Pierre Desproges, né le à Pantin et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un humoriste français réputé pour son humour noir, son anticonformisme et son sens de l'absurde.
Célèbre pour son humour grinçant mis en valeur par une remarquable aisance littéraire, Pierre Desproges s'est illustré avec des thèmes souvent évités par les autres humoristes de son époque, prenant à contre-pied certaines positions convenues dans la société. Il est notamment considéré comme l'auteur de la maxime suivante : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ».
Journaliste à L'Aurore, il débute à la télévision sur TF1 dans l’émission de Jacques Martin, Le Petit Rapporteur. À la radio, il est notamment le procureur fantasque du Tribunal des flagrants délires sur France Inter. Auteur de spectacles, il a aussi présenté l'émission humoristique La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède sur FR3.
Biographie Jeunesse vignette|redresse=0.7|Pierre Desproges (deuxième sur la gauche) à Châlus, le 26 septembre 1958. Né le à Pantin., c'est à Paris que Pierre Desproges grandit et passe l'essentiel de sa jeunesse. Il est l'aîné d'une petite fratrie (une sœur et un petit frère) élevée essentiellement par leur mère, issue de la « petite bourgeoisie » parisienne. Son père, instituteur, a fait le choix d'une carrière aux colonies où il est directeur d'école. C'est ce qui vaut à Pierre adolescent d'accompagner son père un an à Luang Prabang au Laos, en 1953, et trois ans en Côte d'Ivoire, dont un an d'internat à Abidjan.
Les vacances se passent immanquablement en Limousin, à Châlus (Haute-Vienne), chez ses grands-parents paternels. C'est le cadre de cette petite ville limousine qui inspirera son seul roman, Des femmes qui tombent.
Dilettante revendiqué« Pierre Desproges - Je vais être sincère... », reprise d'une interview de Desproges de 1986 par Yves Riou et Philippe Pouchain, sur le site Les Inrocks.com, 29 novembre 1995., il rate son baccalauréat, ce qui n'entrave pas son avidité de culture et son goût de la polémique, hérités de sa mère. En 1958-1959, il entreprend des études de kinésithérapie, sans conviction, qu'il abandonne assez vite.
En 1959, il accomplit son service militaire durant vingt-huit mois, d'abord à Épinal (en tant qu'élève officier de réserve dans les transmissions), puis à Baden-Baden et à Montélimar. Envoyé finalement en Algérie, il conserve de cette période un souvenir exécrable Extrait de article des Inrocks de 1995 qui reprend une interview de 1986..
De retour à la vie civile et ne sachant trop que faire pour gagner sa vie, il écrit des romans-photos réalisés avec des amis et qui sont publiés, vend des assurances-vie (qu'il rebaptise « assurances-mort ») puis des poutres en polystyrène expanséPierre Desproges extraits..
L'Aurore et débuts à la télévision vignette|gauche|redresse|Pierre Desproges en 1976. Photo d'identité (Sacem). Pierre Desproges devient ensuite journaliste à L'Aurore, où il entre grâce à son amie d'enfance, la journaliste Annette Kahn, dont le frère, Paul-Émile, était son condisciple au lycée Carnot à Paris. Le chef de service des informations générales, Jacques Perrier, qui n'aime pas son humour et ne le supporte pas, le fait renvoyer.
Il travaille alors à Paris-Turf, journal hippique appartenant au même groupe de presse. Lorsque Perrier est à son tour licencié en , Bernard Morrot, nommé pour le remplacer, fait revenir Desproges à L'Aurore et lui confie une rubrique de brèves insolites à l'humour acide, que Pierre Desproges appelle la « rubrique des chats écrasés ». Jugé un peu trop caustique, il évite son licenciement grâce à Françoise Sagan (dont il fera plus tard une interview décalée pour Le Petit Rapporteur) qui écrit une lettre au journal en affirmant qu'elle n'achète L'Aurore que pour la rubrique de Desproges, Françoise Sagan (Desproges, portrait de Marie-Ange Guillaume )..
