, pl. , signe, miracle, commandement est un terme coranique qui désigne un signe prodigieux et, parfois, une section du texte. Il sera interprété, par la tradition, a posteriori comme désignant un verset coranique.

Le terme est ainsi utilisé par l'auteur du texte coranique pour désigner ces passages comme des « signes prodigieux » et présenter le Coran comme une Écriture sacrée. Un découpage du texte coranique en versets apparaît déjà dans les manuscrits anciens ; celui-ci ne correspond pas toujours au découpage actuel.

Ce terme est aussi utilisé par les chrétiens arabophones pour désigner les versets de la Bible. vignette|Manuscrit coranique du montrant la sourate 2 et ses versets 1 à 4.

Étymologie L'étymologie de ce terme est complexe à déterminer. Les lexicographes anciens y ont reconnu les racines ʾ-y-y, ʾ-w-y ou même ʾ-ʾ-y. De telles hésitations reflètent souvent l'origine étrangère des mots. Néanmoins, il est à noter que ce terme a intégré la langue arabe avant la rédaction du Coran. Chez ces lexicographes, plusieurs interprétations ont été proposées. Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-même. Vocabulaire et argumentation du discours coranique autoréférentiel, Leiden, Brill, 2014, p.68 et suivant..

Des équivalents d'aya existent en hébreu et dans différentes langues de communautés bibliques. Ainsi, le mot hébreu ot désigne, comme son équivalent syriaque, à la fois les miracles liés à la présence divine et les signes liés aux prophètes. . Ainsi, pour Déroche ou Amir-Moezzi, ce terme a une origine syriaqueFr. Déroche, "Chapitre II. Structure et langue", Le Coran, 2019, p. 26-46., Cuypers et Gobillot, « probablement syriaque »M. Cuypers, G Gobillot, Le Coran -idées reçues, 2014, "définition" et pour Abrahamov, probablement syriaque ou araméenneB. Abrahamov, "Signs", Encyclopédia of the Quran, vol.5, p. 2 et suiv.. Pour Neuwirth, ce terme provient probablement du syriaque athaAngelika Neuwirth, "Verse(s)", Encyclopedia of Qur'an, p. 419 et suiv.. Pour Amir-Moezzi, l'origine de ce terme est une des preuves de l'appartenance du Coran à une Arabie M. Amir-Moezzi, "Le shi'isme et le Coran", Le Coran des Historiens, t.1, 2019, p. 947..

Ce terme aya existe dans la poésie préislamique. En raison de la continuité entre le terme coranique et son usage préislamique, Boisliveau propose d'y voir plutôt une . Un sens technique religieux aurait été emprunté à d'autres langues sémitiques et ajouté au sens arabe préislamique.

Dans le Coran Parmi tous les termes par lesquels le Coran s'auto-désigne, le terme aya est l'un des plus complexes à étudier, . Le terme aya et son pluriel apparaissent 381 fois dans le Coran. Dans le texte coranique, il peut désigner une section du texte et lorsque c'est le cas, "ce n’est pas dans le sens commun de « verset » que le mot a pris par la suite dans la culture islamique – sauf peut-être dans un ou deux cas dont le sens n’est pas certain". Ainsi, la compréhension traditionnelle de ce terme, comme pour le terme SuraPour Neuwirth, en 2001, "Comme le terme sūra (q.v.), qui a également intégré la langue arabe (q.v.) à travers le Coran, dans le corpus coranique lui-même, le mot āya désigne une unité littéraire non définie en étendue, peut-être à aucun stade identique au verset coraniqe" cf : Angelika Neuwirth, "Verse(s)", Encyclopedia of Qur'an, p. 419 et suiv.

En 2007, elle précise : "Au cours du processus de communication du Coran, le concept en est venu à désigner un signe miraculeux apte à prouver la vérité du message prophétique, et pourrait donc éventuellement être identifié avec un verset coranique".

A. Neuwirth, "Structural, linguistic and literary features", The Cambridge companion to the Qur'an, 2006, p. 97 et suiv., ne concorde pas nécessairement avec son sens coranique.

Usages coraniques Il est possible de distinguer, par l'étude des occurrences coraniques, plusieurs ensembles de ce terme dans le Coran. Le premier, incluant 184 des occurrences au pluriel sur 295, sont les "ayat de Dieu" qui souligne l'origine de celles-ci sans qu'elles ne soit destinées à une personne préciseC'est cette première forme qui fait l'objet de rejets : "le comportement négatif de ceux qui rejettent ces āyāt pourtant abondantes – souvent citées – est mis en avant." : cf : Boisliveau. Le second groupe est formé des ayat destinées par Dieu à quelqu'un. Boisliveau remarque que le texte coranique ne mentionne jamais l’āya [sing.] de Dieu, le signe (au singulier) par excellence mais seulement « des » āyāt de Dieu. Pour Abrahamov, "la plupart des signes dans les Écritures ont pour but d'appeler l'humanité à remercier Dieu".

Même si Boisliveau y apporte des nuancesAinsi, Boisliveau divise la seconde catégorie entre et et inclut dans la troisième les ayat , Bell reconnait 4 sens à ce termeWatt, Bell’s Introduction, p. 122.M. Yahia, "signes", Dictionnaire du Coran, 2007, p. 832 et suiv.:

Le Coran s'auto-désigne ainsi comme contenant des ayat, dans le sens donc de choses qui sont récitées par Dieu ou par un messager (sens 3 de Bell). A 28 reprises, ce terme est un complément d'objet du verbe "réciter"Pour Boisliveau, "Toutes ces utilisations précisent qu’il s’agit des āya de Dieu". et deux fois du verbe "raconter". Ce terme peut évoquer une récitation de Dieu à Mahomet, une récitation publique ou encore une récitation dans le cadre d'une liturgie. Il prend ainsi "directement un sens religieux technique, celui d’une partie d’Écriture sacrée". Ce terme met en avant l'idée de portion de la Parole divine.

