Mohammed Hosni El Sayed Moubarak, couramment appelé Hosni Moubarak (écrit arabe: ), né le à Kafr-el-Meselha et mort le au Caire, est un homme d'État égyptien. Il est président de la république arabe d'Égypte du au , après avoir succédé à Anouar el-Sadate, dont il était le vice-président au moment de son assassinat.

Réélu à plusieurs reprises, son régime est fréquemment qualifié d'autoritaire. Son long mandat a pris fin lors de la révolution égyptienne de 2011, qui le contraint à la démission. Emprisonné et condamné par la justice égyptienne après son départ du pouvoir, il est libéré en 2017 après avoir purgé sa dernière peine de prison. Il meurt neuf ans après la fin de sa présidence.

Jeunesse Carrière militaire gauche|vignette|redresse|Le général Hosni Moubarak en 1973. Mohammed Hosni Saïd Moubarak est né le dans une localité du delta du Nil à Kafr-el-Meselha (gouvernorat de Menufeya).

Après le lycée, il entre à l'Académie militaire égyptienne où il obtient un diplôme en sciences.

En 1950, il entre à l'Académie de l'Armée de l'air égyptienne où il obtient un diplôme en sciences de l'aviation, terminant major de sa promotion. Il progresse ensuite régulièrement dans la hiérarchie, en occupant d'abord un poste de pilote tout d'abord sur Spitfire puis, successivement, les postes d'instructeur, de chef d'escadrille et enfin de commandant de base.

Officier de l’aviation égyptienne sous la présidence de Gamal Abdel Nasser, Hosni Moubarak avait participé aux côtés de l’armée algérienne à la guerre des Sables, conflit frontalier entre le Maroc et l'Algérie en 1963. Capturé par l’armée marocaine, Moubarak a été livré à Nasser en 1964 par Hassan II, lors du sommet arabe tenu au Caire en . En 1964, il est nommé à la tête de la délégation de l'armée égyptienne en URSS où il parfait sa formation, par deux fois. Sur la base de Quant, à proximité de Bichkek (Kirghizistan), il vole sur les bombardiers Iliouchine Il-28 et Tupolev Tu-16. En 1970, il est nommé Air chief marshal.

De 1967 à 1972, lors de la guerre d'usure entre l'Égypte et Israël, Moubarak est directeur de l'Académie de l'armée d'Akhenchour et responsable du personnel de l'armée de l'air dont il devient le commandant en 1972, en même temps que ministre des Affaires militaires. gauche|vignette|Hosni Moubarak avec le président Anouar el-Sadate au siège du Parlement de l'Égypte (1977).

Vice-présidence En , à la suite de la guerre du Kippour, il est à nouveau promu. En , il devient vice-président de la République et, en , il est choisi comme vice-président du Parti national démocratique (PND).

Président de la République Élection de 1981 vignette|gauche|redresse|Une d'Akhbar au sujet de la présidentielle de 1981. À la suite de l'assassinat d'Anouar el-Sadate, Hosni Moubarak est élu président de la République le , lors de l'élection présidentielle anticipée, et prête serment le lendemain. Il devient également président du Parti national démocratique.

Il poursuit la politique de libéralisation de l’économie entamée par Sadate, notamment par la réduction des subventions à l'agriculture et à la consommation, et par la libéralisation des prix. En 1992, il fait annuler les dispositions régissant la location des terres. Généralement appelée « loi pour chasser les paysans de leurs terres », cette loi, combinée aux autres mesures de désengagement de l’État dans l’économie, accroît le mécontentement des populations rurales pauvres, en particulier en Haute-Égypte. Réélections entre 1987 et 1999 gauche|vignette|redresse|Portrait de Moubarak lors de sa campagne électorale de 2005. Moubarak est réélu successivement en 1987, 1993 et 1999. Ses scores de réélection sont souvent supérieurs à 80 %. La validité de ces élections est discutable, sachant qu'aucun autre concurrent ne s'est présenté, de peur de représailles. Elles entérinent ainsi le régime de parti unique et, de ce fait, le président Moubarak est globalement considéré comme un dictateur. L’opposition, notamment celle incarnée par le Parti communiste égyptien ou les Frères musulmans, est réprimée. L’état d’urgence est continuellement imposé, ce qui se traduit par une restriction des libertés civiles, une quasi-interdiction de rassemblement et un développement des arrestations arbitraires et des emprisonnements sans charge.

Bien que la popularité de Moubarak ait augmenté avec le temps et que son rôle de dirigeant du monde arabe se soit solidifié dans les années 1980 et 1990, il perd graduellement le soutien populaire égyptien à partir du milieu des années 1990.

Le , il échappe à une tentative d'assassinat à Addis-Abeba en Éthiopie, revendiqué par la Gamaa al-Islamiya.

