Sheikh Hasina (en bengali : ), née le à Gopalganj (Bengale oriental), également connue sous son nom d'épouse Sheikh Hasina Wazed (), est une femme politique bangladaise qui occupe le poste de Première ministre du Bangladesh de 1996 à 2001 puis de 2009 à 2024. Elle est, avec un total de vingt années passées à la tête du gouvernement, la Première ministre ayant occupé le poste le plus longtemps dans l'histoire du Bangladesh.

Sheikh Hasina est l'aînée des cinq enfants du fondateur et premier président du Bangladesh, Sheikh Mujibur Rahman. Sa carrière politique s'étend sur plus de quatre décennies. Elle a été cheffe de l'opposition de 1986 à 1990 et de 1991 à 1995, puis Première ministre de 1996 à 2001. Elle dirige la Ligue Awami (AL) depuis 1981. En 2008, elle redevient Première ministre avec une victoire écrasante. En , elle est reconduite comme Première ministre pour un troisième mandat, à la suite d'une élection sans opposition, car celle-ci a été boycottée par l'opposition et critiquée par les observateurs internationaux. Elle remporte un quatrième mandat en , puis un cinquième en 2024 à la suite d'élections toutes marquées par la violence et critiquées par l'opposition comme truquées.

Sheikh Hasina est considérée comme l'une des femmes les plus puissantes du monde, puisqu'elle figure au rang de la liste Forbes des 100 femmes les plus puissantes du monde en 2019. Elle figure dans la liste des 100 personnes les plus influentes dans le monde de 2018 du magazine et fait partie d'une liste des « mondiaux les plus influents » de la décennie 2010. Sheikh Hasina est membre du , un réseau international de femmes présidentes et Premières ministres, actuelles et anciennes.

Sous ses mandats de Premier ministre, le Bangladesh connaît un recul démocratique et devient un État autoritaire à parti unique. Les droits humains et la liberté de la presse subissent un déclin notable.

En 2024, après plus de vingt ans passés à la tête du gouvernement, elle démissionne et quitte le Bangladesh en catastrophe par hélicoptère pour s'exiler en Inde alors que son palais est pris d'assaut dans un contexte d'importantes manifestations antigouvernementales et étudiantes qui se transforment en révolution. Son parti, la Ligue Awami, est banni et déclaré illégal. L'économiste Muhammad Yunus lui succède en tant que conseiller principal.

Biographie Jeunesse Sheikh Hasina est née à Tungipara, au Pakistan oriental, le . Son père était Sheikh Mujibur Rahman, le « père de la nation » et le premier président du Bangladesh. Sa mère était Sheikh Fazilatunnesa Mujib.. Elle est l'ainée de leurs cinq enfants et grandit avec ses frères et sœurs dans un petit village rural du district de Gopalganj, ce qui la conduit à appréhender les problèmes de la population rurale. Plus tard, sa famille déménage à Dacca.. Elle baigne dans le milieu politique depuis l'enfance, en raison des activités de son père, et bien que celui-ci soit souvent absent, à cause de ses fréquents séjours en prison, il prend le temps de discuter politique avec sa fille, notamment de sa lutte contre le général Ayub Kahn, le président du Pakistan de 1958 à 1959.

Lors d'une visite en prison, elle rencontre son futur mari, M. A. Wazed Miah, qui est le leader de la branche estudiantine de la Ligue Awami et grand admirateur de Sheikh Mujibur. Ils se marient en 1967, un mariage arrangé par son père, comme le veut la coutume locale.. Un an plus tard, elle commence à étudier la littérature bengalie à l'université de Dacca. Elle y est présidente des étudiants de la Ligue Awami., un poste qu'elle obtient, selon ses propres dires, parce qu'elle est la fille de Bangabandhu.

