Étienne-François de Choiseul-Beaupré-Stainville, comte puis duc de Choiseul-(Stainville) [en 1758] et duc d'Amboise [en 1764], né le à Nancy et mort le à Paris, est un homme d'État français. Il fut le chef du gouvernement de Louis XV entre 1758 et 1770.

Il était préoccupé par la modernisation de l'État et son renforcement face au pouvoir de l'Église, symbolisant l'alliance sociologique et politique entre une frange libérale de la noblesse européenne et la bourgeoisie progressiste d'affaires, tout comme William Pitt en Grande-Bretagne, Pombal au Portugal, Tanucci à Naples, Du Tillot à Parme et Kaunitz en Autriche.

Son ami le baron de Gleichen, diplomate allemand au service du Danemark, l'a décrit au physique comme Il est au contraire vu par ses ennemis comme . Bête noire de Frédéric II et de Catherine II, qui se plaignaient de son interventionnisme, il a œuvré à resserrer l'alliance défensive avec la cour de Vienne, à la suite du traité du mai 1756, accélérateur de la guerre de Sept Ans.

Origines vignette|Louise Honorine Crozat du Châtel (1737-1801), duchesse de Choiseul, sans postérité. La maison de Choiseul est connue au début du par le mariage de Renard II de Choiseul avec la princesse capétienne Alix de Dreux, fille de Robert II, comte de Dreux. Par son grand-père, le baron François Joseph de Choiseul-Beaupré (1650-1711)Biographie de, dernier gouverneur de l'île de la Tortue puis gouverneur de Saint-Domingue, Étienne-François de Choiseul héritera de plantations. au Bonnet à l'Evêque, paroisse de la Petite-Anse (au Cap-Français), dont il « tire de solides bénéfices. ».

Il est le fils aîné de Né à Chassey-Beaupré le et mort le à Paris., qui avait de rente et se livrait .

Il a deux frères, Léopold Charles de Choiseul Stainville (1724-1774), archevêque de Cambrai, et Jacques Philippe de Choiseul Stainville (1727-1789), qui sera fait maréchal de France en 1783, longtemps après la disgrâce de son frère.

Il a aussi une sœur, Béatrix de Choiseul-Stainville, duchesse de Gramont, que le duc passait pour aimer . Amie de la marquise de Pompadour, la duchesse de Gramont est une salonnière et bibliophile, aux manières libres et brusques, une femme impérieuse et tranchante, avec de l'influence sur Étienne François.

Sujet du duc Léopold de Lorraine, Étienne-François reçoit les prénoms du fils du duc. Le souverain meurt en 1729 et le prince François-Étienne lui succède. Le Traité de Vienne donnant la Lorraine et le Barrois à Stanislas Leszczynski, beau-père du roi de France, le duc François III Étienne reçoit en compensation le grand-duché de Toscane et nomme le jeune Choiseul auprès de la cour de France. Ayant épousé l'archiduchesse Marie-Thérèse, fille aînée de l'empereur, l'ex-duc de Lorraine sera élu empereur en 1745.

Carrière militaire (1739 à 1749) Après la défense du Rhin et la campagne de Flandre, il est promu sous-lieutenant en 1739.

Il participe aux campagnes de Bohême en 1741 et d’Italie, notamment la bataille de Coni, pendant la guerre de Succession d'Autriche, dans le régiment de Navarre. Il est promu colonel (1743), puis brigadier et maréchal de camp.

De 1745 à 1748, il est aux Pays-Bas pendant les sièges de Mons, Charleroi et Maastricht et atteint le rang de lieutenant général.

Mariage (1750) En 1750, il fait partie, avec le roi Stanislas Leszczynski, des membres fondateurs de l'Académie de Stanislas à Nancy..

Le , Choiseul épouse Louise Honorine Crozat (Paris, 28 mars 1737 - Paris, 3 décembre 1801), fille de Louis François Crozat, marquis du Châtel, lieutenant général des armées du Roi, et de Marie-Thérèse Catherine de Gouffier d'Heilly. Elle était la petite-fille d'Antoine Crozat, homme d'affaires, banquier, première fortune de France sous Louis XIV. Elle lui apporte de rente et l'hôtel Crozat, rue de Richelieu (), construit en 1706 par Cartault pour Pierre Crozat., grand-oncle de la mariée. Par ce mariage, Choiseul entre dans une famille de noblesse récente, mais très fortunée et composée de grands collectionneurs d'Art, avec la collection Crozat.

