vignette|Thériaque : Illustration du Tacuinum sanitatis. La thériaque (appelée par les Grecs) est une préparation, connue depuis l’Antiquité, contenant plus d'une cinquantaine de composants (jusqu'à une centaine), dont une assez forte dose d'opium, et à laquelle on prêtait des vertus toniques et efficaces contre les poisons, les venins et certaines douleurs..

Apportée à Rome par Pompée, elle fut plus tard complétée par Andromaque, médecin de Néron.

Description

S'inspirant du contrepoison de Mithridate VI, le médecin Andromaque Du Mitridat, ou Thériaque in : Œuvres complètes de Bernard Palissy, par Bernard Palissy, Paul-Antoine Cap dressa la recette en vers élégiaques d'un mélange de plus de cinquante drogues, plantes et autres ingrédients dont le castoréum, l'opium, la vipère et la scille. Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle (livre XXIX, VIII, 8)Lire l'extrait de Pline ici (en anglais), fustige déjà la multiplicité des ingrédients de la thériaque qu'il considérait comme une . Au , le médecin grec Galien compose pour les empereurs romains une nouvelle recette de thériaque comme antidote contre les poisons.

Elle était réputé efficace contre l’empoisonnement par le pavot, la ciguë, la jusquiame, l'aconit, contre la cantharide, les morsures de la vipère et du chien enragé, contre la piqûre du scorpion et autres animaux venimeux, contre toutes sortes de venin. Elle aurait été efficace contre la peste et de nombreuses autres maladiesLes Médicaments oubliés. La thériaque, étude historique et pharmaceutique par J. Bernhard: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61381374/f65.item.r=cigue.vertical#.

À l'époque moderne, la composition de la thériaque, préparée par les apothicaires, a beaucoup varié. Celles de Venise et Montpellier étaient très réputées.

Du fait de nombreuses fraudes dans sa fabrication, les apothicaires parisiens décidèrent au de la préparer en public devant des médecins et des représentants des autorités. C'est Moyse Charas qui le premier, en 1667, rendit sa formule publique. Il la préparait au cours de la semaine de la thériaque, vers le mois de février. Sa préparation nécessitait plus d'un an et demi (car elle devait fermenter) et faisait appel à plus de soixante-quatre ingrédients végétaux, minéraux et animaux des plus variés, sans compter le vin et le miel (utilisés comme excipients) : gentiane, poivre, myrrhe, acacia, rose, iris, rue, valériane, millepertuis, fenouil, anis ainsi que des trochisques (de la chair séchée) de vipère, de l'opopanax et des "rognons de castor"La Vie parisienne à travers les âges, tome 1, par Jacques Milley, coll. Connaissance du Passé, 1965, page 275. (probablement des glandes à castoréum).

À côté de la « grande thériaque » existait une « thériaque des Allemands », essentiellement à base d'extraits de baies de genièvre, et une « thériaque des pauvres » intitulée officiellement thériaque diatessaron (en grec ancien διὰ τεσσάρων / dià tessárôn littéralement « à travers quatre ») car composée de quatre plantes : aristoloche ronde, baies de laurier, myrrhe et gentiane, réduites en poudre et mélangées à du miel et à du genièvre pour constituer un électuaire liquide. Un succédané de la thériaque fut également mis au point en Italie, à Orviéto, qui prit le nom d'orviétan.

La thériaque était reconnue à l'époque comme une panacée en vertu de son action contre les poisons et les venins, mais aussi contre de nombreuses maladies. Elle contenait de l'extrait d'opium, environ pour (opiatJ. Flahaut « La thériaque diatessaron ou thériaque des pauvres » Revue d'histoire de la pharmacie 1998;46(318):173-82.).

Elle ne fut supprimée du Codex medicamentarius, Pharmacopée française, qu'en 1908 mais elle avait commencé à perdre toute crédibilité dès le début du XIXe siècle grâce aux progrès scientifiques (entre autres l'extraction des principes actifs).

Composition vignette|Pot à thériaque du (hospices de Beaune, Côte-d'Or). vignette|Pot à thériaque du , faïence de Saint-Jean du désert, musée de la Faïence (Marseille) La formule de la thériaque telle que la donne Galien se retrouve exactement dans divers ouvrages, dont la pharmacopée de Johann Zwelfer (, 1653) et le Codex français de 1758. Il y entre des trochisques (rondelles desséchées) de scille, de vipère et de pavots, les trois ingrédients majeurs.

Depuis Zwelfer, la formule primitive a été modifiée peu à peu, sur des points de détail seulement : certains composants ne se rencontrant plus dans le commerce de la droguerie, on leur a substitué des produits équivalents. La modification la plus importante fut, dans la seconde moitié du , l’abandon de la chair de vipère. Jusqu'à quatre-vingt-sept plantes aromatiques entraient dans la préparation de la thériaque, composée dans la pharmacie d'un monastère.

