L'éthique militaire ou éthique de la guerre est un ensemble de pratiques et de discours visant à guider les forces armées et leurs membres afin qu'ils agissent de façon conforme à des valeurs et à des normes, et à préciser au regard de l’ensemble de la citoyenneté ces valeurs de référence.
L’humanité a organisé des guerres au long de . Au cours de tout ce temps elle a aussi essayé, avec peu de succès, de créer des régimes capables soit d’enrayer la guerre soit de limiter ses effets destructeurs. L’éthique militaire traditionnelle, et notamment la Doctrine de la guerre juste, s'occupe des questions relatives aux justifications données pour utiliser la force (« jus ad bellum » ou droit à la guerre), de ce qui peut se justifier de faire dans le contexte de l'usage de cette force (« jus in bello » ou droit dans la guerre) et enfin les questions liées à la reconstruction après la guerre (« jus post bellum »). Une vision alternative place son attention dans le rôle des militaires avant tout dans la construction progressive de la paix, en tant qu'état (inachevé) de justice sociale à caractère multidimensionnel (économique, juridique, politique, culturel, religieux, symbolique, etc.) qui doit toujours conditionner la résolution des conflits par des voies autres que violentes.
Les forces armées nationales et multinationales doivent avoir un rôle d'abord préventif et dissuasif. Leur engagement peut devenir inéluctable, en dernier recours, en particulier face à un génocide, toujours dans le cadre d'un droit des conflits armés qui est peut-être à actualiser et sous mandat du Conseil de sécurité des Nations unies.
Théorie de l’éthique militaire Justification de l’existence des armées L’éthique militaire repose tout d’abord sur une contradiction : « La profession militaire c’est la seule dont la fonction fondamentale est immorale. L’éthique militaire est un paradoxe, qui essaye de mettre en liaison les deux concepts antithétiques de la moralité et l’assassinat »White, Richard D. Jr.; « Military Ethics », dans Cooper, Terry L. ; « Handbook of Administrative Ethics »; CRC Press, 2001, .
Plusieurs courants affichent des positionnements différents. Les utilitaristes considèrent que l’existence des armées doit être justifié dans un monde imparfait où il faut se défendre et assurer la sécurité des siens face aux ennemis extérieurs, de même que la police est considérée nécessaire pour assurer la sécurité face aux crimes à l’intérieur d’un ÉtatFotion, N. ; Elfstrom, Gerard ; « Military Ethics : Guidelines for Peace and War » ; Routledge, 1986, , 32.
Les pacifistes radicaux nient toute justification à l’existence des armées. Pour eux, la guerre est un mal moral dans tous les cas, ou dans certains cas (par exemple les pacifistes nucléaires).
Un autre type de pacifisme moins idéaliste considère que plutôt qu’entre guerre et paix, le choix repose-t-il entre, d’une part une conception du monde selon laquelle le sens de la politique est la lutte elle-même et, d’autre part, la conviction que tout pouvoir n’a de justification que s’il se donne pour objectif premier le respect de l’homme et de sa dignité, la réalisation des conditions les meilleures pour son épanouissement et le développement de ses potentialités. Ainsi, face au choix réaliste de comprendre le monde et agir en conséquence, comme si l’être humain était violent par nature, ce qui n’a pas du tout non plus été démontré, l’alternative de cette “utopie réaliste” au sens où Emmanuel Kant l’entendait, c’est d’agir comme si la paix existait, en œuvrant ainsi à sa fondationCot, Jean; « Parier pour la paix » ; Éditions Charles Léopold Mayer, Dossiers pour un débat, no. 153, 2006.
Le sujet de la légitimité des armées - L’une des premières questions auxquelles l’éthique militaire essaye de répondre est celle du sujet dont émane la légitimité des armées. Par exemple, Davenport affirme que les militaires professionnels doivent faire clairement la distinction entre les intérêts de l’état-nation ou le gouvernement de l’état et ceux de l’humanité, pour y établir une priorité en faveur des derniersDavenport, M. ; « Professionals or Hired Guns ? » dans Wakin, Malham M ; Kempf, James ; « Military Ethics : Reflections on Principles-The Profession of Arms, Military Leadership, Ethical Practices, War and Morality, Educating the Citizen-Soldier » ; Diane Publishing, 1984, .
Jean-Rene BacheletBachelet, Jean-Rene ; « Une éthique militaire pour un monde meilleur » y contribue aussi moyennant une conceptualisation de l'éthique militaire qui soit en consonance avec l'exigence d’un « principe d'humanité ». Ainsi, l'auteur définit ce principe de la façon suivante : « Tous les hommes, quels que soient leur race, leur nationalité, leur sexe, leur âge, leur opinion, leur religion, appartiennent à une commune humanité et chacun a un droit imprescriptible au respect de sa vie, de son intégrité, de sa dignité. » Ce principe, qui se situe au cœur du bien commun de notre monde désormais global, se décline sous trois aspects : l’universalité de l’homme la valeur de la personne humaine, de sa vie, de son intégrité, de sa dignité l’exigence que nous avons d’œuvrer pour un monde meilleur.
La « doctrine de la guerre juste » La doctrine de la guerre juste est un modèle de pensée et un ensemble de règles de conduite morale définissant à quelle condition la guerre est une action moralement acceptable. La doctrine de la guerre juste peut être divisée en trois catégories : Le « Jus ad Bellum » : concerne particulièrement le droit de partir en guerre ou conflit, le droit de la déclarer ; (du latin ad : vers, à). Le « Jus in Bello » : concerne la justice du comportement des différents intervenants pendant le conflit. Le « Jus post Bellum » : concerne la phase terminale et les accords de paix qui doivent être équitables pour toutes les parties.
