D'aucuns considèrent que l'on ne peut parler d'immigration en France, et donc en faire l'histoire, qu'à partir de la fin du ou du début du . : en effet, la notion d'étranger n'a commencé à être assimilée à une différence de nationalité que progressivement au cours du ; avant, du fait de la faiblesse des moyens de transport, pour être un étranger il suffisait de venir d'une ville ou village jugé éloigné, c'est-à-dire parfois à quelques dizaines de kilomètres. D'autant que, même si le territoire correspondant à l'actuelle France a toujours accueilli de nombreuses migrations, notamment celtiques (), germaniques () les Roms (tsiganes) depuis le Moyen Âge, et des Maures dont de nombreux noms de familles courant français en déscendent aujourd'hui.

Juridiquement, c'est à la Révolution française de 1789 que la notion de citoyen remplace celle de sujet du roi (ou régnicole), sans correspondre à la notion actuelle de nationalité puisqu'un citoyen est alors un partisan de la révolution, sans condition sur son lieu de naissance ni d'origine familiale. Toutefois, les guerres cristalliseront le rejet des personnes nées ailleurs, et dès 1791, la notion juridique de Français apparaît, privilégiant le droit du sol. En 1804, le Code civil de Bonaparte privilégie le droit du sang (filiation paternelle) et la notion juridique de nationalité émergera progressivement, au gré de contraintes politiques françaises et internationales, pour devenir une question nationale sous la Troisième République, en 1880-82, aboutissant à la loi sur la nationalité de 1889. Celle-ci, suivant les cas, use du droit du sol et de celui du sang, définit des critères de naturalisation et des droits spécifiques aux nationaux (y compris des droits d'accès exclusifs à la fonction publique et à certaines professions libérales).

L'étranger (mot venant du mot étrange) a toujours suscité des sentiments d'attrait et de rejet. Avec l'avènement du sentiment national en France, à la fin du , est considéré par la population comme étant un étranger celui qui n'est pas de nationalité française. L'immigration, dans le cadre démocratique de la Troisième République, devient un sujet à débats publics, politiques, dans la presse, le posant souvent comme un problème de concurrence pour les salariés de nationalité française (le problème similaire se posait localement déjà quand l'étranger était celui qui venait de la ville voisine), mais aussi comme un problème sécuritaire vis-à-vis des individus (dans les faits divers) ou même du pays entier (la traîtrise à la patrie, l'hygiène publique), et autres problématiques élevées au rang de nationales. Tout cela induisant aussi des suspicions envers des personnes de nationalité française mais étant quand même couramment désignées comme des étrangers : les Juifs, les naturalisés, les descendants plus ou moins lointains d'immigrés, les sujets français des colonies, etc.. L'utilité de l'immigration pour pallier certains problèmes est une idée évoquée dès cette époque : trouver de la main-d’œuvre pas chère et/ou qualifiée, trouver des soldats, trouver des personnes pour combler le déficit démographique. La mise en place par l’État d'une politique d'immigration volontariste commence avec la Première Guerre mondiale.

Ainsi, depuis cette époque les politiques auraient-elles oscillé entre ces mêmes problématiques et solutions initialement proposéesD'après « À l’échelle des politiques, on retiendra le cheminement souvent tortueux entre les terres du droit et de l'universel et le gouffre de l'exclusion et des lois xénophobes ».

L'histoire de l'immigration en France peut être divisée en trois vagues d'immigration successives : La première vague, caractérisée par l'afflux de main-d'œuvre lors de la révolution industrielle. La deuxième vague, caractérisée par le besoin de main-d'œuvre dans l'entre-deux-guerres. La troisième vague, caractérisée par l'arrivée d'immigrants après la Seconde Guerre mondiale.

