Yvon Deschamps, né le à Montréal, est un monologuiste et humoriste québécois.

Il s’est illustré entre 1968 et 2010 par près d’une centaine de monologues dans lesquels il dénonce le racisme, l’exploitation de la classe ouvrière, le sexisme, l’homophobie ainsi que les multiples préjugés qui peuvent nous habiter.

Monté sur les planches à l’âge de , il joue pendant dix ans dans une grande variété de rôles devant des publics divers, tout en ouvrant deux restaurants à Montréal qui, après le boum de l'Expo 67, ont fait faillite. En 1968, avec le spectacle de L’Osstidcho, il trouve enfin sa voie et fera désormais du monologue une carrière à temps plein, largement saluée par la critique et le public québécois. Il a aussi joué dans une demi-douzaine de films et d’émissions télévisées, notamment Samedi de rire, très populaire, avant de créer sa propre série humoristique CTYVON qui n’eut qu’un accueil mitigé.

Dès l’arrivée du succès, il commence à s’investir, personnellement et par sa fondation, dans diverses organisations : aide aux personnes handicapées ou aux femmes en difficulté, lutte contre la faim dans le monde et pour la justice sociale.

Profondément fier d’être québécois, il refuse toutefois de s’associer à un parti politique lors du référendum québécois de 1980, estimant que la majorité des Québécois veulent en fait, comme dans sa célèbre boutade, .

Biographie Années de formation Yvon Deschamps est né dans le quartier ouvrier de Saint-Henri, rue Agnès, à Montréal. Sa mère, Anna Leduc, est secrétaire de notaire jusqu’à son mariage à l’âge de ; son père, Avila Deschamps, est dessinateur industriel. Yvon est le deuxième de leurs trois enfants, tous des garçons. Si sa famille ne vit pas dans la pauvreté, le jeune garçon est en contact avec la réalité de l’exploitation des ouvriersSelon son témoignage : Yvon refuse de poursuivre jusqu’à la douzième année, ayant perdu tout intérêt pour les études et s’étant mis à fréquenter des petits délinquants. Il obtient un emploi de commis dans une banque, mais déteste ce travail qu’il quitte après un an. En 1953, il est engagé en tant que messager à la discothèque de la télévision de Radio-Canada. Cet emploi le met en contact avec un milieu culturel nouveau et lui fait découvrir le monde de la scène et du spectacle. Il se lie d’amitié avec Gilles Latulippe qui le remplace comme messager alors qu’il est préposé à la classification des enregistrements. Découvrant par hasard sa patronne, Marie Bourbeau, lui propose un jour un billet de théâtre parce qu’elle ne pouvait pas assister au spectacle. C’était la première fois qu’il mettait les pieds dans un théâtre (). le théâtre de boulevard dans une pièce mettant en vedette Georges Groulx et Denise Pelletier, il a une révélation soudaine et décide de devenir acteur. Sa patronne le met alors en contact avec François Rozet qui accepte de lui donner des cours privés, qu’il suivra durant plus de trois ans. Attiré par la tragédie, il monte sur les planches pour la première fois le au Théâtre universitaire canadien, tenant le rôle de Pylade dans Andromaque. Il décide alors de quitter Radio-Canada pour être acteur à plein temps.

Son maître : Charlie Chaplin Il est fasciné par Charlie Chaplin, qu’il considère comme son maître et qui lui a servi de modèle et d’inspiration pour ses monologues : C’est à lui qu’il doit . Il continuera de révérer ce maître au point de se procurer sa dernière voiture, une Bentley 1964 S3 qu’il a achetée en 2001..

Débuts dans la comédie (1958 - 1967) vignette|Claude Léveillée en 2006.|alt=Photo du chanteur debout, le micro à la main, en train de chanter. En 1958, il est engagé à La Roulotte, un théâtre ambulant pour enfants appartenant à la ville de Montréal et dirigé par Paul Buissonneau. Il est aussi membre pendant deux saisons du Théâtre universitaire canadien, jouant Racine, Marivaux, Molière et Musset dans les collèges classiques. Il fait ses débuts à la télévision, d’abord au réseau anglais en 1959, dans The Big Search, puis dans les séries pour enfants Picolo et La Boîte à Surprise de Radio-Canada, collaborant aussi à l’écriture de quelques textes.

