La masturbation est une pratique sexuelle consistant à provoquer l'orgasme ou le plaisir sexuel par la stimulation des parties génitales ou d'autres zones érogènes, généralement à l'aide des mains, ou parfois d'objets tels des godemichets ou autres jouets sexuels, au sens particulier sur soi-même (autoérotisme), et parfois sur autrui (le handjob dans le cas du pénis).
La masturbation est pratiquée par quasiment tous les mammifères, mais surtout par tous les primates.
Chez l'humain, l'attitude sociale envers la masturbation change suivant les époques et suivant les cultures. En Occident du , la masturbation a été particulièrement réprimée sous le nom d'onanisme. Dans les religions, les positions morales varient de permissive à interdite. Actuellement, la masturbation est reconnue par la sexologie occidentale comme une activité sexuelle aussi normale que les autres.
Définition et étymologie
Définition
D'après le dictionnaire Dictionnaires Le Robert, la masturbation est une ..
D'après les manuels de sexologie, on peut distinguer plusieurs types de masturbation Langis P., Germain B. La sexualité humaine. De Boeck, édition, 2010. Westheimer R, Lopater S. , , Lippincott Williams & Wilkins, 2005. Levay S, Baldwin J. , , , 2009. Allgeier A, Allgeier E. Sexualité humaine, De Boeck Université 1992. : Les jeux sexuels génitaux, réalisés par les jeunes enfants quand ils sont encore inexpérimentés Yates A. , , 13(3):479-496, 2004. (c'est une phase du développement de l'enfant, comme le déplacement à quatre pattes avant la marche, ou le babillage avant la parole). La masturbation, où, intentionnellement, l'objectif est en général de maximiser le plaisir érotique, puis de provoquer l'orgasme, grâce à des techniques souvent manuelles de stimulations des zones érogènes. L'auto-érotisme, qui englobe toutes les activités physiques et psychologiques qu'une personne utilise sur elle-même pour provoquer son excitation sexuelle et se procurer du plaisir érotique« Auto-érotisme », dans Philippe Brenot Dictionnaire de la sexualité humaine, L'Esprit du Temps, 2004. (c'est-à-dire la masturbation, mais aussi toutes les autres activités autoérotiques différentes de la masturbation : par exemple, imaginer des fantasmes sexuels, lire une revue érotique ou regarder une vidéo pornographique). En général, la masturbation se pratique simultanément avec d'autres activités auto-érotiques.
La masturbation peut être réalisée : Soit seul. Car en général, la masturbation est plutôt considérée comme une activité sexuelle autoérotique (réalisée en solitaire, on parlait autrefois de « plaisir solitaire ») ; elle est présentée de cette manière dans les ouvrages étudiant la sexualité. Soit sur autrui. Soit à plusieurs, à deux ou en groupe dans des circonstances où chaque personne stimule ses propres organes génitaux. On parle alors de et parfois de masturbation en masse (la littérature cite le cas, publié en 1942, de toute une classe de garçons qui, à plusieurs reprises durant quelques jours se sont tous ouvertement masturbés devant une enseignante, avant de cesser ce comportement à la suite de la visite d'un psychiatre qui a ouvertement discuté avec eux. Selon ce psychiatre, cette dynamique de groupe avait pour origine un élève-leader qui était en opposition avec sa famille et l'enseignante). Soit réciproquement, à deux ou en groupe, chaque personne manipulant les organes génitaux d'une autre personne. On parle alors de ou de , activité sexuelle qui n'est plus de l'autoérotisme. La est une extension du sens général, par analogie avec la manipulation autoérotique.
Étymologie
L'étymologie du mot rappelle l'ancienne condamnation morale de cette pratique.
Cette ancienne condamnation morale se retrouve également dans les synonymes de la masturbation : onanisme et abus de soi. Pour éviter cette connotation négative et culpabilisante, on utilise parfois le terme « auto-sexualité » (moins précis) à la place du mot masturbation.
Techniques
Certaines personnes utilisent des techniques de contrôle de l'orgasme lors de la masturbation pour prolonger les sensations pré-orgastiques, ou pour étendre la durée de la sensation orgastiqueTaylor P. Expanded orgasm. Sourcebooks Casablanca, 2002.Bodansky S., Bodansky V. The illustrated guide to extended massive orgasm. Hunter House Publishers, 2002., ou pour provoquer plusieurs orgasmesDunn M.E., Trost J.E. Male multiple orgasms: a descriptive study. Archives of Sexual Behavior, 18(5):377-387, 1989..
Ethnologie vignette|redresse|Temple de Sukuh à Java (Indonésie). Dans certaines sociétés traditionnelles, il existe des techniques particulières de masturbation.
Selon l'anthropologue Hortense Powdermaker, pour se masturber, les femmes du village de Lesu en Nouvelle-Irlande Hortense Powdermaker, , , NY, 1933..
Éthologie Les chimpanzés utilisent parfois des « jouets sexuels » pour se masturber. Bingham HC, , Comp. Psychol. Monogr., , 1-165, 1928..
Grâce à certaines particularités de leur anatomie, des animaux peuvent utiliser des techniques irréalisables chez l'être humain : les singes-araignées utilisent la pointe de leur queue, qui est extrêmement préhensile, pour manipuler leur pénis. Les éléphants stimulent parfois leur organe génital avec leur trompe. Enfin, Darling FF, , , , 1937..