La doctrine de la guerre juste trouve son origine dans la pensée de Saint Thomas d'Aquin, de Saint Augustin et de Francisco de Vitoria (1480-1546). Saint Augustin considère nécessaire la défense des États même moralement imparfaits, face à l’alternative du chaos, qu’il connaît bien pour avoir vécu les temps des invasions barbares dans l’Empire romain. L’engagement dans ces guerres se justifie pour le penseur seulement par une agression première des autres c’est-à-dire une violation de la paix.
Après les traités de 1648, l’ensemble de la pensée chrétienne médiévale à propos de la guerre juste se transforme en une version séculaire de cette théorie. Le « jus ad bellum », les raisons d'aller en guerre, sont de plus en plus définies en termes de la défense des principes gémeaux du nouveau système international : intégrité territoriale et souveraineté politique des états.
Droit à la guerre (« Jus ad bellum ») Pour le courant réaliste, la guerre est considérée comme un mal qui seulement peut se justifier moralement dans le cas où il y sert à éviter un mal majeur. Quand il y a « bonne intention », la guerre est considérée non plus comme un mal inévitable mais comme un usage légitime du pouvoir. Par « bonne intention » les partisans du réalisme entendent seulement une cause juste qui soit assez consolidée et que toute autre motivation telle qu’un intérêt économique, ethnique, pour l’obtention de ressources, etc. soit visiblement écartée.
Les utilitaristes défendent le même point de vue. Un exemple est celui des victimes civiles innocentes allemandes au long de la Seconde Guerre mondiale, dont le nombre était mineur en comparaison avec les victimes réelles et potentielles des politiques d’agression, torture et génocide systématiques menés à terme par le régime nazi. L’utilitarisme ne justifie pas la non-proportionnalité, c'est-à-dire l’usage d’armes disproportionné par rapport aux moyens défensifs de l’ennemiFotion, N. ; Elfstrom, Gerard ; Op. cit., .
Un document des Nations unies intitulé « UN High Level Panel Report on Threats, Challenges and Change ». propose quelques conseils sur les circonstances qui peuvent légitimer une guerre. Cinq critères fondamentaux de légitimité sont retenus : (a) Gravité de la menace (b) Légitimité du motif (c) Dernier ressort (d) Proportionnalité des moyens (e) Mise en balance des conséquences. À cela on ajoute un mandat émanant du Conseil de sécurité qui autoriserait l’usage de la force pour toute guerre qui serait déclarée officiellement.
(a) Gravité de la menace : « La nature, la réalité et la gravité de la menace d’atteinte à la sécurité de l’État ou des personnes justifient-elles de prime abord l’usage de la force militaire ? en cas de menaces intérieures, y a-t-il un risque de génocide et autres massacres, de nettoyage ethnique ou de violations graves du droit international humanitaire, effectifs ou imminents ?
(b) Légitimité du motif : parmi les motifs « légitimes » les plus mentionnées on trouve autodéfense, défense d’autrui, résistance face à une agression, protection d’innocents face à des régimes agressifs et brutaux, et punition des erreurs graves encore non sanctionnées ou réparées.
(c) Dernier ressort : un État peut avoir recours à la guerre seulement s’il a épuisé toutes les alternatives non-violentes et/ou pacifiques plausibles de résolution du conflit en question, notamment la diplomatie.
(d) Proportionnalité des moyens : ne pas appliquer de moyens au-dessus du nécessaire pour réussir son objectif. La violence engagée dans le conflit doit être proportionnelle à l’objectif recherché. Tout État qui veut engager une guerre doit au préalable comparer les biens obtenus par toutes les parties (son armée, l’armée ennemie et des tierces parties), aux maux qui en résulteront aussi pour tous, notamment les victimes.
(e) Mise en balance des conséquences : un État ne doit s'engager dans une agression que s'il considère qu’il existe des possibilités de réussir. La probabilité de succès doit être plus forte que les dommages imposés. L’objectif serait d’empêcher toute violence inutile et le but de l’intervention armée doit être de rétablir la paix. Cela dit, le droit international ne comprend pas ce point car il est favorable aux États les plus puissants en détriment des moins puissants.
(f) Autorité légitime et déclaration publique : le document de Nations unies parle d’un mandat émanant du Conseil de sécurité. L’autorité légitime « appropriée » selon les tenants de la Doctrine de la guerre juste, doit être spécifié dans la constitution du pays concerné, et peut être souvent le pouvoir exécutif, et cela indépendamment de son caractère démocratique ou pas. Néanmoins, Davenport affirme que les militaires, tout au long de l’histoire, ont été tentés de croire qu’ils avaient plus d’expérience que les citoyens à qui ils rendent service, avec des résultats néfastes. Pour ce spécialiste de l’éthique militaire, la décision d’engager une guerre ne peut pas donc venir des gouvernements mais des responsables de la nomination et de la destitution des gouvernements, c'est-à-dire, dans le cas des États-Unis, le peuple et leurs représentantsFicarrotta, Carl, J.; « Algunas Lecciones Aprendidas de Manuel Davenport » dans « Air & Space Power Journal. Español », premier trimestre 2007 ; . »
La vision traditionnelle sur la fonction et la mission du corps militaire est qu’elle consiste à faire la guerre. Néanmoins Richard T. DeGeorge affirme que cela est seulement vrai en partie, car la fonction la plus appropriée serait tout d’abord de garder la paix, et en conséquence ne s’engager que dans de missions dissuasives et défensives. Dans ce sens toute guerre d’agression serait moralement injustifiéeDeGeorge, Richard T. ; « A Code of Ethics for Officers » dans Wakin, Malham, M. ; Kempf, James ; « Military Ethics : Reflections on Principles-The Profession of Arms, Military Leadership, Ethical Practices, War and Morality, Educating the Citizen-Soldier » ; Diane Publishing, 1984, .