vignette|redresse=1.2|Le purgatoire dans Les Très Riches Heures du duc de Berry, enluminure du .

Dans le catholicisme, le purgatoire est une étape de purification par laquelle les âmes des défunts morts en état de grâce doivent cependant expier les conséquences des péchés commis et pour lesquels les pénitences terrestres n'ont pas été totalement accomplies. Ceux qui meurent dans l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, c'est-à-dire avec des résistances à l'amour de Dieu, bien qu’assurés de leur salut éternel, connaissent après leur mort cette période d'épreuve qui les libère totalement du mal. Ainsi, ils obtiennent la sainteté nécessaire pour accéder au paradis. Si la notion de purgatoire est une vérité de foi dans le catholicisme, elle n'est pas acceptée par les différents courants du protestantisme ; quant à l'Église orthodoxe, elle ignore totalement le terme de « purgatoire » ; elle rejette toute peine d’expiation purificatrice par le feu, et toute la doctrine romaine du purgatoire dans son sens juridique.

À partir du Moyen Âge, l'iconographie chrétienne représente le purgatoire d'une manière symbolique, comme un lieu où brûle un feu purificateur. Jacques Le Goff a étudié la naissance du concept en tant que lieu au Moyen Âge en suivant l'évolution du mot « purgatoire », l'épithète purgatorius puis le substantif neutre purgatorium. La notion de purgatoire semble avoir été redéployée au milieu du par le clergé face à la montée du spiritisme, qui invoquait les âmes des trépassés par des moyens ésotériques étrangers au christianisme. Son évocation s'est toutefois raréfiée depuis lors.

Histoire Textes bibliques vignette|Manuscrit alsacien, , La Légende dorée. thumb|Âmes au purgatoire, Autel des pauvres de Marienmünster (Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne), période baroque. Bien que le mot de « purgatoire » soit absent de la Bible, quelques passages de l'Écriture suggéreraient l'existence d'un feu purificateur intervenant après la mort corporelle et l'existence d'un temps d'expiation entre la mort et le pardon des péchés.

Le Livre des Maccabées, qui n'a pas été retenu par Luther dans le canon biblique de 1534En 1534, Luther, dans son édition de la Bible, extrait plusieurs livres de leur place traditionnelle et les groupe à la fin de l'Ancien Testament sous le titre de Antilegomena : livres à ne pas considérer à l'égal des Écritures saintes, mais utiles et bons à lire., mais qui est officiellement intégré au canon catholique lors du concile de Trente, parle d'un sacrifice accompli en faveur de défunts, ce qui laisse entendre l'existence d'un lieu de purification distinct de l'enfer et du paradis : .

C'est Paul de Tarse qui fait allusion le premier à un « feu », interprété parfois comme le purgatoire, dans la Première épître aux Corinthiens.

Étymologie et apparition du mot Le terme « purgatoire » vient du verbe latin ecclésiastique purgatorium, emprunté au verbe purgare, « purifier, nettoyer ». Si l’idée d’un purgatoire en tant qu'épreuve de purification est très ancienne, le recours à ce mot est plus récent : le substantif purgatorium n'est attesté pour la première fois qu'en 1133 dans un texte de l'archevêque de Tours Hildebert de Lavardin. Le mot désignant le lieu « purgatoire » est en effet inconnu avant le : l'un des premiers documents à le mentionner est une lettre du bénédictin Nicolas de Saint-Alban au cistercien Pierre de Celle en 1176Haggh, 1997..

Datation Les premières représentations du purgatoire n'apparaissent dans l'iconographie chrétienne qu'au milieu du .

Toutefois, la datation du concept demeure discutée par les historiens, qui hésitent entre une , qui est celle, par exemple, de Pierre Chaunu, pour lequel le purgatoire serait apparu dès Augustin d'Hippone (-), avec la notion de peines expiatrices dans l'au-delà, et d'autre part la de Jacques Le Goff.

vignette|gauche|165px|Les âmes du purgatoire, calvaire de l'église de Fiè allo Sciliar, Italie, .

Pour Jacques Le Goff, en effet, c’est entre et qu’a lieu la « naissance » du purgatoire dans le milieu intellectuel parisien : la purgation cesse d'être un état pour devenir un lieu, avec le mot servant à le nommer. Cette évolution se fait conjointement à l'apparition progressive, au haut Moyen Âge, du concept de péché véniel (peccatum levium), qui soulève le problème théologique des chrétiens morts sans péché mortel mais sans s'être confessés auparavant, et pour qui l'enfer est inappropriéJacques Le Goff, «L'attente dans le christianisme : le purgatoire», Communications, 2000, Volume 70 Numéro 1 p. 295-301..

