Alexandre François Étienne Jean Bouin, né le à Marseille et mort pour la France le à Xivray dans la Meuse, est un athlète français spécialiste de la course de fond. Outre une médaille d'argent aux Jeux olympiques d'été de 1912 sur , il a gagné trois fois de suite le Cross des nations (1911, 1912, 1913), considéré alors comme le championnat du monde de la discipline. Il a également été le détenteur de sept records du monde sur différentes distances et durées. De nombreuses enceintes sportives portent son nom en France.
Il est d'abord inhumé au château de Bouconville-sur-Madt ; ses cendres sont rapatriées à Marseille en 1922, et reposent depuis au cimetière Saint-Pierre.
Biographie Jeunes années Jean Bouin naît rue Coutellerie à Marseille.
Il a une sœur, Antonie Louise surnommée Nini (1885-1962).
Ses parents divorcent le , et sa mère Berthe Pioch (1859-1922) se remarie avec un dénommé Galdani quelque temps après.
Il habite au Consolat à Saint-Charles et est scolarisé à l'école des Chartreux dans le quartier des Cinq-Avenues où Jean Bouin a comme instituteur Joseph Pagnol, le père de Marcel Pagnol, popularisé par La Gloire de mon père, premier tome de Souvenirs d'enfance. C'est à cette époque qu'il rencontre un camarade, son futur grand ami Joseph Granier, puis sa sœur, Rose Granier (1886-1987) qui devient bien plus tard sa compagne.
Adolescent, Jean Bouin pratique de façon assez intensive plusieurs sports dont l'escrime et la gymnastique. En , il se rend au parc Borély assister à l'entraînement de coureurs de marathon, dont le localement célèbre Louis PautexLe , Louis Pautex remporte le marathon de Marseille.. À la suite de cette rencontre avec Louis Pautex, qui devient plus tard son mentor, Jean Bouin commence la pratique de l'athlétisme et participe à la création du « Club athlétique de l'école de l'industrie ». L'athlète britannique Alfred Shrubb est alors son idole et motivera plus tard ses différentes tentatives de records du monde.
Le , il remporte la première course à laquelle il participe, un cross-country de avec handicapUn cross-country « avec handicap » est une course dont le parcours est ponctué de barrières ou d'obstacles artificiels qu'il y a évidemment lieu de franchir.. Il est remarqué : un banquier de la Société générale de La Canebière lui offre un emploi de coursier et il quitte le petit club qu'il a créé pour entrer au « Phocée Club de Marseille ». Avec son nouveau club, il remporte à nouveau un cross le . Le , il remporte un . Sur la saison 1904, il remporte quatorze des dix-sept courses auxquelles il participe. Le , il participe à sa première épreuve en dehors de Marseille, à Lyon sur le challenge Ayçaguer, un cross de qu'il termine neuvième. En , son beau-père Galdini parvient à le convaincre de participer à une course à Gênes en Italie : Jean Bouin s'y rend, remporte la course et s'aperçoit que Galdini a déjà encaissé le prix de la victoire : cet événement marque la rupture définitive des relations entre Galdini et Jean Bouin. Il quitte le domicile de Galdini et de sa mère, et s'en va d'abord habiter quelque temps chez les parents de son ami Joseph Granier et de sa compagne Rose, rue de Rome. Le , il remporte un 5 000 mètres en , puis en septembre, il remporte le Critérium de Provence.
1906 à 1908, années charnières Arthur Gibassier, dit « La Gibasse », chroniqueur sportif au Petit Provençal, s'improvise entraîneur particulier. Jean Bouin est alors l'un des précurseurs de la méthode dite naturelle d'entraînement à travers les forêts : il couvre une vingtaine de kilomètres par jour en terrain varié. En outre, il s'intéresse à tous les aspects de la course à pied : l'entraînement, l'alimentation et l'hygiène de vie ; il évoquera dans son livre Comment on devient champion de course à pied, paru en 1912, les trois axes de sa méthode d'entraînement : spécificité, progressivité et diversité.
