L'armée aztèque était l'armée du peuple aztèque (ou plus exactement mexica), qui, après sa triple alliance avec les (cités-États) de Texcoco et Tlacopan, a imposé la politique d'expansionnisme militaire la plus ambitieuse qu'ait connue la Mésoamérique, au point de former ainsi le plus vaste empire de l'époque postclassique.
L’Empire aztèque était fondé sur l’expansion et la domination d’autres sur lesquels il prélevait un tribut. La société aussi reposait sur la guerre : chaque homme recevait un entraînement militaire dès son plus jeune âge, et la seule possibilité pour les roturiers d’être promus socialement passait par le succès militaire en faisant des prisonniers (. Singulier : .).
Les forces armées aztèques étaient composées d’un large nombre de roturiers () sans distinction particulière et mal entraînés (, .), ainsi que d’un plus petit contingent de guerriers professionnels de la noblesse ().
Fonction des guerres
L'expansionnisme militaire aztèque avait deux objectifs principaux. Le premier était politique : la soumission des cités ennemies en vue d'en obtenir tribut/. La plupart des campagnes militaires avaient pour origine la volonté d'expansion, pas nécessairement en soumettant politiquement le vaincu, mais surtout en vue d'obtenir le versement d'un tribut., comme on peut le voir dans le Codex Mendoza où la liste de ces tributs est méticuleusement reprise.
Le second objectif était religieux et social : la prise d'esclaves pour les sacrifices rituels et le travail forcé. Ceci a fortement influencé le type de combat des Aztèques : un de leurs objectifs principaux n'était pas de vaincre l'ennemi en le tuant mais en le faisant prisonnier. Outre cette fonction rituelle, la guerre constituait pour les guerriers de basse extraction un facteur de promotion sociale, en fonction du nombre de prisonniers qu'ils ramenaient.
La première action d'un nouvel empereur consistait souvent à organiser une campagne militaire pour s'imposer à la fois à ses sujets et aux cités soumises tout en se procurant les esclaves nécessaires à la cérémonie de couronnement. L'un d'entre eux, du nom de Tizoc, avait échoué lors de plusieurs actions militaires, ce qui, selon Diego Durán, aurait amené les nobles à l'empoisonner, .
Organisation Au sommet de la hiérarchie militaire se trouvait l'empereur, le huey tlatoani. En tant que commandant en chef, il portait le titre de «tlacatecuhtli», c'est-à-dire le «seigneur des hommes», . Au-dessous de lui le deuxième personnage de l'empire, le cihuacoatl, qui commandait parfois une armée en campagne, comme ce fut le cas lors de la bataille d'Otumba. L'empereur était assisté d'un conseil formé de quatre hauts dignitaires militaires. Les deux premiers nous sont bien connus : le «tlacateccatl» (celui qui commande les guerriers) et le «tlacochcalcatl» (celui de la maison des javelots), qui assurait la responsabilité des arsenaux («tlacochcalli»). La plupart des tlatoanis avaient assumé une de ces deux fonctions avant d'accéder au poste suprême. En ce qui concerne les deux autres membres du grand conseil, les auteurs ne s'accordent pas, : tlillancanqui, ezhuahuacatl, huitznahuatl, ou encore cuauhnochtli.
Entraînement Les fils de la noblesse profitaient de l'entrainement au Calmecac - "Maison de la lignée". Ils recevaient une éducation aussi bien sur les aspects militaires que sur l'astronomie, le fonctionnement du calendrier, la rhétorique, la poésie ou encore la religion.
Les enfants des roturiers allaient au Telpochcalli "maison des jeunes" où ils recevaient un entrainement militaire de base, et se livraient à des activités manuelles, .
Hiérarchie
Notre connaissance de l'armée aztèque ne nous permet pas de distinguer des «grades» à proprement parler. Le rang des soldats était proportionnel au nombre de prisonniers qu'ils avaient capturés. Ils pouvaient alors porter différents habits (tlahuiztli) qui étaient la manifestation honorifique de leur bravoure. Ces habits devenaient plus spectaculaires avec le rang et on pouvait alors facilement reconnaître un soldat de valeur sur le champ de bataille.
