Ursula K. Le Guin ou Ursula Kroeber Le Guin ., née Ursula Kroeber le à Berkeley en Californie et morte le à Portland en Oregon, est une écrivaine américaine, surtout connue pour ses récits de littératures de l'imaginaire, notamment les œuvres de science-fiction se déroulant dans son univers de l'Ékumen et la série de fantasy du cycle de Terremer.

Ursula Le Guin est la fille de Theodora Kroeber, écrivaine, et d'Alfred Louis Kroeber, anthropologue. Sa carrière d’autrice s’étend sur près de soixante ans, durant lesquels elle publie plus de vingt romans, plus d'une centaine de nouvelles, treize volumes de poésie, cinq traductions et treize livres pour enfants. Elle obtient ses premiers succès critiques et commerciaux majeurs avec Le Sorcier de Terremer en 1968 et La Main gauche de la nuit en 1969, qui sont souvent considérés comme ses chefs-d'œuvre. Pour le second de ces deux ouvrages, elle remporte les prix Hugo et Nebula du meilleur roman, devenant ainsi la première femme à obtenir cette double récompense pour une même œuvre, et elle est le premier écrivain à l'obtenir une seconde fois, pour le roman Les Dépossédés paru en 1974.

L'anthropologie culturelle, le taoïsme, ainsi que le féminisme et l'antiautoritarisme des mouvements sociaux de 1968 ont eu une forte influence sur l’œuvre de Le Guin. Les protagonistes de ses récits sont souvent des anthropologues ou des observateurs culturels, et les idées taoïstes sur l’équilibre et la stabilité y sont souvent développées. Le Guin a souvent subverti les archétypes des littératures de l'imaginaire, par exemple en choisissant des protagonistes à la peau sombre, et a également utilisé des procédés stylistiques ou narratifs inhabituels pour son époque et pour le genre. Les thèmes sociaux et politiques, notamment le racisme, le genre, la sexualité ainsi que le passage à l'âge adulte occupent une place importante dans ses écrits. Dans de nombreux récits, elle a exploré des structures politiques alternatives, notamment anarchistes, et des mouvements révolutionnaires tels que les luttes contre l'impérialisme et contre l'esclavage.

Les écrits de Le Guin ont eu une influence considérable sur les littératures de l'imaginaire et ont fait l’objet d’une forte attention critique, aussi bien universitaire que médiatique. Elle a reçu de nombreuses distinctions, dont huit prix Hugo, six Nebula et vingt-cinq Locus, et est devenue en 2003 la deuxième femme honorée du titre de Grand Maître des écrivains de science-fiction et de fantasy d'Amérique. La Bibliothèque du Congrès américain l'a nommée en 2000 et, en 2014, elle a remporté la médaille de la National Book Foundation pour sa contribution à la littérature américaine. Dans un court essai sur l'écriture de fictions intitulé La Théorie de la fiction-panier, elle a théorisé une pensée écoféministe à laquelle plusieurs générations d'auteurs féministes se réfèrent depuis. Après sa mort, plusieurs auteurs et critiques ont déclaré que Le Guin avait été un des plus grands écrivains américains de sa génération, en particulier pour le genre de la science-fiction.

Le Guin a influencé de nombreux autres auteurs, notamment David Mitchell, Jo Walton, Neil Gaiman, Margaret Atwood, Iain Banks, Ann Leckie, Kim Stanley Robinson, Becky Chambers, Michael Chabon ou encore China Miéville.

Biographie Enfance et éducation Ursula Kroeber est née à Berkeley, en Californie, le . Son père, Alfred Louis Kroeber, était anthropologue à l'université de Californie à Berkeley.. La mère de Le Guin, Theodora Kroeber (née Theodora Covel Kracaw), était titulaire d'un diplôme d'études supérieures en psychologie, mais s'est tournée vers l'écriture dans la soixantaine, développant une carrière réussie en tant qu'autrice, notamment avec Ishi : testament du dernier Indien sauvage de l'Amérique du Nord (1961), un volume biographique sur Ishi, un autochtone américain qui avait été étudié par Alfred Kroeber. Ishi était le dernier membre connu de la tribu Yahi après que le reste de ses membres sont morts, pour la plupart tués par des colons blancs..

