Franz Anton Mesmer, né le à Iznang et mort le à Meersburg, est un médecin badois, fondateur de la théorie du magnétisme animal dit « mesmérisme ».
Selon Mesmer, ce magnétisme animal serait la capacité de tout homme à guérir son prochain grâce à un « fluide naturel » dont le magnétiseur serait la source, et qu'il diffuserait grâce à des « passes » sur le corps dites « passes mesmériennes ». À la veille de la Révolution française, il rencontre un vif succès à Paris en amassant une fortune considérable.
Personnage controversé de son vivant et jusqu'au , il est considéré soit comme un charlatan, inspirateur de l'occultisme et du spiritisme du ; soit comme un précurseur de l'hypnose et de la psychologie dynamique ; soit comme un médecin des Lumières représentatif des conflits et contradictions de son époque.
Biographie Origines familiales Il naît dans le village d'Iznang, au bord du lac de Constance, où son père, Anton, est maître forestier au service du Prince-Évêque de Constance. On ne sait rien de son enfance et de son adolescence jusqu'à l'âge de 18 ans.
Études supérieures (1752-1766) En 1752, Franz Anton Mesmer s'inscrit à l' où il étudie la théologie ; en 1754, il entre à l’université d’Ingolstadt pour sa troisième année de théologie.
Il s'inscrit ensuite en droit à l'université de Vienne (1759), puis en médecine (1760).
En 1766, à l'âge de 33 ans, Mesmer publie sa thèse de doctorat en médecine : Dissertatio Physico-medica de planetarum influxu De l'influence des planètes sur le corps humain, dans laquelle on retrouve l'influence des théories du médecin belge Jan Baptist van Helmont (Le traitement magnétique des plaies, 1621), du jésuite allemand Athanasius Kircher et de l'astronome anglais Isaac Newton.
Selon les auteurs, Mesmer serait ici influencé soit par l'occultisme, soit par l'iatromécanisme (mécanisme en médecine). Pour Robert Darnton, cette dissertation n'est qu'un mélange d'astrologie et de newtonisme. Selon Rausky, il n'est pas exactement un occultiste, car il est tourné vers l'avenir et se soucie peu d'une fidélité à une ancienne tradition, il n'est pas non plus un « iatromécanicien » car il ne cherche pas à mesurer ou à expérimenter.
Dans cette thèse, une notion émerge, encore vague, mais qu'il développera par la suite, celle de « gravité animale » : les influences entre individus sont du même ordre cosmique que celles des astres entre eux.
Vienne (1768-1777) En , Mesmer épouse la riche veuve Maria Anna von Posch (appelée « von Bosch » dans la correspondance de Mozart). De nombreux musiciens viennois fréquentent leur maison, notamment Haydn, Gluck et Leopold Mozart (voir la section Mécénat musical).
Premier cas En 1773, il soigne dans sa propre maison une malade de 27 ans, la demoiselle Oesterlin, qui présentait des crises douloureuses et convulsives à répétition. Il venait d'apprendre que des médecins anglais utilisaient des aimants pour traiter certaines maladies.
Les premiers essais avec des aimants en fer sont décevants, échecs qu'il attribue à l'imperfection des aimants. Il utilise alors les plaques aimantées inventées par le père jésuite Maximilian Hell, astronome à la cour de Vienne. Il adapte la forme de ces plaques à celle de la partie du corps à traiter.
Le , Mesmer rapporte qu'il fait avaler à sa malade une mixture contenant du fer, puis il fixe sur son corps trois aimants, l'un sur l'estomac, un autre sur chaque jambe. Il provoque ainsi une crise ou « marée artificielle », la malade guérit de cette attaque en devenant insensible aux aimants.
La demoiselle Oesterlin s'améliore à un tel point qu'elle épouse le beau-fils de Mesmer, fils de la veuve von Posch.
À la suite d’une polémique avec Hell sur la paternité de ce procédé, Mesmer insistera sur le fait que le magnétisme animal est distinct du fluide magnétique minéral. Il interprète la guérison de sa malade comme venant de son propre fluide magnétique à lui, les aimants ne jouant qu'un rôle amplificateur et directionnel.
