Maastricht, Maestricht ou Maëstricht (prononcé en français ou ) est une commune et ville néerlandaise, située dans le sud de la province du Limbourg, dont elle est le chef-lieu. En 2024, elle compte . Maastricht se développe à partir d'une colonie romaine en un centre religieux, puis en une ville de garnison et enfin en une ville pré-industrielle. La ville est connue pour être une cité d'histoire, de culture, de folklore local et de traditions, mais surtout pour être le lieu de signature du traité de Maastricht, lieu de naissance de l'Union européenne, de la citoyenneté de l'Union européenne, de la libre circulation des biens et des personnes, et de la monnaie unique : l'euro. Une rue de la ville de Liège (quai de Maestricht) et une rue de la ville de Visé (rue de Maestricht) portent par ailleurs toujours ce nom. Accueillant l'université de Maastricht, la ville compte une population importante d'étudiants néerlandais et étrangers. Elle fait partie du réseau des plus anciennes villes d'Europe. Les habitants de Maastricht sont en français des Maastrichtois, en néerlandais des Maastrichtenaars et en limbourgeois (dont le maastrichtois) des Mestreechteneers ou plus familièrement des Sjenge (dérivé du prénom français « Jean »). Enfin, Maastricht est la seule ville des Pays-Bas citée dans l'hymne national néerlandais, le Wilhelmus van Nassouwe.
Toponymie Maastricht est attesté sous les formes [Ad] Treiectinsem [urbem] vers 575, Treiectensis en 634, Triecto, Triectu au , Triiect en 768-781, Traiecto en 945, Masetrieth en 1051, Maastricht. Le second élément -tricht est probablement issu ultimement du latin trajectum, par l'intermédiaire d'une forme gallo-romane * TRAIECTU, au sens de « gué, passage d'eau ». Le premier élément Maas- n'est pas attesté avant 1051 et désigne le fleuve Meuse (anciennement Mase), son ajout permet sans doute d'éviter la confusion avec un autre Traiectu devenu Utrecht. Maastricht a donc le sens global de « passage, gué, lieu de traversée ou d'embarquement, pontenage sur la Meuse »Cf l'inscription latine « QUOD TRAIECTUM AD MOSAM XIII DIEBUS CEPIT » commémorant le Siège de Maastricht sur l'Arc de Triomphe de la Porte Saint-Denis.. Le gallo-roman * TRAIECTU explique sans doute aussi le nom de la commune du Trait (Seine-Maritime, Tractus vers 1025) par évolution régulière en français. Henri van Veldeke évoque Maestricht dans la légende de Saint-Servais au : . Cet auteur médiéval mentionne la « Hellweg » conduisant de la Saxe à la France ainsi que l'axe est-ouest prolongeant la voie antique de Tongres à Cologne, Maes-tricht désigne bien un lieu de traversée (trajectus) sur la Meuse (Mosa, Maas ou Maes).
La ville est appelée Måstrek ou Mostrek, voire Li Trek en wallon (« passage mosan », voire « le passage »). Géographie thumb|200px|Carte topographique de Maastricht. Emplacement Maastricht est situé dans l'extrême Sud des Pays-Bas. La ville est située dans les vallées de la Meuse et du Geer, entre le plateau de Margraten et la Hesbaye belge. La ville se trouve précisément à la confluence de la Meuse et du Geer. La partie de la vieille ville située sur la rive est de la Meuse est appelé Wyck (prononcé « vick »). Les anciens villages et les anciennes communes d'Amby (1970), de Borgharen (1970), de Heer (1970), de Heugem, d'Itteren (1970), de Limmel, de Scharn, de Sint-Pieter (1920), d'Oud-Caberg et de Wolder sont devenus des quartiers de Maastricht. Lorsque la rive gauche de la Meuse a été attribuée à la Belgique le 8 août 1843, il a été décidé que la zone comprise dans les brasses (, soit la distance d'un coup de canon) autour de Maastricht serait ajoutée à la ville. Il s'agit de la seule zone, à l'ouest de Maastricht dans le Limbourg, où le fleuve ne constitue pas la frontière naturelle avec la Belgique. Un plan-relief de la ville de Maastricht et de ses environs a été établi en 1752 par l'ingénieur Larcher d'Aubencourt. Il est conservé et exposé au sous-sol du Musée des Beaux-Arts de la ville de Lille. Il est composé de 12 tables en bois pour un total de 6,8 × à une échelle de 1/. Au sud de la ville se trouve la montagne Saint-Pierre (St. Pietersberg) surplombée par l'ancien fort et son réseau de souterrains. Les souterrains ont une température constante de et sont un lieu d'hibernation pour les chauves-souris. Maastricht est toute proche de la frontière avec la Belgique, notamment de la ville frontalière de Visé située en Région wallonne. Maastricht a des liaisons de chemin de fer avec Liège (en Belgique) au sud, à l'est avec Kerkrade et avec Eindhoven au nord. À vol d'oiseau, Maastricht est à environ de la France.
