vignette|« L'action cléricale sur notre malheureuse planète », illustration du journal La Calotte (Asmodée, 1908). vignette|Les Corbeaux, , .

Lanticléricalisme est un système opposé aux tendances du clergéClaude Augé, Petit Larousse illustré, 1905, lire en ligne.. D'après Françoise Marcard, l'anticléricalisme s'oppose au cléricalisme, « sachant qu'il y a présomption de cléricalisme chaque fois que le fait religieux transgresse les frontières du terrain dit temporel ».

L'anticléricalisme insiste sur la nécessaire séparation du religieux et du profane. Il postule la liberté de conscience individuelle. Autour de ce noyau dur de convictions, l'anticléricalisme évolue en relation étroite avec le cléricalisme qu'il combat, et d'une façon plus large avec les religions.

Selon l'historien et politologue catholique René Rémond :

Origines de l'anticléricalisme vignette|L'Assiette au beurre, César Giris, 1903. vignette|gauche|L'Asino, Italie, 1907. vignette|gauche|Almanach de La Traca, Espagne 1932. Pour Jean-Marc Schiappa dans son Histoire de la libre-pensée (2011), le terme clérical utilisé depuis 1848 et contemporain à l'apparition de la libre pensée organisée, renvoie à la volonté de l'Église d'imposer sa volonté politique d'organiser la société, et donc l'État, par ou autour d'une ou plusieurs religions (qu'il y ait un clergé ou pas ne change rien à l'affaire). L'anticléricalisme, c'est l'inverse. C'est la volonté d'organiser la société séparément des religions. Voilà pourquoi l'anticléricalisme adhère aux grands principes qui définissent la conception de la laïcité. L'anticléricalisme est le moyen, la laïcité est le butJean-Marc Schiappa, René Rémond et l'anticléricalisme, en 1976 in Une histoire de la libre-pensée, L'Harmattan, 2011, p. 39..

L'épithète « anticlérical » apparait dans la langue politique dans les années 1850-1860. Le mot fait partie de la langue des journaux et des livres et se trouve utilisé lors de la campagne électorale de 1863.

Expression protéiforme Ce n'est pas une nouveauté absolue, l'attitude est beaucoup plus ancienne que le mot. L'anticléricalisme n'appartient en propre à aucune classe sociale.

Il y eut un anticléricalisme aristocratique fait de mépris pour le clerc et de défiance de l'homme d'épée envers l'homme d'étude.

Il y eut ensuite un anticléricalisme bourgeois dont le voltairianisme exprime assez fidèlement l'inspiration et qui a animé le mouvement de sécularisation des sociétés occidentales.

Il existe aussi de longue date un anticléricalisme paysan, entretenu par un sentiment tenace contre les droits ecclésiastiques (voir notamment la révolte des Bonnets rouges en 1675« 18 avril 1675 - La révolte des Bonnets rouges », Hérodote, 28 novembre 2013, lire en ligne.).

Il y a enfin, et c'est dans les sociétés urbaines et industrielles contemporaines le plus important de tous, un anticléricalisme ouvrier. Ses origines sont antérieures à la révolution industrielle : de tout temps, certaines corporations ont été plus défiantes que d'autres à l'égard de l'ÉgliseRené Rémond, « Sociologie de l'anticléricalisme », Encyclopædia Universalis, lire en ligne..

À cette époque, les anticléricaux réagissent contre la montée de l'ultramontanisme, contre la souveraineté temporelle du pape sur Rome, contre les interventions épiscopales, contre les pressions au soutien de Pie IX, contre le syllabus.

Filiation avec le catholicisme vignette|Affiche de Henri Gustave Jossot pour le journal L'Action (1903). Originaire d'Europe, et plus précisément de France, l'anticléricalisme s'oppose d'abord au catholicisme : d'une certaine manière il en procède par réaction et par filiation.

Les anticléricaux sont parfois qualifiés de « bouffeurs de curés » dans le jargon politique français. Parmi leurs slogans les plus célèbres, on peut citer « À bas la calotte ».

