vignette|La rivière du Jourdain où l’Évangile selon Jean et certains hadiths racontent que Jésus rencontra Jean-Baptiste fils de Zacharie.|alt=La rivière du Jourdain où l’Évangile selon Jean et certains hadiths racontent que Jésus rencontra Jean-Baptiste fils de Zacharie

Le mandéisme (mandéen : מנדעיותא mandaʻiūtā ; arabe : مندائية mandā'iyyah ; persan : مندائیان mandå'iyyån) n'est pas une religion abrahamique, c'est une religion baptiste et gnostique indépendante qui ne compte plus que quelques milliers de membres. À la base du système doctrinal des mandéens, il y a un dualisme opposant le « monde d'en haut » et le « monde d'en bas », le « lieu de la lumière » et le « lieu des ténèbres », ce qui n'empêche pas Dieu d'intervenir par la création, comme dans les récits bibliques. Création qui se poursuit par l'action permanente de la Divinité et sa révélation par « l'Envoyé céleste ». Selon la tradition mandéenne, Jean le Baptiste est cet envoyé et leur principal prophète. Les mandéens vénèrent Adam, Abel, Seth, Enoch, Noé, Shem, Aram et surtout Jean-Baptiste mais pas Abraham.

Avant 2003 et le déclenchement de la guerre d'Irak, l’immense majorité des mandéens ( ) vivait en Irak, particulièrement le long des cours inférieurs du Tigre et de l’Euphrate et près du Chatt-el-Arab (partie commune des fleuves Tigre et Euphrate), avec une minorité notable en Iran dans le Khuzestan. La plupart se sont depuis dispersés, en particulier en direction de l’Iran, mais aussi de la Syrie, de la Jordanie et de pays occidentaux.

Le terme mandéen a un rapport avec la gnose (l'araméen manda signifie « connaissance », tout comme le grec gnosis). Les mandéens sont nommés mandaiuta en mandéen, et en arabe mandā'iyya مندائية.

Les rapports d'influence entre le mandéisme et le christianisme ont été fort débattus depuis le début du sans que la question soit tranchée.

Traditions Les plus anciens des manuscrits mandéens datent du Edwin M. Yamauchi Gnostic Ethics and Mandaean Origins 1970- Page 4 ., mais l'analyse de leurs textes et notamment des listes de scribes les ayant recopiés permet de remonter jusqu'au . Selon leurs traditions, leur communauté se serait formée autour de Jean Baptiste, ils pourraient faire partie de ceux qui ne se sont pas ralliés à Jésus. Selon eux, et notamment le Haran-Gawaita Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, Vol. , Fortress Press, Minneapolis, 1992, ., leur départ aurait eu lieu en 37-38Robert Eisenman, James the Brother of Jesus And The Dead Sea Scrolls, The Historical James, Paul as the Enemy, and Jesus' Brothers as Apostles, tome , éd. GDP, Nashville, 2012, .. Robert Eisenman, fait remarquer que cela suit de peu la répression que Ponce Pilate fait subir à un groupe de Samaritains qui se sont regroupés en prenant leurs armes sur le mont Garizim en suivant un leader dont Flavius Josèphe refuse de donner le nom, mais que certains Pères de l'Église appellent Dositheos, peut-être le Dosithée qui selon de nombreux auteurs chrétiens antiques, aurait tenté de succéder à Jean le Baptiste après son exécution, car il était l'un de ses trente disciplesRobert Eisenman, James the Brother of Jesus And The Dead Sea Scrolls, The Historical James, Paul as the Enemy, and Jesus' Brothers as Apostles, tome , éd. GDP, Nashville, 2012, ..

