Les Marcomans (latin m. marcomani) sont un peuple germanique occidental, connu notamment grâce à l'historien romain Tacite qui les situe entre Naristes et Quades, dans l'actuelle Bohême-Moravie. Installés là en 9 , sous l'égide du roi Marobod, ils affrontent régulièrement l'Empire romain avant de disparaître aux .

Territoire Le territoire originel des Marcomans

Le territoire d'origine des Marcomans n'est pas connu avec certitude. Pour cette époque, on les place généralement sur le cours du Main, entre le Rhin et le Danube. Les oppida du Schwanberg, de Finsterlohr et du Staffelberg pourraient en conséquence leur être attribués, sans certitude. Leur nom d'origine germanique proviendrait de leur localisation géographique, marka « frontière », manni « homme ».

Le royaume de Maroboduus Le royaume fondé par Marobodus est situé à l'ouest de la MoravaPline, Histoire naturelle, Livre IV, 28 et au nord du Danube. Strabon indique qu'il fait partie de la forêt Hercynienne, dans la partie orientale de celle-ci. Il donne à ce royaume, en l'écorchant, le nom de BoiohaemumStrabon, Géographie, Livre VII, Chap I, 3.. C'est pourquoi on situe le nouveau territoire du peuple marcoman en Bohême, sur la Vltava et la Berounka, jusqu'au Danube.

Les nouveaux arrivants semblent cependant ne pas avoir réinvesti les oppida boïennes comme Závist, Stradonice ou Hrazany qui sont abandonnées après la Tène D2oppida.org, Site de référence sur les oppida européennes..

Le royaume fondé par les Marcomans est encadré à l'est, de la Moravie au Danube, par les Quades. À l'ouest, les frontières marcomanes sont gardées par les Naristes et les Hermondures. Ce nouveau territoire se trouve au débouché romain de la route de l'ambre. Les Marcomans et leurs alliés s'emparent donc d'une position commerciale forte.

Histoire

Les limes danubien, et précisent les zones d'influence des différents peuples en présence.

Arioviste et l'aventure gauloise La première mention historique mentionnant les Marcomans nous vient de CésarJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, I, 51. Il évoque un contingent de Marcomans lors de l'énumération des peuples composant en 58 av. J.-C. l'armée du Suève Arioviste. Ils sont cités en compagnie des Harudes, Triboques, Vangions, Némètes et Sédusiens. On peut supposer que ces peuples étaient clients d'Arioviste. Après la défaite de ce dernier près de Belfort face à Jules César, les survivants repassent le Rhin et retournent dans leurs territoires d'origine.

Cette mention de César implique que des contingents marcomans accompagnent Arioviste lors de son aventure en Gaule, peut-être dès le début, en 72 av. J.-C., sinon plus tard, à la suite de l'invitation faite par Arioviste aux peuples germains de s'installer sur le territoire séquane. En tout cas, la participation de Marcomans à la bataille de Magetobriga est certaine.

Après cette défaite, le retour outre Rhin des peuples suèves qui avaient été placés sous la férule d'Arioviste paraît avoir été source de troubles en GermanieJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, IV, 4. Ces troubles, en provoquant une tentative de migration des peuples Tenctère et UsipèteDion Cassius, Histoire Romaine, Livre 39, 47, obligent César à intervenir par deux fois en Germanie et à y affronter, outre les Sicambres, des peuples suèves. Le détail des peuples suèves que le général romain affronte à ces occasions n'est pas donné, on ne sait donc pas si les Marcomans étaient du nombreJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, IV, 19.

Le règne de Maroboduus La migration en Bohême En -9 av. J.-C., Drusus I mène en Germanie une violente offensiveDion Cassius, Histoire Romaine, Livre LV, 1.. Les Marcomans sont vaincus à la suite des Usipètes, des Tencthères et des Cattes. Drusus dresse un tertre surmonté d'un trophée constitué de leurs armesFlorus, Abrégé d'Histoire Romaine, Livre IV, 12.. Il est probable que ce soient ces événements qui incitèrent les Marcomans à migrer en Bohème et à conquérir un territoire qui était alors, selon Jules César, largement abandonné par les Boïens en -52 av. J.-C.Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, .. Cette migration s'est faite à l'instigation et sous le commandement du roi Maroboduus.

