L'histoire des Pouilles concerne les événements historiques relatifs aux Pouilles, région de l'Italie méridionale.

La préhistoire

Le site de Pirro Nord a livré des vestiges du paléolithique inférieur. Les études et les recherches effectuées récemment ont révélé que le Salento était déjà habité au cours du paléolithique moyen, il y a à peu près . Dans les nombreuses grottes naturelles dues à la nature calcaire du terrain, des ustensiles en silex ont été retrouvés. Il s'agissait probablement d'hominidés appartenant à l'espèce de l'homme de Néandertal, alors que l'Homo sapiens n'est apparu que lors du Paléolithique supérieur, il y a .

Une importante découverte archéologique concerne plusieurs statues en os retrouvées dans la grotte des Veneri près de Parabita, lesquelles démontrent l'existence, il y a de culte concernant la fertilité ; celles de la grotte des Mura à Monopoli démontrent la présence d'habitants déjà au Moustérien (paléolithique moyen). La grotte Spognoli et la grotte Paglicci près de Rignano Garganico dans lesquelles ont été retrouvées diverses pièces datent du paléolithique moyen et supérieur. Probablement il s'agit d'hominidés de l'espèce de l'homme de Néandertal.

Un autre témoignage important des « premiers pugliese » est représenté par Delia, un hominidé femme ayant vécu il y a et découverte à Ostuni dont l'importance réside dans le fait qu'elle conservait en elle, les restes d'un fœtus en phase terminale, devenant ainsi la plus ancienne mère de l'histoire.

Dans la région, les graffiti sont nombreux comme ceux de la grotte Romanelli, vers Castro, et de la grotte des Cervi, vers Porto Badisco. De récentes fouilles effectuées à Roca Vecchia ont en outre mis en évidence un important système de fortifications datant de l'âge du bronze (). Dans la même zone, il existe un autre site archéologique important : la grotte de la Poesia, découverte en 1983 ; elle occupe un espace circulaire d'une superficie de et comprend de nombreuses inscriptions, parfois superposées, d'époques et de civilisations différentes, qui datent des D'autres importants témoignages ancestraux sont représentés par plusieurs constructions mégalithiques, surtout dans le Salento, comme les dolmens et les menhirs, qui au cours des siècles ont été destinés au culte chrétien.

Avant les Romains

La Japigia (l'antique Pouilles), peuplée à l'origine aussi bien d'Illyriens que de Grecs, comprenait les territoires de la Daunia (les Pouilles septentrionales) Peucezia (les Pouilles centrales) et la Messapie (antique Salento).

Les Dauniens développèrent une riche culture particulière en maintenant une indépendance culturelle bien qu'en contact avec les autres populations voisines aussi bien grecques qu’indigènes. Parmi les pièces archéologiques les plus significatives de cette civilisation, on trouve les stèles dauniennes, blocs de pierre gravés datant du , trouvés dans la plaine de Siponto, près de Manfredonia, et aujourd'hui conservés dans le musée national de la villeMémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, article et représentations de stèles. Ils représentent des visages masculins et féminins très stylisés et les stèles étaient plantées verticalement dans la terre à l'emplacement des sépultures de ceux qu'ils représentaient. Les principaux centres dauniens étaient Tiati (près de San Paolo di Civitate), Casone (près de San Severo), Lucera, Merinum (Vieste), Monte Saraceno (près de Mattinata), Sipontum, Coppa Nevigata, Cupola, Salapia, Arpi (près de Foggia), Aecae (près de Troia), Vibinum (Bovino), Castelluccio dei Sauri, (Ordona), Ausculum (Ascoli Satriano), Ripalta (près de Cerignola), Canosa, Melfi, Lavello et Venosa.

Les Peuceti habitaient le territoire qui occupe la partie centrale de l'Apulia, correspondant plus ou moins à l'actuelle province de Bari. En cette période, l'actuel chef-lieu des Pouilles n'était pas une ville très importante à la différence des villes florissante de Canosa, Bitonto, Norba et Trani.

