Sœur Emmanuelle, née Madeleine Cinquin le à Bruxelles (Belgique) et morte le à Callian (Var, France), est une enseignante, religieuse et écrivaine franco-belge souvent surnommée la « petite sœur des chiffonniers » ou « petite sœur des pauvres ».
Elle est connue pour ses œuvres caritatives en Égypte auprès des enfants et des plus démunis, et est considérée comme un symbole de la cause des déshérités dans l'opinion française. Née d'une mère belge et d'un père français, elle possède les deux nationalités. En 1991, le président Moubarak lui accorde la nationalité égyptienne en remerciement de son action au Caire.
Lorsqu'elle entre chez les religieuses de la congrégation de Notre-Dame de Sion, elle prend le nom de sœur Emmanuelle mais se fait appeler mère Emmanuelle par ses élèves. C'est sous ce nom qu'elle se fait connaître des médias et devient très populaire auprès de l'opinion publique, apparaissant régulièrement en tête des classements des personnalités préférées des Français.
Biographie Jeunesse
Madeleine Cinquin naît le à Bruxelles d'un père français, Jules Cinquin, originaire de Calais, et d'une mère belge, Berthe Lenssens, bruxelloiseChiffonnière de Dieu parmi les parias, La Libre, .. Elle a des origines juives alsaciennes. par sa grand-mère paternelle, Laure Mélanie Cinquin-Dreyfus (1851-1920), née d’un père juif, Emmanuel Dreyfus (1820-1901), et d'une mère chrétienne, Clémence Dreyfus-Tartar (1823-1857) Recherche par Jean-Louis Beaucarnot..
Elle grandit dans une famille aisée de trois enfants ayant fait fortune dans la lingerie fine"Sœur Emmanuelle est morte", Le Figaro, . et partage ses jeunes années entre Paris, Londres et Bruxelles. En 1914, alors qu'elle n'a que six ans, elle est fortement marquée par le décès accidentel de son père, noyé sous ses yeux à Ostende le . Elle était sur la plage et le vit nager au loin puis disparaître dans la mer houleuse. Cette expérience la traumatise profondément et la rapproche de Dieu. Elle déclare que, dans son inconscient, sa vocation de religieuse date de cet accident.
Quelques années plus tard, Madeleine Cinquin souhaite aller à l'université catholique de Louvain mais sa mère s'y oppose car elle estime qu'elle y serait trop oisive. Elle remarque alors que sa fille se tourne vers la religion et tente de l'en détourner en lui faisant rencontrer la supérieure du couvent de Notre-Dame de Sion à Londres. Ceci ne fait que renforcer ses convictions et accentue la quête de toute sa vie, l'aide à l'enfance malheureuse. Après avoir voulu initialement rejoindre les Filles de la Charité, Madeleine entre finalement comme postulante à la congrégation de Notre-Dame de SionCongrégation fondée par un missionnaire converti, Théodore Ratisbonne, et son frère Alphonse, en 1843. le . Après des études de sciences philosophiques et religieuses, elle prononce ses vœux de religieuse le et choisit le nom de sœur Emmanuelle, qui signifie « Dieu avec nous » en hébreu.
Enseignement
La carrière d'enseignante de sœur Emmanuelle commence tout d'abord à Istanbul en Turquie, dans une école pour jeunes filles d'un quartier pauvre de la ville. Sœur Emmanuelle attrape alors la fièvre typhoïde et toutes les autres sœurs lui proposent leur sang afin de l'aider à combattre la maladie. Une fois rétablie, en guise de remerciement, sœur Emmanuelle donne une conférence sur la vie de Soliman le Magnifique et impressionne la directrice du collège, Mère Elvira, qui décide alors de l'affecter à son établissement. Bien que celle-ci se soit engagée à envoyer sœur Emmanuelle au service des pauvres, elle la convainc qu'elle sera plus efficace si elle enseigne à des jeunes filles aisées, appelées à exercer un rôle influent sur la vie turqueLe siècle de sœur Emmanuelle, L'Express, .. Elle enseigne alors les lettres au Lycée Notre-Dame de Sion. Après la mort de sa supérieure, sœur Emmanuelle ne s'entend pas avec sa remplaçante et elle est envoyée à Tunis.
