(ou Chlotar, Clothar, Chlotochar ou Hlothar) dit « le Jeune », né en mai 584 et mort le , est roi de Neustrie de 584 à 613 et roi des Francs de 613 à 629, après la conquête du royaume d'Austrasie et du royaume de Bourgogne.

Sa victoire de 613 sur la reine Brunehaut met fin à la longue période de guerres entre rois francs, commencée en 570, et dont deux protagonistes ont été les parents de Clotaire, et Frédégonde.

Contexte historique Les territoires francs au Le règne de se situe dans le cadre territorial et politique issu du partage du royaume franc, effectué en 561 à la mort de Clotaire, fils de Clovis et grand-père de .

À la mort de Clovis, en 511, la Gaule est divisée en quatre royaumes de taille équivalente, avec pour capitales Reims, Soissons, Paris et Orléans ; les quatre fils de Clovis héritant chacun d'un royaume. Dans les années 550, Clotaire, dernier survivant des quatre frères, reconstitue l'unité du royaume franc, augmenté du territoire burgonde, conquis entretemps.

En 561, les quatre fils de Clotaire effectuent un partage analogue à celui de 511 : Sigebert à Reims, Chilpéric à Soissons, à Paris, Gontran à Orléans, ce dernier royaume incluant maintenant le territoire burgonde. Très vite, Sigebert déplace sa capitale de Reims à Metz ; Gontran déplace la sienne d'Orléans à Chalon.

À la mort de Caribert en 567, son royaume est partagé entre les trois survivants : en particulier, Sigebert (Metz) reçoit Paris et Chilpéric (Soissons), Rouen.

C'est à cette époque, vers la fin du , qu'apparaissent les deux nouvelles dénominations d'Austrasie pour le royaume de Metz et de Neustrie pour le royaume de Soissons et ses dépendances.

La faide royale et les ambitions de Frédégonde Dans les années 560, Sigebert et Chilpéric épousent deux sœurs, filles du roi wisigoth d'Espagne Athanagild : les princesses Brunehaut et Galswinthe. Mais Chilpéric est attaché à une concubine : Frédégonde, et assez rapidement, Galswinthe réclame d'être renvoyée à Tolède. Vers 570, elle est assassinée, et les soupçons se portent sur Chilpéric, qui aurait volontiers répudié Galswinthe, mais ne voulait pas qu'elle emporte sa dot. Puis il fait officiellement de Frédégonde une reine des Francs.

En l'absence de père, mort depuis quelques années, c'est Brunehaut qui devient responsable des représailles contre Chilpéric. Celui-ci accepte d'abord de payer une contribution (wergeld), puis se lance dans une série d'opérations militaires contre Sigebert. C'est le début de ce qu'on appelle la « faide royale »Le mot d'origine germanique « faide » correspond plus ou moins à « vendetta »., qui ne prendra fin qu'en 613.

Les principaux épisodes sont, jusqu'à l'assassinat de Chilpéric en 584 : l'assassinat de Sigebert (575) ; l'emprisonnement de Brunehaut, puis son remariage avec un fils de Chilpéric ; le retour de Brunehaut auprès de son fils , successeur de Sigebert.

Par ailleurs, Frédégonde s'efforce d'assurer sa position, assez fragile étant donné qu'elle est d'origine servile, en éliminant les fils que Chilpéric a eus de sa première épouse Audovère : Mérovée et Clovis. Ses propres enfants, cependant, meurent très jeunes, dans des conditions qu'elle juge suspectes.

Lorsque Frédégonde a un fils au printemps 584, il est le futur successeur de Chilpéric, mais à condition de vivre assez longtemps.

Sources

Les principales sources d'époque sont les chroniques de Frédégaire et de Grégoire de Tours. Mais il faut savoir que leurs auteurs sont de parti pris, Grégoire étant même un acteur des conflits de l'époque.

L'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, de la fin du , s'arrête vers 592. Elle est favorable à la reine Brunehaut et à Sigebert, et extrêmement hostile à Chilpéric et à Frédégonde.

La Chronique de Frédégaire, du , commençant en 584, est en revanche hostile à Brunehaut.

