Les chevaliers romains (en latin : ) sont une classe de citoyens de la Rome antique organisés en « ordre équestre » ( ou ), venant dans la hiérarchie sociale immédiatement après l'ordre sénatorial.
Choisis par les censeurs, les chevaliers sont les plus fortunés (possession d'au moins sesterces, du jusqu'au début de l'Empire) et les plus honorables des citoyens (en dehors des sénateurs). Bien que cette appartenance puisse théoriquement être remise en cause à chaque censure, elle est héréditaire en pratique. Le chevalier se reconnaît par ses , dont la bande de pourpre étroite cousue sur sa tunique (tunique dite angusticlave), et le port de l'anneau d'or.
Sous la République, les chevaliers se voient attribuer un poids électoral privilégié et un rôle militaire, mais restent en dehors de la carrière des honneurs (). Sous l'Empire, les empereurs leur accordent une place croissante dans l'administration impériale, qui culmine dans la seconde moitié du , entre les règnes de Gallien et Dioclétien. Au début du , l’empereur Constantin inverse cette tendance en intégrant les chevaliers de rang élevé dans l'ancien Sénat, tandis que le nombre de chevaliers de rang inférieur augmente et dévalue le prestige du titre, jusqu'à sa disparition au .
Origine
Selon la tradition romaineTite-Live, I, 43 ; Denys d'Halicarnasse, IV, 16 et suiv., l'ordre équestre aurait été créé par Servius Tullius au lorsqu'il hiérarchisa la population libre romaine selon le niveau de richesse et institua les comices centuriates. La première classe, regroupant les possesseurs d'au moins , devait fournir 18 centuries de cavaliers et 80 centuries de fantassins, armés à leur frais. Bien sûr, ce montant en as ne correspond pas à la situation prémonétaire de l'époque, où la richesse s'évalue en surface agricole et têtes de bétail. Ces centuries sont les premières unités de vote dans les comices centuriates.
La liste des membres des centuries équestres constituent ainsi un ordre (), c'est-à-dire un corps constitué, contrôlé par l'État, répondant à des critères précis et apte à remplir (ou ayant rempli) certaines fonctions militaires et civiles.
Chevalier sous la République romaine Accès au rang de chevalier Devenir chevalier dépend de trois prérequis : la possession d'une fortune foncière originelle, fixée vers 175 - 150 av. J.-C. à sesterces (ce qui représentait un cens supérieur au minimum requis pour la première classe censitaire, mais dont la valeur réelle diminua au fil du temps), une réputation d'honorabilité (exclusion des affranchis, même riches, des citoyens exerçant un métier infamant…) — réputation acquise par naissance pour les jeunes fils de sénateurs —, ne pas avoir été élu à une magistrature du , ce qui relèverait de l'ordre sénatorial.
Ces trois conditions remplies, le censeur inscrit dans un registre le nouveau chevalier, qui reçoit ses attributs vestimentaires (l'anneau et la tunique) ainsi que le « cheval public » (lat. ), somme allouée par l'État pour l'acquisition et l'entretien de son cheval : il devient un .
Le rang de chevalier est conservé à l'issue de la période militaire règlementaire d'une durée de dix années ou de dix campagnes militaires, avec dans certains cas, la conservation à l'issue de ce délai de l'avantage financier du « cheval public ». Le rang équestre ainsi acquis permet l'accès aux magistratures majeures du cursus honorum, auquel cas le candidat rend le « cheval public » et abandonne le statut de chevalier (une des conditions n'étant en effet plus remplie).
Prérogatives
Lors des scrutins des comices centuriates, les 18 centuries équestre votent après les 70 centuries qui composent la première classe. Ce qui peut être décisif par l'effet d'entrainement, car le dépouillement se fait au fur et à mesure du scrutin. Leurs votes, ajoutés à ceux des centuries de première classe donnent la majorité absolue aux plus riches des citoyens.
