thumb|Commentaire du Sūtra du Lotus datant de 615, copie attribuée au prince japonais Shōtoku. Le Sūtra du Lotus est l'un des plus importants sūtra dans le bouddhisme mahāyāna. Le titre complet est, en sanskrit, soit.. On connaît en fait ce sûtra par sa version sanskrite ainsi que par différentes traductions en chinois.
Il s'agit d'un sūtra très populaire en Chine et au Japon. Certaines de ses parties comptent peut-être parmi les plus anciens sūtra du mahāyāna. Il occupe une place centrale dans plusieurs écoles du courant mahāyāna, et c'est sur la base de ce sūtra que furent fondées les écoles Tiantai en Chine, ainsi que Tendai et Nichiren au Japon. L'universitaire britannique affirme que « pour de nombreux bouddhistes d'Asie du Sud-Est et depuis des temps très anciens, le Sūtra du Lotus contient l'enseignement final du Bouddha, complet, et suffisant pour le salut. »
Le sūtra se présente comme une manifestation du plus haut degré d’enseignement du Bouddha, l’, « véhicule unique » (au sens d'ultime), dans lequel sont subsumés les autres yāna (« véhicules »), à savoir le véhicule des auditeurs (shrāvakayāna), celui des bouddhas par eux-mêmes » (pratyekabuddhayāna) et celui des boddhisattva (bodhisattvayāna). La notion de moyens habiles ou opportuns (upāya), y joue un rôle important, et une grande emphase est mise sur la dévotion, qui, assure le sūtra, peut mener à l'éveil aussi bien que l’ascèse traditionnelle, en particulier durant la période de déclin du bouddhisme.
Titre Le titre du sūtra peut légèrement varier selon les traductions, et selon qu'il est abrégé ou non. On a donc, en sanskrit, . En chinois, il a existé six traductions, dont trois seulement sont conservées . Mentionnons les deux premières : Zhengfahuajing (正法華經), — Livre du Lotus de la Loi correcte — dans la traduction de en , et Miàofǎ Liánhuā Jīng () — Sûtra de la Fleur de Lotus de la Loi sublime — dans la traduction de Kumarajiva en , la plus populaire — titre souvent abrégé en Fǎhuā Jīng () — Sutra de la Fleur de la Loi —, et une troisième traduction en 601, due à Dharmagupta. En caractères kanji japonais, on a Myōhō-Renge-Kyō (妙法蓮華経)Référencé dans le Taisho : 9, 262 (anciennement abrégé en Hokkekyō) ; en coréen Myobeop Yeonhwa Kyong ; en vietnamien Kinh Diệu Pháp Liên Hoa.
Dans sa première traduction en langue européenne, due à Eugène Burnouf et publiée en 1852, le titre retenu est . Quant à Sūtra du Lotus, il s'agit du titre donné dans une ancienne traduction en anglais, et qui reste encore utilisé.
On trouve d'autres traductions du titre en français : Sūtra du lotus blanc du dharma sublime ; Sūtra du lotus de la loi merveilleuse ; Sūtra du lotus du dharma merveilleux ; Sūtra du lotus du noble dharma ; Sūtra du lotus du vrai dharma.
Le titre de Kumarajiva Jean-Noël Robert relève que le sanskrit saddharma, rendu en « bonne Loi » par Burnouf, est traduit « Loi correcte » par Dharmaraksha, ce qui correspond très bien au sens du premier mot sad : « réel, vrai, juste, bon ». En revanche, la version de Kumarajiva est plus délicate à traduire. Le terme miao est un mot très chargé dans la littérature chinoise. Il s'écrit avec la clé indiquant « Femme » ou « Mystère », déjà utilisé dans le Tao Te King où il véhicule l'idée du beau, du mystérieux, du sublime et du subtil. J.N. Robert poursuit en précisant que le choix de ce mot (alors même que le plus souvent on a continué à utiliser « Loi correcte ») a été est une « réussite indéniable » du traducteur, qui .