La péninsule salentine, appelé par les Grecs Messapia (« Terre entre deux mers »), était habitée par les Messapiens, population d'origine illyrienne ou égéo-anatolique. L'ensemble des villes principales, aujourd'hui nommé dodécapole messapique par assimilation avec la dodécapole étrusque, étaient en réalité au moins treize : Alytia (Alezio), Ozan (Ugento), Brention/Brentesion (Brindisi), Hyretum/Veretum (Vereto), Hodrum/Idruntum (Otrante), Kaìlia (Ceglie Messapica), Manduria, Mesania (Mesagne), Neriton (Nardò), Orra (Oria), Cavallino (sans certitude sur le nom antique), Thuria Sallentina (Roca Vecchia) et aux limites septentrionales de la péninsule, l'importante ville de Egnazia.

Tarente, important port de la Grande-Grèce, dont la fondation dans cette zone date traditionnellement de 706 av. J.-C. à la suite du déplacement de plusieurs colonies spartiates par nécessité d'expansion ou pour des questions commercialesComme l'indique l'historien Eusèbe de Césarée. Taras a eu d'importantes visées expansionnistes, et la rivalité a été durable entre les populations de Tarente et les Messapes, une rivalité narrée par Hérodote lorsqu'il raconte l'extermination des armées de Tarente et Reggio de Calabre en 473 av. J.-C. à la suite de l'alliance entre Messapes et Lucaniens. Au Taras s'aligne sur la politique de Sparte et elle vit une période florissante pendant la gouvernance de Archytas, qui signe l'apogée du développement et la reconnaissance d'une supériorité politique sur les autres colonies de l'Italie méridionale. C'est de cette époque que date l'occupation de l'île qui donne naissance à la future Gallipoli : les Tarentins en ont fait une escale commerciale. De 343 à 338 av. J.-C. les Tarentins combattirent les Messapes, combats marqués par la mort du roi sparte Archidamos III accouru les aider.

La période romaine

Les Romains conquirent la région au cours de la guerre contre les Samnites et contre Pyrrhus entre les La conquête par les Romains de toutes les villes de Pouilles se termina en 260 av. J.-C., ces derniers se rendirent compte rapidement de la position stratégique de la région qui, avec le port de Brindisi, représentait la voie pour la conquête des Balkans et de la Grèce.

L'actuelle province de Foggia était occupée par des marais et en raison de son inaccessibilité, elle resta exclue des grandes voies de communication (via Appia, via Traiana et via Litoranea). Sipontum et Vieste, au contraire, en bénéficièrent en raison de leurs ports, importants avant-postes sur l'Adriatique vers la Grèce. Le reste du Gargano fut à peine effleuré par l'apport de la romanité.

Bari, une fois conquise, bénéficia de la qualification de « municipium cum suffragio », statut qui offrait la possibilité de légiférer et de créer ses propres institutions bien que dépendant de Rome. Le chef-lieu pouvait créer une monnaie et réaliser un panthéon dédiés à ses divinités païennes.

Au , Tarente, orgueilleuse de ses origines grecques, chercha à freiner les visées expansionnistes de Rome sur l’Italie méridionale et elle constitua une alliance avec Pyrrhus, roi de l'Épire et parent éloigné d’Alexandre le Grand. Les combats entre Épiriens et Romains commencèrent en 280 av. J.-C., ils furent durs et très coûteux en vie humaine. Avec le retrait de Épiriens en raison de la défaite de Maleventum, les Tarentins firent appel à la flotte carthaginoise. Pour toute réponse, la ville fut confiée au consul romain Lucius Papirius Cursor, et ainsi Tarente tomba entre les mains des Romains en 272 av. J.-C.. Devenue garnison romaine, la ville a été citée ensuite par de nombreux auteurs classiques comme un lieu de divertissement de la jeunesse romaine.