Pour être éligible à une magistrature, il fallait être membre de l’ordre équestre, c’est-à-dire être inscrit au cens équestre.
À partir de la fin du , une parade annuelle (la ) se déroule au 15 juillet, qui mène les cavaliers nouvellement incorporés comme jusqu'au Capitole, avec une halte pour offrir un sacrifice au temple des Dioscures. La pratique de cette parade s'interrompt au cours du .
Le rôle des chevaliers s'accroît en 123 av. J.-C. quand Caius Gracchus impose la présence d'une moitié de chevaliers parmi les jurés dans les affaires criminelles, fonction réservée jusque là aux sénateurs. Sylla les prive de ce privilège en 80 av. J.-C., qui leur est restitué en 70 av. J.-C. en leur accordant une majorité des deux-tiers Caius Gracchus favorise encore les chevaliers, en leur réservant des places réservées dans les édifices de théâtre.
À Rome, l'appartenance à un ordre se manifeste par des signes extérieurs qui distinguent de l'individu ordinaire, les . Pour les chevaliers romains, ce sont le port de l'angusticlave, étroite bande pourpre sur la tunique, l'anneau d'or porté au doigt (), la trabea, portée lors des cérémonies officielles, la proédrie, places réservées dans les bâtiments publics et particulièrement dans les lieux de spectacles, la possession, en cours ou passée, de l' (cheval public) .
Évolution Au , à la fin de la République, le rang équestre tend à devenir héréditaire : ceux dont le père ou le grand-père a bénéficié du « cheval public » sont aussi considérés comme chevaliers, même s'ils n'ont pas rempli les dix années de service, et grâce à l'espacement des censures qui ne permettent plus la tenue à jour régulière des listes de chevaliers. Toutefois, l'hérédité n'est pas la seule voie d'accès à la qualité équestre, les promotions individuelles sont possibles. Des généraux ou des gouverneurs de province accordent l'accès à ce rang à ceux qu'ils ont promu au grade de tribun militaire ou de préfet dans une légion, et parfois à un centurion, en les dotant de la fortune nécessaire et en leur accordant le port emblématique de l'anneau d'or. Certaines fonctions civiles au service des magistrats romains (scribes, héraults, appariteurs) rendent aussi possible la promotion au rang de chevalier, sous le contrôle théorique du censeur.
Durant les quelques années du second triumvirat entre 43 av. J.-C. et 30 av. J.-C., les triumvirs usent largement de leur prérogative militaire pour renouveler les effectifs d'encadrement, par la promotion d'officiers subalternes comme tribuns militaires qui prennent le rang de chevaliers et arborent l'anneau d'or sans passer par l'étape de la revue censoriale. La censure étant tombée en déshérence, les règles d'admission ne sont plus observées et la seule condition d'accès au rang équestre est la fortune, bien ou mal acquise, au détriment de la dignité personnelle et familiale. Les besoins financiers considérables des triumvirs pour financer leurs légions provoquent une taxation de tous les patrimoines atteignant le cens équestre, qu'ils appartiennent à la , à des soldats de rang subalterne, à des affranchis ou à des non-citoyens. Certains imposés en profitent pour revendiquer et afficher une condition équestre uniquement basée sur le critère de fortune, indépendamment de l'honorabilité.
Chevalier sous l'Empire romain Sous Auguste Le cens de , minimum nécessaire pour être chevalier ou sénateur, ne représente au début de l'Empire plus qu'une fortune médiocre, Auguste le revalorise donc en à un million de sesterces pour les sénateurs, tandis que le cens équestre reste immuable durant les deux premiers siècles de l'Empire, sans tenir compte de la dérive progressive de la monnaie. Les sénateurs touchés par la baisse de leur fortune sont déclassés, malgré l'aide financière apportée par Auguste dans un certain nombre de cas. Le niveau de fortune reste un critère nécessaire, mais non suffisant : un discours de Mécène rappelle les critères obligés de , la naissance et l'éducation. Ensuite, Auguste procède avec l'aide d'une commission de sénateurs à une révision de l'ordre équestre, avec si nécessaire des sanctions ou des exclusions.
