thumb|Les Voortrekkers - illustration de J.S. Skelton (1909). thumb|Drapeau voortrekker. Les Voortrekkers (« Ceux qui vont de l'avant » en néerlandais) sont les populations Boers qui ont participé au Grand Trek (Grande Migration) entre 1835 et 1852 en Afrique du Sud.

Le terme voortrekker est apparu dans les années 1870 pour désigner les communautés boers qui avaient quitté la colonie du Cap au cours des décennies 1830-1840. La migration s'était terminée avec les créations des républiques boers au Transvaal en 1852 et dans l'État libre d'Orange en 1854.

Une communauté de fermiers boers thumb|left|Chariot à bœufs voortrekker. Les Voortrekkers étaient principalement issus des communautés de fermiers boers, de condition modeste, établis dans la région est de la colonie du Cap voire dans les régions frontalières de la colonie. Les Boers étaient les descendants des pionniers d'origine européenne, essentiellement néerlandais, français et allemands. Ils se déplacent en famille laquelle comprend régulièrement plus d'une dizaine de membres. Travailleurs acharnés et bons chasseurs, ils menaient déjà une vie assez dure et austère avant de s'engager dans le Grand Trek.

Pour ce voyage, ils entassent tous leurs biens et leurs denrées alimentaires (farine, riz, café, thé et du sucre, biltong) dans des Chariot à bœufs de 4 m de long environ, de 1 m de large et au plancher situé à 1,7 m de hauteur aux 2 roues arrière plus grandes que les deux roues avant. La Bible et les livres de cantiques, les vêtements, la vaisselle et les ustensiles de cuisine sont emballés dans les bancs (wakis en afrikaans) situés à l'avant et à l'arrière du chariot sous lequel sont fixés les outils tels que le sabot de frein, le cric et la fosse à goudron. Enfin, ces chariots sont tirés par équipages de 12 à 16 chevaux du Cap ou plus souvent par des bœufs, plus résistants. Si la plupart de ces familles voortrekkers disposent d'un ou 2 chariot, les plus aisés en possèdent jusqu'à huit. thumb|Une famille de Voortrekkers durant le Grand Trek - gravure de Charles Edwin Fripp. Les hommes voortrekkers portent généralement des vestes en velours, des gilets de la même matière, une corne à poudre constamment accroché à son épaule et des chapeaux de feutre ou de paille. Ils disposent de lourds fusils « Sanna » chargés par l'avant du canon ce qui permet aux tireurs expérimentés de pouvoir tirer trois coups par minute. La religion est au centre de la vie des Voortrekkers qui se considèrent totalement dépendants de Dieu. Peu, voire aucun pasteur de l'Église réformée hollandaise du Cap n'accepte cependant de les accompagner dans leur périple. L'enseignement et l'éducation des enfants est généralement effectué uniquement par les parents. C'est principalement une éducation religieuse qu'ils reçoivent et c'est par la Bible qu'ils apprennent éventuellement à lire. Le père enseigne notamment à ses fils toutes sortes de compétences artisanales comme la fabrication de meubles, la réparation de chariots et la chasse.

Historique

Origines thumb|Chariot à bœufs voortrekker exposé au Voortrekker Monument de Pretoria. Le Grand Trek des voortrekkers intervient 183 ans après l'installation des premiers Européens au cap de Bonne Espérance où, en 1652, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) avait fondé une station de ravitaillement.

Le Cap était devenu progressivement le foyer d'une importante population européenne d'origines diverses composée d'anciens employés de la VOC ou de citoyens libres (free burghers ou vrijburgers) devenus des commerçants, des agriculteurs et des fermiers rejoints par des huguenots en 1688Cape Colony. Encyclopædia Britannica Volume 4 Part 2: Brain to Casting. Encyclopædia Britannica, Inc. 1933. James Louis Garvin, editor..

