vignette|Le pont-passerelle en 2014.
Le projet Saint-Michel vise à restaurer le caractère maritime du mont Saint-Michel. Appelé « désensablement du Mont » jusque dans les années 1990, il est ensuite rebaptisé « restauration du caractère maritime du Mont Saint-Michel », car le désensablement est un projet irréalisable au regard des 3 millions de mètres cubes de sédiments supplémentaires charriés chaque année dans la baie J.-C. Lefeuvre et V. Bouchard, « From a civil engineering project to an ecological engineering project. An historical perspective from the Mont-Saint-Michel bay (France) » dans Ecological Engineering, 18, 2002, qui se comble de selon un processus naturel, le flux de la marée montante étant plus élevé que celui de la marée descendante.
Projet Mont Saint Michel, site officiel du Syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel À la suite d'une enquête d'utilité publique en 2002, les travaux commencent en 2005 et se terminent en 2015.
Le site vignette|Travaux au Mont-Saint-Michel, . vignette|Construction d'un nouveau barrage sur le Couesnon. vignette|Pont-promenade avec « balcon maritime » du barrage. Histoire En 1878-1879Rétablir le caractère maritime du Mont Saint-Michel, sur le site du CRDP de Bretagne, une digue-route est créée pour accéder au Mont. Une ligne de chemin de fer de Pontorson au Mont est installée en 1872, avec comme matériel un tramway à vapeurLa ligne de Pontorson au Mont Saint-Michel. Ces infrastructures favorisent le tourisme au mont Saint-Michel qui passe de en 1908 à 150 000 en 1930, ce qui n'empêche pas le Conseil général de la Manche de fermer la ligne, devenue déficitaire, en 1938. Plus tard, des parkings seront construits en contrebas de la digue, à l'est principalement, pour le stationnement des nombreux véhicules de tourisme.
Au , pour améliorer l'irrigation des terres agricoles, des canaux sont creusés, déviant l'eau du Couesnon. Cette pratique favorise l'ensablement de la Baie et conduit à une «poldérisation». La digue-route, brisant le flux de la marée qui tournait autour du Mont, accentue aussi le phénomène naturel d'ensablement de la baie. En effet, le flux de la marée montante (vitesse du courant de flot : par coefficient de marée moyen, soit ) étant plus important que le flux de la marée descendante (vitesse du courant de jusant : , soit ), les sédiments se déposent au fond des baies.
Un premier projet visant à déraser la digue reliant l’île au continent a été lancé en 1938 à la suite de débats ouverts en 1910 entre la direction des Beaux-Arts et le ministère des Travaux publics. Le chemin de fer a été supprimé avant que la Seconde Guerre mondiale n’arrête le projetLe Monde illustré, 15 janvier 1938.
Par ailleurs, un barrage sur le Couesnon a été construit de 1966 à 1969 pour protéger Pontorson principalement des montées de niveau rapides. Ce barrage, équipé de 6 portes-à-flot qui s'ouvraient manuellement, a contribué à l'envasement du Couesnon, en amont et à l'aval des portes. Avant son édification, deux millions de m pouvaient remonter le Couesnon au flot dans son chenal canalisé d'une centaine de mètres de largeur et de quatre kilomètres de long.
Ce sont les principales raisons qui ont conduit à l'ensablement du Mont, mais pas les seules.
Depuis les années 1970, de nombreuses études, concertations, relevés, tests et modélisations ont été réalisés (notamment les prévisions établies à partir des études sur maquette du Laboratoire SOGREAH de Grenoble entre 1997 et 2001Le laboratoire de la SOGREAH, à Pont-de-Claix, abrite l'unique bassin à houle de génie littoral de France dans un hangar de . Il a permis de réaliser les études hydro-sédimentaires modélisant l'ensablement de la baie du mont Saint-Michel., selon lesquelles le Mont devrait avoir perdu tout caractère maritime en 1995 et qu'il serait entièrement entouré d’herbus en 2042), preuves de l'intérêt que l'État portait au projet. Ces documents visaient à déterminer les moyens d'assurer la restauration du paysage maritime autour du Mont.
