Fernand Baldensperger, né le à Saint-Dié et mort le à Suresnes, est un universitaire français qui compte parmi les fondateurs de la littérature comparée.

Biographie

Issu d'une lignée de fabricants du textile alsaciens, en particulier son père Philippe, fabricant de tissus, né à Baldenheim en 1830 et mort à Saint-Dié en 1918, et sa mère Julie Haas, Philippe Jules Fernand accomplit sa première scolarité, d'abord à l'école primaire, puis au collège de garçons, toujours à Saint-DiéGénéalogie ici modeste sur deux générations pour Fernand (prénom usuel), mais plus conséquente concernant son épouse Marguerite Bonzon (1882-1936) sur la base Roglo. L'adresse paternelle est 4, Place Stanislas en 1911. Sa maison d'enfance était située juste à côté de la sous-préfecture de Saint-Dié, comme il le rappelait à ses amis philomates. Notons une coquille sur sa date de décès, la proposition 1952 étant erronée. Il décrivait son père en vieux militant républicain, ami de Jean Macé et de Jules Ferry.. Pour exceller en langue allemande, il passe ses dernières années du cycle secondaire à Zürich et à Nancy. Gérald Antoine faisait ressortir quelques similitudes entre le cursus de Ferdinand Brunot et Fernand Baldensperger : les deux jeunes déodatiens sont partis étudier la langue allemande in situ, avant de gagner Lyon puis Paris. L'explication qu'il donnait est simple : le mandarin Brunot a été un parrain bienveillant, favorisant l'entrée dans la carrière universitaire du jeune Baldensperger.. Il est bachelier ès lettres en 1888. Après des études au lycée Louis-le-Grand en classe de seconde rhétorique (1888-1889) puis aux universités de Nancy, Heidelberg, Berlin et Bonn jusqu'en 1891, le licencié ès lettres germaniques (allemand) dès , inscrit à l'université de Nancy est reçu deuxième à l'agrégation d'allemand en 1892. Ainsi agrégé à 21 ans, il accomplit son service militaire au 26e de ligne à Nancy.

Il entre dans l'enseignement secondaire, principalement à Nancy, à l'école supérieure de commerce en tant que professeur et examinateur. Il obtient en 1893 une licence d'anglais à Lyon et donne, de 1894 à 1898, des cours libres d'anglais à la Faculté de lettres de Nancy. Durant ces périodes, il multiplie les voyages d'études, d'abord en Allemagne en 1894, puis en Grande-Bretagne, en particulier en Angleterre en 1895 et en Écosse en 1897. Il soutient ses deux thèses de doctorat ès lettres le à la Faculté de Parishttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/5118, consulté le 20 novembre 2023.. La première, en français, s'intéresse à la vie et aux œuvres de Gottfried KellerFernand Baldensperger, Gottfried Keller, sa vie et ses oeuvres, Paris, Hachette, 1899. La deuxième, en latin, traite du poème "Aladdin" d'Adam Gottlob OehlenschlägerFernand Baldensperger, Quae in Oehlenschlaegerii carmine "Aladdin" inscripto e germanicis litteris pendeant, Nancy, Berger-Levrault, 1899, 87 p.. Ce n'est qu'après 1910 que Fernand Baldensperger accomplit des missions en Russie et en Chine, avant de résider au Japon en 1912.

Une carrière universitaire Il enseigne à l'université de Nancy, en tant que maître de conférences en littérature de langue allemande, du au , puis à Lyon du au en tant que chargé de cours de littérature comparée puis en tant que professeur du au , avant d'être appelé à la Faculté des lettres de Paris par Ferdinand Brunot en tant que chargé de cours de littérature comparée de 1910 à 1919, puis chargé de cours de littératures modernes de 1923 à 1925 et enfin professeur de 1925 à 1935. Ses cours de littérature attirent de plus en plus d'étudiants étrangers, ce qui explique les nombreuses sollicitations d'universités européennes, américaines ou d'Extrême-Orient.

À partir de 1903, année où il épouse Marguerite Bonzon, musicienne protestante, à Lyon, et jusqu'en 1912, il collabore à la Revue musicale de Lyon de Léon Vallas. De 1914 à 1916, il est mobilisé. Après les premiers combats, il est nommé interprète de division, puis de corps d'armée. Il obtient la croix de guerre. Cet excellent germaniste et anglophone a ensuite vécu en 1916 en Scandinavie en tant que chargé de mission, puis à New York, avec le statut de coopérant, mis à la disposition de l'Université Columbia entre 1917 et 1919, échappant ainsi aux dernières horreurs de la Grande Guerre.

De retour d'Amérique, il est volontaire pour restructurer l'université d'Alsace-Lorraine, il obtient son détachement à Strasbourg. Il a ainsi été professeur de littérature comparée à la Faculté des lettres de Strasbourg de 1919 à 1923.. La famille Baldensperger emménage ensuite 55, rue de Vaugirard à ParisEn 1933, la famille habite 14 rue de l'Abbé de L'Epée, Paris Ve arrondissement. Liste des membres correspondant, puis membres d'honneur de la Société philomatique vosgienne.. Le professeur à la Sorbonne participe en 1928 au premier cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. D'une manière générale, chaque été, le professeur Baldensperger, grand voyageur et universitaire de réputation internationale, se retrouvait "chargé de cours" ou "conférencier invité" dans les principales universités d'Europe, d'Amérique et d'Asie. Il dispense régulièrement des cours en Amérique pendant ses séjours en 1925, 1928 et 1932, à Harvard à Boston où il est d'ailleurs nommé définitivement après sa mise en retraite de l'université française le , avant de partir en Californie à Los Angeles, où il séjourne jusqu'à son retour en France après la Libération.