Mesmer transforme une tradition ancienne occulte, fétichiste et magique, qui attribuait des pouvoirs magnétiques et mystérieux à des parties détachées du corps humain (mèches de cheveux, relique anatomique...). Il considère que c'est le thérapeute, personne vivante dans sa totalité, qui peut guérir et soulager par son magnétisme personnel.
Début de célébrité vignette|Mesmer brandissant son aimant, une « colonne magique » du sculpteur Peter Lenk située à Meersburg. En il se rend chez le Baron Horeczky de Horka, un noble hongrois en Slovaquie, pour traiter ses spasmes nerveux. Il existe sur ce sujet un témoignage du précepteur de la maison du Baron qui surveilla Mesmer pour tenter de le démasquer comme charlatan. Ce précepteur nommé Seyfert rapporte que Mesmer portait des aimants sur lui, y compris dans son lit, et qu'il reconnaissait que son pouvoir magnétique était plus faible que celui du père exorciste Johann Joseph Gassner.
Fin 1775, Mesmer est convaincu que, par les aimants, il peut surpasser Gassner. Il a réussi plusieurs guérisons sensationnelles. Il est appelé à Munich par le Prince-électeur pour faire démonstration de ses pouvoirs. Il est nommé membre de l'Académie bavaroise des sciences en donnant son opinion sur Gassner qu'il estime doté d'un pouvoir magnétique extraordinaire.
En 1776-1777, il mène un traitement de la cécité de Maria Theresia von Paradis, une musicienne de 18 ans aveugle depuis l’âge de quatre ans. Mesmer parvient à rétablir partiellement sa vue, ce dont les parents lui furent d’abord fort reconnaissants, mais les médecins qui s'étaient occupés de la musicienne contestent la guérison, soulignant que la malade n'affirme voir qu'en présence de Mesmer.
À la suite d'un conflit entre Mesmer et la famille Paradis, la musicienne interrompt son traitement. Selon Mesmer, ni la famille, ni la malade n'avaient intérêt à guérir, cela aurait été la fin d'une carrière de musicienne aveugle et de la générosité de l'Impératrice d'Autriche.
Paris (1778-1785) Le départ de Mesmer de Vienne pour Paris fait l'objet de plusieurs interprétations. Il aurait été contraint de partir, à cause de son échec avec les Paradis, et de l’hostilité de ses collègues. Il est dit aussi que la jeune malade se serait entichée de Mesmer, lequel ne serait pas resté insensible.
Selon Ellenberger, la véritable raison de son départ serait dans son caractère hypersensible et instable. À la fin de l'année 1777, Mesmer traverse une phase de dépression, il se promène dans la forêt en parlant aux arbres. Progressivement il retrouve sa confiance en lui, et se donne mission de faire connaître sa découverte au monde. Il part pour Paris en , il quitte Vienne, mais aussi sa femme qu'il ne reverra plus jamais.
Installation de Mesmer à Paris L'atmosphère parisienne est différente de celle de Vienne. Contrairement à l'empire autrichien doté d'une autorité stable et énergique, d'une administration ferme et d'une police efficace, la vie parisienne est agitée, sous un pouvoir politique faible et instable et une économie corrompue. Lors de la guerre franco-anglaise, le public parisien s'enthousiasme pour l'indépendance américaine, prêt à passer d'un engouement à l'autre.
Il s'établit d'abord à Créteil en . Sa clientèle s'accroissant, il officie ensuite à Paris : à l'hôtel Bourret, place VendômeMiguel Ruiz : Mon Paris insolite page 18 puis à l'hôtel BullionRobert Delavault, Une destinée hors du commun : Marie-Anne Lavoisier, 1758-1806, Éditions L'Harmattan, 2008. à l'angle des rues Coq-Héron (actuel ) et Orléans-Saint-Honoré (actuelle rue du Louvre), près de Saint-Eustache, et encore à l'hôtel de Coigny. Il reçoit des malades de la plus haute société pour les magnétiser en leur demandant des honoraires exorbitants.
