Monique Serf, dite BarbaraBarbara Brodi à ses débuts., est une autrice-compositrice-interprète française, née le à et morte le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Sa poésie, servie par l'harmonie de ses compositions et la finesse de ses interprétations, lui assure un public fidèle quarante ans durant. Nombre de ses chansons sont devenues des classiques de la chanson française, notamment : Une petite cantate, Dis, quand reviendras-tu ?, Nantes, Göttingen, La Dame brune, L'Aigle noir, Marienbad ou encore Ma plus belle histoire d'amour.
Barbara joue dans trois films pour le cinéma et dans deux pièces musicales, Madame en 1970 et Lily passion (avec Gérard Depardieu) en 1986.
Biographie Enfance vignette|gauche|Le 6, rue Brochant. Monique Andrée Serf est née le au 6, rue Brochant dans le , au domicile de ses parents, Jacques Serf (1904-1959)., Juif alsacien représentant de commerce dans la fourrure, et Esther Brodsky (1905-1967)., également Juive et née à Tiraspol (dans l'Empire russe, aujourd'hui en Moldavie), fonctionnaire à la préfecture de Paris.. Elle passe les premières années de sa vie dans le quartier des Batignolles en compagnie de ses parents, de sa grand-mère maternelle Hava Poustilnikov (1878-1946) née à Zlatopil (en Ukraine, alors dans l'Empire russe) et de son frère Jean (1928-2014).. Elle vit notamment avec sa grand-mère dans la rue Nollet.. voisine.
Sa jeunesse est marquée par des déménagements successifs, notamment en 1938, au 26 rue Mulsant à Roanne (Loire), où naît sa sœur Régine en août de la même année, puis en 1941, au rue des Carmes à Tarbes (Hautes-Pyrénées), où naît son frère Claude en . Les déménagements continuent sous l'occupation allemande pour échapper à la chasse faite aux Juifs par les nazis. S'y ajoutent les séparations pour déjouer les dénonciations. De à , les Serf sont cachés par la famille du chef d'orchestre Jean-Paul Penin à Préaux (Indre), puis à Saint-Marcellin (Isère). À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les membres de la famille se retrouvent au Ernest-André au Vésinet (Yvelines), où Barbara prend des cours de chant et de piano, avant d'emménager en à Paris..
Barbara subit le comportement incestueux de son père pendant son enfance. En 1941, alors qu'elle a dix ans et demi, à Tarbes, son père abuse d'elle pour la première fois. , écrit-elleDans ses mémoires inachevés, elle écrira : Cf. . Personne ne dénonce l'inceste dans sa famille. Puis, en Bretagne, elle fugue et s'adresse à une gendarmerie. On l'écoute mais sa plainte n'est pas enregistrée. Son père revient la chercher et laisse entendre qu'elle affabule. En 1949, alors qu'elle n'a que , son père quitte définitivement le foyer familial, mettant ainsi fin aux violences., mais elle n'en fait le récit que très tardivement, dans ses mémoires dont la rédaction est interrompue par sa mort en 1997., sans toutefois se décider à employer les mots « viol » et « inceste ». Beaucoup de personnes se sont interrogées sur le sens réel des paroles de L'Aigle noir. De son vivant, Barbara se dérobait à chaque fois, prétextant que cela ne concernait qu'elle : , disait-elle. Selon le chanteur Patrick Bruel (qui reprend le titre en 2015 sur l'album Très souvent, je pense à vous…), ces paroles seraient une référence à l'emblème de l’Allemagne nazie et à la vie d'errance et de danger durant l'enfance de la chanteuse. Le journaliste Pierre Adrian commente :
Premières vocalises En 1946, les Serf s'installent au 50, rue Vitruve, dans le de Paris. Monique Serf a . L'été est assombri par la mort de sa grand-mère. Peu attirée par les études, elle ambitionne depuis longtemps de devenir pianiste mais son rêve est brisé depuis 1944, un kyste à la main droite ayant obligé les médecins de Grenoble à intervenir à sept reprises et sectionner les tendons.. Ses parents promettent de lui offrir des cours de chant. Elle s'inscrit à ceux de . Sa vie en est changée. Au bout de quelques leçons, son professeur la présente à Gabriel Paulet, enseignant au Conservatoire de Paris, qui la prend comme élève en 1947.
Dans le nouvel appartement, un piano loué par son père est installé ; Monique Serf en joue d'instinct, sans prendre de leçons. La jeune fille entre au Conservatoire comme auditrice / Source : Barbara, Il était un piano noir… Fayard, 1998., mais au répertoire de chant classique, qui l'ennuie, elle préfère celui de la chanson populaire, ayant rencontré à l'ABC le répertoire d'Édith Piaf. Elle arrête les cours en 1948. La même année, après avoir passé une audition au théâtre Mogador, elle est engagée comme mannequin-choriste dans l'opérette Violettes impériales.
Un jour de 1949, son père abandonne soudainement le foyer, pour ne plus y revenir. Bientôt, la même année, la location du piano ne peut plus être honoréeFrançois Faurant, Biographie chronologique de Barbara, sur le site www.passion-barbara.net.. Contrainte de s'en séparer, elle vit un déchirement.