Les Marcomans cependant, n'ont pas été seuls à se déplacer en Bohème. Strabon donne la liste d'autres peuples associés à cette migration. Il mentionne les Lugiens, notamment les Lugi manes et les Didunes, les Butons, les Sudins et les Semmons, ces derniers explicitement qualifiés de nations Suève. Tous ces peuples sont vraisemblablement, à cette date, clients des Marcomans.

En -2 av. J.-C., lors de son mandat en Germanie, Lucius D. Ahenobarbus s'allie aux Hermondures, alors en quête d'un territoire : il les établit aux confins occidentaux du nouveau royaume marcomanDion Cassius, Histoire Romaine, Livre LV, 10., à proximité du peuple des NaristesTacite, La Germanie, XLII.

Conflits

L'établissement à ses frontières d'un royaume puissant et avec lequel elle n'a pas de liens de clientèle constitue un danger pour Rome. En conséquence, Tibère est envoyé, à la tête d'une douzaine de légions, soumettre le royaume marcoman en 6 ap. J.-C.Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, CIX.

Adoptant une stratégie de tenaille, une armée est envoyée de Mogontiacum sous les ordres du légat Caius Sentius Saturninus pour attaquer les Marcomans par l’ouest via le territoire des Chattes, le cours du Main puis le royaume des Hermundures. Dans le même temps une seconde armée, commandée par Tibère, part de Carnuntum, vers le Nord, la Morava et le territoire des Quades ; mais une révolte éclate en Pannonie, qui interrompt les opérations. Maroboduus négocie alors avec Tibère un traité de paix entérinant le statu quo ante.

Puis Maroboduus entre en conflit avec les Chérusques, l’autre grande puissance germanique du moment. Après la Bataille de Teutoburg, à laquelle les Marcomans et leurs clients ne prennent pas part, Arminius envoie la tête de Varus au roi des Marcomans, dans le but de leur faire rejoindre la rébellion. Maroboduus renverra la tête à Rome sans prendre le parti des Chérusques. Les relations entre les deux principales entités germaniques se dégradent alors. Les Semnons et les Langobardii en profitent pour quitter la clientèle des Marcomans et rejoignent le parti Chérusque. En 17 ap. J.-C. les armées des deux royaumes s'affrontent et Maroboduus est vaincu. À la suite de cette défaite, il réclame l'assistance de Rome et le fils de Tibère, Drusus II, est envoyé comme médiateur entre les deux puissances barbaresTacite, Annales, Livre II, 44-47.

Succession de Maroboduus Le règne de Maroboduus s'achève en 18 ap. J.-C. lorsqu'il est renversé par , dans un coup d'état dont Tacite attribue l'initiative à Drusus IITacite, Annales, Livre II, 62-63. Catualda est un noble marcoman exilé chez les Gothons par Maroboduus. Il revient en Marcomanie à la faveur des difficultés rencontrée par le vieux roi face aux Chérusques. Le contingent de Gothons qui accompagne Catualda, l'aide à prendre le pouvoir. Maroboduus, à son tour, prend le chemin de l'exil. Il est alors recueilli par Tibère et placé en résidence à Ravenne. Il y mourra dix-huit ans plus tard.

Catualda ne profite pas longtemps de sa nouvelle position : il est bientôt renversé par un parti de Hermundures avec à sa tête un certain Vibilius, et il est lui aussi recueilli par Tibère et placé en résidence à Forum Julii, en Gaule. C'est un certain , roi des Quades, qui succède à Catualda. Réputé pour ses opinions pro-romaines, il règne jusqu'en 50 ap. J.-C. et est chassé, à son tour, par une coalition de Suèves, de Luges et d’Hermundures toujours menés par Vibilius. Les neveux de Vannius, , lui succèdent et poursuivent sa politique pro-romaine. Vannius, pour sa part se réfugie au sein de l'Empire romain, sous la tutelle de Claude, qui lui accorde l'asileTacite, Annales, Livre XII, 29-30.