Histoire du texte Circonstances de la rédaction Dans la tradition bouddhiste Le Sūtra du Lotus se présente comme un enseignement prodigué par le Bouddha à la fin de sa vie terrestre, à Rajagriha, au Pic des Vautours (ou Pic sacré de l'Aigle) où furent donnés selon la tradition chinoise tous les enseignements mahāyāna. Cet enseignement, trop difficile pour les gens de l’époque, devait être révélé plus tard. C’est ainsi que le Sûtra du Lotus aurait été conservé dans le monde des Nâgas jusqu’à l’époque du quatrième concile. Selon la pensée mahāyāna, l’enseignement provient du bouddha éternel dont le Bouddha historique est la manifestation ; ses trois corps (dharmakaya, nirmanakaya et sambhogakaya) n’étant pas des entités séparées mais des expressions de l'unique ainsité (tathāta).
Selon la recherche académique La composition du texte, réalisée en plusieurs étapes, s'étagerait entre le et le milieu du , soit plusieurs siècles après la mort du Bouddha Paul Williams, Mahāyāna Buddhism: the doctrinal foundations, Routledge, 1989, . .. Selon le traducteur Burton Watson, il pourrait, à l'origine, avoir été écrit dans un dialecte prâkrit avant d'être traduit en sanskrit plus tard afin qu'il gagne ainsi une plus grande respectabilité Burton Watson (trad.), The Lotus Sutra, New York, 1993, Columbia University Press, .. Jan Nattier Jan Nattier, A Guide to the Earliest Chinese Buddhist Translations, Bibliotheca Philologica et Philosophica Buddhica X, IRIABS, Tokyo, 2008. a d’ailleurs avancé que ce serait le cas pour presque tous les sûtras parvenus en Chine avant le . Des fragments en sanskrit d’une version d’Asie centrale, indépendante de la version chinoise, ont été retrouvés dans les années 1990Matsuda Kazunobu, New Sanskrit Fragments of the Saddharmapu.n.dariikasuutra in the Schoyen Collection, Norway, The Journal of Oriental Studies, , 2000, .. Des versions sanskrites tardives ont été retrouvées au Gilgit () et au Népal ().
Traductions En chinois vignette|Passage du Sūtra du Lotus, Japon, . Bien qu'il y ait probablement eu plusieurs traductions en chinois, on a gardé la trace de seulement six d'entre elles, dont trois ont été conservées. Il fut d'abord traduit par en 286 avant d'être retraduit 妙法蓮華経 (Miàofǎ Liánhuā Jīng) en huit rouleaux (ou fascicules), chacun comprenant deux à cinq chapitres, par Kumārajīva en 406, version considérée comme définitive. La plus ancienne édition illustrée de ce soutra, datée de 868, a été retrouvée en Chine à Dunhuang.
En tibétain Le sūtra est traduit en tibétain au , sous le titre (Damchö Pekar), par le pandit indien Surendra, assistant le traducteur .
En français et anglais La première traduction en français a été réalisée en 1840, mais publiée en 1852, par Eugène Burnouf (Le Lotus de la Bonne Loi), à partir d'une version sanskrite primitive postérieure aux versions chinoisesAkira Yuyama: Eugene Burnouf: The Background to his Research into the Lotus Sutra, Bibliotheca Philologica et Philosophica Buddhica, Vol. III, The International Research Institute for Advanced Buddhology, Tokyo 1998, , (2000). Internet Archive. Il fut le premier à le traduire dans une langue occidentale. En 1997, Jean-Noël Robert traduit la version chinoise de Kumarajiva.
La première traduction anglaise date, elle, de 1884 et elle est due à Johan Hendrik Caspar Kern, toujours à partir du texte sanskritKern, H. (tr.). Saddharma Pundarîka or the Lotus of the True Law. Sacred Books of the East, Vol. XXI, Clarendon Press, Oxford 1884.. On doit d'autres traductions anglaises, à partir du chinois, à Leon Hurvitz, Burton Watson à côté d'autres traducteursHurvitz, Leon (trad). Scripture of the Lotus Blossom of the Fine Dharma: The Lotus Sutra, Columbia University Press, New York 1976..
Nombre de chapitres composant le sūtra Le Sūtra du Lotus se compose dans la version sanskrite et tibétaine, de vingt-sept chapitres. Il y a vingt-huit chapitres répartis en huit volumes dans la version chinoise de Kumārajīva du fait de l'ajout d'un chapitre à part sur Devadatta et la fille du Roi-dragon (le douzième), qui était intégré au chapitre 11 de la version sanskrite. Le titre de ces chapitres varie selon les traducteursLes traductions conservent généralement les noms des bodhisattvas, le sinologue Burton Watson a pris le parti de traduire leur nom comme étant leurs fonctions respectives. Pour la traduction française éditée aux Indes savantes en , la sinologue Sylvie Servan-Schreiber et Marc Albert ont respecté ce choix..
