Les arts du spectacle en Suisse sont les traditions et la production artistique en Suisse notamment dans les domaines de la danse, du théâtre et du cirque.
Danse Au cours de l'histoire, le territoire actuel de la Suisse a connu différents genres de danses. Les danses rituelles, liées à des événements, coexistaient avec les danses de divertissement (danse populaire ou danse de salon). La danse scénique, ballet ou danse d'expression, n'apparut qu'au .
Danse traditionnelle et populaire L'inventaire des danses populaires suisses répertorie en l'an 2000 quelque danses, dont 167 authentiques.
Du Moyen Âge à la fin du Au Moyen Âge, des cultes datant d'avant l'ère chrétienne sont liés à la fertilité et à la végétation comme les « danses des tonneliers » et les « danses des bouchers ». Des danses et des sauts effectués par-dessus un animal sacrifié pour obtenir une bonne année de récolte sont attestés sur la Montagne de Diesse en 1647. Les danses de funérailles, païennes, sont interdites au . Une danse de Suisse orientale, le (roue du moulin), évoque l'idée archaïque de la roue solaire. L'Église est hostile à la danse liturgique et l'écarte des cérémonies religieuses au début du Moyen Âge car elle comporte des éléments antérieurs à l'ère chrétienne.
thumb|Danses traditionnelles lors de la fête du à Reinach en 2005.
La danse de cour, maîtrisée et empreinte de retenue, est pratiquée par la haute bourgeoisie. Le peuple, lui, s'adonne à des danses sautillantes, exécutées en rond, en rang ou en chaîne. Les danses masculines des armes, des maures et des arceaux fleuris sont populaires. La « danse de l'épée » est exécutée par les gardes suisses de Paris jusqu'en 1755. Elle est attestée pour la première fois à Fribourg en 1492.
Après les danses de groupe, il y a de plus en plus de danses de couples à partir du . On danse les jours de fêtes et les jours fériés, notamment au moment du carnaval. Néanmoins, les danses du peuple étaient réglementées par des : Selon une ordonnance zurichoise de 1370, . Il était seulement permis de danser le jour de l'an, à Mardi gras, les jours de marché et à la fête patronale. Après l'instauration de la Réforme, la danse fut tolérée comme coutume dans les régions catholiques, mais pas par l'Église réformée. En réaction, surtout dans les pays sujets, on dansa de joie autour des arbres de la liberté après la chute de l'Ancien Régime.
Du à nos jours Au sont organisés bals et soirées dansantes par la société bourgeoise qui s'en sert pour organiser des mariages. Les différentes régions linguistiques développent des coutumes locales influencées par la culture des pays voisins. Par exemple, la danse des zoccoli au Tessin, ainsi que les rondes, contredanses et danses en chaîne (coquille et coraulesCoraules, site feufliazhe.com, consulté le novembre 2008.) en Suisse romande.
Toujours au , de nouvelles danses entrent dans le répertoire populaire : valse, scottish, mazurka et polka. Par exemple, dans l'Emmental, le est une sorte de valse, le appenzellois, proche de la tyrolienne, est une danse de séduction. Le dans l'Emmental et la en Engadine sont des mazurkas.
Au , de nombreuses danses proviennent de l'Amérique : le one-step, après la Première Guerre mondiale, puis le tango. En réaction à ces danses importées, des mouvements de jeunesse redonnent vie aux danses populaires traditionnelles au cours des années 1920. Puis viennent le foxtrot et le swing pendant la Seconde Guerre mondiale et enfin le rock'n'roll. Ces danses donnent lieu à des manifestations et concours de danse sportive dès les années 1930. Le premier championnat suisse a lieu en 1953 et la Fédération suisse de danse sportive est fondée en 1954.
La disco fait son apparition dans les années 1970 puis, vers la fin du , arrivent le hip-hop et la techno, illustrée par la Street Parade de Zurich dès 1992, remplaçant toutes deux la danse traditionnelle en couple.
Danse scénique La Suisse, terre d'accueil
En raison de la neutralité de la Suisse, de nombreux artistes ont trouvé refuge en Suisse, notamment pendant les Première et Seconde Guerre mondiale. Ils ne sont souvent que de passage.