Assassinat de Sheikh Mujibur Rahman

Au matin du , des conspirateurs lancent une opération. Ils sont divisés en quatre groupes. L'un d'eux, composé de membres des Lanciers du Bengale de la 1 division blindée et de la division d'infanterie, sous les ordres du major Huda, attaque la résidence de Mujib. Le correspondant d', Sukharanjan Dasgupta, qui a décrit la guerre de libération du Bangladesh depuis Dacca jusqu'en 1974, écrit dans son livre que . Il ajoute toutefois que le peloton de l'armée qui protégeait la maison du président n'a opposé aucune résistance. Sheikh Kamal, fils de Mujib, est abattu au rez-de-chaussée ; Sultana Kamal, sa femme, est également tuée. Entre-temps, Mujib est prié de démissionner et a le temps de réfléchir à son choix. Il téléphone au colonel Jamil Uddin Ahmad, le nouveau chef du renseignement militaire. Lorsque Jamil arrive et ordonne le retour des troupes à la caserne, il est abattu à l'entrée de la résidence. Après avoir refusé de démissionner, Mujib est tué par balle.

D'autres personnes sont tuées dans l'attaque : Sheikh Fazilatunnesa Mujib, épouse de Mujib, assassinée à l'étage ; Sheikh Abu Naser, son jeune frère, tué dans des toilettes ; plusieurs domestiques, qui sont également tués dans des toilettes ; Sheikh Jamal, le deuxième fils de Mujib et un officier militaire ; Sheikh Russel, son plus jeune fils ; ainsi que ses deux belles filles.

Exil en Inde Au moment du massacre, deux filles de Mujib, Sheikh Hasina et Sheikh Rehana, étaient alors en Allemagne de l'Ouest, où le mari de la première travaillait comme physicien nucléaire.. Après le coup d'État, elles reviennent en Inde, au lieu du Bangladesh, et se réfugient auprès du gouvernement indien. Sheikh Hasina vit à New Delhi dans un exil qu'elle s'impose, avant de retourner au Bangladesh le ..

C'est ainsi qu'elle arrive à Delhi à la fin de l'année 1975 avec son mari et ses deux enfants, et Saima Wazed. Elle fait un bref séjour au 56 Ring Road, à Lajpat Nagar-3, puis à Pandara Road, près du marché de Pandara. Elle est proche de Subhra, l'épouse du président Pranab Mukherjee. Lors de sa visite à Delhi en 2010, Sheikh Hasina enfreindra le protocole pour rendre visite à cette dernière, dont elle s'était liée d'amitié pendant son exil. Lorsque la Première dame meurt en , elle vient à Delhi avec sa fille pour présenter ses condoléances à la famille de l'ancien président.

En 1979, la Ligue Awami s'emploie à ramener Sheikh Hasina au Bangladesh, afin de la soutenir dans une future campagne électorale. Mais le président du Bangladesh de l'époque, Ziaur Rahman, refuse de laisser revenir tout membre survivant de la famille de Mujibur Rahman. Cependant, en 1981, elle est élue à l'unanimité présidente de la Ligue Awami, alors le plus grand parti d'opposition du Bangladesh, et Ziaur Rahman ne peut plus rien faire pour empêcher son retour, ni son ascension politique..

Carrière politique

1981–1991 : mouvement contre le régime militaire Alors qu'elle vit en exil en Inde, Sheikh Hasina est élue présidente de la Ligue Awami du Bangladesh en 1981.. Le parti politique est décrit comme un parti de centre-gauche....

Sous la loi martiale, Sheikh Hasina est régulièrement emprisonnée puis libérée, tout au long des années 1980. En , elle est assignée à résidence et de nouveau en novembre. En , elle est assignée à résidence pour trois mois supplémentaires... Son parti, ainsi que le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) dirigé par Khaleda Zia, continuent à travailler pour restaurer un gouvernement démocratiquement élu, ce qu'ils réussissent à faire à la suite des élections démocratiques de 1991, remportées par le BNP...