Brindisi, vers 240 av. J.-C., fut élevée au rang de municipe et les Brindisini reçurent la citoyenneté romaine. La ville de l'Adriatique devint un port doté d'un trafic très important. Principale escale pour l'Orient, beaucoup de Romains illustres transitèrent par Brindisi pour la Grèce. Cicéron écrivit « Epistulae - Ad Familiares » et Marcus Pacuvius réalisa plusieurs tragédies; Virgile mourut à Brindisi alors qu'il rentrait d'un voyage en Grèce.

Avec la conquête romaine, qui eut lieu entre 269 av. J.-C. et 267 av. J.-C., Lecce latinise son nom en Lupiae, en passant de statio militum (comptoir militaire) à municipe. La ville connait une période de magnificence sous la direction de l'empereur Marc Aurèle. Le centre urbain se déplace d'à peu près au nord-est et prend le nom de Licea ou Litium. La nouvelle ville prend de l'importance lors de la période hadrienne et s'enrichit d'un théâtre et d'un amphithéâtre, elle se relie à Porto Adriano (aujourd'hui San Cataldo).

Les Pouilles se latinisèrent et donnèrent naissance à des écrivains importants tels que Livius Andronicus, Ennius et Pacuvius.

La domination romaine favorisa la réalisation d'importantes infrastructures et œuvres publiques. La via Appia fut construite, qui en passant par Tarente et Oria, se termine face au port de Brindisi; la fin de la Regina Viarum est marquée encore aujourd'hui par deux colonnes imposantes. La via Traiana part aussi de Brindisi, passe par Egnatia (cité qui marquait la frontière du territoire messapique et le début de celui du peuple Peucetii), Bitonto, Ruvo et Canosa, pour rejoindre la via Appia à proximité de Benevento.

Afin de démontrer les différences encore présentes ente les Pouilles du nord et celles du sud, les Romains distinguèrent dans la « région II Apulia et Calabre », l'Apulia et la Calabre (l'actuelle Salento), c'est-à-dire deux réalités contiguës et semblables mais avec des différences politico-culturelles. L'Apulia était la zone habitée par la population des Peucetii et des Daunii, alors que la Calabre est la zone constituée de la Messapie et de Tarente.

Moyen Âge

Avec la chute de l'Empire romain d'Occident (476), Tarente s'achemina après tant de splendeur vers une longue et inexorable période de décadence à cause aussi du développement progressif du port concurrent de Brindisi. La population assista encore à l'alternance des Ostrogoths, des Byzantins et des Lombards: Bélisaire l'occupa et la repeupla mais, le roi ostrogoth Totila la reconquit, mettant en place une forte garnison. Le général byzantin Narsès, successeur de Belisaire, battit Totila et la rendit de nouveau byzantine puis, à la fin du , les Lombards de Bénévent la conquirent.

Le Salento fut particulièrement touché pendant la guerre byzanto-goth (535-553), voulue par l'empereur d'Orient Justinien afin de reconquérir les terres occidentales qui pour un temps ont appartenu à Rome et, là encore, la domination byzantine s'affirma rapidement. Au printemps 663 le Basileus Constant II accosta à Tarente avec sa flotte et arracha aux Lombards, la ville ainsi que les Murge, le Salento et le Gargano. Après son retour à Constantinople, les Lombards reprirent la lutte, d'abord avec le duc Grimoald, puis avec son fils Romuald, qui en 686 reconquit Tarente et Brindisi. Sans que l'on connaisse quand et comment, les Lombards conquirent Les Pouilles et le Bruttium septentrionale avec des incursions plus au sud comme le laisse entendre la correspondance du pape Grégoire . Brindisi fut détruite en 674 par les Lombards de Bénévent emmenés par Romuald et au elle fut le siège, sur le site de Torre Guaceto, d'un camp retranché Sarrasin. Les Byzantins la reprirent et elle resta en leur possession jusqu'à la conquête normande de 1070.

Dans la première moitié du , les Lombards arrivèrent un peu plus au sud de l'Aufide. Leur avancée suivante jusqu'au seuil messapique se serait produit sous Romuald.