Urbanisme Quartiers La municipalité de Maastricht est officiellement composée de cinq arrondissements eux-mêmes subdivisés en 44 quartiers : arrondissement de Maastricht-Centre (stadsdeel Maastricht-Centrum) : Binnenstad, Jekerkwartier, Kommelkwartier, Statenkwartier, Boschstraatkwartier, Sint Maartenspoort, Wyck-Céramique ; arrondissement sud-ouest (stadsdeel Zuid-West) : Villapark, Jekerdal, Biesland, Campagne, Wolder, Sint-Pieter ; arrondissement nord-ouest (stadsdeel Noord-West) : Brusselsepoort, Mariaberg, Belfort, Pottenberg, Malpertuis, Caberg, Oud-Caberg, Malberg, Dousberg-Hazendans, Daalhof, Boschpoort, Bosscherveld, Frontenkwartier, Belvédère, Lanakerveld ; arrondissement nord-est (stadsdeel Noord-Oost) : Beatrixhaven, Borgharen, Itteren, Meerssenhoven, Wyckerpoort, Wittevrouwenveld, Nazareth, Limmel, Amby ; arrondissement sud-est (stadsdeel Zuid-Oost) : Randwyck, Heugem, Heugemerveld, Scharn, Heer, De Heeg, Vroendaal. Les quartiers de Amby, Borgharen, Heer, Itteren, Sint-Pieter et Wolder (bourg principal de la municipalité Oud-Vroenhoven) sont des anciennes communes annexées par Maastricht. Limmel (ancienne commune de Meerssen), Scharn (ancienne commune de Heer) et Heugem (ancienne commune de Gronsveld) sont des villages qui faisaient partie d'autres municipalités. Circulation et transports 200px|thumb|La gare de Maastricht. La gare de Maastricht relie la ville, au nord à Sittard et Eindhoven, à l’est vers Fauquemont et Heerlen, et au sud vers Visé à Liège. Après des consultations administratives entre les deux provinces du Limbourg à la fin de 2004, la décision a été prise de rénover l'ancienne ligne entre Maastricht et Lanaken. La ligne a été utilisée à nouveau en 2011 pour le fret. En Belgique, il est prévu de relier Lanaken à Hasselt. Cela crée également une connexion plus rapide entre Maastricht et Anvers. Depuis 2016, Arriva exploite une dizaine de lignes d'autobus urbains dans Maastricht et ses environs. L'autoroute A2 relie Maastricht au nord vers Eindhoven et la Randstad et au sud vers Liège. L'A79 relie Maastricht à Heerlen et par extension – via l'A76 – avec les villes allemandes comme Aix-la-Chapelle, Cologne et la Ruhr. L'autoroute A2 traverse la municipalité ce qui engendrait du trafic. En 2016, les travaux du tunnel de l'A2 permettront de limiter la circulation. À quelques kilomètres au nord de Maastricht, dans la municipalité de Beek, se trouve l'aéroport Maastricht Aachen. En mars 2018, la ville de Maastricht a annoncé son intention d'introduire une zone à faibles émissions dès 2019, ce qui interdit l'accès à la ville pour les voitures diesel produites avant 2006 et les voitures à essence d'avant 1990. Climat Le centre de Maastricht est situé à une hauteur de au-dessus du niveau de la mer (NAP). Les banlieues sont quant à elles plus élevées. Maastricht, situé à l'intérieur des terres, subit moins l'influence de la mer à l'ouest. Cela implique que le climat est plus continental que vers les zones côtières. Les hivers sont souvent un peu plus froids et la neige plus abondante que dans les autres villes des Pays-Bas, les étés sont quant à eux plus chauds. Maastricht est également l'un des endroits où les températures les plus élevées sont mesurées aux Pays-Bas.