En 1979, le site du Mont-Saint-Michel est inscrit patrimoine mondial de l'UNESCO, et la baie en 2007.
Plusieurs premiers ministres ont soutenu le projet mais ce n'est qu'en 1995 que le rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel a été officiellement lancé par le Premier Ministre Édouard Balladur.
Le projet a été déclaré d'utilité publique en 2003, après étude d'impact et 2 mois d'enquête publique. Seul concepteur du projet, l'État participe au financement du projet à hauteur de 85 millions d'euros sur un total de 184 millions d'argent public, mais il s'est désengagé en 2006 de la réalisation opérationnelle des travaux qui ont été confiés exclusivement aux collectivités locales regroupées depuis 1997 dans le syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel.
De à est construit un nouveau barrage (piles, radier, équipement des huit vannesComposées de tabliers de 20 tonnes, de bras sextant de 10 tonnes et de vérins. et de l'écluse à deux passes à poissons, pont-promenade avec « balcon maritime »Balcon constitué de gradins en bois - du chêne de Normandie - faisant référence à l’univers des bateaux., l'ancien barrage (à en aval de l'actuel) étant détruit en ) sur le Couesnon. Conçu par l'architecte Luc Weizmann, il est mis en service en et permet un effet chasseLâcher d'eau en sousverse par montée progressive des tabliers par paliers de 30 min. à la marée descendante avec un débit maximum de /s, soit dix fois le débit naturel moyen du Couesnon. Des travaux hydrauliques sont réalisés en aval de 2012 à 2015 pour permettre la divagation érosive du Couesnon : création de deux chenaux séparés par un seuil de partage en enrochements, munis d'épisÉpis déflecteurs afin de mieux guider l'action des lâchers d'eau et épis écarteurs au niveau du terre-plein du Mont pour le protéger de l'érosion., démantèlement des cordons d’enrochements historiquesLe projet de Rétablissement du Caractère Maritime du Mont-Saint-Michel (RCM). Les travaux hydrauliques amont consistent, après le nettoyageFaucardage des roselières, cet habitat d'espèces protégées étant recrées dans la baie mais aussi dans les deux départements du Mont Saint-Michel. et l’élagage préalables des berges, à draguer le CouesnonLe dragage de la tangue permet d'augmenter le volume d'eau de stockage en amont du barrage, évalué à un million de m pour une marée moyenne de coefficient 95. et creuser l’anse de Moidrey de neuf kilomètres de canauxAménagements hydrauliques Amont.
Le rapport 2013 de la Cour des comptes trouve ce projet « mal conduit » et s'interroge sur sa pertinence. La précarisation des nouvelles conditions d'accès au site et le déménagement des parkings au littoral sont par ailleurs jugés par les professionnels de la restauration et les commerçants, « inadaptés à l'offre touristique ».
Après 9 ans d'étude, 3 ans de travaux et de nombreuses polémiques, le pont-passerelle du Mont-Saint-Michel est inauguré : le , les visiteurs peuvent désormais se rendre au Mont par cet ouvrage d'accès créé par l'architecte Dietmar Feichtinger. Une nouvelle digue et une passerelle sur pilotis laissant passer l'eau en dessous desserviront désormais l'ile. L'ancienne digue-route sera démolie au fur et à mesure de la construction de la nouvelle.
Le , le président de la République François Hollande inaugure officiellement le barrage sur le Couesnon, élément essentiel de la reconquête maritime du Mont-Saint-Michel.
Situation actuelle
L'effet de chasse du barrage sur le Couesnon a pour résultat qu'entre 2009 et 2014 près de 40 hectares d’espaces maritimes sont reconquis dans un cercle de autour du rocher..
Selon Romain Pilon, guide assermenté dans la baie, ce projet n'a un impact que sur 1,5 % de la surface de la baie, celle autour du Mont, mais ne fait que déplacer l'ensablement naturel sur les autres secteursIntervention de Romain Pilon sur France culture, documentaire « Le Mont Saint-Michel, du sable au clocher. Dans les sables du Mont-Saint-Michel », 13 septembre 2017, 45 min 30 s.. De plus, si le nouveau barrage a bien un effet « balayette » au nord du Mont, au sud, aux abords du pont-passerelle et de l'esplanade piétonne, ..
