Notre-Dame-la-Grande est une église collégiale romane située à Poitiers. Caractéristique du style roman poitevin, sa façade sculptée est un chef-d'œuvre de l'art religieux de cette période. Les parois de l'intérieur sont peintes.

Histoire À l'époque de Lemonum (cité romaine de Poitiers), le quartier Notre-Dame était dense et proche des centres d'activités développés autour du forum. Le mur nord de l'église montre les vestiges d'une élévation antique (ou pré-romane) composée de briques et de pierres, avec un début d'arc, intégré dans le bâti médiéval. Notre-Dame-la-Grande est mentionnée pour la première fois au , sous le nom latin de Sancta Maria Major en référence à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome. Elle possédait alors un double statut, à la fois paroisse et collégiale, et dépendait des chanoines de la cathédrale. Rebâtie au , elle est consacrée par le futur pape Urbain II lors de son passage à Poitiers en . L'édifice est alors plus court qu'aujourd'hui, se terminant par un clocher porche occidental. Au début du , l'église connaît de gros travaux: le clocher-porche est démoli, deux travées sont ajoutées pour rallonger la nef, et la célèbre façade est réalisée (vers 1115-1130). Tout au long des et , différentes chapelles privées appartenant aux familles de la haute bourgeoisie poitevine sont aménagées du côté nord de l'église. En 1562, le bâtiment subit les destructions des huguenots qui pillent l'édifice, brûlent les reliques et décapitent la plupart des statues de la façade par iconoclasme. En 1880, lorsque le cardinal Pie meurt, il est inhumé dans le chœur du grand autel..

Classée aux monuments historiques en 1840, l'église va connaître de nombreuses restaurations par la suite. Les constructions parasites, échoppes et maisons qui la masquaient, sont démolies et l'on enlève une grande niche gothique qui modifiait la façade. La pollution, l'usure du temps et la présence de sel dans les pierres ont rendu nécessaire une grande campagne de restauration entre 1992 et 2004. Une nouvelle phase de travaux a commencé en pour restaurer ses peintures intérieures : la collégiale est fermée au public jusqu'en 2027.

Architecture vignette|Nef centrale à voûte en berceau, bas-côtés à voûtes en ogives. Le plan de l'église se compose d'une nef centrale avec des collatéraux très élevés selon un schéma fréquent dans l'architecture romane poitevine.

De l'intérieur on a l'effet d'une église-halle à un seul niveau d'élévation. La voûte en berceau a une silhouette légèrement aplatie, alors que les collatéraux sont couverts d'une voûte d'arêtes.

Extérieur thumb|upright=1.2|Vue latérale. thumb|upright|Clocher en écailles. À l'extérieur, les collatéraux étaient couverts d'une terrasse plate, la toiture étant réservée à la nef : ainsi on avait l'effet d'une élévation basilicale à deux niveaux. Cette silhouette disparut avec les remaniements gothiques. Un déambulatoire avec chapelles rayonnantes se développe autour du chœur qui a conservé une partie de ses peintures murales. Une crypte du , creusée a posteriori sous le chœur, conserve également des fresques d'époque. Le plan ne présente pas de transept, certainement par souci de place : des édifices se trouvaient au nord, et la rue principale passe au sud. C'est peut-être aussi pour cela que le chœur est légèrement désaxé par rapport à la nef. Le portail roman est conservé en partie au sud. Amputé de son étage, on y trouvait avant la Révolution, une statue équestre représentant Constantin. Cette statue était la réplique d'une autre plus ancienne détruite par les huguenots en 1562. On ignore si l'identité du premier cavalier était la même. Derrière cette statue à l'étage est mentionnée au Moyen Âge une petite chapelle dédiée à sainte Catherine. Le clocher date du . Il était à l'origine beaucoup plus marqué : le premier niveau est aujourd'hui dissimulé par les toitures. Situé à l'emplacement de la croisée, il présente une base carrée puis un niveau circulaire surmonté d'un toit en écailles. Ce type de toiture, fréquent dans le sud-ouest, fut souvent copié par les architectes du , notamment Paul Abadie à Angoulême, Périgueux et Bordeaux.