À la fin des années 1790, à la suite de la décision de la République batave d'ouvrir le Cap aux navires de guerre français, la Grande-Bretagne intervient, prend le contrôle de la colonie et finit par l'annexer (traité de Paris en 1815). La colonie du Cap, d'une superficie de km, est alors peuplée d'environ personnes d'origine européenne, de esclaves bantouphones ou d'origine asiatique ainsi que de Khoisans.

Les relations entre les nouveaux administrateurs britanniques et les Boers (vocable utilisé pour désigner les populations rurales d'origines néerlandaises, allemandes et françaises parlant l'afrikaans) sont aigres dès le début. thumb|left|Itinéraire des Trekboers. Les raisons qui allaient mener à la migration massive de Boers hors de la juridiction de la colonie du Cap ont été beaucoup discutées au cours des années. L'historiographie afrikaner a longtemps souligné les souffrances endurées par les agriculteurs de la frontière qu'ils rendaient imputables à la politique britannique de pacification avec les tribus Xhosas. D'autres historiens ont souligné également l'âpreté de la vie dans la région du Cap-Oriental, alors en pleine période de sécheresse dans les années 1830 tandis que des voyageurs nomades (les Trekboers notamment) rapportaient aux fermiers avoir traversé des terres extrêmement fertiles au-delà des chaines du Drakensberg dans la région du Natal mais aussi dans les territoires vastes et peu peuplés situés au-delà des fleuves Vaal et Orange. D'une manière générale, les raisons de cet exode de ceux qu'on appellerait plus tard voortrekkers apparaissent comme étant complexes. Il n'en ressort pas moins que les causes les plus directes furent l'insatisfaction générale de la vie des fermiers boers sous la domination britannique, insatisfaction exacerbée par le fait que l'Église anglicane soit devenue l'Église officielle de la colonie, que l'anglais soit la seule langue légale tout comme le droit anglais qui remplaçait le droit néerlandais alors que la plupart des Boers ne parlent pas anglais.

L'abolition de l'esclavage (accompagnée du peu d'indemnisation offerte en contrepartie aux propriétaires) et l'égalité des droits accordés aux populations hottentotes furent les ultimes réformes qui allaient amener de nombreux Boers à tenter le Grand Trek, c’est-à-dire une émigration vers l'intérieur des terres d'Afrique du Sud, hors du contrôle de l'administration britannique. thumb|Le manifeste de Piet Retief. Vivant depuis plusieurs années voire quelques générations à plusieurs centaines de kilomètres de la métropole coloniale, Le Cap, de nombreux Boers appelés à devenir des Voortrekkers avaient déjà adopté un type de vie semi-nomade et un voyage vers l'inconnu ne leur était pas impensable. La plupart ne possédaient pas de fermes ni d'esclaves et pratiquaient un mode de vie pastoral semi-nomade. Dans les provinces de l'Est de la colonie, où les esclaves sont moins nombreux que les populations boers, les habitants craignent surtout les attaques, les vols, les pillages organisés par des indigènes venus de l'autre côté d'une frontière qui est encore très imprécise. Ils craignent surtout la disparition soudaine d'une main-d’œuvre souvent indispensable et la multiplication des vagabonds et donc de l'insécurité pour les personnes et les biens. Ils estiment ainsi que les autorités du Cap ne prennent pas en compte leurs préoccupations, surtout quand celles-ci abolissent les lois restreignant la circulation des non-blancs, accordent aux Hottentots les mêmes droits qu'aux Blancs et décident de renoncer aux territoires de la province de la Reine Adélaïde, conquis de haute lutte par l'armée et les Kommandos boers.

Révulsés par le comportement des autorités britanniques et par l'abolition de l'esclavage, vécue surtout comme une humiliation et non comme une spoliation car beaucoup d'entre eux n'étaient pas opposés systématiquement à une émancipation qu'ils voulaient plus progressive Pierre Videcoq, Aspects de la politique indigène des Boers du Nord du Vaal (Transvaal, République Sud-Africaine) de 1838 à 1877 : sécurité des Blancs et utilisation des populations locales, tome 65, n°239, 2e trimestre 1978, Revue française d'histoire d'outre-mer, p 180 à 211, des milliers de Boers s'organisent pour migrer hors de la colonie, vers des zones non cartographiées de l'Afrique du Sud explorées au mieux par quelques Trekbboers, partis en reconnaissance vers le Natal.