Généralités

Pendant l’Ancien Régime, le statut des personnes d’origine étrangèreà ne pas confondre avec l'étranger qui désignait jusqu'au celui qu'on ne connaît pas, qu'il vienne d'un village ou d'un pays voisin. est marqué par la prédominance du droit du sol. Le 23 février 1515, un arrêt du Parlement de Paris autorise ainsi le « droit de succéder » à toute personne née en France de parents étrangers. Le droit du sang s’y ajoute toutefois afin de permettre à un enfant né dans un pays étranger d’un père français de venir s’installer en France. Le développe la conception juridique et politique du terme « étranger » à mesure que s'affirme celle de la « nationalité ». Le Premier Empire restreint le droit du sol et fait dépendre la nationalité des origines de la personne et non du lieu de résidence. Toutefois le droit du sol est rétabli en plusieurs étapes : une loi de 1851 déclare Français l’enfant né en France d’un étranger lui-même né en France, tandis que, sous la Troisième République, la loi du 26 juin 1889 assure la nationalité française à tous les étrangers nés en France et parvenus à leur majorité. Cette conception du droit de sol restera un fondement du droit de l’immigration en France jusqu’aux dernières années du (loi du 22 juillet 1993).

Première vague d'immigration (1850-1914)

Années 1850 à 1900 : révolution industrielle La révolution industrielle atteint la France tardivement : c'est sous le Second Empire entre 1851 et 1870 que celle-ci démarre réellement. Le ralentissement de la croissance démographique française depuis le , et ce nouveau besoin de main-d’œuvre va encourager l'immigration d'ouvriers venus des pays voisins. C'est le début de la première vague d'immigration en France. Suivant les régions françaises, les premiers immigrants sont les Belges et les Piémontais (nom habituellement donné aux personnes venant des États qui constitueront ensuite l'Italie) ainsi que les Suisses. L'immigration italienne, pays à forte croissance démographique, prend ensuite le relais des Belges et des Suisses, le statut de Nice et de la Savoie (annexés en 1860 par Napoléon III) favorisant les mouvements transfrontaliers. Les Espagnols et les Allemands émigrent aussi vers les grandes villes françaises et participent au développement économique et au comblement démographique de la France.

À partir de 1851, l'État intègre dans le recensement des données concernant la nationalité (avec de multiples approximations car cette notion est mal définie et surtout comprise de manière variable par la population) et le lieu de naissance, fournissant ainsi une base pour estimer le nombre et la proportion des étrangers en France. L'administration recense alors , dont . Les Italiens sont plus de à la fin du Second Empire ; en 1876 ; en 1881 et au tournant du siècle.

Le droit du sol est rétabli en plusieurs étapes. La loi de 1851 assure la nationalité française à « l'enfant né en France d’un étranger lui-même né en France ».

Depuis les années 1880, une vague d'immigrants juifs fuyant les pogroms d'Europe de l'Est arrive en France. Ces immigrants parlent yiddish et sont pour la plupart ouvriers ou artisans. Ils s'établissent souvent dans le quartier du Marais à Paris (Pletzl), par exemple dans la rue Ferdinand-Duval, l'ancienne rue des Juifs rebaptisée en 1900 après l'affaire DreyfusEJSF, 1900-1939, article « Rue Ferdinand-Duval »..

Sous la Troisième République, la loi du 26 juin 1889 assure la nationalité française à « tous les étrangers nés en France et parvenus à leur majorité ». Le droit du sol restera un fondement du droit de l’immigration en France jusqu’aux dernières années du (loi du 22 juillet 1993).

La société française connaît des élans nationalistes : l'affaire Dreyfus (1894-1906), la crise boulangiste (1889-1891) et le développement des ligues d'extrême-droite telles que la Ligue de la patrie française ou la Ligue des patriotes, de l'antisémite et de la xénophobie, le massacre des Italiens d'Aigues-Mortes (les 16 et 17 août 1893, huit morts et quarante-neuf blessés) alors que déjà, en 1881, un pogrom contre les Italiens avait eu lieu à Marseille, les Vêpres marseillaises (trois morts et vingt-et-un blessés).

