Thomas Sankara, né le à Yako (Haute-Volta) et mort assassiné le à Ouagadougou (Burkina Faso), est un militaire et homme d'État voltaïque, puis burkinabèGentilé consigné au Journal officiel du Burkina Faso le et utilisé à l'. La Commission de toponymie du Québec préconise burkinabé. En France, le Journal officiel du et du recommande lui aussi burkinabé ; bien que burkinabè figure dans l'arrêté du 4 novembre 1993 toujours en vigueur à ce jour (). L'ambassade de Belgique au Burkina Faso utilise également burkinabè avec accent grave , chef de l’État de la république de Haute-Volta, rebaptisée Burkina Faso, de à .

Marxiste-léniniste.., anti-impérialiste, révolutionnaire, écologiste, féministe, panafricaniste et tiers-mondiste, il est le président du pays durant la période de la première révolution burkinabè du au , qu'il incarne totalement. Durant ces quatre années, il mène à marche forcée, y compris en réprimant certains syndicats et partis d'opposition, une politique d'émancipation nationale, de développement du pays, de protection de l'environnement, de lutte contre la corruption ou encore de libération des femmes. Il éradique la faim dans le pays, ce qui est salué par les instances internationales. Il est également à l'origine du changement du nom de la Haute-Volta, issu de la colonisation, en un nom évoquant la tradition africaine : Burkina Faso, qui est un mélange de moré et de dioula et signifie « pays [ou « patrie »] des hommes intègres / honnêtes ».

Il est assassiné sur ordre de Blaise Compaoré, lequel prend le pouvoir le et est condamné à perpétuité en 2022 pour ce meurtre. Le souvenir de Sankara reste vivace dans la jeunesse burkinabé et plus généralement en Afrique, qui en a fait une icône, un « Che Guevara africain », aux côtés notamment de Patrice Lumumba.

Situation personnelle Jeunesse et formation Thomas Isidore Noël Sankara est fils d'un père Silmi-Mossi et d'une mère Mossi. de milieu modeste originaire de Ziniaré. Il grandit entre valeurs militaires et religiosité chrétienne.. Son père est un ancien combattant de l'armée française et prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Les affectations successives de son père, devenu infirmier-gendarme, dans plusieurs régions du pays, lui permettent d'échapper à la grande pauvreté dans laquelle vivent la plupart des ..

Il a plusieurs frères et sœurs, dont Pascal, Paul, Pauline, Lydie, Odile et Blandine Sankara.

Deux de ses cousins, Ernest Nongma Ouédraogo (ministre de l’Intérieur) et Vincent Ouédraogo (ambassadeur du Burkina Faso à Cuba), occupent des postes importants sous la Révolution sankariste.

Thomas Sankara est marié à Mariam Sankara, avec qui il a deux enfants, Philippe et Auguste Sankara.

Il fait ses études secondaires d'abord au lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, deuxième ville et capitale économique du pays puis, de la seconde au baccalauréat, à Ouagadougou (capitale politique du Burkina), au Prytanée militaire de Kadiogo. Durant ses études, il côtoie des fils de colons. Il sert la messe, refuse d'entrer au séminaire.. Il suit, tout comme Blaise Compaoré, une formation d'officier à l'École militaire inter-armes (EMIA) de Yaoundé au Cameroun, puis à l'Académie militaire d'Antsirabe, à Madagascar (où il étudie les sciences politiques, l'économie politique, le français et les sciences agricoles), et devient en commandant du CNEC, le Centre national d'entraînement commando, situé à Pô, dans la province du Nahouri, à au sud de la capitale. La même année, ils prennent part à un stage d'aguerrissement au Maroc. Ensemble, ils fondent le Rassemblement des officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo, Boukary Kabore, Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Boukary Lingani.

Durant ses études à Madagascar, où il fréquente de jeunes coopérants marxistes comme Guy Pourcet ou François de Negroni, il assiste en à la révolution qui conduit à la fin du régime de Philibert Tsiranana. Cela l'amène à concevoir l'idée d'une « révolution démocratique et populaire ». De retour en Haute-Volta en avec le grade de sous-lieutenant, il est affecté à la formation des jeunes recrues. Il s'y fait remarquer par sa conception de la formation militaire dans laquelle il inclut l'enseignement des droits et des devoirs du citoyen, insistant sur la formation politique des soldats : , a-t-il coutume de dire. En , il s'illustre militairement lors de la guerre contre le Mali, ce qui lui donne une renommée nationale. Capitaine, il crée ensuite une organisation clandestine avec d'autres officiers, se rapproche de militants d'extrême gauche et fait de nombreuses lectures.

Parcours politique Entrée en politique À la fin des années et au début des années , la Haute-Volta, tel que s'appelait alors le Burkina Faso, connaît une alternance de périodes autoritaires et de démocratie parlementaire. Les personnalités politiques sont coupées de la petite bourgeoisie urbaine politisée et cette scission est renforcée par des scandales financiers. Cela amène de jeunes officiers ambitieux et désireux de moderniser le pays comme Thomas Sankara à s'investir en politique, se posant en contraste avec des hommes politiques plus âgés et moins éduqués. Un coup d'État militaire a lieu en ; le nouveau régime, bien que populaire, se montre rapidement répressif et lie l'armée à des scandales.

Thomas Sankara reste passif pendant le coup d’État. Populaire, il est nommé en secrétaire d'État à l'Information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo avant de démissionner en réaction à la suppression du droit de grève, déclarant le , en direct à la télévision : . Il est alors dégradé et chassé de la capitale.