Transmissions et influences thumb|Reliquaire bouddhique portatif représentant le Bouddha prêchant le Sûtra du Lotus, Chine (~, Dynastie Song). Zhiyi (538–597), fondateur du courant T'ien-t'ai chinois, le mit au centre de son enseignement et en fit l’un des sûtras les plus populaires de Chine. Des fragments parvinrent assez tôt au Japon. Selon le Nihon Shoki, le prince Shotoku (574-622) en était un fervent lecteur ; une copie partielle datant de 615 lui est attribuée par la tradition, quoique les spécialistes soient partagés sur cette attribution. On a suggéré que ce sûtra aurait inspiré la constitution reflétant les idéaux bouddhistes que Shotoku fit promulguer.
Parti étudier le bouddhisme en Chine, Saicho (767-822) en rapporta un exemplaire complet au Japon ; il devint alors le texte principal de l’influente école Tendai (nom japonais de l'école T'ien-t'ai / Tiantai) et influença également le courant Jodo.
Dôgen (1200-1253), fondateur de l'école zen sôtô au Japon mais ancien moine de l'école Tendai, avait une grande estime pour ce texte. Il écrit dans le Shôbôgenzô: (Shôbôgenzô kie buppôsôbô, « Prendre refuge dans les trois trésors »)Cité par Éric Rommeluère, Hokkekyo le sutra du lotus dans le zen, www.zen-occidental.net (Consulté le 13 juin 2020).
Dans l'école zen japonaise, deux chapitres sont privilégiés, le seizième, « La longévité de l'Ainsi-Venu » et le vingt-cinquième, « La porte universelle du bodhisattva qui considère les voix du Monde » (japonais : Kanzeon bosatsu fumonbon), ce dernier circulant à part sous le titre Kannongyô, « sutra de Kannon », utilisé également par les écoles Tendai et Shingon.
Toujours au , le moine Nichiren (« Soleil-Lotus ») fonde en une nouvelle branche du bouddhisme japonais qui renforce l’importance de ce sûtra tout en lui donnant une interprétation particulière : il le considère comme le seul enseignement correct à propager à l’époque actuelle de la Fin de la Loi (Mappō). Son étude approfondie des commentaires du Maître Tiantai Zhiyi et de (appelé aussi Zhangan ou Guàndǐng 灌頂 : 561-632), son disciple et successeur, lui apporte la confirmation que le titre du Sûtra du Lotus rassemble l'enseignement de l’ensemble du texte et possède la même puissance salvatrice, en cette vie-ci. Ainsi il fait de la récitation de ce titre (Daimoku) , Nam-myōhō-renge-kyō (Dévotion au Sûtra du Lotus de la Loi merveilleuse), un rituel essentiel. Des extraits du Sūtra sont récités quotidiennement par les pratiquants des différentes écoles du courant Nichiren.
Doctrine et interprétations Texte mahāyāna, le Sûtra du Lotus envisage un « bouddha éternel »ou « véritable bouddha » : considéré sous trois aspects ou « Trois Corps » : le « Corps du Dharma ou de la Loi » et ses émanations perceptibles : le « Corps de félicité ou de rétribution », qui désigne la sagesse, et du « Corps d’émancipation ou de manifestation » exprimant les actions bienveillantes d’un bouddha pour sauver les êtres vivants et la forme physique qu’il emprunte dans ce but ; celui qui prodigue cet enseignement (au chapitre XVI (SdL-XVI, La durée de la vie de l’Ainsi-venu, 221)) est le Bouddha historique doté de ces trois aspects ou dimensions de la réalité absolue ou ultime.
Pour la première fois, le terme mahāyāna — « grand véhicule » — est qualifié de voie plus efficace que celles de l’auditeur et du pratyekabuddha qui ressortissent au hīnayāna, « petit véhicule » — à quoi s'ajoute l'apparition de la notion d’ekayāna — « véhicule unique » — qui subsume les deux autres, dont il se veut l’expression.