vignette|upright=1.5|Carte de 1786 : localisation de l'université de Douai et des villes de Paris, Lille, Bruxelles et Louvain
L'université de Douai est une institution d'enseignement supérieur qui a eu pour siège la ville de Douai dans les Pays-Bas espagnols puis en France. L'histoire de la première université de Douai s'étale de 1559 à 1795. Puis, de 1808 à 1815, et à nouveau de 1854 à 1887, Douai est le siège de nouvelles facultés qui sont finalement transférées à Lille en 1887 puis intégrées à la nouvelle université de Lille, établie en 1896. La devise En français : Université de Lille jadis de Douai. de l'université de Lille témoigne de cette filiation.
Peu de temps après le transfert de suzeraineté sur le comté de Flandre du royaume de France à l'Empire, une bulle papale de Paul IV autorise la création de la première université de Douai en 1559. Confirmée également par le pape Pie IV, celle-ci ouvre ses portes en 1562 et comprend cinq facultés autorisées par Philippe IILouis Moreri, Jean Le Clerc - Le grand dictionnaire historique sur le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane , volume 2 - chez Halma, 1692 - À lire.
L'université compta jusqu’à huit collèges, dix-huit refuges d’abbayes et vingt-deux séminaires, associés aux facultés des arts, théologie, droit canon et droit civil, médecine. La renommée de l'université attira de nombreux professeurs et étudiants français et flamands, mais aussi anglais, écossais et irlandais. .
Centre de la Contre-Réforme catholique, l'université de Douai fut impliquée dans des controverses politico-religieuses. Elle accueillit ainsi les intellectuels catholiques anglais récusants en exil sur le continent, en particulier des professeurs de théologie d'Oxford ; c'est dans le collège anglais de Douai que fut achevée en 1609 la traduction de la Bible en anglais connue sous le nom de « Bible de Douay-Rheims », sur laquelle John Fitzgerald Kennedy prêta serment de président des États-Unis en 1961 ; de même le président Joe Biden préta serment en 2021 sur sa bible familiale, éditée jadis à Douai. Après avoir accueilli les adversaires de l'anglicanisme d'outre-Manche et lutté contre le luthéranisme et le calvinisme diffusés aux Pays-Bas espagnols, l'université de Douai s'opposa à la doctrine du gallicanisme promue par le français Bossuet. En 1692, la « fourberie de Douai » permit au pouvoir royal d’éloigner de l'université les professeurs partisans du jansénisme.
Sous l'influence des jésuites, l'enseignement en mathématiques et en sciences expérimentales se développa. L’université de Douai fut également un grand centre de diffusion de la littérature néo-latine à travers l’Europe. En conséquence de la révolution et des guerres européennes qui en découlent, l’université de Douai est progressivement démantelée de 1793 à 1795.
L'ancienne université de Douai (1559-1795) vignette|Trois collèges à Douai Douai, pôle intellectuel du bas Moyen Âge et de la Renaissance La désignation de Douai comme site universitaire est un aboutissement à l’époque moderne d’une tradition intellectuelle qui remonte au bas Moyen Âge dans cette principauté du royaume de France. À une dizaine de kilomètres de Douai, l’abbaye d'Anchin était déjà un important foyer culturel du au , produisant de nombreux manuscrits et chartes, concurrencée notamment par le scriptorium de l’abbaye de Marchiennes fondée au , et par les écoles monastiques de l’abbaye d'Hamage, de l'abbaye de Saint-Amand, de l’abbaye de Flines, de la collégiale Saint-Amé et de la collégiale Saint-Pierre de Douai. À ces activités monastiques s’ajoutent celles des écolâtres des abbayes et prieurés de Douai, assurant ainsi au que .