Durant le deuxième quart du , l'ancien clocher-porche qui se trouvait en façade fut rasé et l'église fut agrandie de deux travées vers l'ouest. Au sud, la tourelle d'escalier marque l'emplacement de cet agrandissement. C'est à cette époque que l'on édifia la célèbre façade-écran.

Au nord, se trouvait un cloître du . Il fut rasé en 1857 pour la construction des halles métalliques. Il reste la porte (murée). Trois arcs soutenus par des colonnes dédoublées avec des chapiteaux à feuillage ont été remontés dans la cour de l'université de droit en face, de même qu'un pilier d'angle.

Des chapelles privées furent ajoutées au bâti roman durant les . De style gothique flamboyant ou Renaissance, elles appartenaient aux familles bourgeoises de la ville, devenue marchande durant la fin du Moyen Âge. La plus grande fut construite au sud par Yvon du Fou, grand sénéchal du Poitou au . On y trouvait sa tombe avant la Révolution.

Intérieur Vestiges de peintures romanes vignette|Le chœur. Des fresques romanes ne subsistent que celles du cul-de-four au-dessus du chœur et de la crypte. Au-dessus du chœur, on distingue encore une représentation peu fréquente de l'apocalypse : la Vierge à l'Enfant est représentée dans une mandorle, le Christ est en majesté sur la voûte, entre un cercle et un carré, puis l'Agneau Mystique est représenté dans un cercle. Tout autour, sous des arcatures, les douze apôtres sont représentés assis, comme sur la façade. Les historiens de l'art pensent aujourd'hui que cette peinture a servi de modèle pour les sculptures de la façade, les attitudes et la composition étant identiques. Dans les angles, des anges accompagnent les âmes au paradis. Dans la crypte, les fresques représentent des saints anonymes. Quelques traces de représentations d'animaux apparaissent sous les enduits dans le collatéral nord.

Campagne de peinture du

Le décor peint fut restitué sous la direction de Charles Joly-Leterme dans les années 1851-1852 en s'inspirant directement des décors d'origine retrouvés sous les badigeonsGrégory Vouhé, « Notre-Dame polychromée », L’Actualité Nouvelle-Aquitaine n° 139, hiver 2025.. Ces peintures furent critiquées par Joris-Karl Huysmans qui parla de « bariolages ». Elles sont, malgré cela, plus proches des habitudes de l'époque romane que les murs bruts sans enduit. Dans les années 1930 les colonnes du chœur furent ainsi décapées selon le goût du pour la sobriété. D'autres peintures néo-romanes et néogothiques ornent les chapelles. C'est d'ailleurs lors de cette campagne de peinture qu'on découvrit les vestiges peints romans. Peintes à l'huile sur enduit, elles se sont très vite dégradées.

Sculpture

Les sculptures des chapiteaux sont sobres, composées de feuillages stylisés dits « feuilles grasses ». Un seul chapiteau est historié : situé dans le déambulatoire côté sud, il représente l'Ascension avec Christ debout dans une mandorle. Les chapiteaux du chœur s'inspirent des chapiteaux corinthiens de l'antiquité romaine. On y lit le nom Robertus, sans savoir à qui il fait référence. Des croix pattées sont sculptées un peu partout sur les colonnes, dans les combles et sur le clocher.

Dans la chapelle Sainte-Anne, dite « du Fou », se trouve une mise au tombeau sculptée en pierre polychrome. Datant des premières heures du , elle provient de l'ancienne abbaye de la Trinité.

Naguère attribuée à Gervais Delabarre, une Sainte Radegonde en terre cuite a été attribuée à Pierre Biardeau par Grégory Vouhé, qui l'a rapprochée d'une commande de pour les niches du grand autelGrégory Vouhé, « Biardeau alias Blondeau ? », L’Actualité Nouvelle-Aquitaine n° 139, hiver 2025..