Biographie vignette|gauche| traitant avec les Lombards (miniature des Grandes chroniques de France ; manuscrit 512 de la bibliothèque municipale de Toulouse, ).

Naissance (mai 584) Le nouveau-né ne reçoit pas de nom à sa naissance ; ceci dans le but de ne pas propager d'inquiétude liée à la symbolique du nom mérovingien. Voulant choisir un parrain en fonction de l'évolution des troubles qui agitent le royaume des Francs, son père ne le fait pas baptiser immédiatementBruno Dumézil, La reine Brunehaut, Paris, éditions Fayard, 2008, 212..

Chilpéric et Frédégonde ont aussi le souci de protéger leur enfant, étant donné que ses prédécesseurs, morts jeunes, ont peut-être été victimes d'assassinat.

Il est élevé en secret dans la villa royale de Vitry-en-Artois.

Mort de Chilpéric (septembre 584) et ses conséquences En septembre 584, est assassiné près de sa villa de Chelles, peut-être sur ordre de sa femme Frédégonde ou de la reine d'Austrasie BrunehautFrédégaire, Chronique, , 93., après une partie de chasse. Cet événement produit un désordre général.

Désordres dans le royaume Les grands de Neustrie pillent les trésors de Chilpéric, notamment son missorium d'orGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 4., s'emparent de tous les documents importants et partent se réfugier en Austrasie.

La princesse Rigonde, en chemin vers l'Espagne en vue d'épouser le prince Recarède, est attaquée à Toulouse par le duc Didier, lié à la conspiration de Gondovald, qui lui vole tout ce qui reste de sa dot, de sorte qu'elle est obligée de renoncer à son mariageGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 9..

Des guerres éclatent entre des cités rivales, ainsi Orléans et Blois se dressent contre Chartres et ChâteaudunGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 2..

Rapprochement de Frédégonde avec Gontran La reine Frédégonde réussit à conserver ses trésors personnels et quelques officiers, comme Ansoald et AudonGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 15., alors que d'autres l'abandonnent, comme le chambrier EberulfGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 21.. Elle fait emmener son fils de Vitry à Paris et envoie un message à Gontran, roi de Bourgogne, pour qu'il accepte d'adopter l'enfantGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 5. et d'exercer la régence jusqu'à sa majorité.

, qui se trouvait vers Meaux au moment du meurtre de Chilpéric, se déplace à Melun, envisageant de prendre Paris, mais Gontran le devance. Des pourparlers s'engagent entre et Brunehaut d'une part, et Gontran d'autre part, mais Gontran refuse qu'ils entrent dans la ville. Il refuse également de leur livrer Frédégonde, que Brunehaut réclame, en invoquant le régicide de , des princes Mérovée et Clovis, et même de .

Assemblée de Neustrie et reconnaissance de Clotaire Gontran convoque ensuite une assemblée des Grands de Neustrie, au cours de laquelle l'enfant de Frédégonde est reconnu comme fils de , bien que des doutes sur sa paternité aient été évoquésGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 9.. Ils décident de lui donner le nom de ClotaireGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 7., nom du grand-père du nouveau-né. Celui-ci est alors adopté par Gontran.

Gouvernement de Gontran (584 – 587) Reprise en main du royaume de Neustrie Ansoald est chargé de reprendre le contrôle des villes neustriennes délaissées depuis la mort du roiLa date de 587 n'est pas sûre : elle dépend de la date de l'assassinat de Prétextat.. Elles font alors serment de fidélité à Gontran et à ClotaireGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 8.. Gontran tente de remettre de l'ordre dans les affaires de Neustrie : contre l'avis de Frédégonde et peut-être pour montrer son autoritéGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 16., il redonne son siège épiscopal de Rouen à PrétextatPrétextat avait marié Brunehaut et Mérovée, devenant ainsi un adversaire de Frédégonde. et démet de ses fonctions Melaine qui le remplaçait.

L'évêque Promotus de Châteaudun, dont le diocèse avait été rétrogradé en paroisse à la suite du concile de Paris en 573 pour avoir été nommé à ce poste au mépris des lois canoniques, réclame sa restitution après avoir été exilé à la mort de . Il ne récupère que ses biens personnelsGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 17..