Cependant, les liens de vassalité du comté de Flandre envers le royaume de France sont abolis en 1526. En effet, le comté de Flandre devient terre d'Empire par le traité de Madrid (1526), signé par le roi François et l'empereur Charles Quint, confirmé par le traité de Cambrai (1529). C'est donc vers l'empereur que les premières démarches du magistrat de Douai s'orientent en 1531 pour créer une université à Douai. Il faut néanmoins attendre l'avènement de son fils, Philippe II, pour que l'autorisation de fondation de l'université soit vue favorablement, en raison du contexte politique et religieux.
Douai échappe à la propagande réformiste des idées de Calvin, initié à la doctrine de Luther lors de ses études de droit à l’université d'Orléans et dont les écrits de 1536 en latin et en français se propagent dans les provinces françaises et aux Pays-Bas espagnols, jusqu'à l’université de Louvain, où en 1540 cinquante personnes sont soumises à l’Inquisition et d’où le géographe Mercator s’enfuit. En outre, Louvain est une université certes où tout l’enseignement se faisait en latin mais située dans une région de langue flamande, le risque est que les étudiants francophones des Flandres (nom sous lequel on désignait usuellement par synecdoque les Pays-Bas du Sud) préfèrent étudier aux universités de Paris, d’Orléans ou ailleurs situées en territoire francophoneLes étudiants de Flandres et des Pays-Bas sont associés à la nation universitaire germanique ou picarde dans les universités du Moyen Âge et de l'Époque moderne, telles que l'université de Paris, l'université d'Orléans, l'université de Bologne et l'université de Padoue., quoique l’enseignement donné uniquement en latin y garantissait l’universalité. Ces aléas politico-religieux favorisent le choix de Douai pour l’installation d’une nouvelle université, officiellement latinophone, mais située en Flandre gallicanteL'expression « Flandre gallicante » est l'expression correcte pour désigner les territoires du comté de Flandre de langue française. L'expression « Flandre romane » date du . Exemple : Henri Platelle, Alain Lottin, Denis Clauzel, Histoire des Provinces Françaises du Nord: 2, 1989, : ; Jean Baptiste d'Hane-Steenhuyse, François Huet, Nouvelles archives historiques, philosophiques, et littéraires, 1837, : ; Léopold Auguste Warnkoenig, Albert Eugène Marie Gheldolf, Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles et politiques, 1836, : , parmi des centaines d'autres citations..., malgré les fortes réticences de Charles Quint, protecteur de Louvain.
Création de l'université (1559) À l’instigation de l’évêque d’Arras Antoine Perrenot de Granvelle et du Lillois Jean VendevilleJean Vendeville est le futur évêque de Tournai (1587-1592) c.f. , dans le cadre d’un programme général pour consolider le catholicisme aux Pays-Bas, une université fut établie dans la ville par Philippe II entre 1559 et 1562. En un sens il s’agissait d’une université-sœur de celle qui avait été fondée à Louvain en 1425, à de Douai. La fondation fut confirmée par une bulle du pape Paul IV le , puis confirmée encore par le pape Pie IV le . Les lettres patentes de Philippe II, datées du , autorisèrent cinq facultés : théologie, droit canon, droit civil, médecine et arts. L’inauguration solennelle eut lieu le L’université de Douai ayant été fondée, ainsi que nous l’avons dit plus haut, par bulle du pape Pie IV en date du 6 janvier 1559 et par lettres patentes de Philippe II, roi d’Espagne, alors souverain des Pays-Bas, datée du 19 janvier 1561, vieux style, c'est-à-dire 1562, elle n’avait pas tardé à entrer en fonction. L’installation solennelle du chancelier et des professeurs s’était faite le 5 octobre de la même année, et ce jour-là même avait choisi pour recteur Wallerand Hangouard, prévôt de l’église de St Amé. Les études commençaient à fleurir dans la ville de Douai, mais comme il n’y avait qu’un seul collège qui avait pris, ainsi que nous l’avons dit, le nom de collège du Roi, et qu’il ne parut pas suffisant pour l’instruction de la jeunesse, les abbés de Marchiennes et d’Anchin, poussés d’un même zèle, en bâtirent un autre conjointement et à frais commun, l’an 1564. Ce second collège était peu considérable et il ne subsista pas longtemps. Les deux abbés lui en substituèrent deux autres, chacun le sien séparément, avec une procession du Saint-Sacrement, et un sermon prêché sur la place du Marché par François Richardot, évêque d’Arras. Le premier chancelier de l’université fut l’Anglais Richard Smyth.