Certaines de leurs pratiques peuvent tourner au défi symbolique comme le « Banquet du Vendredi saint » qu'ils organisent (et qui se déroule encore aujourd'hui) dans plusieurs villes de France en commémoration de celui qui se tint — à Paris, rue Mazet, chez Magny — le , pour soutenir des personnes à l'époque poursuivies par l'Église devant les tribunaux6 avril - Banquet du vendredi dit "saint" (contre les interdits religieux) à Lens !, Fédération nationale de la libre pensée, lire en ligne..

D'après le romancier Serge Quadruppani, Serge Quadruppani, « Toucher le fond - Sur les attentats djihadistes des 7, 8 et 9 janvier à Paris et leurs suites », Article 11, , lire en ligne..

Thèmes principaux de l'anticléricalisme vignette|Le Cardinal de Rohan dans le décor des Appartements de la Reine Marie-Antoinette à Fontainebleau, Adolphe Henri Laissement, 1895. Selon Françoise Marcard., trois thèmes majeurs alimentent la réflexion anticléricale dans la France de la fin du . L'Église n'est pas une société comme les autres :

L'Église constitue une menace. Contre l'État : . Contre la Nation : . Contre l'individu et la famille : .

vignette|Le Déjeuner interrompu, anonyme, 1890.

Les Clercs n'observent pas toujours les préceptes qu'ils énoncent. Pierre Pierrard, Les Chrétiens et l'affaire Dreyfus, Éditions de l'Atelier, 1998, page 213..

Et René Rémond précise que pour les anticléricaux :

Pour le libre-penseur libertaire André Lorulot :

Typologie de l'anticléricalisme L'anticléricalisme n'est pas l'apanage d'une seule famille politique. On peut distinguer cinq familles : L'anticléricalisme libéral, rationaliste, tolérant et généralement déiste. L'anticléricalisme de tradition gallicane et d'inspiration janséniste. L'anticléricalisme du radicalisme qui souhaite la séparation entre les Églises et l'État. L'anticléricalisme socialiste ou communiste, athée, pour qui la religion est une idéologie illusoire. L'anticléricalisme antireligieux des anarchistes et libertaires..

Au sein des divers mouvements se réclamant de l'anticléricalisme par doctrine ou par tradition (Libres-penseurs, l'ensemble du mouvement libertaire, les communistes), les positions apparemment unanimes face au cléricalisme masquent souvent des divergences de position : ainsi les républicains français sont divisés, ce qui explique le maintien du Concordat plus de vingt ans après la naissance de l'école laïque, grâce aux anticléricaux concordataires désireux de maintenir un contrôle sur l'Église (Rapport de Paul Bert de sur le maintien du budget des Cultes). Alors que d'autres souhaitent une Église nationale libérée de Rome et sous la tutelle de l'État. Ne reste finalement qu'une minorité de partisans de la séparation, divisée elle-même entre certains soucieux de distinguer temporel et spirituel et d'autres se réclament d'un athéisme plus combatif, œuvrant pour la disparition des Églises.

L'anticléricalisme anarchiste vignette|Manifestation anticléricale à Rome en 2008.

Affirmant n'avoir ni Dieu ni maître, l'anticléricalisme anarchiste et libertaire fait profession d'antireligion et affirme que toute religion est une illusion fallacieuse dont il faut libérer l'humanité. De plus, sa critique a une allure originale : elle dissout la spécificité du fait religieux et englobe l'Église dans le procès d'ensemble intenté à tous les appareils et à toutes les sociétés..

vignette|redresse|gauche|Graffiti, Paris, 2012.

Selon Domenico Tarizzo dans L'anarchie : histoire des mouvements libertaires dans le monde, « Une veine "sauvage" du mouvement socialiste et anarchiste est l'anticléricalisme, conçu comme la guerre au Mal, aux Puissances ténébreuses du passé, dont le Vatican est le centre, à la fois fastueux et occulte d'où s'exerce la domination sur les consciences »..

thumb|upright|right|Mon dieu, faites que l'anarchie réussisse ! un dessin de Soulas gracieusement offert au journal belge Alternative libertaire en 1985.