Le Guin a trois frères aînés : Karl, qui est devenu chercheur en littérature, Théodore et Clifton. La famille possède une grande collection de livres et les frères et sœurs apprécient la lecture dès leur plus jeune âge. La famille Kroeber reçoit de nombreux visiteurs, dont des universitaires renommés tels que Robert Oppenheimer ; Le Guin utilisera plus tard Oppenheimer comme modèle pour Shevek, le physicien protagoniste des Dépossédés. La famille partage son temps entre une maison d'été dans la Napa Valley et une maison à Berkeley pendant l'année universitaire.

Parmi les nombreuses lectures d'Ursula et de sa fratrie, la science-fiction et la fantasy apparaissent régulièrement, dans les numéros des magazines Thrilling Wonder Stories et Astounding Science Fiction. Ursula aime les mythes et les légendes, en particulier la mythologie nordique, et les légendes amérindiennes que son père raconte. Parmi les autres auteurs de littératures de l'imaginaire qu'elle apprécie, on trouve Lord Dunsany et Lewis Padgett. Ursula développe également très tôt un intérêt pour l'écriture ; elle écrit une nouvelle à l'âge de neuf ans et soumet sa première nouvelle à Astounding Science Fiction à l'âge de onze ans. Le récit est rejeté et Ursula ne soumet plus rien pendant dix ans.

Ursula est scolarisée au lycée de Berkeley. Elle obtient en 1951 un Bachelor of Arts (BA) (licence) en littérature française et italienne de la Renaissance au Radcliffe College de l'université Harvard et son diplôme en tant que membre de la société d'honneur Phi Beta Kappa. Enfant, elle s'intéresse à la biologie et à la poésie, mais ses difficultés en mathématiques limitent ses choix de carrière. Le Guin entreprend des études supérieures à l'université Columbia et obtient un Master of Arts (MA) (master) en français en 1952. Peu de temps après, elle commence un PhD (doctorat) et obtient une bourse Fulbright pour poursuivre ses études en France de 1953 à 1954.

Vie de famille, carrière et mort vignette|alt=Photographie en couleur de la côte de l'Oregon, montrant des récifs au premier plan et des îlots verticaux en arrière plan, avec des nuages et des goélands |Les paysages maritimes de l'Oregon, où Ursula K. Le Guin a vécu à partir de 1959, ont contribué à l'inspirer pour la création de l'univers du cycle de Terremer.

En 1953, alors qu'elle voyage vers la France à bord du Queen Mary, elle rencontre l'historien Charles Le Guin. Ils se marient à Paris en . Selon elle, son mariage a marqué « la fin du doctorat ». Pendant que son mari termine son doctorat à l'université Emory en Géorgie, puis à l'université de l'Idaho, Le Guin enseigne le français : d'abord à l'université de Mercer, puis à l'université de l'Idaho après leur déménagement.. Elle travaille également comme secrétaire jusqu'à la naissance de sa fille Elisabeth en 1957. Elle donne naissance à une deuxième fille, Caroline, en 1959. Cette même année, Charles devient professeur d'histoire à l'université d'État de Portland et le couple s'installe à Portland, dans l'Oregon, où leur fils Theodore naît en 1964, et où ils vivront jusqu'à la fin de leur vie, à l'exception de deux séjours d'un an d'Ursula à Londres en 1968 et 1975 grâce à deux autres bourses Fulbright.