Choiseul avait eu un enfant avec la sœur aînée de Louise, déjà mariée avec le duc de Biron. Au moment de mourir, celle-ci aurait fait promettre à sa sœur (âgée de dix ans) d'épouser le futur duc de Choiseul..

Une autre des sœurs de Louise est une des intimes de la marquise de PompadourL'Histoire en ligne, maîtresse de Louis XV, qui va donc désormais appuyer totalement sa carrière diplomatiqueLe baron de Gleichen décrit avec une grande précision les membres du « clan des Choiseul » : « Madame de Choiseul a été l'être le plus moralement parfait que j'aie connu : elle était épouse incomparable, amie fidèle et prudente, et femme sans reproche. C'était une sainte, quoiqu'elle n'eût d'autres croyances que celles que prescrit la vertu ; mais sa mauvaise santé, la délicatesse de ses nerfs, la mélancolie de son humeur, et la subtilité de son esprit, la rendaient sérieuse, sévère, minutieuse, dissertatrice, métaphysicienne, et presque prude. Voilà du moins comme elle était représentée à son mari par sa sœur, et le cercle joyeux qui se divertissait chez elle. Malgré cela, il était pénétré d'estime, de reconnaissance, et de respect pour une femme qui l'adorait, qui lui conciliait les ennemis de sa sœur, et à qui son cœur rendait la justice d'avoir une vertu plus pure, plus solide, et plus méritoire que n'était la sienne »..

Sans postérité de son mariage, il adopte Claude-Antoine-Gabriel de Choiseul, fils d'une cousine issue de germains, qui avait épousé sa nièce Marie Stéphanie de Choiseul (1763-1833). Ces neveux ont pour descendants la famille de Marmier.

Ambassadeur à Rome et à Vienne

vignette|Départ du duc de Choiseul de la place Saint-Pierre, huile sur toile de Giovanni Paolo Panini, 1754, Gemäldegalerie. Brièvement bailli des Vosges, il devient en maréchal de camp en Flandre, sous les ordres du prince de Soubise. À son retour, en octobre, une lettre du maréchal de Noailles l'informe que le duc de Nivernais quitte l'ambassade de Rome. Nommé à sa place, il mène les négociations concernant les troubles provoqués par la résistance janséniste à la bulle papale Unigenitus.

En 1757, grâce à l'influence de ses protecteurs, notamment la marquise de Pompadour, il est nommé ambassadeur à Vienne. À cette époque, parallèlement avec le rapprochement entre la Grande-Bretagne et la Prusse, la France, sous l'impulsion du cardinal de Bernis, avait opéré un renversement diplomatique en signant un traité d'alliance avec l'Autriche le . Dans ce traité, la France promet de soutenir l'Autriche en cas de guerre tandis que l'Autriche devait apporter son aide à la France contre n'importe quelle puissance ennemie, à l'exception de l'Angleterre.

Après l'invasion de la Saxe, alliée de l'Autriche, par Frédéric II en , un second traité signé le , transforme le précédent accord en alliance offensive : Louis XV s'engage à lever une armée de et à fournir à l'Autriche des subsides annuels de 30 millions de livres.. Choiseul se défend d'avoir participé à ces négociations mais il semble qu'il en ait eu vent par Madame de Pompadour et le cardinal de Bernis. S'il affirma que la lecture du traité le déprima, il n'en jugea pas moins qu'il était selon lui le seul possible. Il parvient à cimenter la nouvelle alliance entre la France et l'Autriche par un autre traité, assorti de la promesse d'un mariage entre le dauphin, futur Louis XVI, et l'archiduchesse Marie-Antoinette. En récompense, la terre de Stainville est érigée en duché en sa faveur et l’ambassadeur prend le titre de duc de Choiseul dès 1758.