Développement Chez l'humain, la masturbation se développe dès la vie intra-utérine. Dans un contexte culturel neutre, sans incitations ou interdits, les stimulations génitales débutent dès la première année après la naissance et la masturbation apparaît vers 2 ou . À cet âge, le plaisir est visiblement la motivation de l'activité. Le contexte culturel peut faciliter ou inhiber le développement de la masturbationGagnon J. Les Scripts de la sexualité. Essais sur les origines culturelles du désir. Payot, 2008..
Période fœtale vignette|Échographie d'un pénis en érection (flèche blanche), chez un fœtus de . La masturbation se développe dès la vie intra-utérine. Plusieurs auteurs ont observé, grâce à l'échographie, des stimulations génitales dès la Meizner I. , , 6(2):111, 1987.. Une enquête réalisée auprès de indique que les stimulations manu-génitales sont assez souvent observées par 70 % des praticiensBroussin Bernard, Brenot Philippe. « Existe-t-il une sexualité du fœtus ? Fertilité, contraception, sexualité », nov, 23/11:696-698, 1995..
En plus des stimulations manuelles, des succions génitales sont occasionnellement observées : .
Ces stimulations génitales semblent parfois aboutir à des états similaires à l'orgasme Giorgi G., Siccardi M. , Am. J. Obstet. Gynecol., 175(3 Pt 1):753, 1996.Broussin Bernard, Brenot Philippe. Orgasme in utero ?, Sexologies, 21(5):15-16, 1996. : .
Enfance La stimulation des organes génitaux débute dès que les réflexes moteurs sont fonctionnels. En moyenne, les stimulations débutent vers 6 ou chez les garçons et 10 ou chez les filles Galenson E. in Perry M.E. (Ed). Handbook of sexology, Vol. 7: Childhood and adolescent sexology. Elsevier, (9):169-178, 1990.
Des enregistrements vidéos, où des parents pensaient enregistrer pour leur pédiatre des troubles neurologiques de leurs enfants (comme l'épilepsie), confirment l'existence d'activités autoérotiques avec des réactions de type orgasmique dès les premières années de la vie Hansen J.K., Balslev T. Hand activities in infantile masturbation: a video analysis of 13 cases. Eur. J. Paediatr. Neurol., 13(6):508-510, 2009. Yang M.L., Fullwood E., Goldstein J., Mink J.W. Masturbation in infancy and early childhood presenting as a movement disorder: 12 cases and a review of the literature. Pediatrics, 116(6):1427-1432, 2005. Nechay A., Ross L.M., Stephenson J.B., O'Regan M. Gratification disorder ("infantile masturbation"): a review. Arch. Dis. Child, 89(3):225-226, 2004..
La masturbation, c'est-à-dire la stimulation des organes génitaux dans l'objectif de provoquer l'orgasme, n'est pas observée avant 2 ou . .
C'est également ce qu'on observe dans les sociétés traditionnelles qui permettent l'autostimulation, comme chez les PilagaHenry J. The social function of child sexuality in Pilaga indian culture. in Hoch P.H., Zubin J. (Eds). Psychosexual development in health and disease. Grune & Stratton, 91-101, 1949 ou les Marquisiens : Suggs R.C., , Harcourt, Brace & World, 1966.. Les données ethnologiques, provenant de sociétés permissives, suggèrent que les activités autoérotiques se développent spontanément dès les premières années de la vie dans l'ensemble de la population, deviennent maximales à l'adolescence, mais qu'il existe apparemment une préférence pour les jeux sexuels avec les pairs.
Plusieurs auteurs indiquent que le plaisir est le facteur à l'origine des activités autoérotiquesMasters W., Johnson V., Kolodny R. Amour et sexualité : mieux vivre sa vie sexuelle dans le monde d'aujourd'hui, Interéditions, 1987.. Une fois que l'enfant a acquis une méthode de masturbation, celle-ci devient habituelle et résistante au changement.
Dès la naissance, l'influence du contexte culturel est majeure dans le développement de la masturbation. En particulier, s'il existe des interdits culturels, implicites ou explicites (voir les exemples ci-dessous dans la section « Condamnation et répression »), le début de la masturbation sera beaucoup plus tardifMalinowski B. La Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives (1932). Payot, 1976..
Adolescence Dans les sociétés occidentales, des enquêtes par questionnaires ou par entretiens permettent d'obtenir des informations sur la pratique de la masturbation chez les adolescents et les adultesIl faut noter que ces informations ne sont valables que pour le pays et l'époque où elles ont été réalisées..
D'après plusieurs enquêtes, la masturbation est la forme d'activité sexuelle la plus répandue pour la majorité des Occidentaux.
L'analyse des réponses des adolescents de 12 à aux questionnaires régulièrement soumis aux jeunes membres des sites Internet pour ados, dont certains forums traitent de la sexualité, fournit une image de la vie sexuelle des garçons, et particulièrement de la masturbation. l'âge médian de la première masturbation est de ; c'est à 13- que les garçons se masturbent le plus ; plus de la moitié des garçons qui ont commencé à se masturber ont découvert seuls le « mécanisme », souvent par hasard.