La carrière d'écrivain de Le Guin, qui a duré près de , commence à la fin des années 1950. Son temps d'écriture est limité par d'autres activités. D'abord, elle s'occupe de ses enfants, puis elle travaille comme rédactrice et enseigne dans le premier degré. Par la suite, elle siège aux comités de rédaction des revues Paradoxa et Science Fiction Studies, en plus d'écrire elle-même des critiques littéraires ; entre 1977 et 1993, elle édite quatre anthologies de science-fiction, dont deux avec Virginia Kidd. Elle enseigne à l'université Tulane, au Bennington College et à l'université Stanford, entre autres. En , elle prononce un discours de fin d'études intitulé « A Left-handed Commencement Address » au Mills College à Oakland, en Californie. ; il est classé au  des meilleurs discours du par . et a été publié dans son recueil de non-fiction Dancing at the Edge of the World.

Le Guin décède le , à son domicile de Portland, à l'âge de . Son fils déclare qu'elle était en mauvaise santé depuis plusieurs mois et qu'il est probable qu'elle ait eu une crise cardiaque. Des obsèques privées sont organisées à Portland. Une cérémonie commémorative publique, incluant des discours des écrivains Margaret Atwood, Molly Gloss et Walidah Imarisha, a lieu à Portland le .

Opinions et plaidoyers En 1977, Le Guin refuse un prix Nebula attribué à sa nouvelle « Le Journal de la Rose », pour protester contre la révocation de Stanisław Lem des Science Fiction Writers of America. Le Guin attribue la révocation de Lem aux critiques qu'il avait exprimées envers la science-fiction américaine et à sa volonté de vivre dans le bloc de l'Est, et elle déclare ressentir de la réticence à recevoir un prix « pour une histoire sur l'intolérance politique d'un groupe qui venait de faire preuve d'intolérance politique ».

Le Guin a dit un jour qu'elle avait été « élevée aussi irreligieuse qu'un lièvre ». Elle a fait preuve d'un profond intérêt pour le taoïsme et le bouddhisme, et a affirmé que le taoïsme lui avait donné une « idée de la façon de voir la vie » pendant son adolescence. En 1997, elle publie une traduction du Tao te king.

En , Le Guin démissionne de l'Authors Guild pour protester contre le soutien de cette organisation au projet de numérisation de livres de Google. « Vous avez décidé de traiter avec le diable », écrit-elle dans sa lettre de démission. « Il y a des principes en jeu, surtout le concept même de droit d'auteur ; et vous avez jugé bon de les abandonner à une société, selon ses conditions, sans lutter ».. Dans un discours prononcé lors des National Book Awards de 2014, Le Guin critique l'entreprise Amazon et le contrôle qu'elle exerce sur l'industrie de l'édition, faisant spécifiquement référence au traitement réservé par Amazon au Hachette Book Group lors d'un conflit concernant la publication de livres électroniques . Son discours reçoit une large couverture médiatique aux États-Unis et à l’étranger, et est diffusé deux fois par la National Public Radio. Elle y déclare notamment :

Carrière littéraire La carrière de Le Guin en tant qu’écrivaine professionnelle s’est étendue sur près de soixante ans, de 1959 à 2018. Durant cette période, elle a écrit plus de vingt romans, plus d'une centaine de nouvelles, plus d'une douzaine de volumes de poésie, cinq traductions et treize livres pour enfants. Ses écrits englobent les littératures de l'imaginaire, la fiction réaliste, la non-fiction, les scénarios, les livrets, les essais, la poésie, les discours, les traductions, les critiques littéraires, les et la littérature jeunesse. Ses écrits les plus connus sont les six volumes du cycle de Terremer et les nombreux ouvrages du cycle de l'Ékumen.

1959-1968 : premiers écrits La première œuvre publiée de Le Guin est le poème « Folksong from the Montayna Province » (« Chanson populaire de la province de Montayna ») en 1959, tandis que sa première nouvelle publiée est « An die Musik », en 1961 ; les deux se déroulent en Orsinia, un pays fictif d'Europe centrale.. Entre 1951 et 1961, elle écrit également cinq romans, tous situés en Orsinia, alors refusés par les éditeurs. Une partie de sa poésie de cette période est publiée en 1975 dans le recueil Wild Angels (Les Anges Sauvages).