Les roturiers ( en nahuatl, «gente de baja suerte» en espagnol) représentaient la majorité de l'armée. Au niveau le plus bas se trouvaient les porteurs (tlameme) qui étaient chargés de l'approvisionnement en nourriture et en armes. Suivaient ensuite les plus jeunes des «telpochcalli», menés par un «telpochyahqui» (celui qui dirige les adolescents) ou «tlamani» ( «celui qui prend, qui capture»), qui a réussi à prendre seul un captif au cours d'une bataille/. Après avoir fait quatre prisonniers, le guerrier devenait un «tequihuah» (pluriel «tequihuahque»), un vétéran, un soldat aguerri, dont la chevelure recevait une coiffure caractéristique. le «temillotl», constitué d'une mèche attachée par un lien au sommet de la têteDans le Codex Mendoza (Folio 64r), on le voit cependant porté par des guerriers qui n'ont fait qu'un ou trois prisonniers. Voir: Frances Berdan, The Essential Codex Mendoza, University of California press, 1997, .. Au-dessus de quatre prisonniers on pouvait accéder à divers ordres d'élite.
Guerriers d'élite
Les guerriers de base qui ont fait preuve de leur excellence peuvent être promus et être anoblis, ou encore entrer dans l'un des ordres d'élite. Les fils de nobles sont plus susceptibles d'intégrer ces ordres, mais en devant tout de même progresser au sein du rang. Ces guerriers pouvaient passer d'un ordre à l'autre, toutefois nous en connaissons mal les modalités.
Guerriers jaguar et aigle
Les ordres les plus prestigieux sont ceux des Aigles (quauhtin) et jaguars (ocelomeh). Ils avaient un siège, nommé Quauhcalli, situé dans l'enceinte des cérémonies de Technotitlan.
Les guerriers jaguars, comme leur nom l'indique étaient habillés (seulement quand ils étaient en service) d'un justaucorps de peau de jaguar, alors que les guerriers aigles étaient recouverts de plumes d'aigle et leur casque en bois rappelait la tête d'un aigle. Les guerriers des deux ordres portaient des boucliers décorés de plumes avec lesquelles ils écrivaient le symbole de leur nom.
Otomis Les Otomis (en nahuatl : singulier otomitl, pluriel otontin( ) forment une société de guerriers tirant leur nom des populations otomi, renommées pour leur férocité au combat. Pour faire partie de cette société, il faut avoir fait cinq ou six prisonniers.. Il est assez difficile pour les historiens de discerner l'ordre de guerrier du groupe ethnique, d'autant plus que ceux-ci pouvaient rejoindre les armées aztèques en tant que mercenaires ou alliés.
Cuachicqueh Les membres les plus prestigieux des ordres de chevalerie aztèque (sing. cuachic, «celui qui est tondu» ) étaient reconnaissables par leur visage peint d'une moitié bleue et de l'autre jaune ou rouge. Les chefs se rasaient le crâne à l'exception d'une longue tresse sur l'oreille gauche. Ils avaient juré de ne jamais faire un pas en arrière sur le champ de bataille.
Équipement Armes de jet
: Cette arme était un propulseur de javeline (appelée ) destiné à envoyer l'arme de façon plus puissante et précise qu'à la main. Elle était courante dans les armées mésoaméricaines. Avec cette arme les soldats aztèques pouvaient se planter dans un arbre situé à trente mètres à peu près. Le conquistador Bernal Díaz del Castillo donne de cette arme inconnue des Européens la description suivante : «Ils décrivirent aussi les armes dont on fait usage; les piques doublement dentelées qu'on lance avec des machines et qui traversent n'importe quelle défenseBernal Díaz del Castillo, La conquête du Mexique, Actes sud, 1995, ...» : Un arc projetant des flèches (), qui étaient portées dans un carquois (). : Des flèches spéciales dont la pointe était très tranchante grâce à l'obsidienne. : Une fronde faite de fibre de maguey qui projetait des pierres arrondies, façonnées à la main, pouvant peser jusqu'à 1 kilogramme jusqu'à une quinzaine de mètres.