Finalement, c'est Simon le Mage qui aurait pris la tête des baptistes ayant pu rester en Palestine et qui refusaient de reconnaître Jésus comme Messie. Leur départ de Judée pourrait aussi résulter de la terrible répression de la Révolte des exilés connue sous le nom de guerre de Quietus (115-117) et de la répression qui a suivi la défaite de la révolte de Bar Kokhba et la destruction de Jérusalem par les Romains en 135. Toutefois, cette vision ne fait pas consensus parmi les chercheurs. Certains, comme André Paul, estiment « qu'ils avaient des liens idéologiques avec les mouvements évoluant en marge du judaïsme de Palestine, en Transjordanie exactement », mais que cela ne peut nous permettre de remonter que « jusqu'au chrétien, mais guère plus haut ». André Paul estime donc « très improbable » la tradition mandéenne qui fait remonter leur existence à Jean le Baptiste (mort vers 35). Nombre d'autres spécialistes ne sont pas aussi catégoriques que lui.

vignette|Le Chatt-el-Arab où vivaient jusqu'en 2003 l'essentiel des mandéens et où Elkasaï puis Mani ont fondé leur première communauté. Comme tous les cours d'eau qui servent à leurs rites baptismaux, les mandéens l'appellent Jourdain.

Selon la plupart des historiens, les mandéens ont migré depuis le Sud du Levant jusqu'à la Mésopotamie dans les premiers siècles de notre ère et sont d'origine pré-islamique. Ils sont sémites et parlent un dialecte oriental de l'araméen connu sous le nom de mandéen. Ils peuvent ainsi être liés aux « Nabatéens d'Irak », qui parlaient l'araméen et étaient des habitants autochtones pré-islamiques ayant fui des royaumes arabes lors de l'effondrement des royaumes séleucides (fin du ) au sud de l'Irak (Characène) et au nord en Adiabène (Mossoul, Erbil, Nisibe, Édesse, Harran).

Les mandéens semblent s'être établis dans le Nord de la Mésopotamie, mais la religion mandéenne a été principalement pratiquée autour du cours inférieur du Karoun, de l'Euphrate et du Tigre et des rivières qui entourent le Chatt-el-Arab, une partie du Sud de l'Irak et de la province iranienne du Khuzestan. Ils sont appelés sabéens (صابئة) par la population environnante et dans les écrits des auteurs islamiques. Ils font vraisemblablement partie de ceux qui sont appelés sabéens dans la littérature islamique dès le et qui selon ces auteurs habitent à Kutha (au sud de Ctésiphon et Séleucie), à Koufa (un peu plus au sud), dans la Characène, dans la ville de Mésène (ancienne Charax Spasinu sur le Chatt-el-Arab) et à Mossoul (actuel Kurdistan). Toutes ces villes d'Irak étaient situées au bord du Tigre ou de l'Euphrate et se trouvent dans l'espace où les mandéens vivaient encore avant l'invasion de l'Irak en 2003.

Appellations et étymologie

Le terme mandéisme vient du mandéen classique mandaiia et apparaît en néo-mandéen comme mandeyānā. Sur la base des mots apparentés dans d'autres dialectes araméens, des orientalistes, spécialistes des langues sémitiques, comme Mark Lidzbarski et , ont traduit le terme manda, duquel découle mandaiia, par : « connaissance »Cf l'araméen מַנְדַּע manda dans le livre de Daniel (Bible) en 2:21, 4:31 et 33, 5:12 ; à comparer à l'hébreu : מַדַּע madda sans insertion de nasale.. D'après l’Encyclopædia Universalis, les « mandéens » (mandaya) seraient les hommes de la connaissance (manda), mais ils se désignent eux-mêmes d’un autre nom, celui de nasoraia (« nasoréens »)Jean Hadot, Encyclopædia Universalis, article « Mandéisme », § 1. Textes et doctrines.. D'après André Paul « la secte gnostique des mandéens, dans ses Écritures rédigées dans un dialecte araméen oriental, se nommait indistinctement mandayya ou nasôrayya »André Paul, Encyclopædia Universalis, article « NAZARÉENS, religion »..