Rudolf Laban (1879-1958), Hongrois né à Bratislava (appelée à l'époque Preßburg et située au sein de l'empire austro-hongrois) et fondateur à Munich en 1910 de l'école de l'art du mouvement, poursuit son travail à Zurich entre 1913 et 1919 en dispensant des cours selon sa méthode. À Zurich, toute une avant-garde y a ses quartiers, comme les initiateurs du mouvement Dada. Comme de nombreux artistes, Laban passe les mois d'été au Monte Verità d'Ascona, une colonie communautaire adepte d'un mouvement pour une vie saine. Ses élèves allemandes (Mary Wigman et Katja Wulff) ou suisses (Suzanne Perrottet, Berthe Trümpy ou Sophie Täuber) le suivent au Monte Verità où ont lieu les cours d'été de l'école de l'art du mouvement et des spectacles entre 1913 et 1919. Rudolf Laban retournera en Allemagne après la guerre.
Charlotte Bara (1901–1986), d'origine belge, donne des spectacles en Suisse dès 1924 environ. Elle crée en 1927-1928 à Ascona le théâtre de poche San Materno où elle enseigne jusque dans les années 1950. Des artistes comme Trudi Schoop, Valeska Gert ou Rosalia Chladek fréquenteront son théâtre.
Les Ballets russes, éparpillés par la guerre, sont reformés à Lausanne par Serge Diaghilev en 1915, qui y passe six mois avant de partir en tournée aux États-UnisLausanne, un classique de la danse, article Swissinfo du 31 janvier 2003, consulté le 18 octobre 2008.. Diaghilev rencontre Igor Stravinsky, qui réside déjà en Suisse, le chef d'orchestre suisse Ernest Ansermet et le dramaturge René Morax.
En 1917, Alexandre Sakharoff (1886-1963) s'installe à Lausanne avec Clotilde von Derp et se produisent au théâtre municipal de Lausanne. Ils vont ensuite rejoindre la scène culturelle zurichoise avant de mener une carrière internationale après 1920. Dans les années 1930, ils habitent à nouveau Lausanne ou ils créent Les Quatre saisons du Rhône (1934).
Ludmilla Gorny (1924-1996) fuit l'Allemagne en 1945. Elle est soliste et chorégraphe au théâtre municipal de Lausanne. Elle rencontre Alexis Chiriaeff et dirige les Ballets du Théâtre des Arts de Genève entre 1949 et 1951. Ils se rendent ensuite au Canada pour créer les Grands Ballets canadiensLudmilla Chiriaeff, mère de la danse au Québec, article du 8 février 1973 du site archives.radio-canada.ca, consulté le 18 octobre 2008..
Divers chorégraphes fondent des écoles en Suisse : Harald Kreutzberg (1902-1968) crée en 1955 à Berne, avec sa compagne Hilde Baumann, l'Académie de ballet Harald Kreutzberg, le chorégraphe allemand Sigurd Leeder (1902-1981) fonde en 1969 une école à Herisau avec Grete Müller, sans oublier Maurice Béjart et le Béjart Ballet Lausanne fondé à Lausanne en 1987.
À partir de 1946, sur l'initiative de l'Association professionnelle suisse de la danse, les plus grands artistes sont invités en Suisse pour donner des cours d'été. Plus de 150 élèves venus de toute l'Europe y participent.
Émigration de chorégraphes suisses
À l'inverse, de nombreux artistes suisses font l'essentiel de leur carrière à l'étranger, principalement en raison du manque de structures pédagogiques professionnellesDoppelte Natur, site adc-geneve.ch, consulté le 30 octobre 2008.. Certains ne reviendront pas. L'Allemagne, les États-Unis et la France sont les destinations les plus attractives.
Dans les années 1920, nombreux sont ceux qui choisissent l'Allemagne. Berthe Trümpy (1895-1938), débute en 1917 à Zurich auprès de Mary Wigman. En 1919, elle l'accompagne en tournée en Allemagne. Trümpy s'installe à Berlin en 1924 pour donner des cours puis, en 1926, devient responsable avec Vera Skoronel (1906-1932) des . Max Pfister (1889-1958), de son pseudonyme Max Terpis, est maître de ballet à l'opéra de Hanovre puis à celui de Berlin (entre 1924 et 1929). Il dirige encore la puis rentre en Suisse en raison de la guerre. Maya Kübler (1914-1995), après ses débuts à l'Opernhaus de Zurich, rejoint en 1936 la Compagnie des ballets Jooss et, après dix années de tournées en Angleterre et en Amérique retrouve l'Opernhaus de Zurich ( en 1946). Hans Züllig (1914-1992), suit la d'Essen. Comme Maya Kübler, il accompagne Kurt Jooss en tournées mondiales (La Table verte). Après la guerre, en 1949, il retourne à Essen pour y enseigner la danse.