En 1961, il se lie d’amitié avec le chanteur Claude Léveillée, qu’il accompagne à la batterie et à l’accordéon. En 1963, il se joint au Théâtre de Quat’Sous de Buissonneau en compagnie de Léveillée et plusieurs autres artistes. Il participe à la revue musicale Le kid s’en va-t-en guerre sous la direction de Gilles Richer et Bernard Sicotte.

En 1964, il obtient son premier rôle au cinéma, dans Délivrez-nous du mal de Jean-Claude Lord.

Cette même année, il délaisse sa (courte) carrière de musicien et ouvre le restaurant Le Fournil dans le Vieux-Montréal, puis le Saint-Amable en 1966, qui feront tous deux faillite après Expo 67, lors de la baisse du tourisme. Dans une salle attenante au Fournil, il héberge dès 1966 la Boîte à Clémence, une boîte à chansons de Clémence DesRochers, et participe aux revues Le monde sont drôles et Sois toi-même, qui y sont présentées.

En 1967, Clémence DesRochers, qui est la première de la génération des humoristes de la Révolution tranquille, . Deschamps suivra dès lors la voie qu’elle lui a suggérée.

L’Osstidcho (1968-1969) vignette|Robert Charlebois en 1972.|alt=Photo du profil gauche du visage du chanteur collé au micro. En , son restaurant ayant fait faillite, Deschamps se retrouve complètement démuni. Paul Buissonneau lui offre un emploi au Théâtre de Quat’Sous, et lui demande de prendre la direction de la dernière pièce de l'année.

En mai, Deschamps propose à Louise Forestier, Mouffe et Robert Charlebois de monter un spectacle musical. Le résultat sera L’Osstidcho, une revue musicale et sociale qui va révolutionner la chanson québécoise.

S’inspirant de la chanson d’Arlo Guthrie, Robert Charlebois lui propose de transformer un sketch à quatre personnages en un monologue soutenu par un thème musical répétitif. Ce qui donna le premier monologue Les unions, qu’ossa donne. Son personnage est un ouvrier naïf qui vante la générosité de son patron, alors qu’on comprend bien que la réalité est tout autre et qu’il est en fait exploité jusqu’à l’os. Ce monologue est . Son père a enfin pris conscience de cette exploitation lorsqu’il a obtenu une augmentation de 50 %, ce qui l’a décidé à s’établir à son compte en ouvrant son propre bureau à la fin des années 40On peut voir une des premières présentations de ce monologue sur la chaîne d’Yvon Deschamps dans Youtube. :

Le spectacle est présenté dans le cadre du centième anniversaire de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

La compagnie Polydor, voulant s’installer au Québec et étant à la recherche d’artistes, offre à Deschamps d’enregistrer quelques monologues pour son premier disque en 1968, sans toutefois espérer en vendre beaucoup. Cet album se vend à . En 2022, l’humoriste se prête à un documentaire de Télé-Québec qui souligne l’Osstidcho.

Consécration (1970-1983) À la suite du succès de L’Osstidcho, la carrière d’Yvon Deschamps démarre en trombe, . En 1969, à la demande de Guy Latraverse, il présente L’argent en première partie du tour de chant de Marie Laforêt, puis Le bonheur au Théâtre du Canada, monologues qui constitueront son deuxième album. Il monte seul sur scène pour la première fois au Patriote de Ste-Agathe, où il se produira 310 fois. Il enregistre son deuxième album intitulé L’argent ou le bonheur (1969) qui se vendra à .

En 1970, il lance son troisième album, Le P’tit Jésus, le Fœtus, la Honte (vendu à ), et donne plus de 250 représentations au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, présentant de nouveaux monologues comme Dans ma cour et Cable TV. L’année suivante, 180 autres représentations auront lieu, dont cinq semaines à guichet fermé...

Il joue dans Deux Femmes en or (1970) et Tiens-toi bien après les oreilles à papa (1971). Il participe au spectacle Poèmes et chants de la résistance 2, organisé pour soutenir les prisonniers politiques Québécois. Il y présente le monologue Les Anglais, qui deviendra L’Histoire du Canada.