Un chercheur en littérature comparée de grande renommée En 1921, il fonde avec Paul Hazard la Revue de littérature comparéeLa revue RLC existe toujours : elle est gérée après 1958 par la Société française de littérature générale et comparée, abrégée en SFLGC.. « Le champ est immense et la moisson s'étend à perte d'horizon », écrit-il dans son éditorial originel. Il assurera la direction de la revue durant quinze ans, en animera l'esprit jusqu'à la fin. Sa contribution à la connaissance de la littérature et sur l'histoire littéraire est considérable, signale les volumineuses études d'histoire littéraire.. Notons sa biographie sur Alfred de Vigny et son édition des œuvres de ce dernier in extenso, ses études sur la littérature des émigrés, sur le romantisme, les lettres entre les deux guerres, ses travaux sur Goethe, Benjamin Constant, Balzac, Charles Guérin, Shakespeare...

Il est en 1922 le président du premier congrès d'histoire littéraire de Budapest. En 1923, il reçoit le prix Archon-Despérouses..

Auteur d'une œuvre consacrée aux patiences de l'érudition (commençant par une thèse sur l'écrivain zurichois Gottfried Keller), auteur d'importantes bibliographies, il utilise le pseudonyme de Fernand Baldenne.. Sous ce même pseudonyme, il fait paraître divers recueils de poésies à la forme classique, mais aussi des contes vosgiensIl mentionnait ses petites œuvres comme un délassement ou une pause ludique, favorisant la poursuite de son harassant travail thématique. .. L'origine de la dénomination Baldenne est parfaitement connue : il s'agit d'un raccourci de son nom qu'utilisaient familièrement ses amis parisiens, parmi lesquels figurent Georges Clemenceau, Maurice Barrès ou l'ambassadeur Jules CambonAlors que Fernand s'affiche catholique et dreyfusard, l'amitié et le soutien politique de Maurice Barrès ne lui fait nullement défaut. Lire "Une vie parmi d'autres", équivalent de ses mémoires..

Attachement à sa ville natale et vie familiale vignette|gauche|Pierre tombale de la famille Baldensperger au cimetière rive droite de Saint-Dié-des-Vosges. Fernand Baldensperger et sa famille possèdent une belle résidence sur les hauteurs de Foucharupt et n'ont jamais rompu le lien avec Saint-Dié. L'universitaire était toujours volontaire pour aider au développement de la belle bibliothèque de sa ville natale. Rien d'étonnant qu'il ait cultivé l'amitié avec diverses personnalités de la ville et de la montagne vosgienne, à commencer par Auguste Pierrot, Georges Baumont, l'artiste familier du monde slave, Albert Ohl des Marais, le spécialiste du monde scandinave Jean Lescoffier, qu'il avait connu en 1916. Les témoignages abondent sur cette maison des Alouettes, équipée d'un toit surmonté d'un observatoire astronomique en coupole, où l'agréable hôte conviait invités ou amis à scruter le ciel étoilé, au cours de l'entre-deux-guerres, pendant les longues soirées souvent estivales. Membre dès sa jeunesse de la Société philomatique vosgienne, le membre d'honneur dès le début de l'entre-deux-guerres y rédige soit de copieux articles, soit de courtes notes. Lors des festivités de la Ville ou de la société, sa femme et ses filles étaient souvent costumées en alsaciennes. Mais en 1945, de retour des États Unis d'Amérique, il doit vendre, à son grand regret, sa maison de Foucharupt, pour résider dignement à Paris. Il lègue la bibliothèque familiale, installée dans sa demeure, à la bibliothèque municipale dirigé par son vieil ami Auguste Pierrot.

La médiathèque "La Boussole" de Saint-Dié-des-Vosges conserve aussi sa bibliothèque personnelle, léguée à sa mort, composée d'environ 5000 volumes qui constitue un fonds consacré à la littérature comparéeRonsin, Albert. Les Vosgiens célèbres. 1990. Son sous-bibliothécaire, , indique que ce fonds, précise-t-il "de grande valeur scientifique", est souvent consulté autour des années 1970 par de nombreux étudiants et chercheurs..

Le couple Fernand et Marguerite a eu quatre enfants, deux garçons et deux filles, ils ont eu l'immense chagrin de perdre leur fille aînée, Pauline-Anne qui s'est suicidée le à 17 ans dans la ville de StrasbourgBase Roglo à l'entrée Fernand Baldensperger, généalogie de la famille. Données plus complètes sur sa vie familiale : Christophe Charle, Notice biographique sur Fernand Baldensperger (Philippe Jules Fernand), Les professeurs de la faculté des lettres de Paris - Dictionnaire biographique 1909-1939, en lien externe.. La relation entre son épouse Marguerite et Georges Clemenceau est racontée dans l'ouvrage de Nathalie Saint-Cricq Je vous aiderai à vivre, vous m'aiderez à mourir (L’Observatoire, 2021)..

Fernand meurt à 86 ans le à Suresnes, 10 quai Gallieni, alors qu'il résidait ordinairement à Paris 13 rue d'Odessa, XIVe arrondissement. Son corps est quelques jours plus tard inhumé au cimetière de la rive droite à Saint-Dié, au lieu-dit La Côte Calot, dans le caveau familial.

Quelques élèves connus Fernand Baldensperger aimait dire qu'à tous les titres et honneurs reçus au cours de sa carrière d'un demi-siècle, il préférait de loin la fidélité de ses anciens étudiants. Si son interlocuteur lui contestait ce point de vue, il rétorquait que, simple professeur dépourvu de l'amitié de ses anciens élèves, les reconnaissances dans le vaste monde auraient été rares.