La revendication boer d'émancipation est concrétisée par un manifeste rédigé le par le Boer Piet Retief et publié le dans The Grahamstown Journal. Dans ce manifeste, il y exprime les raisons qui le poussent à vouloir fonder, hors de la colonie du Cap, une communauté libre et indépendante. Énonçant ses griefs contre l'autorité britannique, incapable selon lui de fournir la moindre protection aux fermiers et injuste pour avoir émancipé les esclaves sans indemnisations équitables, il évoque une terre promise qui serait destinée à la prospérité, à la paix et au bonheur des enfants Boers. Une terre où les Boers seraient enfin libres, où leur gouvernement déciderait de ses propres lois. Il y souligne également que personne ne serait maintenu en esclavage dans ces territoires mais que seraient maintenues les lois destinées à réprimer tout forfait et à préserver des relations convenables entre basées sur les obligations dues par un employé à son employeur. Les nombreux Africains qui allaient accompagner les Boers dans leur exode vers le Nord allaient d'ailleurs le faire, dans leur grande majorité, de leur plein gré, la plupart étant d'ailleurs souvent nés sur les fermes des Boers et ayant toute leur vie vécu à leurs côtés ou à leur service. Moins d'un mois plus tard, c'est à bord de deux chariots à bœufs que Retief et sa famille quittent le district de Winterberg pour rejoindre un convoi de trente chariots, essentiellement des chariots à bœufs, et 300 compatriotes en route vers le fleuve Orange.

Les premiers voortrekkers Voortrekkers du Grand Trek (période 1835-1840) Principaux Chefs Date du depart Lieu d'origine Nombre de Voortrekkers (enfants compris) Louis Tregardt 1835 Neuf familles dont celle de Louis Tregardt Hans van Rensburg 1835 49 (après la scission avec Tregardt) Hendrik Potgieter Fin 1835-début 1836 Environ deux cents personnes dont Sarel Cilliers et le jeune Paul Kruger et sa famille. Gerrit Maritz Septembre 1836 Graaff-Reinet Plus de 700 personnes Piet Retief Février 1837 Albany Une centaine de personnes Piet Uys Avril 1837 Uitenhage Plus d'une centaine de membres de la famille Uys Andries Pretorius Octobre 1837 Graaff-Reinet

De 1835 à la fin des années 1840, près de François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, , p. 243 quittent la colonie du Cap soit un dixième de la population afrikaner. En 5 ans, de 1835 à 1840, à l'apogée du grand Trek, ce sont qui s'aventurent hors de la colonie du Cap (soit 20% de la population totale de la colonie)Hermann Giliomee, The Afrikaners: Biography of a People, Tafelberg Publishers Limited, LE Cap, 2003, p. 161-164. Globalement, ces voortrekkers ne sont qu'une minorité de Boers et sont les moins aisés, les moins urbanisés .

Les premiers groupes organisés de Voortrekkers quittent les régions et villes du Cap, de Graaff-Reinet, de George et de Grahamstown à partir de 1835. 250px|thumb|Équipage et Chars à boeufs traversant une rivière. Les deux premiers groupes de Voortrekkers à partir sont dirigés par Louis Tregardt et Hans van Rensburg. Ils font route commune à partir de et traversent le Vaal en . Un autre groupe dirigé par Hendrik Potgieter quitte la région de Tarka à la fin de 1835 ou au début de 1836. Celui dirigé par Gerrit Maritz quitte Graaff-Reinet en . Piet Retief, après avoir publié son manifeste, entame son trek en . Suivent ensuite Piet Uys en puis plus tard, en , Andries Pretorius.