En 1906, les résultats suivent : second du challenge Ayçaguer, il remporte le championnat du littoral (cross) et termine quatrième du national de cross-country à Meudon. Sur 5 000 mètres et en 1906 toujours, il améliore sensiblement sa meilleure performance : . En 1907 il est, cette fois-ci, troisième du national de cross-country derrière le vainqueur Jacques Keyser. Cette année-là et pour la première fois, la France participe au Cross des nations : il termine treizième et second français de la course qui se tient à Glasgow. Enfin, il remporte pour la première fois Nice-Monaco, sur une distance de . Durant la période hivernale, il apprend qu'il doit faire partie de l'équipe française pour le 3 miles par équipes aux Jeux olympiques d'été de 1908. À ces Jeux, Jean Bouin participe également aux séries du 1 500 mètres.. En raison d'une sortie nocturne, la fédération française le sanctionne en le privant de finale du 3 miles, où la France termine troisième par équipes. Se pose donc la question de l'obtention de la médaille de bronze ou non par Jean Bouin : précisons que d'une part il participe aux séries battant d'ailleurs le record de France de la distance et que d'autre part la médaille de bronze lui est attribuée dans certaines sources.
1909 à 1913, les grands succès vignette|Jean Bouin, le , lors de sa tentative réussie de record de France de l'heure.|alt=Photographie noir et blanc de trois coureurs de fond.
Le 1909 à Amiens et pour la première fois, Jean Bouin devient champion de France de cross-country, avec d'avance sur le deuxième.. Le 1909, sur le Cross des nations, le championnat du monde de la discipline, il termine second derrière Edward Wood. Sur piste, le à Colombes, il parvient à battre plusieurs records de France au cours d'une même et seule tentative de record de l'heure : , , demi-heure, , , et celui de l'heure. Il reçoit cette année-là, des mains d'admirateurs marseillais, un chronomètre en or gravé de ses initiales « J. B. ».
En 1910, il est appelé au service militaire et incorpore la du d'infanterie au fort de la Revère près de Nice. Il change également de club et passe au « Club athlétique de la Société générale de Marseille » avec lequel il prépare le national de cross-country qui se court « à domicile » au parc Borély : il en est vainqueur et remporte ainsi son second titre consécutif. Sur le Cross des nations, le à Belfast, il est contraint à l'abandon à la suite d'une chute dès le premier kilomètre, après avoir été la semaine précédente champion de France militaire sur La Vie au grand air, 26 mars 1910, ..
En 1911, il est à nouveau champion de France de cross-country et devient champion du monde de la discipline en remportant le Cross des nations le à Newport-Caerleon. C'est le premier de ses trois succès consécutifs dans l'épreuve entre 1911 et 1913. , l'union des sociétés françaises de sports athlétiques s'interroge sur la réalité du statut d'amateur de Jean Bouin : en effet, la fédération anglaise souhaite le voir disqualifié d'une course de l'heure qu'il a disputée contre le professionnel Louis Bouchard. Arthur Gibassier se charge de clarifier sa situation en se rendant à Paris pour rencontrer les instances de cette fédération. Le , il établit à Colombes le premier record du monde du 10 000 mètres, qui ne sera battu que dix ans plus tard par Paavo Nurmi.
vignette|L'arrivée du 5 000 mètres olympique en 1912 : Jean Bouin est second derrière Hannes Kolehmainen.|alt=Photographie noir et blanc d'une arrivée de course de fond. vignette|gauche|Le masseur « Pastaïre » (assis) entouré de (debout, de gauche à droite) Jean Bouin, François Faber et Georges Carpentier.|alt=Photographie noir et blanc d'un homme assis entouré de trois hommes debout. vignette|Jean Bouin lors du Cross des nations 1913 à Juvisy, qu'il remporte.|alt=Photographie noir et blanc d'un homme en train de courir.