À la fin du , la formule légale, selon le Codex, de la thériaque était la suivante : +IngrédientGrammesOpium de Smyrne120Gingembre60Iris de Florence60Valériane80Acore odorant30Rapontic (rhubarbe)30Quintefeuille (potentille)30Racine d’aristoloche10Racine d’asaret d'Europe10Racine de gentiane20Racine de cerfeuil des Alpes20Bois d’aloès10Cannelle de Ceylan100Squammes de scille maritime60Dictame blanc (fraxinelle)30Feuilles de laurier30Feuilles de germandrée des marais ()60Sommités de calament30Sommités de marrubes blancs30Sommités de pouliot des montagnes (germandrée des montagnes)30Sommités de germandrée petit-chêne (« chamaedrys »)20Sommités de chamaepitys (un bugle soit Ajuga iva, soit Ajuga chamaepitys)20Sommités de millepertuis20Rose rouge60Safran40Fleurs de stoechas (lavande)30Écorce sèche de citron60Poivre long120Poivre noir60Fruits de persil30Fruits d’ammi20Fruits de fenouil20Fruits d’anis50Fruits de « séseli de Marseille » ()20Fruits de daucus de Crète (carotte)10Fruits d’ers ()200Fruits de navet60Fruits de petit cardamome80Polypore du mélèze (agarikon, polypore officinale)60Suc de réglisse120Cachou40Gomme arabique20Myrrhe40Oliban30Sagapénum (gomme séraphique)20 (extrait de férule)10Opopanax10Benjoin20Castoréum10Mie de pain60Terre sigillée20Sulfate de fer sec20Bitume de Judée10 On pilait toutes ces substances, convenablement desséchées, puis on les passait au tamis de soie de manière à obtenir une poudre très fine et à laisser le moins possible de résidus : c’était la poudre thériacale. On prenait alors de cette poudre, de térébenthine de Chine, de miel blanc et de vin de Grenache.

On liquéfiait dans une bassine la térébenthine, et on y ajoutait assez de poudre thériacale « pour la diviser exactement ». D’autre part on faisait fondre le miel et, tandis qu’il était assez chaud, on l’incorporait peu à peu au premier mélange ; on y ajoutait alors par petites quantités le reste de la poudre et du vin, ce qui devait donner finalement une pâte un peu molle, appelée électuaire.

Après quelques mois, on triturait de nouveau la masse dans un mortier pour la rendre parfaitement homogène.

Thériaque minérale de Robin Cette formule est extraite du Formulaire pratique de thérapeutique et de pharmacologie de A. Gilbert et P. Dion, Octave Doin éditeur, 1907.

+IngrédientGrammesChlorure de sodium15Chlorure de potassium10Phosphate de soude desséché (phosphate de sodium anhydre)13Phosphate de potasse (phosphate de potassium)6Glycérophosphate de chaux (glycérophosphate de calcium)1Glycérophosphate de magnésie (glycérophosphate de magnésium)1Sulfate de potasse (sulfate de potassium)1Carbonate de fer0,5Hémoglobine2,5Glycérophosphate de fer15Jaune d'œuf desséché15Lactose10Caséine5Rhubarbe pulvérisée4Sulfate de strychnine0,05Méthylarseniate disodique (méthylarséniate de disodium)1

La posologie est de deux fois par jour avant les repas. La formule est donnée avec les appellations de l'époque telle qu'elle figure dans le formulaire et entre parenthèses leur dénomination chimique standard.

Mode d’administration et doses thumb|La Guérison du favori piqué par un serpent dans le pavillon royal. Livre de la Thériaque de Paris, manuscrit arabe du , BNF Ar.2964. La thériaque était un électuaire, c’est-à-dire une pâte de consistance un peu plus solide que le miel, assez molle quand elle était récente, assez ferme lorsqu’elle avait vieilli (souvent de plusieurs années). Sa couleur était noirâtre en raison du suc de réglisse qu’elle contenait.

Pour les affections internes, on l’administrait ordinairement à raison de chez l’adulte, et de 50 centigrammes à chez les enfants, selon l’âge. On la faisait prendre soit nature, soit en potion en la délayant dans de l’eau.

Pour les affections externes, elle pouvait s’employer en pommade, ou en teinture après l’avoir délayée dans de l’eau-de-vie (dans la proportion d’une partie de thériaque pour 6 d’eau-de-vie).

Annexe 1724 - Question des médecins de Saragosse aux médecins de Montpellier .

M.Chicoyneau, chancelier et juge, lui écrivit : Archives de la Faculté de Médecine de Montpellier..

Citation, France, 1840 vignette|Vase à thériaque, collection du musée des Hospices civils de Lyon.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Antidotaire Nicandre de Colophon Bibliographie Documents anciens La composition et le mode d’administration de la thériaque sont extraits de : . La composition de la thériaque telle qu'elle était habituellement préparée au figure dans : . .

Études modernes

La thériaque, de l'empereur Néron au président Fallières : un remède bimillénaire; exposition organisée par la Société d'histoire de la pharmacie (S.H.P.) et le musée François Tillequin, du 2 au , 20 p. La thériaque : histoire d'un remède millénaire / sous la direction de Véronique Boudon-Millot et Françoise Micheau, Paris, Les Belles lettres, 2020, 434 p. https://www.sudoc.fr/251139611

Liens externes

Mandragore BNF Enluminures arabes Man. Arabe 2964 Galien (pseudo-), Thériaque (trad. anonyme) D - hégire 595 = 1198-1199 La Thériaque d'Andromachus Paris, 1668, par Moyse Charas Histoire générale des drogues simples et composées, Paris, 1735, Pierre Pomet Encyclopédie universelle

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