Si « antimilitarisme et anticléricalisme ne sont pas des éléments constitutifs exclusifs du seul mouvement anarchiste […] ils forment un des axes fondamentaux de cette doctrine en lutte contre les forces essentielles du pouvoir que sont "le sabre et le goupillon" »..

Selon Alec Mellor dans son Histoire de l'anticléricalisme français : « L'anticléricalisme anarchiste atteindra son point extrême avec Bakounine qui, dans La Question révolutionnaire, publié dans son édition française en 1895, fera de la destruction du christianisme l'un des fondements de son système »..

De 1896 à 1897, Virginia Bolten publie en Argentine La Voz de la Mujer (La Voix de la Femme), premier journal féministe révolutionnaire. En épigraphe : (« Ni dieu, ni patron, ni mari »)Joël Delhom, La Voix solitaire de la femme anarchiste argentine à la fin du , colloque international Les représentations des relations amoureuses et des sexualités dans les Amériques, HCTI, Université de Bretagne-Sud, avril 2011, texte intégral.Libcom, No God, no boss, no husband : The world’s first anarcha-feminist group, texte intégral en anglais, Ni dieu, ni maître, ni mari : La Voz de la Mujer - Argentine 1896-97, texte intégral en français, 3 janvier 2012..

alt=Les 4 évangélistes selon Sante Ferrini (S.F.)|vignette|363x363px|Saint Pierre, saint Paul et deux évangélistes (saint Luc et saint Mathieu) selon Sante Ferrini (S.F.) dans Saggi di storia contemporanea.

Éduqué dans la religion catholique, Sante Ferrini s'en détache très tôt et devient rapidement un anticlérical convaincu. Il s'oppose à toute forme de religion, mais le Pape et les jésuites, présents à Rome, sont ses cibles privilégiées. Il publie vingt-cinq textes dans des journaux anarchistes italiens, parfois illustrés de sa main, dans lesquels il malmène le clergé avec humour, ironie et sarcasme.

Anticléricaux notoires vignette|gauche|Donatien Alphonse François de Sade vers 1770. François-Jean Lefebvre de La Barre, le dernier Français à avoir été torturé et exécuté, en 1766, pour blasphème, convaincu, entre autres crimes, « d’avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau » et d'avoir détenu un exemplaire du « Dictionnaire philosophique du sieur Voltaire »Ludovic Lalanne, Dictionnaire historique de la France, 1872, page 191.. Donatien Alphonse François de Sade, homme de lettres, romancier, philosophe et homme politique longtemps voué à l'anathème en raison de son athéisme anticlérical virulent.. Voltaire, figure emblématique de la philosophie des Lumières, chef de file du parti philosophique ; son nom reste attaché à son combat contre le fanatisme religieux, qu’il nomme « l’Infâme », pour la tolérance et la liberté de pensée. Il est à la fois anticlérical et déiste en dehors des religions constituées. Jean Meslier, prêtre et philosophe des Lumières français ; pendant 40 ans, il est curé d'Étrépigny dans l'archidiocèse de Reims. Son existence n'a été connue qu'à partir de la publication en 1762 par Voltaire, sous le titre de Testament de J. Meslier, d'un texte qu'il présentait comme un extrait d'un document beaucoup plus volumineux, retrouvé chez lui et dans lequel un curé professait avec détermination son athéisme, et se livrait par ailleurs à une critique radicale des injustices de la société de son temps dans un texte, au titre original de Mémoires des pensées et sentiments de Jean Meslier…, parfois considéré comme le texte fondateur de l'athéisme et de l'anticléricalisme militant en France. Jules Michelet, historien français, est un des grands écrivains de l'époque romantique ; il écrit différents essais et ouvrages de mœurs, dont certains lui valent des ennuis avec l'Église et le pouvoir politiqueJules Michelet (21 août 1798 - 9 février 1874), Hérodote, Apogée de l'Europe, lire en ligne.. vignette|Victor Hugo par Nadar vers 1884.