Sa fonction à Vienne est la fois diplomatique et militaire, car il doit concerter les mouvements des armées françaises avec ceux des armées autrichiennes, devenant un point central vers lequel les informations politiques et les faits de guerre convergentLa correspondance de 1763 à 1770 entre Choiseul et Voltaire remet en question un certain nombre d’idées courantes sur Choiseul, il est moins que certain de présenter Choiseul comme un partisan absolu de la cause autrichienne, à la différence de Bernis ou de Louis XV, son opinion est marquée par un réalisme plus lucide sur les atouts et les limites de cette révolution diplomatique que constitua le renversement des alliances de 1757 marquée par le premier et le second traité de Versailles.. Près d'une centaine de courriers des généraux français lui sont destinés durant les quinze mois de son ambassade. En 1757, les troupes franco-germaniques sont taillées en pièces à la bataille de Rossbach, ce qui fait dire au maréchal de Belle-Isle dans une lettre destinée à Choiseul : . Lors de la défaite de Krefeld en 1758, le général vaincu, le comte de Clermont constate dépité que . Pour Choiseul, dans une lettre à Bernis, ce sont les trahisons à Paris qui expliquent ces désastres successifs : .

Dans ses ambassades à Rome puis à Vienne, Choiseul a pour adjoint Joseph Roch Boyer de Fonscolombe, qui sera un ami intime du ménage Choiseul de 1754 à sa mort.

Principal ministre d'État (1758-1770) vignette|Portrait du duc de Choiseul, huile sur toile d'Adélaïde Labille-Guiard, 1786, château de Versailles. L'accès au pouvoir de Choiseul en 1758 s'effectue dans un contexte de défaites militaires en Allemagne et de conflit entre Louis XV et la cour à propos de l'influence de la marquise de Pompadour.

Depuis la mort de Fleury en 1743, la France semblait en crise de direction politique et déchirée par les luttes de factions. Rapidement, Choiseul met fin à l'effondrement de l'autorité royale. Sa réussite lui permet de devenir secrétaire d’État aux Affaires étrangères de 1758 à 1761. À peine installé, il fait nommer son ami le financier Jean-Joseph de Laborde banquier de la cour, principale fonction économique et commerciale du royaume..

En politique étrangère, il considérait que les deux premiers traités franco autrichiens avaient été très mal négociés et demande un renouvellement du traité de Versailles entre la France et l'Autriche, prévoyant de s'assister réciproquement et de ne faire la paix que d'un commun accord. Toujours en 1761, il devient secrétaire d’État à la Guerre et à la Marine, poste auquel il avait appelé le lieutenant général de la police Antoine de Sartine, transférant le secrétariat d’État aux Affaires étrangères à son cousin Choiseul-Praslin. En 1766, il reprend les Affaires étrangères, Choiseul-Praslin héritant de la Marine. De 1766 à 1770, succédant au cardinal de Bernis, il est duc et pair de France.

La politique de Choiseul se fait en deux périodes : il se concentre sur l'effort de guerre et les moyens d'en sortir entre 1758 et 1762, puis entre 1762 et 1770 sur la rénovation de la politique étrangère, la reconstruction d'une flotte susceptible de rivaliser avec l'Angleterre et la modernisation de l'armée.

La guerre de Sept Ans (1756-1763) Il s'agit d'une guerre qui voit son armée aller de défaite en défaite et sa marine détruite. L'Angleterre en sort grand vainqueur. La France perd la Nouvelle-France après la défaite de Louisbourg et de la Bataille des Plaines d'Abraham, perd Saint-Louis du Sénégal, Ile de Gorée, La Guadeloupe et les comptoirs indiens sont menacés lorsque les Anglais mettent le siège devant Pondichéry. Par ailleurs la guerre coûte cher et les finances françaises en sortent avec de très lourds déficits et une forte dette.

Pacte de famille et recherche d'alliance Dès le , Choiseul comme ses prédécesseurs n'a de cesse d'alerter la cour des Bourbons d'Espagne sur le danger d'une suprématie britannique dans les Amériques. Choiseul doit cependant attendre la mort de Ferdinand VI pour véritablement arrimer l'Espagne à la France, sans pour autant rester dans l'attentisme ; en effet dans cette période de transition entre 1758 et la fin de 1759, Choiseul pose habilement les jalons de l'alliance future avec le roi de Naples et futur roi d'Espagne Charles IIIChoiseul Ministère des Affaires étrangères : Espagne 524, f» 274.