Le Château Dufresne (aussi connu sous le nom des « maisons Marius-et-Oscar-Dufresne ») est un domaine constitué de deux maisons bourgeoises jumelées situées dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve de la ville de Montréal au Canada.
Ces maisons sont les résidences des frères Marius et Oscar Dufresne ainsi que de leurs successions de 1919 à 1948. En 1948, les Pères de Sainte-Croix rachètent les résidences et y font un pavillon annexe au Collège Sainte-Croix. En 1957, la Ville de Montréal devient le nouveau propriétaire du Château Dufresne. Le Collège Sainte-Croix reste cependant locataire jusqu’en 1961. Les résidences jumelées accueillent ensuite le musée d'art contemporain de Montréal de 1965 à 1968 et le musée des arts décoratifs de Montréal de 1979 à 1997. Depuis 1999, ces deux maisons bourgeoises abritent le musée du Château Dufresne.
Construit entre 1915 et 1918, le « château » est conçu et réalisé par Marius Dufresne et par l’architecte français Jules Renard qui s'inspirent du château du Petit Trianon en France. L’architecte montréalais Wilfrid L. Vandal aurait également participé à sa conception. Le château est construit dans le style Beaux-Arts et comporte à l'origine près de 40 pièces. L'intérieur est particulièrement décoré par les artistes Guido Nincheri et Alfred Faniel de 1920 à 1938.
Cet édifice fait l’objet de quelques mesures de protection. Le , le château est classé immeuble patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications du Québec. Le , le bâtiment est déclaré « immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle » par la Ville de Montréal.
Localisation Le Château Dufresne est situé au 4040 de la rue Sherbrooke Est dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve de la ville de Montréal. Cependant, l’adresse d’accès pour les visiteurs est le 2929 de l'avenue Jeanne-d'Arc (une rue parallèle à l'ouest du boulevard Pie-IX). Le château est localisé à environ du Vieux-Montréal. Le site est desservi par la station de métro Pie-IX de la ligne verte.
On accède à l'intérieur par l'arrière depuis trois accès au site : par la grille monumentale sur la rue Sherbrooke Est, par la grille secondaire sur le boulevard Pie-IX ou par l’entrée du stationnement sur l’avenue Jeanne-d’Arc.
Historique Avant 1915 : achat de terres et conception Vers 1914, Oscar et Marius Dufresne décident de se faire construire des résidences qui reflètent leur richesse et leur succès en affaires. Ils décident alors d'ériger leurs maisons sur le versant sud de la rue Sherbrooke, sur une partie de la terre d'Alphonse Desjardins qui s'étendait autrefois de la rue Notre-Dame jusqu'aux limites nord de Maisonneuve, du côté est de la rue Jeanne d'Arc au côté ouest de la rue Desjardins. Ils achètent progressivement des parcelles de terrain du jusqu'au . Les terrains sont achetés notamment de François-Xavier Saint-Onge, L.J.A. Surveyer, Zaïde Paré (veuve de Louis-Édouard Desjardins), Sarah Mathieu (veuve d'Édouard Desjardins), Victoire Bernier et de la Compagnie des Terrains de Maisonneuve Ltd. Les lots des terrains sur lesquels se trouve le Château Dufresne sont achetés par Marius Dufresne le (lots 14-762, 14-763, 14-764) et le (lot 14-765)En fait, Marius Dufresne achète le de J. Arthur Couture et François-Xavier St-Onge une promesse de vente consentie par la Compagnie des Terrains de Maisonneuve Limitée à Léopold Beaulieu le qui a lui-même vendu cette promesse de vente à J. Arthur Couture et François-Xavier St-Onge le . La vente du lot 14-765 est finalement conclue entre la Compagnie des Terrains de Maisonneuve Limitée et Marius le et il y a rétroaction des effets de la vente au . Voir l'acte de vente 125006 disponible au Registre foncier du Québec en ligne.. Il en restera propriétaire jusqu'à leur vente le à la Dufresne Investment Inc.. Marius Dufresne est ainsi le seul propriétaire des deux résidences jumelées.
À partir du , Marius conçoit avec l’architecte français Jules Renard un édifice d'une quarantaine de pièces de style Beaux-ArtsJules Renard était au moment de la construction un employé dans l'entreprise de Marius Dufresne, la Dufresne Construction Company. Voir .. Les plans font l'objet de modifications jusqu'au . L'adoption du style choisi est liée en partie à sa popularité croissante à cette époque, notamment accentuée par les expositions universelles de Chicago en 1893 et de Paris en 1900. Le Petit Trianon du domaine royal de Versailles, en France, fut une source d'inspiration importante pour la conception du Château Dufresne. L’architecte montréalais Wilfrid L. Vandal aurait également participé à son élaboration. À l'origine, le château devait faire partie d’un ensemble de quatre maisons, mais trois ne furent jamais construites.
1915 à 1918 : construction
La construction du bâtiment débute en 1915 lors de la Première Guerre mondiale et se poursuit jusqu’en 1918. L’édification du château emprunte une technique de construction tout à fait nouvelle à Montréal à l’époque, soit l’utilisation de béton armé pour une résidence privée. Le château s’appuie sur vingt piliers massifs en béton armé et sa structure est également en béton armé.
Plusieurs artistes et artisans contribuèrent à la construction des résidencesVoir le tableau de la chronologie de la construction.. Parmi ceux-ci, Guido Nincheri décore particulièrement la résidence d'Oscar Dufresne de 1920 à 1938Une imprécision existe sur la date exacte du début de l’entreprise de décoration menée par l’artiste florentin. En effet, dans , à la page 13, on indique 1920 alors qu’à la page 46, on indique 1925. Voir . alors que l'artiste Alfred Faniel exécute plusieurs des décors peints de la résidence de Marius. Faniel aurait été à l'emploi de Marius pendant dix-huit ans. La construction fait également appel à des éléments décoratifs préfabriqués qui ont fait l’objet d’une commande par catalogue auprès d’entreprises canadiennes et américaines, notamment auprès de la Jacobson & Company de New YorkExemples d'éléments décoratifs préfabriqués : manteaux de cheminées, frises, moulures, colonnes, etc.. Les résidences comprennent également certaines commodités du jour telles qu’un chauffage central, un aspirateur central, un monte-plats, un ascenseur et des garages pouvant accueillir jusqu’à cinq automobiles. La décoration intérieure n’est toujours pas achevée lors de l’installation de ses premiers occupants entre 1919 et 1920.
Le coût de construction de l'édifice à l'époque n'est pas connu. Dans la colonne du rôle d'évaluation et de perception de la Cité de Maisonneuve, les en construction situés sur la rue Sherbrooke sont évalués à en 1915. Entre 1916 et 1917, cette évaluation passe à . Entre-temps, en 1917, Marius contracte un prêt hypothécaire de . Puis, vers 1918, cette évaluation augmente à . Selon une hypothèse établie par le ministère des Affaires culturelles en 1976, il est possible qu'. Cette source n'éclaire donc pas sur le coût de construction.
Par contre, il existe d'autres indices. Par exemple, le , The Montreal Star indique que le coût de construction devait osciller entre et . Le , Le Petit Journal avance la même hypothèse. Toutefois, en 1964, il existe une confusion autour du coût de construction dans les périodiques. Certains indiquent que le château , alors que d'autres indiquent que le coût d'origine de construction était d'un million de dollars. Finalement, comme autre indice, Paul Dufresne affirme dans une entrevue en 1987 que .