En , il publie un article traitant de l'arrestation de Jacques Mesrine dans lequel il le qualifie de et lui attribue de nombreux meurtres et hold-up. Mesrine lui répondra par courrier en contestant ses affirmations et en le menaçant, ce qui inquiètera longtemps Desproges.
Remarqué par ses confrères de la télévision, il devient, en , chroniqueur dans l'émission de Jacques Martin, Le Petit Rapporteur sur TF1. Sa prestation dans cette émission dominicale, auprès de son complice Daniel Prévost, demeure gravée dans l'esprit des amateurs d'humour noir et de cynisme. Il finit toutefois par claquer la porte car ses interventions sont de plus en plus souvent coupées au montage (Jacques Martin, de caractère ombrageux, aurait fini par jalouser la popularité de Desproges), « "Le petit rapporteur" : l'actualité par le petit bout de la lorgnette », Laurence Caracalla, Le Figaro.fr, 28 juillet 2009., et retourne à L'Aurore, où il se sent mieux.
Activité à la radio vignette|redresse=1.2|Pierre Desproges (à gauche) en procureur humoristique du Tribunal des flagrants délires sur France Inter en 1980.
Pierre Desproges participe ensuite à plusieurs émissions de radio sur France Inter : en 1978 et 1979, il anime en compagnie de Thierry Le Luron, Évelyne Grandjean, Bernard Mabille, Lawrence Riesner, l'émission hebdomadaire Des parasites sur l'antenne., produite par Olivier Nanteau et Monique Desbarbat et diffusée le samedi matin, de à . ; entre 1980 et 1983, il est le procureur du Tribunal des flagrants délires en compagnie de Claude Villers et Luis Rego. Ses féroces réquisitoires commencent invariablement par son célèbre : « Françaises, Français, Belges, Belges… » et par « Public chéri, mon amour ! » pour se terminer par une sentence sans appel : « Donc, l'accusé est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi » ;
en 1986, il anime une chronique radiophonique quotidienne d'environ trois minutes, intitulée « Chroniques de la haine ordinaire » et traitant principalement de sujets à travers des coups de gueule et des coups de cœur.
Retour à la télévision Le « Pierre Desproges et Thierry Le Luron : "Entretien au coin du feu" | Archive INA », chaîne de L'INA sur YouTube.com, 9 novembre 2016., Pierre Desproges participe aux côtés de l'humoriste Thierry Le Luron à un sketch diffusé sur TF1 (durant l'émission Interneige), l'« Entretien au coin du feu », où Le Luron endosse le rôle du président de la République Valéry Giscard d'Estaing. et Desproges celui d'un interviewer hésitant et saugrenu, à l'occasion d'une fausse interview un jour avant les élections municipales. Ils réitéreront ce sketch plusieurs fois, notamment le pour les vœux de la nouvelle année dans l'émission Les Rendez-vous du dimanche de Michel Drucker également sur TF1.
En 1980 et 1981, il participe à l’émission L'Île aux enfants où il interprète le professeur Corbiniou dans une vingtaine de petits sketches destinés aux enfants, afin de . Cette séquence est en quelque sorte l'ancêtre de La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède. Durant la même période, il collabore au magazine Charlie Hebdo avec une petite chronique intitulée « Les étrangers sont nuls ».
En 1982, il collabore quelques mois au scénario de l'émission Merci Bernard sur FR3. C'est Desproges lui-même qui trouve le titre énigmatique de l'émission, en hommage à Bernard Morrot, l'homme qui lui offrit une seconde chance à L'Aurore..
Entre 1982 et 1984, l'humoriste assure également sur FR3 (pendant cent émissions) une brève chronique d'humour absurde intitulée La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède. Parodiant la forme des leçons de choses ou de savoir-vivre, Desproges y immortalise son célèbre qui conclut chaque épisode. Il se joue des sujets, qu'ils soient sacrés ( ou bien ) voire tabous ( ou bien ). Desproges dit alors de cette émission : ..
Au début de l'année 1988, le , il présente en direct l'arrivée des invités de l'émission Champs-Élysées en lieu et place de Michel Drucker, sur un ton caustique et irrévérencieux (qualifiant par exemple Serge Gainsbourg de « seul génie qui ressemble à une poubelle »).