Le projet Objectifs Depuis le , les activités humaines ont accéléré le processus naturel d'ensablement de la Baie, au pied du Mont. Pour des raisons patrimoniales et touristiques, il a été jugé nécessaire de rétablir et pérenniser le caractère maritime du Mont sur son pourtour (1 à autour du Rocher) et de restaurer ce grand paysage.
Pour ce faire, le Syndicat s'est aussi fixé comme objectifs de : revaloriser l'accueil et l'approche des visiteurs en rendant à la marée l'espace proche du Mont, remettre le Mont dans son écrin historique fait de sable, d'eau et de... démarche piétonne.
Solutions Pratiquement, les objectifs du Syndicat vont se décliner en plusieurs « chantiers » thématiques.
Barrage Le barrage long de , réalisé par l’architecte Luc Weizmann, a un rôle fonctionnel et esthétique : couvert d'un platelage bois évoquant le pont d'un navire, surmonté sur le côté d'un pupitre de de large, il offre d’ailleurs une vue panoramique inédite sur la baie et le rocher. Les visiteurs peuvent également « se promener et s’asseoir pour s’adonner à la contemplation ».
Pour pallier les dysfonctionnements induits par l'ancien barrage, le Syndicat Mixte a décidé d'en réaliser un nouveau doté d'écluse de chasse. Sa fonction n'est plus de protéger uniquement les communes situées à l'amont des inondations, mais aussi de réguler la cote du Couesnon et de désensabler l'amont et l'aval immédiat du barrage par un effet de vidange. Ce nouveau barrage est situé à l'aval immédiat de l'ancien, qui a été détruit en Remplacement du barrage du Couesnon.. Le nouveau barrage a été mis en eau au printemps 2009, mis en service en Mise en service du barrage du Couesnon., et il est ouvert au public depuis . Il est conçu différemment : on y trouve 8 passes au lieu de 6 précédemment. Chaque vanne mesure 9 m sur 7,40 m et pèse et est de type « secteur », au lieu de portes-à-flot actionnées par la poussée de l'eau. Ce nouvel ouvrage est automatisé, avec plusieurs modes de pilotage. Le barrage fonctionne selon les horaires des marées, la hauteur d'eau au pied du barrage et la turbidité de l'eau. Il permet un débit de /s.
Le barrage est conçu pour optimiser l'effet de chasse de la marée descendante et ainsi « nettoyer » l'estuaire immédiat du Couesnon des de sédiments qui l'encombrent. Le principe de fonctionnement est le suivant : vignette|Vue partielle des vannes et des organes hydromécaniques de manœuvre associés (vérins et bras). À marée montante : les vannes se ferment (en se levant au maximum), l'eau de la marée est bloquée au pied des vannes et décante au fur et à mesure. Une fois la marée haute atteinte, les vannes s'abaissent progressivement et l'eau décantée rentre par le haut des vannes dans le Couesnon. Les sédiments se déposent au pied des vannes. Cette eau va se répandre dans le Couesnon et remplir (suivant le coefficient de la marée) l'Anse de Moidrey. Ce stockage d'eau de mer clarifiée peut atteindre jusqu'à 1,2 million de mètres cubes .. À marée descendante : lorsque le flux s'inverse et que la marée basse s'amorce, les vannes se ferment. La marée descendante commence à enlever les sédiments qui se sont déposés au pied des vannes. Lorsque la force du flot commence à faiblir, les vannes sont relevées et l'eau du Couesnon, stockée précédemment, est libérée et s'écoule dans l'estuaire, par le bas des vannes cette fois, créant un effet de chasse sous les vannes qui va amplifier le travail de désensablement amorcé par la marée.
Ouvrages d'accès vignette|« Passeur », nom de la navette à poste de conduite réversible.