Sabéens

Les mandéens d'Irak sont désignés sous le nom de sabéens, sabiens ou sabaya صابئة (« baptistes »), par la population environnanteAndré Paul, Les mouvements baptistes.. Ce nom souligne l’importance prise dans cette « secte » par les rites du baptême. C’est aussi de cette troisième appellation que les auteurs musulmans contemporains se servent de préférence. La première occurrence connue du terme Sabéen, figure au début du , dans le Livre d'Elkasaï qui est dédié aux Sobai par son auteur. Elle y désigne les baptistes auxquels ce livre est adressé. Ils sont mentionnés dans le Coran (par exemple II:62). L'appellation Sabéens est attestée dans les écrits d'auteurs musulmans dès le , pour désigner des groupes de « Baptistes » vivant le long des cours du Tigre et de l'EuphratePar exemple : ‘Abd al-Rahman ‘ibn Zayd (m. 798), Wahb ‘ibn Munabbih (m. v. 728-732), ‘Abu Hanifah (m. 767), ‘Awza’ (m. 773).. À partir du , certains juristes musulmans s'interrogent pour savoir s'il faut les compter parmi les « Gens du Livre » (les Juifs, les nazôréens et les zoroastriens), mentionnés dans le Coran, ce qui donnait le droit de pratiquer sa religion, moyennant le paiement d'un impôt de capitation, la jizyaBernard Lewis, « L'islam et les non-musulmans », dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, , -4, 1980, 788 .Martin Lings, "Le Prophète Muhammad, sa vie d'après les sources les plus anciennes", éd. Seuil, 1983, .. Toutefois, cette interrogation est surtout formulée à l'encontre des « sabéens de Harran (Carrhae en latin, francisé en Carrhes) », qui vivent plus à l'ouest (au sud d'Édesse, actuelle Şanlıurfa), alors que ce statut ne semble pas contesté aux sabéens du Chatt-el-Arab.

Mandéens

Le terme mandéen a un rapport avec la gnose, l'araméen manda signifie « connaissance », tout comme le grec gnosis. Les mandéens sont nommés mandaiuta en mandéen, et en arabe mandā'iyya مندائية. Ces dénominations et l'ancienneté de leur existence suggèrent que les mandéens pourraient bien être le seul mouvement religieux survivant depuis l'Antiquité à s'identifier explicitement avec les Gnostiques, le gnosticisme ayant été un courant religieux composite, à la croisée des influences iraniennes, grecques et pré-chrétiennes, hostile à la conception biblique du CréateurÉcrits gnostiques — La bibliothèque de Nag Hammadi. Édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Mahé et de Paul-Hubert Poirier. Index établis par Éric Crégheur. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2008., et dont le corpus s'exprime principalement en copte et en grec. L'existence d'un gnosticisme pré-chrétien déjà bien admise est attestée par les écrits dits de Qumrân (les manuscrits de la mer Morte). Avant ces découvertes, on la repérait surtout dans la littérature judéo-grecque ou dans les œuvres d'apocalypseAndré Paul, Qumrân et les esséniens - L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf, 2008, 127..

C'est aussi le dernier mouvement héritier des « Baptistes », dont l'existence est attestée dès la fin du dans de nombreux textes chrétiens et chez Flavius Josèphe. André Paul et Simon Claude Mimouni estiment que les mandéens sont membres du seul courant vraiment baptiste qui a persisté jusqu'à nos jours. Tous deux mentionnent la possibilité que ce courant soit un héritier du mouvement ElkasaïteSimon Claude Mimouni, Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Paris, Albin Michel, 228, 229..

Nasoréens

Le terme nasaréens (araméen nasôrayya), mentionné comme une secte en premier lieu par ÉpiphanePetri Luomanen -Recovering Jewish-Christian Sects and Gospels 2011 p49 a été parfois rapproché du nom nazoraios (nazôréens). Toutefois, les mandéens ne semblent pas issus des nazôréens qui ont reconnu Jésus comme MessieThomas Hale Commentaire Sur Le Nouveau Testament 1999 - Page 521 « Tertulle reprocha ensuite à Paul d'être un dirigeant de la secte des Nazaréens(…) » (verset 5). mais justement d'un groupe baptiste, qui a refusé cette reconnaissance.

Les spécialistes de l'analyse des premiers textes chrétiens détectent d'ailleurs dans ces textes le fait que tous les partisans de Jean le Baptiste ne se sont pas ralliés à Jésus.

Selon André Paul, le mot nasôrayya (Nasaréens) utilisé dans les Écritures mandéennes rédigées dans un dialecte araméen oriental pourrait signifier « mainteneurs », « fidèles ».