Il tient à entrer en relation avec les autorités académiques. Il se fait assister par Charles Deslon, médecin personnel du comte d'Artois (frère du Roi) avec le soutien duquel il publie, en 1779, son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal de 88 pages, suivi de ses 27 célèbres Propositions décrivant sa théorie.
Les théories de Mesmer (1779) Ses 27 propositions peuvent se résumer en quatre principes fondamentaux : un fluide physique subtil emplit l'univers, servant d'intermédiaire entre l'homme, la terre et les corps célestes, et entre les hommes eux-mêmes ; la maladie résulte d'une mauvaise répartition de ce fluide dans le corps humain et la guérison revient à restaurer cet équilibre perdu ; grâce à des techniques, ce fluide est susceptible d'être canalisé, emmagasiné et transmis à d'autres personnes ; il est possible de provoquer des « crises » chez les malades et de les guérir. vignette|Aphorismes de Mesmer (1785). Selon Mesmer, le magnétisme animal est la capacité de tout homme à guérir son prochain grâce à un « fluide naturel » dont le magnétiseur serait la source, et qu'il diffuserait grâce à des « passes », dites « passes mesmériennes », sur tout le corps. Il se disait capable de provoquer des crises par sa seule présence ou par ses gestes.
Mesmer se comporte en penseur des Lumières, car il rejette toute théorie mystique en cherchant une explication « rationnelle ». Il pense l'avoir trouvée en invoquant un principe analogue à la gravitation universelle de Newton. Ce principe ou fluide existerait sous plusieurs formes dont l'électricité et le magnétisme animal.
Mesmer attribue à ce fluide des pôles, des décharges, des conducteurs, des isolateurs et des accumulateurs. Par là, il estime pouvoir provoquer artificiellement des crises de la maladie à traiter, constituant en même temps une méthode de guérison. Il s'inspire ainsi des méthodes de l'exorciste Gassner : la crise, preuve d'une possession démoniaque, est aussi une première étape d'exorcisme, sur la voie d'une dépossession.
Il donne alors un célèbre aphorisme : . Toute l'histoire de la médecine n'est qu'une illusion. Nul remède, nul procédé thérapeutique n'a jamais guéri un malade. Ce qui guérit, c'est le magnétisme animal des médecins qui s'en servent sans s'en apercevoir. Le magnétisme animal est un remède universel qui répond à un idéal des Lumières : le rêve d'une « médecine à son point de perfection ».
Bientôt, Paris se divise entre ceux qui pensent que Mesmer était un charlatan forcé de fuir Vienne et ceux d’opinion qu'il avait fait une grande découverte.
En 1780 Charles Deslon publie Observations sur le magnétisme animal.
La méthode du baquet (1780) vignette|Reconstitution d'un baquet de Mesmer. En 1780, ayant plus de patients qu'il n'en peut traiter individuellement, Mesmer introduit la méthode de traitement collectif dite du baquet. Un grand baquet rempli d'eau magnétisée, dont les bords du couvercle sont percés de trous où passent des tiges de fer recourbées à différentes hauteurs pour pouvoir s'appliquer aux différentes parties du corps à traiter. Outre ces tiges, des cordes relient tous les malades, les uns aux autres, et au baquet. vignette|Patients assemblés autour du baquet de Mesmer. Un médecin anglais, de passage à Paris en , note qu'il pouvait traiter jusqu'à deux cent patients en même temps. Toute une mise en scène était destinée à renforcer les influences magnétiques : grands miroirs et sons musicaux provenant d'instruments magnétisés, dont l'harmonica de verre joué par Mesmer lui-même. Pour les pauvres, il propose un autre traitement collectif, mais de plein air : l'arbre magnétisé.
C'est notamment lors de ces traitements collectifs que se manifestent des phénomènes contagieux de « crises magnétiques » au cours desquelles les femmes de la meilleure société parisienne perdent le contrôle d'elles-mêmes, éclatent d'un rire « hystérique », se pâment, sont prises de convulsions, etc.
Mesmer est vivement attaqué par la faculté de médecine mais a des clients influents, comme le juriste Nicolas Bergasse et le banquier Guillaume Kornmann.