La période belge : Monique Serf devient Barbara Voulant à tout prix concrétiser son rêve, devenir , elle quitte Paris en . Grâce à l'argent prêté par une amie, elle se rend à Bruxelles chez un cousin, Sacha Piroutsky, qu'elle quitte au bout de deux mois car il devenait violent. Sans ressources ni connaissances, la vie est difficile. Au hasard d'une rencontre, elle rejoint une communauté d'artistes à Charleroi, qui se réunit dans un local appelé La Mansarde.. Là, elle trouve de l'aide et commence à chanter dans des cabarets sous le nom de Barbara Brodi (en l'honneur d'une de ses aïeules ukrainiennes appelée Varvara, ou de sa grand-mère Hava Brodsky).. Son répertoire est constitué de chansons d’Édith Piaf, Marianne Oswald, Germaine Montero, Juliette Gréco. Chaque fois, le public la siffle copieusement. En 1950, elle rencontre Jacques Brel qui, comme elle, tente de percer en se produisant dans divers cabarets. Elle ajoute à son répertoire les premières chansons de cet auteur-compositeur en herbe avec qui elle va se lier d'une très grande amitié discrète mais indéfectible, pleine de complicité et d'admiration mutuelle. Plus tard, tandis que Barbara ne chante encore que des chansons écrites par d'autres, Brel l'encourage à écrire elle-même ses propres chansons ; il sera donc le premier à qui elle fera découvrir ses premiers textes, dont ses premiers succès. Brel dira : En 1971, il lui offrira un premier rôle dans son film Franz. À partir de 1981, soit trois ans après la mort de Brel, La Valse de Franz, composée par Brel, sera jouée dans tous les spectacles de Barbara. En 1990, elle créera au théâtre Mogador la chanson Gauguin (Lettre à Jacques Brel)..
Fin 1951, elle retourne vivre chez son oncle au 131 rue Marcadet à Paris pour des auditions sans lendemain, dont une au cabaret La Fontaine des Quatre-Saisons dont la programmation est déjà faite et où on lui propose une place de plongeuse pour un an. Elle peut toutefois y rencontrer et observer, sans jamais chanter, Boris Vian avec Henri Crolla et Louis Bessières ou encore Mouloudji. Elle revient à Bruxelles où un ami du groupe de Charleroi lui donne l'occasion de chanter. Elle est mise en relation avec Ethery Rouchadze, pianiste géorgienne qui accepte de l'accompagner et auprès de qui elle se perfectionnera au piano. Cette dernière lui présente Claude Sluys, jeune avocat... Habitué des lieux de spectacles, il se pique d'écrire quelques chansons. Fin 1952, il déniche le « théâtre du Cheval blanc » et use de ses relations pour y ouvrir un cabaret afin qu'elle s'y produise sous le nom de Barbara.
Premiers succès, première télé, premiers enregistrements Le bouche à oreille aidant, le succès ne se fait pas attendre. Le , Barbara épouse Claude Sluys. Au début de l’année 1955, elle enregistre deux chansons chez Decca : Mon pote le Gitan et L'Œillet blanc (parfois noté L'Œillet rouge), diffusées en et .
En 1955, les époux se séparent. À la fin de l'année, Barbara retourne à Paris où elle chante dans de petits cabarets : La Rose rouge en 1956, Chez Moineau en 1957, puis en 1958 à L'Écluse, où elle chante déjà pour de courts engagements. En 1958, elle réussit à s'imposer, sous le surnom de La Chanteuse de minuit, si bien que sa notoriété grandit et lui attire un public de fidèles, en particulier parmi les étudiants du Quartier latin. Sous le nom de Barbara, elle effectue son premier passage à la télévision, le , sur l’unique chaîne de la RTF, dans l’émission Cabaret du Soir, où la présentatrice la compare à Yvette Guilbert et lui assure .
À cette époque, poussée par son ami Brel, elle commence à écrire. Remarquée et engagée par Pathé-Marconi, elle enregistre, sous le label La Voix de son Maître, son premier super 45 tours, La Chanteuse de minuit, avec deux de ses propres chansons : J’ai troqué et J’ai tué l'amour, ainsi qu'au printemps 1959 son premier (Barbara à L'Écluse).
En , apprenant que son père est mourant et la réclame auprès de lui à Nantes, elle s'y précipite, mais arrive trop tard. À la vue de son corps, à la morgue, ses sentiments oscillent entre fascination, panique, mépris, haine, d'une part, et un immense désespoir d'autre part : : . Au lendemain de l’enterrement, elle commence l’écriture de la chanson Nantes, qu'elle achève quatre ans plus tard, quelques heures avant son passage au théâtre des Capucines, le ; ce sera l'une de ses plus grandes chansons.
En 1960, elle change de maison de disques pour signer chez Odeon. Elle enregistre Barbara chante Brassens puis Barbara chante Jacques Brel : le premier de ces albums est couronné par l’Académie Charles-Cros dans la catégorie « Meilleure interprète ».
La période parisienne En 1961, elle décroche un tour de chant du 9 au , en première partie de Félix Marten à Bobino. Sa performance est peu appréciée, sa présentation jugée austère, à l’évidence pas encore prête pour les grandes scènes. Loin de se décourager, elle reprend ses récitals à L’Écluse. La même année, elle se rend à Abidjan, où elle retrouve son amant, le diplomate Hubert Ballay ; elle lui écrira Dis, quand reviendras-tu ?, avant de le quitterVéronique Mortaigne, Barbara, intacte et lumineuse, Le Monde, 24 novembre 2007..
Deux années plus tard, les mardis de novembre et , au théâtre des Capucines, elle retient et capte l'attention avec un répertoire nouveau comprenant deux de ses chansons : Nantes et Dis, quand reviendras-tu ?. Le succès est tel que Louis Hazan, directeur de la maison de disques Philips, lui fait signer un contrat. Séduit, Georges Brassens lui propose la première partie de son prochain spectacle à Bobino.