Histoire
vignette|200px|Fouille romaine au musée Derlon. vignette|200px|Pierre tombale paléochrétienne (Église Saint-Servais /). vignette|200px|De Maaspunttoren: le tour de l'ancien mur de la ville. vignette|200px|Maastricht sur une gravure de Simon de Bellomonte (). vignette|200px|Carte de Maastricht établie entre 1770-1778 par Joseph de Ferraris. vignette|200px|Furie espagnole à Maastricht (1576). vignette|200px|Usine Société Céramique (1887). vignette|200px|Les troupes allemandes détruisant le Wilhelminabrug (mai 1940). thumb|200px|Carte des Pays-Bas en 1843 avec les nouvelles frontières : Maastricht et le Limbourg oriental ont été rétrocédés aux Pays-Bas. Maastricht est l'une des plus anciennes villes des Pays-Bas, et est habitée sans interruption depuis vingt siècles. Son histoire peut grossièrement être subdivisée en quatre périodes : le fort romain, le centre religieux médiéval, une ville de garnison, puis une cité industrielle. Préhistoire L'emplacement de la ville actuelle fut occupé il y a environ : des restes d'ossements néandertaliens ont été découverts dans les carrières d'argile du Belvédère. À une date ultérieure, des ossements datés du Paléolithique ont aussi été trouvés : ils auraient entre et .
Antiquité
Période romaine
La date exacte de l'arrivée des Romains à Maastricht n'est pas connue, et les recherches n'ont pas déterminé s'ils sont arrivés dans un village préexistant ou s'ils ont fondé la colonie. Vers l'an 10 avant notre ère, ils construisirent une importante voie militaire, la Via Belgica. Un pont sur la Meuse fut construit sous le règne d'Auguste, au niveau de l'actuel . Il fut un point de passage important sur la route menant à Bavay et à la capitale des Ubiens, Cologne. Vers 270 , la ville dut subir un ou plusieurs raids des tribus germaniques. Pour protéger le pont, un castrum fut construit sur la rive gauche en 330. La Maastricht romaine était probablement très petite, des restes de la voie romaine, du pont, d'un tombeau religieux, de termes romains, d'un grenier, de quelques maisons, de murs et portes du castrum ont été retrouvés. Des fragments de sculptures romaines provinciales, ainsi que des pièces, des bijoux, des verres, des poteries et d'autres objets de cette période sont visibles dans l'espace exposition du centre Céramique (la bibliothèque publique de la ville). Servais, évêque de Tongres (premier évêque des Pays-Bas), déplaça en 380 l'évêché de Tongres à Maastricht. Il y est mort en 384 et fut enterré le long de la route romaine, hors du castrum. D'après Grégoire de Tours, ce fut vers 570 que l'évêque Monulphe fit construire la première église en pierre sur la tombe de Servais, à l'emplacement de l'actuelle église Saint-Servais, et elle devint le siège épiscopal du diocèse de Tongres. Moyen Âge Maastricht est mentionnée dans les sources écrites du Moyen Âge, et l'image qui s'en dégage est celle d'une ville assez grande et prospère, notamment grâce à la présence de l'évêque et peut-être d'un palais royal, car elle semble être un centre de pouvoir au sein des Empires carolingiens et mérovingiens (des pièces de monnaie y furent frappées sous cette dernière dynastie). Le catholicisme s'est très tôt et durablement implanté dans la région, et il existe une liste des vingt-et-un saints et/ou anciens évêques de Maastricht. Au le siège de l'évêché fut déplacé à Liège à la suite de l'assassinat de saint Lambert en cette ville, et du développement qu'elle connut alors comme lieu de pèlerinage.
En 881 la ville fut mise à sac par les Vikings, après la division de l'empire de Charlemagne elle se retrouva en Francie médiane, puis en Basse-Lotharingie dont il semble qu'elle fut la capitale à la fin du et au début du : un de ses ducs, mort aux alentours de l'an mil, est inhumé dans l'église Saint-Servais.