Dès le , l'immigration venant des colonies (donc en fait des sujets français) commence également. Vers 1895, les immigrés d'Afrique du Nord sont quelques centaines.

Années 1900 à 1914 : veille de la Grande guerre

En 1901, La France compte , , , et .

Au début du , des artistes étrangers arrivent dans la capitale à la recherche de conditions favorables à leur art : Pascin arrive en France en 1905, Picasso (espagnol) s'installe à Paris en 1905, Zinoview en 1908, Lipchitz et Zadkine en 1909, Chagall en 1910, Soutine en 1912, Mané-Katz en 1913.

En 1911, les Italiens deviennent le premier groupe d'immigrants en France, dépassant les Belges : les Italiens constituent alors 36 % des immigrants en France et 1 % de la population totale. Ces chiffres, de plus, n'incluent pas les migrations saisonnières, qui représentent la plus grosse partie des mouvements transalpins. Venus de l'Italie septentrionale (Piémont, Lombardie, Émilie-Romagne, Val d'Aoste), les migrants s'installent davantage dans la zone frontalière : Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Corse, mais aussi dans le Rhône, en Savoie, et en Isère. Le département de la Seine, qui compte en 1896, est le troisième pôle d'émigration pour les Italiens. Un quart de la population niçoise est italienne en 1896. En 1911, la population parisienne est représentée par soit 7 % de sa population et tous les pays d'Europe y sont représentés ..

À la veille de la Première Guerre mondiale, Marseille compte une population de , dont un peu plus de : essentiellement des Italiens (75 % des étrangers et à peu près un cinquième de la population marseillaise), mais aussi des Espagnols (Picasso s'installe à Paris en 1905), des Arméniens. Louis Massignon souligne aussi la présence d'une centaine de commerçants et colporteurs Kabyles à Marseille dans les années 1830.

Malgré l'affaire Dreyfus, la France reste très attractive pour les Juifs d'Europe centrale et d'Europe orientale toujours victimes de persécution et de discrimination. Les rapports avec les Juifs locaux sont tendus : les nouveaux arrivants considèrent leurs coreligionnaires comme « peu juifs, » tandis que ceux-ci voient d'un mauvais œil ces Juifs tellement plus proches qu'eux-mêmes de l'image née des préjugés antisémites : l'inauguration de la synagogue russo-polonaise de la rue Pavée en 1914 (synagogue de la Rue Pavée) se fait hors la présence du Consistoire ou du rabbinat troisième partie, quatrième section, premier chapitre.. Cette immigration contribue à la croissance du nombre de Juifs en France qui sont estimés en 1914, à la veille de la guerre, à dont un tiers d'étrangers. autres vivent en Alsace-Lorraine où ils sont souvent restés très francophiles et en Algérie.

Deuxième vague d'immigration (1914-1939)

La deuxième vague d'immigration est caractérisée par la période allant de la Première Guerre mondiale à la veille de la Seconde.

La Première Guerre mondiale (1914-1918)

Avec la Première Guerre mondiale se déclenche vraiment l'immigration maghrébine en France sous la deuxième vague d'immigrationChokri Ben Fradj, « L'immigration nord-africaine dans le discours syndical français de la Grande Guerre aux années du Front populaire (1914-1939) » in Algériens et Français: mélanges d'histoire, Éditions L'Harmattan, 2004, .

Dès la Première Guerre mondiale, la France, à la démographie languissante, fait appel à la « main-d'œuvre étrangère » pour les besoins d'armement de l'armée française. Ainsi, le ministère de l'Armement recrute des Belges, Suisses, Italiens, mais aussi Kabyles, ou plus généralement des Nord-Africains (Colonie d'Afrique du Nord) au Creusot, siège des aciéries Schneider, etc.Marc Bernardot, Loger les immigrés - La SONACOTRA 1956-2006, Introduction, Éditions Du Croquant, collection « TERRA », 2008.