De 1954 à 1959, elle enseigne en Tunisie pendant cinq ans où elle s'occupe de filles de Français installés dans le pays mais ce nouveau poste ne lui convient pas. En pleine décolonisation du pays, les filles dont elle a la charge lui semblent superficielles et l'environnement général la fait doucement sombrer dans une dépression. Ce n'est qu'au bout de trois ans que les responsables de Sion se rendent compte de son état et se décident à la déplacer.
Après avoir décroché sa licence ès lettres à la Sorbonne à Paris, sœur Emmanuelle est de nouveau affectée à Istanbul en 1959 pour une courte durée.
De 1964 à 1971, elle est envoyée en Égypte pour enseigner au collège de Sion à Alexandrie. Cette expérience s'avère de nouveau négative pour elle car les élèves dont elle est responsable sont peu ouverts sur la pauvreté. Elle décide donc d'arrêter d'enseigner la philosophie et s'occupe à la place des filles du quartier défavorisé de Bacos. C'est durant cet épisode qu'elle tombe amoureuse de l'Égypte.
Engagement auprès des chiffonniers du Caire
En 1971, à l'âge de la retraite, elle décide de partir, à l'instar du père Damien qu'elle vénère, s'occuper des lépreux au Caire mais doit renoncer face à des complications administratives car le lazaret se trouve en zone militarisée. Elle décide alors de partager la vie des plus démunis et, avec l'autorisation de sa congrégation, part s'installer à Ezbet-El-Nakhl, un des bidonvilles les plus pauvres du Caire en Égypte, au sein de la communauté majoritairement copte chrétienne des zabbalines, chargée de la récupération des déchets. En collaborant avec plusieurs églises locales, elle parvient à établir une communauté et lance de nombreux projets de santé, d'éducation et de protection sociale visant à améliorer les conditions de vie Wael Salah Fahmia and Keith Sutton, Cairo's Zabaleen garbage recyclers: Multi-nationals' takeover and state relocation plans, Habitat International, Volume 30, Issue 4, December 2006, Pages 809-837..
En 1976, elle rencontre Sarah Ayoub Ghattas (sœur Sarah), alors supérieure de la congrégation copte-orthodoxe des Filles de Marie de Béni-Souef. Francophone et issue d'une famille de la bourgeoisie, elle obtient l'autorisation de l'évêque Athanasios, fondateur de la congrégation, pour rejoindre sœur Emmanuelle à Ezbet-Al-Nakhl dont elle partage la cabane. En 1977, sœur Emmanuelle publie son premier livre Chiffonnière avec les chiffonniers dans lequel elle raconte son combat. En compagnie de sœur Sarah, elle part en 1978 aux États-Unis afin de récolter des fonds. À leur retour, avec l'argent amassé, elles peuvent investir et en 1980, le Centre Salam est inauguré par l'épouse du président Sadate et propose des dispensaires, des écoles, des jardins d'enfants, des centres de formation et un club socialLes « zabbalines » du Caire n'oublieront pas leur chiffonnière, Sœur Emmanuelle, La Croix, ..
En 1982, après avoir confié la gestion d'Ezbet-Al-Nakhl à des jeunes religieuses de l'ordre des filles de Sainte-Marie, elle s'occupe des chiffonniers de Mokattam représentant, avec plus de vivant au milieu des détritus, la plus grande communauté de zabbalines du Caire. En 1984, sœur Emmanuelle vient en aide à cinq familles pauvres et leur permet à chacune de se construire un abri, séparé du lieu où sont triés les déchets. Elle fera plus tard construire ce même type d'abris à plus grande échelle afin d'accueillir le plus de monde possible. Elle continue à utiliser son charisme afin de récolter des dons et mobiliser les pouvoirs. Elle permet de raccorder le bidonville à l'eau et l'électricité et poursuit la construction de nombreuses habitations et d'une usine de compost. En 1985, elle s'installe dans le bidonville de Meadi Tora puis se rend à Khartoum (Soudan) la même année pour créer des foyers, écoles, fermes et dispensaires.