L'élection des tribuns militaires des quatre premières légions disparaît au début du règne d'Auguste, toutes les désignations comme tribun de légion ou préfet d'aile de cavalerie, obligatoires pour la promotion équestre, passent désormais par l'empereur.
Auguste rétablit la parade annuelle (la ) du 15 juillet, qui était tombée en désuétude. Participent au défilé seulement les jeunes chevaliers () présents à Rome à ce moment. Cette parade officielle semble avoir valeur d'inspection et de validation du rang équestre à une époque où toute forme de censure a disparu. Denys d'Halicarnasse, spectateur du défilé de , en a donné une descriptionDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, 6, 13., permettant d'évaluer le nombre de chevaliers ayant défilé à environ .
Auguste délègue une partie de ses compétences à des préfets. La garnison de la capitale est composée des cohortes prétoriennes en , des cohortes urbaines et des cohortes de vigiles, créées en 6 ap. J.-C., qui sont confiées à des chevaliers qui prennent le titre de préfet du prétoire et préfet des vigiles. L'annone, mission d'assurer l'approvisionnement en grains de Rome, est confiée entre 8 et 14 au préfet de l'annone. Avec la préfecture d'Égypte, ces postes constituent le sommet de la carrière équestre. Les services administratifs proches d'Auguste sont embryonnaires, et leurs sécrétariats sont confiés à des affranchis ou parfois à des chevaliers.
Les Julio-Claudiens En 23 ap. J.-C., Tibère règlemente le port de l'anneau d'or, qui avait donné lieu à de nombreux abus, dont ceux d'affranchis suffisamment riches pour se faire passer pour des chevaliers. Les conditions imposées sont le cens minimum de , qui doit non seulement être possédé par le titulaire, mais aussi avoir été détenu par son père et son grand-père, tous de condition libre, ainsi que disposer de places réservées dans les édifices de spectaclePline l'Ancien, Histoires Naturelles, XXXIII, 8..
Claude reprend en 47-48 la fonction de censeur, tombée en désuétude : il procède à l'examen individuel des chevaliers selon les critères traditionnels, incite aux démissions pour fortune insuffisante et prononce des exclusions pour conduite débauchée ou usurpation de l'anneau d'or par de riches affranchis. Mais ni Claude ni Néron ne réitèrent ce retour à la procédure traditionnelle quinquennale. Claude organise la carrière militaire imposée aux chevaliers, les , en ajoutant la préfecture de cohorte () aux traditionnels tribunat et préfecture d'aile de cavalerie (). En revanche, la direction des bureaux palatins demeure confiée à des affranchis, à l'exception du service de correspondance grecque () que Claude crée pour des chevaliers d'origine grecque.
Sous les Julio-Claudiens, les empereurs poursuivent le programme d'Auguste, sans véritable conquête territoriale. Ils annexent des royaumes alliés ou clients : la Commagène, la Maurétanie, le Bassin de Londres, la Thrace et la Judée. De nouvelles provinces apparaissent, notamment dans le massif alpin et en Maurétanie, et les pouvoirs nécessaires pour y rendre la justice sont confiés aux chevaliers. Sous le règne de Caligula, on compte environ chevaliers, dont résident dans la région de Rome.
C'est pendant le règne de Claude (41-54) que de nouvelles carrières s'ouvrent aux chevaliers. Il leur confie des provinces, tandis que, par ailleurs, il réprime durement les complots de l'aristocratie sénatoriale.
Les Flaviens La répression de la conjuration de Pison sous Néron et les désordres des guerres civiles de 68-69 imposent de procéder à un renouvellement des membres de l'ordre équestre et à son épuration. En 73-74, Vespasien et Titus exercent donc la censure vingt-cinq ans après Claude, pour éliminer de l'ordre ceux qui en sont indignes et incorporer les élites provinciales.