, les Alliés exigent l'évacuation des territoires occupés ou annexés comme l'Alsace-Lorraine.. Wilson se consacre alors au projet de créer une ligue internationale après la guerre et plaide pour une ou « paix blanche ».
Le , le chancelier allemand adresse une nouvelle note au président Wilson. Pour lui, la paix passe par l'acceptation d'une politique d'annexion allemande.
Négociations avec le Japon vignette|redresse|Hugo Stinnes. C'est également pendant l'année que l'Allemagne entame des négociations avec le Japon. Le but de ces négociations est d'obtenir une paix séparée avec l'empereur Taishō, entré en guerre aux côtés des Alliés le . Dès pourtant, l'Allemagne avait tenté de rallier le Japon à sa cause à travers la personne de l'ambassadeur d'Allemagne à Pékin, Paul von Hintze. L'Allemagne propose alors au Japon la liberté d'action pour son expansion en Asie de l'Est, allant jusqu'à se montrer prête à soutenir financièrement une conquête de la Chine. Entre le et la mi-, l'ambassadeur d'Allemagne en Suède, Hellmuth von Lucius, est mandaté par le chancelier Bethmann Hollweg pour engager des discussions secrètes avec l'ambassadeur du Japon Uchida. Les négociations, centrées sur une collaboration des deux pays en Chine, prennent un tour favorable : le Japon accepte de ne pas envoyer de troupes en Europe et hésite à rejoindre le camp allemand. Parallèlement, l'Allemagne essaie de mener des négociations avec la Russie, cette dernière en informant à son tour le Japon.
Les négociations menées à Stockholm s'arrêtent et reprennent le entre Uchida et les représentants allemands, dont le plus important est l'industriel Hugo Stinnes. Le secrétaire d'État à la Reichsmarine Alfred von Capelle et le Kronprinz soutiennent ces initiatives Ute Mehnert, , Stuttgart, 1998, 300–301.. Le Japon, en tant qu'intermédiaire, doit mener les négociations afin de conclure une paix entre l'Allemagne, la Russie et lui-même. Le Japon révèle vite le contenu des discussions secrètes à la Grande-Bretagne, mais continue les pourparlers. Il veut obtenir une paix avec l'Allemagne en échange de la ville chinoise de Qingdao, alors sous domination allemande, mais se propose comme intermédiaire pour une paix avec la Russie si la paix nippo-allemande ne se conclut pas. L'Allemagne consent à transférer sa souveraineté dans le Pacifique au Japon, mais au prix d'une paix avec la Russie Kurt Riezler & Karl Dietrich Erdmann, , Göttingen, 1972, 354..
En dévoilant le contenu de ses discussions avec l'Allemagne, le Japon ouvre une surenchère avec les Alliés afin d'obtenir des concessions encore plus grandes. Toutefois, pour les Alliés, si l'Allemagne désire faire la paix avec le Japon, elle doit également faire des propositions aux quatre grandes puissances de l'Entente : Grande-Bretagne, France, Russie et Japon. Les négociations se poursuivent entre le Japon et l'Allemagne mais elles échouent. Lucius met un terme aux négociations le . Le Japon signe un accord de défense avec la Russie en la personne de Sazonov le et les soupçons allemands, et notamment de Gottlieb von Jagow, selon lesquels l'Empire du Soleil levant jouait un double jeu, se révèlent justifiés..
Les différentes négociations et appels de et l'affaire Sixte
vignette|redresse|L'empereur-roi en . Dès son avènement, le , le jeune empereur-roi , qui a vécu la réalité du front, tente de faire des propositions de paix à la Triple-Entente, en nouant d'autres dialogues par l'intermédiaire de ses beaux-frères, les princes Sixte et François-Xavier de Bourbon-Parme, alors officiers dans l'armée belge. Même si la publication des documents secrets allemands a montré le contraire par la suite, le chancelier allemand Theobald von Bethmann Hollweg avait affirmé, en , être prêt à renoncer à l'Alsace-Lorraine, alors annexée à l'Empire allemand. Le , écrit alors dans une lettre qu'il . Cité dans : Elisabeth Kovács, , volume 2, Vienne, 2004, 397..
Les deux princes de Bourbon-Parme portent la lettre au président français Raymond Poincaré, qui en informe le roi . Une deuxième lettre suit le . Le ministre des Affaires étrangères autrichien Ottokar Czernin est mis au courant de cette tentative de paix, sans toutefois connaître le contenu des lettres. , énonçant une nouvelle proposition, se montre prêt à recréer la Serbie occupée par l'Autriche-Hongrie et, en faisant pression sur l'Allemagne, à faire restituer l'Alsace-Lorraine à la France. Toutefois, il refuse de perdre des territoires de son empire. Il refuse, par exemple, de céder à l'Italie le Tyrol du Sud ou le Trentin alors que les Alliés ont promis à Rome leur soutien sur cette question territoriale.
Dans les mois qui suivent, les négociations de sont de plus en plus freinées par son propre ministre des Affaires étrangères, le comte Czernin, qui croit à une victoire militaire austro-allemande. Le , Czernin prononce un discours devant le conseil municipal de Vienne où il accuse la France d'avoir empêché toute négociation de paix en revendiquant la restitution de l'Alsace-Lorraine Cité dans : August Demblin, , Munich, 1920, 60.. Le discours paraît le lendemain en première page du journal , mais les faits rapportés par Czernin étant contraires à la vérité, Georges Clemenceau fait publier la première lettre de le . Ce dernier se trouve alors obligé de démentir les concessions faites à la France et notamment les passages sur l'Alsace-Lorraine et la Belgique, vraisemblablement sur la pression de Czernin. Ce dernier nie avoir eu connaissance de la lettre, laissant son souverain seul face à ses alliés. Le , Czernin est renvoyé. Les négociations s'enlisent dans un amateurisme flagrant, le ministre des Affaires étrangères américain Robert Lansing qualifie d'ailleurs la manière d'opérer de Clemenceau comme Cité dans : Robert A. Bauer, , Charlottesville, 1982, 4..