Anna Dentzler (1894-1980), devenue Anna Duncan, entre à l'âge de dix ans à l'école Duncan de Berlin. Elle accompagne Isadora Duncan pendant dix-sept ans en tournée en Russie et aux États-Unis. Elle poursuit sa carrière seule, devient américaine, et s'établit à New York en 1931. Le ballet comique Fridolin en route de Trudi Schoop (1903-1999) connaît le succès au concours international de Paris en 1932. Dans les années 1930 et 1940, Schoop effectue de nombreuses tournées aux États-Unis et s'installe en Californie en 1952. Robert Rosselat (1915-1984) la suit aux États-Unis en 1946. Il danse dans des films musicaux puis ouvre, en 1951, une école de danse à Hollywood qui se voit fréquentée, par exemple, par Jane Fonda. Fritz Lüdin (1934- ) est admis à la compagnie José Limón à New York, en 1963. Il épouse Betty Jones et s'installe à Honolulu où il crée le Jones-Lüdin Dance Center.
Eugène Ponti (1897-1976) ou Gilbert Mayer (1934- ) se tournent vers l'Opéra de Paris.
Compagnies
thumb|Opéra de Zurich.
Le Zürcher Ballett à Zurich est le plus grand ensemble de ballet de SuisseZürcher Ballett, site dansesuisse.ch, consulté le novembre 2008.. Pino et Pia Mlakar le dirigent entre 1934 et 1938 puis Hans Macke entre 1939 et 1955 et, entre autres, Nicholas Beriozoff entre 1964 et 1971 et Patricia Neary entre 1978 et 1985. Pino et Pia Mlakar créent en 1935. Macke a recours à des partitions contemporaines.
La première directrice du Ballett Basel de BâleBallett Basel, site dansesuisse.ch, consulté le novembre 2008. a été Rosalia Chladek entre 1928 et 1930. L'institution se développe surtout entre 1945 et 1951 grâce à Heinz Rosen avec, par exemple, L'Indifférent (1947). Heinz Spoerli le dirige entre 1973 et 1991.
Vers les années 1950, la Suisse découvre les grands ballets classiques : Zurich reçoit l'International Ballet of London qui présente Le Lac des cygnes et La Belle au bois dormant avec Maurice Béjart parmi les solistes ; Lausanne reçoit le Ballet du Marquis de Cuevas en 1951, le New York City Ballet en 1952 et l'American Ballet Theatre en 1953. Les troupes des ballets de Bâle et Zurich programmeront ensuite leurs propres versions de classiques (Casse-noisette, Giselle ou L'Oiseau de feu). Le Ballet Basel est invité à l'étranger, comme à Berlin, et présente Dorian Gray du suisse Max Lang.
À Genève, le Ballet du Grand Théâtre de Genève existe depuis 1962. Auparavant, le Grand Théâtre accueillait des troupes invitées (Isadora Duncan ou les Ballets Russes)Ballet du Grand théâtre Genève, site dansesuisse.ch, consulté le novembre 2008.. Janine Charrat dirige le ballet entre 1962 et 1964 puis Serge Golovine jusqu'en 1968. Son Mandarin merveilleux fera scandale. George Balanchine sera ensuite conseiller artistique et propose le Genevois d'adoption Alfonso Cata (1937-1990) qui sera suivi par Patricia Neary.
Maurice Béjart s'installe à Lausanne en 1987 et fonde le Béjart Ballet LausanneBéjart Ballet Lausanne, site dansesuisse.ch, consulté le novembre 2008.. L'arrivée de cette forte personnalité servira de moteur : sa troupe est subventionnée et pousse les subventions municipales à la danse indépendante de à francs suisses. Des créateurs obtenant plus d'argent s'affirment : Philippe Saire et Fabienne Berger à Lausanne, tout comme Laura Tanner, Fabienne Abramovich, Evelyne Castellino et Noemi Lapzeson, alors que d'autres moins professionnels sont escamotés.
La Compagnie Philippe Saire est créé en 1986Compagnie Philippe Saire, site dansesuisse.ch, consulté le novembre 2008..
Concours thumb|upright=0.6|Compétitrice au Prix de Lausanne 2010.