Mobilier vignette|L'orgue de tribune.© Facteur : Yves Sévère L'église fut remeublée après la Révolution. Ainsi, on y trouve une chaire baroque en bois sculpté du , provenant du couvent des filles de Notre-Dame, deux lutrins en bronze du représentant l'aigle de Saint-Jean. La statue de Notre-Dame des Clefs date de la fin du ou du début du . La tradition dit qu'il s'agit d'une copie de la statue miraculeuse, détruite par les huguenots en 1562. Son style hiératique, étranger au goût de la fin du , rappelle en effet plutôt les vierges romanes. On conserve les manteaux, couronnes et ornements qui servaient lors de la procession du lundi de Pâques. Un tableau du représente le miracle des Clefs (voir plus bas), de même qu'un vitrail du . L'ensemble des vitraux date des . L'orgue de chœur est de la fin du , alors que les grandes orgues sont de 1996Poitiers, église Notre-Dame-la-Grande, Orgue Yves Sévère (1996)..

La façade occidentale vignette|gauche|redresse=1|Façade occidentale.

Généralités Rajoutée vers le deuxième quart du , la façade-écran de Notre-Dame-la-Grande a une silhouette propre au roman poitevin. On retrouve ce type de composition à Saint-Hilaire de Melle et à Saint-Jouin-de-Marnes. La façade, plate, est beaucoup plus haute que l'édifice, faisant l'effet d'un fond de scène. Elle est structurée d'arcatures superposées et encadrée par deux tourelles. La sculpture orne à profusion la façade. On y trouve des motifs fréquents de l'art roman : rinceaux, bestiaire, modillons sculptés de têtes grimaçantes et de figures fantastiques. Un chapiteau représente des éléphants affrontés. Au-dessus du portail, une frise comporte des scènes bibliques.

La frise Au-dessus de la porte, on peut contempler une frise de hauts-reliefs illustrant des passages de la Bible. Les scènes choisies, prises dans l'Ancien et le Nouveau Testament, racontent l'annonce et la venue de Dieu sur terre en la personne de Jésus-Christ pour sauver l'humanité du péché originel. Elle est parfois appelée frise de l'Incarnation. De gauche à droite on y voit le péché originel, Nabuchodonosor II roi de Babylone, les prophètes Daniel, Moïse, Isaïe et Jérémie. Ils sont suivis par l'Annonciation, l'arbre de Jessé et le roi David. Cette première moitié de frise, montrant ceux qui voient la venue d'un sauveur dès l'Ancien Testament, l'Annonciation et les ancêtres de la Vierge, évoque la filiation qui existe entre l'Ancien Testament et le Nouveau dans l'Église chrétienne.

De l'autre côté du portail, on voit la Visitation, entre les villes de Nazareth et de Jérusalem. Représentées comme des villes médiévales, la ville de Nazareth représente aussi la Synagogue, celle de Jérusalem l'Église. On représente ainsi, au , le passage de la loi juive à la nouvelle loi chrétienne. Cette scène est suivie de la Nativité de Jésus et du Bain de l'Enfant, scène tirée des écrits apocryphes. La coupe dans laquelle on lave Jésus est aussi le calice de la messe, qui évoque ici son sacrifice. À la fin, saint Joseph, perplexe, assiste à la scène. Sous Joseph, deux hommes sont représentés en train de faire une accolade. Selon une autre version (étude récente cf. bibliographie), il s'agirait de la lutte entre Jacob et l'Ange.

Juste au-dessus, les arcades abritent les douze apôtres et deux évêques. La tradition locale y voit saint Hilaire et saint Martin. Les historiens de l'art préfèrent y voir non pas des portraits, mais des représentations de l'évêque comme héritier des apôtres, donc représenté au même niveau. Les tenues sont d'ailleurs différenciées : à droite, un évêque rappelle le pouvoir épiscopal des évêques de Poitiers, barons du Poitou. À gauche, l'évêque porte la tenue papale du : c'est l'évêque de Rome, rappel du pouvoir papal en une période marquée par la réforme grégorienne.

Enfin au sommet est représentée la Parousie : le Christ est représenté debout dans une mandorle, entouré du Tétramorphe et surmonté du Soleil et de la Lune.