Lors de la Guerre civile qui oppose Vitellius à Vespasien, Tacite mentionne, à la veille de la seconde bataille de Bedriacum, un roi suève du nom de Sido. Il est donc possible que le règne du frère de Vangion se soit poursuivi au moins jusqu'à l'avènement de Vespasien, en 69 ap. J.-C.Tacite, Histoires, Livre III, 5.

Les guerres de Pannonie

Les rapports des Marcomans avec les Romains se dégradent alors. Domitien adopte, en effet, une politique extérieure extrêmement agressive, principalement en Occident, le long du limes. La guerre finit par éclater en raison d'événements qui se sont déroulés en marge des guerres daciques. En effet, les Quades et les Marcomans n'ont pas respecté les obligations liées à leur fœdus, et n'ont pas fourni à l'armée romaine l'aide attendue.

Domitien lance en 89 une expédition punitive qui est un échec, puisqu'elle provoque l'entrée en guerre des Sarmates Iazyges contre Rome, et oblige l'empereur à bâcler une paix de compromis avec Décébale. Une fois la paix signée avec les Daces, Domitien tente, par voie diplomatique, d’attaquer par l’arrière les Marcomans et les Quades. Ceux-ci répliquent en renouvelant leur alliance avec les Iazyges et en pénétrant dans l’Empire en 92. Après qu’ils ont anéanti la Legio XXI Rapax, Domitien se rend personnellement sur le front afin de stabiliser la situation. Il parvient à vaincre les Iazyges, mais ses batailles contre les Quades et les Marcomans ne sont pas décisives et aboutissent à un cessez-le-feu. La situation ne se stabilise qu'en 97, avec l'action de Trajan, alors gouverneur de Germanie supérieure.

Quelques heurts ont encore lieu entre les Romains et les Marcomans sous Hadrien en 136-137.

Ballomar et les guerres marcomanes

vignette|Marc-Aurèle fait grâce à des chefs Marcomans – croquis du bas-relief d'un arc de triomphe mal identifié. Au de l'ère chrétienne, les Marcomans, établis sur le bas-Danube, font peser, avec les Quades, une menace constante sur le limes danubien, probablement en raison de la pression des Germains orientaux, Goths et des Gépides.

En 166-167, une incursion sur le territoire romain effectuée par des contingents Lombards et Osii, provoque les premiers heurts. Au terme d'un échange diplomatique, le roi des Marcomans, Ballomar, agissant comme porte-parole d'une coalition de peuples de la région comprenant outre les Marcomans, les Lombards, les Osii, les Vandales Victuales, les Quades, les Narisques et les Cotins, obtient un traité de paix. Toutefois, la situation reste instable et, l'année suivante, des incidents sporadiques éclatent le long de la frontière, entraînant de nouveaux échanges diplomatiques et de nouveaux traités de paix.

En 170, alors que l'armée romaine est aux prises avec les Sarmates Iazyges, une coalition de peuples menés par le roi des Marcomans, Ballomar, franchit le Danube en Pannonie (Hongrie actuelle) et réussit à s'avancer jusqu'en Italie du Nord où elle assiège la ville d'Aquilée. La contre-attaque romaine est dirigée par Claudius Pompeianus qui réussit à libérer la ville. Puis les troupes romaines parviennent à expulser, au prix de violents combats, les Germains des provinces de Rhétie, Norique et Pannonie. Enfin, en 174, les Marcomans, les Quades et leurs alliés se soumettent, avec des conditions de paix particulièrement dures. L’Histoire Auguste nous apprend que Marc-Aurèle envisage de faire de la Marcomanie, une nouvelle province.