Quelques semaines avant sa mort, il tourne une publicité parodique avec le groupe d'humoristes Les Nuls. Le tournage est difficile, comme le révèle Alain Chabat dans le livre Desproges est vivant. Sur le plateau de l'émission L'Assiette anglaise du , Desproges déclare s'être fêlé une côte durant l'enregistrement du sketch, ce qui expliquerait sa fatigue du moment. Cette remarque est sujette à caution, Hélène Desproges ayant révélé des années plus tard que son mari était maintenu dans l'ignorance du cancer qui le rongeait. Cette fatigue était plus vraisemblablement due à la progression du cancer qu'à une hypothétique côte fêlée.
Sur scène En 1975 et les années suivantes, Pierre Desproges est à l'Olympia sur scène avec Thierry Le Luron. En 1977-1978, il interprète des sketches avec Évelyne Grandjean, notamment Le Banc. En 1978-1979, il débute en tête d'affiche sur scène dans un petit théâtre du quartier Mouffetard, le Théâtre des . Il joue devant un maigre public une pièce de théâtre drolatique : Qu'elle était verte ma salade… Il accompagne aussi Thierry Le Luron à Bobino.
Il est à plusieurs reprises en première partie des tours de chant de Dalida. Dans les coulisses, les rapports sont houleux avec Orlando, le frère de la chanteuse, qui ne comprend pas toujours le second degré de l'humoriste - Extrait de l'article des Inrocks de 1995 reprenant une interview de 1986..
Aidé par Guy Bedos, il remonte sur scène en 1984, cette fois pour présenter son premier spectacle solo intitulé Tout seul en scène ou Un cri de haine désespéré où perce néanmoins une certaine tendresse.. FR3 diffusera le le spectacle enregistré en 1984 à Quetigny en Côte-d'Or, en y ajoutant les réactions de quelques spectateurs privilégiés – une concierge d'immeuble, des enfants, Guy Bedos – incrustées dans la captation du spectacle.. FR3 le rediffusera le .. Ce spectacle sera repris en 1984 au théâtre Fontaine. Devant le succès rencontré., il part en tournée l'année suivante où en 1986., il crée le spectacle Pierre Desproges se donne en spectacle au théâtre Grévin. Là encore, le succès étant au rendez-vous, il part en tournée à travers la France jusqu'à sa mort en ....
Mort et inhumation vignette|redresse|Tombe de Pierre Desproges au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Ses cendres ont été directement mélangées à la terre, sans croix ni dalle, selon sa volonté.
En 1987, on diagnostique à Pierre Desproges un cancer du poumon. Les médecins qui l'opèrent ne peuvent que constater les dégâts : ses poumons sont atteints, l'humoriste est condamné. En accord avec Hélène Desproges, son épouse, ils décident de lui cacher la vérité et prétendent avoir retiré une tumeur sans conséquence..
Lentement, son état de santé se dégrade. L'humoriste ressent une fatigue chronique mais continue d'honorer ses engagements professionnels. Pour lui permettre de tenir le rythme de la tournée de son spectacle, des cocktails de remontants lui sont administrés.
Le , il est l'invité de Bernard Rapp dans l'émission L'Assiette anglaise dans laquelle l'animateur le présente comme , l'intéressé prétextant une .
Contrairement à la rumeur selon laquelle il serait resté dans l'ignorance de son cancer jusqu'à la fin, il est impossible qu'il l'eût ignoré d'après les nombreux médicaments qu'on lui administrait pour stabiliser son état, le cancer étant en outre un de ses thèmes de prédilection. En , il accepte d'interrompre sa tournée pour reprendre des forces à l'hôpital américain de Paris, situé sur la commune de Neuilly-sur-Seine. Il y meurt le , peu avant l'élection présidentielleDesproges, portrait de Marie-Ange Guillaume ....
Le , sur les ondes de RTL, son ami Guy Bedos révèle au micro de Marie Drucker qu'on a , à l'hôpital. Cette évocation de l'euthanasie de l'humoriste est également présente dans l'autobiographie de Bedos, Je me souviendrai de tout..