Sheikh Hasina et la Ligue Awami participent aux élections législatives bangladaises de 1986 sous le mandat du président Hossain Mohammad Ershad.. Elle est cheffe de l'opposition parlementaire en 1986-1987.. Elle dirige une alliance de huit partis qui affronte Ershad.. La décision de Sheikh Hasina de participer à l'élection est critiquée par certains de ses adversaires, puisque le scrutin se tient sous la loi martiale ; l'autre principal groupe d'opposition boycotte en effet le scrutin. Cependant, ses partisans soutiennent qu'elle a utilisé cette plateforme de manière efficace pour contester le régime d'Ershad.. Ershad dissout le Parlement en , en réaction à une campagne d'opposition continue qui demande sa démission. Le président déclare qu'il va et ajoute qu'il va libérer rapidement les deux principaux leaders de l'opposition, Sheikh Hasina et Khaleda Zia, toutes deux assignés à résidence le , un jour après le début de la campagne anti-gouvernementale... En novembre et , un soulèvement de masse a lieu à Dacca et plusieurs personnes sont tuées, dont Noor Hossain, un partisan de Sheikh Hasina..

Depuis son entrée sur la scène politique du Bangladesh, Sheikh Hasina milite pour mettre fin au régime militaire, comme l'avait fait son père contre les dictateurs militaires du Pakistan. Elle doit ainsi se battre contre deux régimes militaires (Zia et Ershad) pendant quinze ans afin d'établir des élections, la démocratie et l'État de droit. C'est en 1996 qu'elle est élue au poste de Première ministre. Elle est le leader qui permet le rétablissement de la démocratie au Bangladesh, comme son père avait introduit la démocratie parlementaire en 1973..

1991–1996 : transition vers la démocratie et cheffe de l'opposition Après plusieurs années de régime autocratique, des protestations et des grèves généralisées paralysent l'économie. Les fonctionnaires du gouvernement refusent de suivre les ordres et démissionnent. Les membres des déposent leurs armes au lieu de tirer sur les manifestants et le couvre-feu est ouvertement violé. Les journalistes ferment les journaux. Les tribunaux cessent leurs activités. Tous les professeurs d'université et les vice-chanceliers quittent leurs postes et les médecins arrêtent de travailler. Sheikh Hasina travaille alors avec Khaleda Zia pour organiser l'opposition à Ershad.. En , une manifestation de masse évince Ershad du pouvoir : il démissionne en faveur de son vice-président, le juge Shahabuddin Ahmed, également président de la Cour suprême du Bangladesh.. Le gouvernement intérimaire, dirigé par Ahmed, organise des élections législatives pour le Jatiya Sangsad, le parlement bangladais.. Le Parti nationaliste du Bangladesh, dirigé par Khaleda Zia, obtient une majorité, et la Ligue Awami de Sheikh Hasina devient le plus grand parti d'opposition. Elle se présente dans trois circonscriptions électorales mais en perd deux.. Acceptant sa défaite électorale, elle offre sa démission en tant que présidente du parti puis la conserve finalement, à la demande des autres dirigeants du mouvement..

La politique au Bangladesh prend un tournant décisif en 1994, après une élection partielle à Magura, tenue après le décès du député de cette circonscription, membre du parti de Sheikh Hasina. La Ligue Awami s'attend à récupérer le siège, mais le candidat du BNP l'emporte grâce à des manipulations, selon un observateur impartial venu observer le scrutin.. Hasina mène la Ligue Awami du Bangladesh à boycotter le parlement à partir de 1994..

1996–2001 : premier mandat de Première ministre vignette|Sheikh Hasina avec le président américain Bill Clinton dans les bureaux de la première à Dacca, en 2000. La Ligue Awami (AL), avec d'autres partis d'opposition, demande que les élections générales suivantes soient organisées sous un gouvernement intérimaire neutre, et que des dispositions permettant aux gouvernements intérimaires de gérer les élections soient intégrées dans la Constitution. Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), au pouvoir, refuse de donner suite à ces demandes..

Les partis d'opposition lancent une campagne sans précédent, appelant à des grèves pendant plusieurs semaines. Le gouvernement les accuse de détruire l'économie, tandis que l'opposition rétorque que le BNP pourrait résoudre ce problème en accédant à leurs demandes. Fin 1995, les députés de la Ligue Awami et d'autres partis démissionnent du Parlement, dont la fin de la législature est proche, et de nouvelles élections se tiennent le . Elles sont boycottées par tous les grands partis, à l'exception du BNP au pouvoir, qui remporte en conséquence tous les sièges du parlement. Sheikh Hasina qualifie l'élection de farce...