Le grand objectif de la saison 1912 est pour Jean Bouin l'épreuve individuelle de cross-country aux Jeux olympiques d'été, d'autant qu'il est le champion en titre du Cross des nations. La fédération française lui octroie un régime de faveur lui permettant d'arriver en Suède trois semaines avant le reste de la délégation et d'être installé à part dans un hôtel du centre-ville de Stockholm en compagnie de son soigneur Yvelin. Toutefois, il ne termine pas la course de cross-country. ; en revanche, il réussit beaucoup mieux sur : il bat le record de France en série () le puis le lendemain, il remporte la médaille d'argent finissant un mètre derrière le Finlandais Hannes Kolehmainen qui établit à cette occasion le premier record du monde du ..
En 1913, la Société générale qui l'emploie lui permet d'aller s'installer à Paris en lui proposant un nouveau poste. Il intègre donc le « Club athlétique de la Société générale de Paris ». Jean Bouin quitte Marseille en compagnie de Rose Granier : ils s'installent rue Guersant puis rue de Varenne. Dans la capitale, il se lie rapidement d'amitié avec Jérôme Peyre originaire de Marseille, boulanger reconverti en masseur. Ce dernier, surnommé « Pastaïre », a une clientèle de sportifs de haut niveau, dont Roland Garros, Louis Darragon, François Faber ou encore Georges Carpentier avec qui il va aussi se lier d'amitié. « Pastaïre » va également lui présenter Maurice Chevalier et Mistinguett avec lesquels il devient aussi ami. Le , il fait sensation en battant le record du monde de l'heure à Stockholm (battant au passage ceux du et du ) : il parcourt et devient ainsi le premier à dépasser les en une heure. Devenu collaborateur de La Vie au grand airLe reportage de Jean Bouin paraît dans La Vie au grand air, le ., il rédige un grand reportage sur son voyage et record suédois. Son retour gare du Nord est triomphal . est également celle de son troisième succès dans le Cross des nations, organisé à Juvisy en France.
vignette|Georges Hébert (à gauche) et Jean Bouin en toge lors du tournage du film au Parc Pommery de Reims.|alt=Photographie noir et blanc de deux hommes debout en toge.
Peu après, Georges Hébert invite Jean Bouin à se rendre au Collège d'athlètes de Reims, fondé par le marquis de Polignac. Il y est sollicité pour être l'acteur unique d'une petite production cinématographique de . L'original du film est conservé à la Cinémathèque française.
1914 et la Première Guerre mondiale En 1914, Jean Bouin court trois courses : un avec handicap à Marseille (il termine second), le des championnats de France d'athlétisme (il est second derrière René Dantigny) et enfin le à Bruxelles lors d'une compétition France-Belgique au cours de laquelle il remporte le .
Le , Jean Bouin est mobilisé : il est incorporé comme soldat de (avec fonction d’instructeur de sport des armées) au d'infanterie à Nice. Il lui est fait une proposition pour « rester à l'arrière » qu'il refuse. Une soi-disant hypertrophie cardiaque aurait pu lui permettre d’être affecté dans une unité auxiliaire, mais il insiste et exige d'être incorporé dans une unité combattante. Jean Bouin prend le train pour le front le ; il croise sur le quai son cousin Louis Bouin (de Carpentras) à qui il remet le chronomètre en or reçu de ses admirateurs marseillais en 1909.
alt=Le Suprême Repos d'un Athlète|vignette|Le Suprême Repos d'un Athlète : la première tombe de Jean Bouin.
Le se positionne à proximité de Saint-Mihiel, près des frontières allemandes d’avant la Première Guerre mondiale. Il est messager, chargé de la transmission de courriers entre les différentes lignes de front.
Il est tué le à Xivray[https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239daf823295/5242bc79d9110 Alexandre François Etienne Jean Bouin, Mort pour la France le 29-09-1914 (Xivray-et-Marvoisin, 55 - Meuse)