Quelque temps après, réapparaît la menace austrasienne.

Deux envoyés de Brunehaut, le duc Gararic et le chambrier Eberon, réussissent à faire passer LimogesGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 13., Tours et Poitiers sous influence austrasienne, avec l'aide des évêques Grégoire de Tours et Venance FortunatGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 12.. Gontran envoie des troupes récupérer les cités perdues, qui sont toutes reprises et retournent dans ses États.

Frédégonde est envoyée dans la villa de Vaudreuil, dans le diocèse de RouenGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 19., où elle est sous la surveillance de l'évêque Prétextat.

Baptême de Clotaire Durant l'été 585, Gontran revient à Paris pour être le parrain de Clotaire ; il fait jurer à Frédégonde, trois évêques et trois cents aristocrates de Neustrie, que est bien fils de . Mais le baptême est annuléGrégoire de Tours évoque un baptême prévu en 585, dans le d'Historia Francorum, puis signale que le baptême s'est déroulé en 591, dans le , Grégoire de Tours, Historia Francorum, , 1 et Grégoire de Tours, Historia Francorum, , 28.. Il est prévu de réunir un concile à Troyes, mais les Austrasiens refusent d'y participer si Gontran ne déshérite pas Clotaire. Le concile est donc déplacé à Mâcon (en Bourgogne) et a lieu le .

Rétablissement de Frédégonde et conflit avec Gontran (587 – 592) vignette|gauche|Frédégonde visite Prétextat sur son lit de mort par Lawrence Alma-Tadema. Alors que Gontran tente de s'emparer de la Septimanie wisigothique, Frédégonde tente d'échapper à la surveillance de l'évêque Prétextat pour fuir Rouen. Durant une messe dominicale, Prétextat est poignardé. Comme il ne meurt pas tout de suite, Frédégonde va se recueillir auprès de lui et lui demande s'il a besoin de ses médecins. L'évêque l'accuse ouvertement d'être à l'origine de ce meurtre et de celui des autres rois et il jette une malédiction sur elle. Il meurt peu après.

La reine utilise alors sa liberté pour rallier à son fils et à elle le plus possible de nobles et d'évêques. Elle réinstalle Melaine à Rouen malgré l'interdiction de GontranGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 31..

Gontran s'efforce alors d'affaiblir Frédégonde en débauchant une partie de l'aristocratie, afin d'au moins conserver les terres neustriennes qu'il a accaparées entre Loire et Seine, grâce au ralliement du duc BeppolèneGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 42.. En 587, il réussit à reprendre les villes d'Angers, Saintes et NantesGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 43..

Frédégonde propose alors de négocier la paix et envoie à Gontran des ambassadeurs, en réalité chargés de le tuer. Mais ils sont arrêtés et Gontran rompt ses relations avec la NeustrieGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 44., se rapprochant alors de Brunehaut et de , avec lesquels il conclut le pacte d'Andelot : à la mort d'un des deux rois, l'autre héritera de son royaume. C'est effectivement ce qui survient en 592 : Gontran meurt et Childebert devient roi d'Austrasie et de Bourgogne.

Relations avec l'Austrasie et la Bourgogne (592 – 613) L'union Austrasie-Bourgogne ne dure que jusqu'en 595 ; à la mort de , l'Austrasie est attribuée à son fils Thibert (ou Théodebert) et la Bourgogne à son fils Thierry (ou Théodoric) ; Brunehaut est toujours présente, mais son pouvoir et son rôle de régente ne sont pas toujours acceptés, et les deux frères sont loin d'être toujours en accord.

Avec Frédégonde (592 – 597) En 593, même s'il ne s'agit que d'une présence symbolique car il n'a que neuf ans, apparaît à la tête de ses armées qui mettent en déroute le duc austrasien Wintrio qui cherche à envahir la Neustrie. En 596, il ravage les environs de Paris.

La reine Frédégonde meurt en 597, laissant Clotaire gouverner désormais seul.

Défaite de Dormelles (600) et ses conséquences