En 1972, il écrit le scénario du film Le p'tit vient vite adapté d’une pièce de Georges Feydeau et dans lequel le héros est inspiré du personnage de ses monologues. Comme le note Georges-Hébert Germain :

Par la suite, il présente les spectacles On va s’en sortir au Théâtre Saint-Denis en 1972 et La Libération de la femme au Patriote de Sainte-Agathe en 1973 et 1974, ce dernier à plus de 150 reprises. Il continuera de présenter un nouveau spectacle tous les deux ans jusqu’en 1984.

En 1974, il est la plus grande vedette au Québec : Il joue dans la pièce L’Ouvre-boîte avec Jean-Louis Roux.

En 1975, il part en tournée pendant neuf mois pour présenter L’Histoire sainte. La même année, il participe à la Fête nationale sur le mont Royal, le soir du où l’on assista à la création de la chanson Gens du pays (composée par Gilles Vigneault) qui deviendra le chant d’anniversaire des Québécois. En 1976, il participe au spectacle Les 5 Jean-Baptistes présenté le sur les Plaines d'Abraham à Québec et le sur le mont Royal à Montréal avec Vigneault, Léveillée, Ferland et Charlebois. Le disque remporte l’Académie Charles-Cros en 1977.

En 1977, il revient avec un nouveau spectacle (Complet) qui tiendra l’affiche pendant soit 102 représentations d'affilée à la Place des Arts. À propos de ce spectacle, il confie à Nathalie Petrowski :

En 1978, il se rend à Hollywood avec quelques artistes québécois pour présenter une semaine de spectacles visant à faire connaître le Québec.. Dans la foulée, il envisage un moment le défi de faire une percée aux États-Unis : Il participe à l’émission de Peter Gzowski à la CBC, ainsi qu’à au même réseau. Mais il finit par renoncer à ce projet en 1979. Il en sortira l’album Yvon Deschamps « en anglais ». Il envisage aussi de faire une comédie musicale.

En 1979, il revient à la Place des Arts, avec un spectacle qualifié de très difficile, dans lequel il présente les monologues La Petite mentale et La Manipulation : Deschamps lui-même qualifiera ce spectacle de « catastrophe » et se rappellera plus tard :

En 1981, il présente le spectacle C’est tout seul qu’on est l’plus nombreux. La musique de certaines chansons était de Serge Fiori.. Malgré cela, le public, échaudé par l’expérience précédente et le référendum de 1980, hésite au départ mais la réaction est finalement chaleureuse et Deschamps jouera à la Salle Maisonneuve de la PDA devant des salles pleines plus de 80 fois.

Au printemps 1983, il se produit pendant deux semaines au Théâtre de la Ville de Paris où, au dire des critiques, avec .. Quelques mois plus tard, il présente son spectacle d’adieu, Un voyage dans le temps (1983)..

Vedette de télévision (1985-1990) En 1985 débute Samedi de rire, une émission à sketch humoristiques d’une heure, enregistrée au Spectrum devant un public de et diffusée le samedi à à la télévision de Radio-Canada. Yvon Deschamps en est le c-producteur et l’animateur et joue aux côtés de Normand Chouinard, Normand Brathwaite, Pauline Martin et Michèle Deslauriers, ainsi que divers invités occasionnels. Une vingtaine de scripteurs répartis en quatre équipesLes équipes sont formées de : Louis Saia, Stéphane Laporte et Claude Meunier ; Louise Roy, Joanne Arseneau et Luc Mérineau ; Serge Langevin, Serge Grenier et François Depatie ; Jean-Pierre Plante, Pierre Huet, Patrick Beaudin et Sylvie Desrosiers. Josée Fortier coordonne les équipes. D’autres scripteurs sont aussi invités occasionnellement, tels Louise Bureau et Pierre Légaré. contribuent à la production des textes... Au cours des séances, Deschamps se garde dix à douze minutes de monologue durant lesquelles il campe notamment son célèbre personnage de « raconteur d’histoires » qu’est Ti-Blanc Lebrun, grand complice de son ami, Ti-Brun Leblanc (Brathwaite). L’émission de variétés s’achève en 1989, après . Deux anthologies en sont diffusées entre 1985 et 1989.