À 11 reprises dans des introductions de sourates, le terme désigne un morceau d'un kitab, du Coran ou d'une sura (sens 4 de Bell). Ce vocabulaire renvoie vers un morceau d'une Écriture sacrée. Il n'est pas précisé, dans le texte coranique, qu'il s'agisse de versets selon le sens que lui donnera a posteriori la tradition musulmane. Pour Abrahamov, "dans le Coran lui-même il n'y a aucune indication quant à la longueur de ces unités ou passages".

À deux reprises seulement (sur 381), ce terme peut être compris comme un verset. Boisliveau précise que ce terme n'a pas le sens de verset "sauf peut-être dans un ou deux cas dont le sens n’est pas certain". Dans le premier cas, il désigne des signes provenant des Écritures sacrées plus anciennes et seul le deuxième concerne le texte coranique lui-même, "mais nous pensons que le sens est encore « signe prodigieux » appliqué à ces morceaux de récitations coranique.". Une incertitude demeure sur le sens de ce terme. Boisliveau estime "que le sens de « verset » comme signifiant uniquement « petite unité du texte coranique » n’apparait véritablement qu’en dehors du texte coranique, après lui. Dans le Coran, si le sens de « verset » commence à poindreNeuwirth voit une évolution interne du sens du terme aya dans le texte coranique lui même, allant du signe vers l'unité textuelle à la fin de la période mecquoise. : Angelika Neuwirth, "Verse(s)", Encyclopedia of Qur'an, p. 419 et suiv., il n’est jamais seul, mais toujours lié à celui de « signe » ou « signe prodigieux ».". Pour Boisliveau, le mot pour désigner les versets du Coran ne sera aya qu'après la "canonisation du Coran", dans le mushafPour Déroche, "Comme Qur’ân ou sûra (d’où vient « sourate »), il [le terme aya] renvoie à un composant fondamental de la Révélation qui n’est pas forcément le verset mais un élément plus important ; ce n’est qu’ultérieurement que âya a pris le sens de « verset »." -

cf : Fr. Déroche, "Chapitre II. Structure et langue". Le Coran, 2019, p. 26-46.. À l'inverse, Yahia voit dans le sens de "verset" un glissement naturel de sens, "déjà attesté dans le Coran semble-t-il".

Les versets du Coran Le terme « verset » désigne la plus petite unité textuelle indépendante du texte coranique. Elle est caractérisée par une rime finale. Il existe plus de 6000 versets dans le Coran (6 236 pour la vulgate du Caire) et les sourates varient entre 3 et 286 versetshttps://www.cairn.info/revue-syntaxe-et-semantique-2006-1-page-181.htm#. Le verset le plus long est le verset 282 de la sourate 2 (Al-Baqara)..

Le Coran comme signe

Le terme est ainsi utilisé dans le Coran lorsque l'auteur du texte souhaite considérer ces passages comme des "signes prodigieux". Ce sens ne provient pas de la poésie préislamique mais apparaît dans le Coran. "Il y aurait ainsi deux termes āya: un premier, arabe et préislamique, non utilisé dans le Coran, signifiant «personne, chose», et un second, sans lien avec d’autres mots arabes, qui apparaîtrait pour la première fois dans le Coran, et signifiant «signe, signe prodigieux».".

Si le terme a pu désigner un signe à l'époque préislamique, l'ajout du "prodigieux", "merveilleux" semble coranique et les deux auraient fusionné à ce moment. Ainsi, le terme coranique aya serait la fusion d'un terme préislamique arabe et d'un sens religieux emprunté aux termes sémitiques de racine équivalente. L'usage de ce terme permet au Coran de se présenter comme un signe prodigieux. Bien que possédant une connotation biblique, cet usage du "signe" ne désigne plus les miracles mais le texte lui-même. "En qualifiant ses parties de āyāt, le texte veut montrer que lui-même fonctionne comme preuve surnaturelle de la mission prophétique de Mahomet.".

Typologie de versets Neuwirth a établi des typologies de versets : mono-partite, pluripartite ou sous forme de clausules. Dans le premier ensemble, elle divise entre les versets de type saj' al-kāhin et ceux qui sont des réminiscence d'hymnes monothéistes (voir verset 1 de la sourate 87, par exemple). . L'integration de ces styles dans le texte coranique a impliqué des adaptations.

D'autres versets sont composés de plusieurs parties. . Pour l'auteur, la comparaison avec les textes bibliques appuient le rôle récitatif de cette forme de versets. Le troisième groupe est décrit, par l'auteur, comme un moyen mnémotechnique, composé d'une phrase rimée et d'un colon syntaxiquement stéréotypé présentant un commentaire moral.

Historique du découpage en verset Le Coran était, dès son état initial, coupé en petites unités, par des marqueurs rythmiques, rimiques... Le Coran n'a pas donné de nom à celles-ci. . Le découpage en versets présent dans le Coran actuel est plus tardif (voire beaucoup plus tardif) et n'est pas nécessairement le même qu'à l'origine. Les traditions musulmanes rapportent l'existence de plusieurs découpages. Pour Sinai, si la division en verset n'est pas imposée de l'extérieur, certaines fins de versets restent incertaines pour les savants musulmansN. Sinai, "Inner-Qur’anic Chronology", The Oxford Handbook of Qur'anic Studies, 2020, p. 346 et suiv..

Dans les manuscrits