Des études récentes considèrent la fondation de l’université de Douai au comme un important évènement de l’époque. Tout un travail se fait pour reconstruire son profil dans les différents aspects de sa vie, y compris des prosopographies de ses professeurs et de ses étudiants, en particulier pour sa période des Habsbourg.
Le fonctionnement de l'université L'université de Douai comme les autres universités médiévales, était en fait une réunion et un conglomérat de nombreux collèges et fondations gardant leur autonomie, et qui formaient cette nébuleuse qu'était l'« université des études » (Universitas studiorum) de Douai ou université de Douai qui les chapeautait. Le mot Universitas, rappelons-le, avait à l'époque toujours son sens de « corporation ».
Ce système, qui diffère totalement de l'organisation actuelle pyramidale, hiérarchisée et fonctionnarisée de ce qu'on appelle université en France, était commun aux nombreuses universités médiévales et, pour en comprendre le fonctionnement - difficilement compréhensible pour un étudiant contemporain habitué à une université de type hégelien ou napoléonien- l'on peut le comparer à l'organisation toujours en vigueur des universités d'Oxford ou de Cambridge où ce système inchangé est toujours vivant et d'application.
Les collèges de l'université
Les premiers collèges de l'université (1562-1570) Le premier collège créé à Douai, fondateur de l’université, fut le « collège du Roi », ouvert en 1562.
Suivirent un second collège en 1564 qui fut remplacé par le collège d’Anchin (1568) et celui soutenu par l’Abbaye de Marchiennes (1570).
Ces collèges sont non seulement des lieux d'hébergement des étudiants mais aussi des lieux d'enseignements avec leurs propres maîtres.
Le collège d'Anchin (1568-1764)
Le collège d'Anchin fut ouvert en 1568, grâce à une dotation de l’abbé du monastère voisin d’Anchin, et confié aux Jésuites. Il devint le premier collège agrégé à l'université par le nombre de ses élèves : de 200 écoliers lors de la première rentrée en 1568, le nombre passe rapidement à 540 en 1571 et un millier en 1575, dont 400 internes. Contrairement aux pratiques des autres collèges dépendant de la faculté des arts, l'enseignement des Jésuites, basé sur le Ratio Studiorum, est gratuit. . En 1702, à son apogée, le collège compte 1250 élèves en humanités, philosophie, théologie. On y enseigne aussi la physique, les sciences et les mathématiques.
Le collège fut fusionné avec le collège du Roi après l'expulsion des Jésuites en 1764, sous Louis XV.
Participation anglaise, galloise, écossaise et irlandaise (1569-1793)
vignette|Cardinal William Allen dit Guillaume Alain (1532-1594)
La fondation de l’université de Douai coïncida avec la présence à Douai d’un grand nombre de catholiques anglais, écossais et irlandais, initialement à la suite de l'Acte de suprématie de Henri VIII et Cromwell en 1534, puis lors de l’avènement d’Élisabeth en 1558 et du rétablissement du protestantismeL'année où le pape et Philippe II d'Espagne décidèrent la création de l'université de Douai (1559), Élisabeth avait rétabli l'Acte de Suprématie et d'Uniformité, supprimé depuis 1554 par la reine catholique Marie Ire d'Angleterre (épouse de Philippe II d'Espagne et décédée en 1558), ce qui conduisit à la bulle papale d'excommunication Regnans in Excelsis (1570) entrainant de sévères persécutions contre les catholiques britanniques. en Angleterre, de son extension en Écosse en 1560 et de la reconquête de l'Irlande par les Tudors achevée en 1603.