La Constitution qu'il met en place reconnaît les « principes de la charia » comme source principale de la législation. Quatrième et cinquième mandats vignette|Hosni Moubarak avec Luiz Inácio Lula da Silva (Le Caire, 8 décembre 2003). vignette|Hosni Moubarak avec le maréchal Mohamed Hussein Tantawi, Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov (Le Caire, ). La performance économique du pays est gâchée par des dépenses gouvernementales jugées excessives et par un secteur public engorgé. L’armée est privilégiée par le régime, au point de constituer, selon L'Humanité, un « État dans l’État » et de contrôler de larges secteurs économiques (routes, transports, tourisme). Les dépenses sociales sont très insuffisantes : selon l’UNICEF, en 2009, 25 % des enfants de moins de 15 ans vivent dans la pauvreté. Moubarak s'oppose à la guerre en Irak de 2003, arguant du fait que le conflit israélo-palestinien est prioritaire. L’Égypte était pourtant membre de la coalition dans la guerre du Golfe en 1991 et le corps expéditionnaire égyptien fut parmi les premiers à se rendre au Koweït pour refouler les forces irakiennes. vignette|gauche|redresse|Hosni Moubarak au Forum économique mondial de 2008. En juillet 2004, Moubarak nomme un nouveau Premier ministre et un nouveau gouvernement. Le nouveau gouvernement n'est pas perçu positivement par de nombreux Égyptiens, et les conditions économiques du pays ne s'améliorent pas. Hosni Moubarak remporte la première élection présidentielle officiellement multipartite d'Égypte avec 88,5 % des voix, le vendredi . D'après Alain Gresh, Hosni Moubarak devient un pilier de la stratégie régionale des États-Unis. Selon L'Humanité, ces derniers versent à l’Égypte deux milliards de dollars par an en aide militaire et économique. Attitude dans le conflit israélo-palestinien Hosni Moubarak est souvent impliqué, lors des conflits israélo-palestiniens, dans les négociations entre les deux factions. Ses positions sont généralement considérées comme pro-israéliennes. Prises de positions largement impopulaires dans le monde arabe et qui lui attirent régulièrement la condamnation de milieux religieux musulmans à l'instar de la condamnation d'une centaine d'oulémas en qui le taxent d’« hérésie » . vignette|Hosni Moubarak aux côtés de Benyamin Netanyahou et Barack Obama en 2010. Défiant envers le Hamas, qui, à la différence du Fatah, refuse de signer le plan de réconciliation interpalestinien négocié par l'Égypte, le régime égyptien entreprend, en , la construction d'une barrière métallique souterraine afin de réduire le flot des produits de contrebande acheminés par tunnels vers la bande de Gaza, dans ce que certains analystes décrivent comme l'un des éléments d'une opération plus vaste orchestrée de concert avec les États-Unis et Israël. La chute de popularité de Moubarak s'accélère avec la mise en lumière de la corruption de son fils Alaa lors d'affaires de marchés publics et de privatisations. Vers la fin de l'année 2000, c'est son autre fils, Gamal, qui fait l'actualité en gravissant les échelons du Parti national démocratique. Gamal réussit à intégrer une nouvelle génération de libéraux dans le parti et le gouvernement. La visibilité et l'influence de Gamal devenant toujours plus importantes, des rumeurs sont apparues selon lesquelles il serait préparé à succéder à son père à la tête de l'État. Révolution égyptienne et renversement

Après l'attentat d'Alexandrie, dans la nuit du au , son impopularité connaît un nouveau sommet, sa dictature policière se révélant incapable de protéger les citoyens. Lors des funérailles collectives des victimes de l’attentat, ses condoléances sont refusées.

Néanmoins, Hosni Moubarak est surpris par d’importantes manifestations hostiles à son pouvoir qui éclatent en Égypte à partir du . Ces manifestations se déroulent peu après la révolution tunisienne, dont la réussite fait tomber le « mur de la peur », qui empêchait les Égyptiens de manifester, par peur de la police. Le , il décide de limoger le gouvernement. Les manifestants jugent cette décision insuffisante, déclarant que des élections équitables doivent être mises en place, et les gouvernements occidentaux réclament plus de liberté et de réformes économiques, politiques et sociales visant à améliorer le bien-être de la population égyptienne. Le lendemain de l'annonce de la démission de son gouvernement, il désigne le général Ahmed Chafik, chef d'état-major de l'armée de l'air, au poste de Premier ministre et nomme Omar Souleiman, chef des services de renseignements, premier vice-président d'Égypte.

Le , il annonce que l'Assemblée devrait retoucher la Constitution (articles 76 et 77) de façon à limiter le nombre de mandats présidentiels tout en affirmant qu'il irait au bout de son cinquième mandat qui expire en , soit près de 30 ans à la tête de l'Égypte. Projetant des réformes politiques, il affirme : . Et encore : . Ce discours est bien perçu par les Égyptiens, qui ne sont informés dans la période du au que par la télévision d’État (Internet ayant été coupé), et le président a su faire passer une certaine émotion. Mais l’attaque des occupants de la place Tahrir, qui a lieu en même temps que la réouverture des canaux d’information alternatifs, retourne l’opinion contre lui. Les manifestations reprennent, avec encore plus d’ampleur. Les grèves se généralisent, ce qui conduit les généraux, qui craignent de perdre leurs revenus, à lui imposer une démission.

Dans un dernier discours, prononcé le , il annonce son intention de conserver son poste de président de la République jusqu'à la tenue d'élections libres, ainsi que le transfert de ses pouvoirs au vice-président Omar Souleiman. Ce discours provoque la fureur des manifestants, qui projettent alors de prendre le contrôle des bâtiments officiels (télévision d’État, Parlement) et de marcher sur la présidence de la République, à Héliopolis. Les militaires lui forcent alors la main, et le nouveau vice-président annonce la démission d’Hosni Moubarak. Le , Hosni Moubarak quitte la capitale égyptienne pour s'installer à Charm el-Cheikh avec sa famille . Omar Souleiman annonce quelques heures plus tard que Moubarak démissionne de ses fonctions de président de la République, ce qui provoque des scènes de liesse au Caire et dans toute l'Égypte.

Après la chute Arrestation et hospitalisation