Armes de contact thumb|upright=0.5|Macquauitl Le macuahuitl est une épée en bois aux tranchants incrustés de lames d'obsidienneJacqueline de Durant-Forest, Les Aztèques, Les Belles Lettres, 2008, très coupantes mais également très fragiles. Les guerriers d'élite de l'armée aztèque étaient équipés de cette arme blanche, qui pouvait leur servir d'arme tranchante aussi bien que d'arme contondante, pour assommer et capturer leur ennemi.
Le tepoztopilli est une arme d'hast de la taille d'une lance, dont la pointe est en obsidienne.
Le huitzauhqui est une lance qui tient à la fois du macahuitl et du tepoztopilli, car les côtés de cette arme d'hast sont incrustés d'obsidienne.
Le quauhololli est une massue qui se termine par une partie sphérique.
Protection thumb|left|Tête d'une statue en argile de Guerrier-Aigle retrouvée dans la Maison des Aigles, près du Templo Mayor. Le guerrier porte un casque en forme de tête d'aigle. Son visage émerge du bec de l'animal : bouclier rond, muni vers le bas d'une frange de plumes et dont la face avant est décorée de motifs héraldiques, comme on peut en observer dans le Codex Mendoza. Il en existe plusieurs sortes: le cuauhchimalli, fabriqué à partir de différents bois mais surtout d'osier et incrusté de peaux et de plumes; l'otlachimalli, composé de canne de maïs, un matériau très accessible. Le mahuizzoh chimalli est un bouclier cérémoniel. Le Conquistador Anonyme fait remarquer à ce propos : « Et puisqu'ici en Espagne on a vu quelques-unes de ces rondaches, j'affirme qu'elles ne sont pas de celles qu'ils portent au combat, mais de celles qu'ils portent dans leurs fêtes et dans les danses qu'ils ont coutume d'exécuter lors de leurs réjouissancesLe conquistador Anonyme, op. cit. . » Seuls quelques rares exemplaires, deux au Würtembergisches Landmuseum à Stuttgart, un au Museum für Völkerkunde à Vienne et deux à Mexico, témoignent de la virtuosité des plumassiers ( amanteca en nahuatl) aztèquesEsther Pasztory, Aztec Art, Harry N. Abrams, Inc., 1983, p. 279. : armure de coton rembourrée. D'une épaisseur égale à la largeur de deux doigts, ce matériau pouvait résister aux coups d'épées d'obsidienne. : tunique portée au-dessus de l'armure de coton par certains guerriers nobles. : vêtement de guerre distinctif porté par les guerriers prestigieux et les membres d'ordre de chevalerie. Casque en bois, décoré de plumes, ou en forme de tête d'aigle ou de jaguar ou encore de démon tzitzimitl.
Bannières thumb|200 px|Page du Codex Mendoza : bannières aztèques. Les deux personnages à gauche sont le tlacateccatl et le tlacochcalcatl, dont les étendards sont plus élaborés qu'un simple pamitl Pamitl: Un fanion personnalisé permettant de reconnaître un officier ou un guerrier renommé, «fixé à une hampe et attaché dans le dos de façon qu'il ne le gêne nullement pour combattre ou faire ce qu'il veut»Le Conquistador Anonyme, op. cit. p. 21. Ces bannières permettaient aux officiers de coordonner le mouvement de leurs unitésJohn Pohl & charles Robinson III, Aztecs and conquistadores. The Spanish Invasion & the Collapse of the Aztec Empire, Osprey publishing Ltd, p. 75.
La guerre Notre connaissance des guerres aztèques est assez mal assurée. Nos principales sources sont Diego Durán et Fernando Alvarado Tezozómoc, qui s'inspirent tous les deux d'un ouvrage disparu que les spécialistes nomment «Chronique X».
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