En 1991, à l'occasion de la célébration des « noces de diamant » de sa vie religieuse, le président Moubarak lui remet la nationalité égyptienne en reconnaissance de son œuvre en Égypte. En 1993, à la demande de sa congrégation, sœur Emmanuelle quitte définitivement l'Égypte et rejoint sa communauté en France. Sœur Sarah dirige alors l'entreprise caritative et continue seule le développement du bidonville de Mokattam. Depuis, un lycée pour filles a été créé grâce à l'Opération Orange et des écoles techniques ont été ouvertes pour les garçons. Un hôpital a même été construit grâce au prince Albert de Monaco. En 22 années de présence, l'œuvre de sœur Emmanuelle a permis de scolariser 85 % des enfants, de faire diminuer la violence et a donné les moyens aux femmes de se libérer.
Retraite
À son retour en France, sœur Emmanuelle continue de se battre pour plus de solidarité. Elle écrit des livres, notamment avec sa nièce. Sofia Stril-Rever, rencontre des jeunes dans les lycées et les écoles, s'occupe également de l'association « Les Amis de Paola » à Fréjus en aide aux SDF et donne des conférences aux côtés de son association pour sensibiliser le public à l'engagement solidaire.
Parallèlement, sœur Emmanuelle continue à donner « un souffle » à son association. Elle lui transmet ses principes d'actions qui sont chaque jour mis en pratique sur le terrain : .
En 1995, avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle est à l'origine de l'orientation de la campagne présidentielle de Jacques Chirac sur le thème de la fracture et de l'exclusion sociale.
Le , sœur Emmanuelle est promue par Jacques Chirac au grade de Commandeur de la Légion d'honneur avant d'être élevée, par Nicolas Sarkozy, le Grand officier de la Légion d'honneur. En Belgique, elle devint en 2005 grand officier dans l'ordre de la Couronne « Zuster Emmanuelle Grootofficier in de Kroonorde » dans De Standaard on line.. Elle joint le comité d'honneur de Philanthropos, institut d'études anthropologiques fondé en 2003 par le père Nicolas Buttet.
Depuis 1993, elle vivait à la Maison de repos des religieuses de Notre-Dame de Sion à Callian dans le département du Var, où elle décède le à un mois de ses cent ans. Inhumée dans la plus stricte intimité, selon ses propres volontés, le , elle repose au cimetière de Callian. Le même jour se déroula à Paris, en la cathédrale Notre-Dame, une messe de requiem pour lui rendre un hommage collectif. Le lendemain, le avait lieu à Bruxelles en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule une messe commémorative. Les textes et les chants avaient été choisis par sœur Emmanuelle elle-même quelques mois auparavant pour ce qui aurait dû être normalement une messe à l'occasion de son centenaire. Le roi Albert II des Belges ainsi que son fils cadet, le prince Laurent, et son épouse, la princesse Claire, assistaient à la cérémonie. Les chants y étaient interprétés par une jeune chorale belge (la Schola). Plusieurs membres de cette chorale font partie de l'association belge « Les Amis de Sœur Emmanuelle ».
Ses Confessions d'une religieuse Les mémoires de sœur Emmanuelle paraissent dans le livre Confessions d'une religieuse le , rédigés pendant près de vingt ans et publiés après sa mort, selon ses dernières volontés.
Elle y parle sans détour de sa sexualité, de sa découverte de la masturbation et de comment elle a arrêté en devenant religieuse « À partir du moment où j'ai mis les pieds au noviciat, la tentation, restée toujours vivace, ne m'a plus jamais vaincue ».
Une possibilité de béatification
Hommages et postérité vignette|Plaque de rue à Paris. À Toulouse, le parvis de la cathédrale Saint-Étienne, sur la place du même nom, est nommé en son honneur en 2010« Un nom de rue pour Sœur Emmanuelle mais pas pour Jean-Paul II », La Dépêche du Midi, .. En 2018, la ville de Paris a dénommé l'allée Sœur-Emmanuelle en sa mémoire, dans le arrondissement. L'allée se situe boulevard Raspail, à proximité de la congrégation Notre-Dame de Sion, entre l'allée Claude-Cahun-Marcel-Moore et le boulevard du Montparnasse.
Association et fondation