Le , un nouveau coup d'État porte au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Plus tard, ce dernier a assuré que le coup d’État avait été préparé au seul profit de Thomas Sankara puis que ce dernier avait décliné l’offre au dernier moment. Il avait été choisi, donc, contre son gré, étant l’officier le plus ancien dans le grade de commandant.

Sankara devient Premier ministre en d'un Conseil de salut du peuple (CSP), position acquise grâce au rapport de forces favorable au camp progressiste dans l’armée.. Il se prononce ouvertement pour la rupture du rapport « néocolonial » qui lie la Haute-Volta à la France : . Il poursuit selon cette ligne en invitant, en avril, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Le , il est limogé et mis en résidence surveillée, peut-être sous la pression de la FranceÉvoqué dans la préface et l'introduction du recueil de discours Thomas Sankara parle, le film de Robin Shuffield Thomas Sankara l'Homme Intègre évoque cet élément. Sa famille, exilée en France, à l'occasion du de sa mort, accuse tout particulièrement l'intervention de Guy Penne, conseiller pour les affaires africaines du président François Mitterrand....

Coup d'État et révolution démocratique et populaire

Des manifestations populaires soutenues par les partis de gauche et les syndicats contraignent le pouvoir à libérer Sankara. Le , la garnison insurgée de Pô arrive à Ouagadougou accompagnée d'une foule en liesse. Ce nouveau coup d’État consacre la victoire de l’aile « progressiste » de l’armée menée par le capitaine Thomas Sankara, qui est placé à la présidence du Conseil national révolutionnaire. Il constitue un gouvernement avec le et l'Union des luttes communistes - reconstruite (ULC-R).

Il déclare que ses objectifs sont : . Il s'entoure de cadres compétents, défend la transformation de l'administration, la redistribution des richesses, la libération des femmes, la responsabilisation de la jeunesse, la décentralisation, la lutte contre la corruption, etc. Le , la République de Haute-Volta est renommée Burkina Faso.

Comités de défense de la révolution Son gouvernement retire aux chefs traditionnels les pouvoirs féodaux qu'ils continuaient d'exercer au profit de Comités de défense de la révolution (CDR), inspirés de l'expérience cubaine, qui sont chargés localement d'exercer le pouvoir au nom du peuple, gérant la sécurité, la formation politique, l'assainissement des quartiers, la production et la consommation de produits locaux ou encore le contrôle budgétaire des ministères.

Parfois, ils refusent après débats certains projets nationaux, comme celui de l', qu'ils jugent trop radical.

Les ont eu tendance à se comporter en milice révolutionnaire faisant régner la terreur, luttant contre les syndicats (jugés dangereux car liés à l'opposition du Front patriotique voltaïque et du ). Thomas Sankara dénonce certains excès des .

Subsiste une opposition au processus « révolutionnaire et populaire » engagé depuis le coup d'État du ; une violente répression s'abat sur elle. Le , la Cour martiale révolutionnaire de Ouagadougou statue sur le sort des personnes impliquées dans ce que les autorités présentent comme le « putsch manqué du » (le Monde du ). Sept « conjurés » sont immédiatement fusillés après le verdict, cinq autres condamnés à des peines de travaux forcés. Pour la première fois dans l'histoire de la Haute-Volta, des peines capitales ont été prononcées par un tribunal et exécutées. Parallèlement, un incendie criminel détruit les locaux abritant l'imprimerie du quotidien indépendant l'Observateur.

Politique économique Les dépenses de fonctionnement diminuent pour renforcer l'investissement. Les salaires sont ponctionnés de 5 % à 12 % et les loyers sont déclarés gratuits pendant un an. Par exemple, Sankara arrivant au pouvoir se rend compte que les ministres se déplacent en voitures de luxe, il décide alors que désormais les ministres utiliseront une Renault 5 et ainsi montreront l'exemple.

Le nouveau régime vise à développer une économie ne dépendant plus de l'aide extérieure, que Thomas Sankara décrit ainsi : . Les importations de fruits et légumes sont interdites afin d'inciter les commerçants à se fournir dans les zones de production situées dans le Sud-Ouest du Burkina Faso ; cela est favorisé par la mise en place de nouveaux circuits de distribution et d'une chaîne nationale de magasins. Les CDR permettent aussi aux salariés d'acheter des produits depuis leur lieu de travail.

En , le Burkina Faso atteint son objectif de deux repas et de dix litres d'eau par jour et par personne. Le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation pour les Nations unies déclare au sujet de Sankara : .

Les fonctionnaires sont incités à porter l'habit traditionnel (Faso dan fani), ce qui conduit de nombreuses femmes à obtenir un revenu propre en tissant ce vêtement directement chez elles.

Politique sociale Soucieux de l'environnement, il dénonce des responsabilités humaines dans l'avancée du désert. En , le Conseil national de la révolution lance ainsi les : fin des coupes de bois abusives et campagne de sensibilisation concernant l'utilisation du gaz, fin des feux de brousse et fin de la divagation des animaux. Le gouvernement mène des projets de barrages alors que des paysans construisent parfois eux-mêmes des retenues d'eau. Thomas Sankara critique également le manque d'aide de la France, dont les entreprises bénéficient pourtant en majorité des marchés liés aux grands travaux.

Symboliquement, une journée du marché au masculin est instaurée pour sensibiliser au partage des tâches ménagères. Thomas Sankara avance aussi l'idée d'un « salaire vital », prélevé à la source d'une partie du salaire de l'époux pour le reverser à l’épouse. Il met fin à la dot et au lévirat, qu’il considère comme une marchandisation des femmes. Il met aussi un terme aux mariages forcés en instaurant un âge légal, interdit l’excision et tente de s'opposer à la prostitution et à la polygamie..

Politique internationale

Critique de la dette