Le concept de purgatoire comme lieu spécifique n'a été entériné dans la doctrine qu'avec le deuxième concile de Lyon (1274)Jacques Le Goff, «La naissance du Purgatoire )», in Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, Année 1975 Volume 6 Numéro 1 p. 7-10..

De nombreux témoignages montrent que parmi les premiers chrétiens certains auraient cru, sinon en l'existence d'un lieu, du moins d'un état où le pécheur devait expier ses péchés avant d'atteindre le paradis. L'un de ces témoignages est le récit de la passion de Perpétue : en prison, elle voit en songe son jeune frère, mort avant elle, sortir d'un puits sombre. Elle va alors offrir des prières pour lui et ensuite un autre songe le montre heureuxJacques Le Goff, La Naissance du purgatoire, Éditions Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1991 ( 1981) , 74-75.. Jacques Le Goff note que, .

Évolution du concept Origène (), qui n'évoque pas un lieu, fait de l’enfer un état provisoire : il n’existe pas de pécheur si mauvais qu'il ne soit sauvé, au terme d’un processus de « paracatartase » (du grec catharsis, « purification »), pour se retrouver finalement au paradis. Cette opinion est jugée hérétique par l'Église, qui considère que l'enfer est éternel, en ce sens qu'il ne finira jamais, de même que le châtiment.

Augustin d'Hippone, lui non plus, n'évoque pas un lieu. Il décrit un état : La Cité de Dieu, livre XXI, chap. XIII.

Dans la doctrine augustinienne, seuls certains, déjà acceptés au paradis, sont soumis à la purgation comme épreuve de purification, entre le jugement particulier au moment de leur mort et le Jugement dernier, qui est collectif. Augustin fait la distinction entre un et un , ce qui se transformera en une « localisation » du purgatoire en un lieu « au-dessus » ou « proche » de l’enfer, avec des tourments comparables, ce qui deviendra à la fin du le purgatoire proprement dit. Il distingue également un feu de la purgation provisoire, destiné aux pécheurs repentants, et le feu de la damnation éternelle qui frappera les impénitents. Il reconnaît cependant le caractère spéculatif de l'idée de purgatoire.

Théologie catholique Le concept de purgatoire est une vérité de foi dans le catholicismeConcile de Trente, session VI, canon 30, Denz. 840, et session 25, décret sur le purgatoire, Denz. 983. Repris et explicité dans le Catéchisme de l'Église catholique, ., qui cite plusieurs versets bibliques pour justifier cette croyanceCes cinq passages sont 1 Cor 3:15; 1 Pi. 1:7; Matt. 12:31; Job 1:5 et 2 Macc.12:46.. Cependant, le concile de Trente a condamné avec une particulière rigueur toute curiosité indiscrète sur ces questions difficiles.

Enseignement des papes vignette|redresse=1.2|Les âmes des défunts dans les flammes du purgatoire. Prédelle du maître-autel de la cathédrale de Bad Wimpfen (Bade-Wurtemberg), 1519. La notion de « feu purificateur » formulée par le pape Grégoire le Grand a acquis une grande importance culturelle et historique avant la Réforme : (Mt 12, 32)Dialogi de vita et miraculis patrum Italicorum (4, 39).. Dans six anecdotes du livre de ses Dialogues, il émet l'idée que les peines du péché sont subies sur les lieux du péché, préfigurant le purgatoire conceptualisé par la suite.

En 1254, le pape Innocent IV écrit au légat Eudes de Châteauroux, à Chypre, pour demander que les Grecs acceptent la définition du purgatoire comme lieu où l’on purge ses péchés véniels mais non mortels ; c'est là, selon Jacques Le Goff, . Cette lettre est suivie par la reconnaissance officielle du purgatoire par le deuxième concile de Lyon en 1274Jacques Le Goff, La naissance du purgatoire (), Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, année 1975, , , . En 1336 la bulle de Benoît XII propose un enseignement sur la vie après la mort : paradis, enfer et purgatoire.

vignette|redresse=1.2|gauche|Les Âmes du purgatoire, par Alonso Cano (1636). Musée des beaux-arts de Séville.

Dans une lettre à Mekhitar d’Arménie le , Clément VI écrit : La bulle Iniunctum nobis de Pie IV, le affirme :

Benoît XV, dans sa bulle Incruentum altaris du , autorise les prêtres à célébrer trois messes le jour de la commémoration des défunts () et ajoute : Incruentum altaris : en italien et en latin..

vignette|upright=1|Notre-Dame du Mont-Carmel avec Simon Stock, Thérèse d'Avila, Albert de Verceil, le prophète Élie et les âmes au purgatoire, par Giambattista Tiepolo, 1745. Pinacothèque de Brera, MilanPinacothèque de Brera..

L'encyclique Spe Salvi du pape Benoît XVI fait allusion au purgatoire :

Enseignement des conciles vignette|La délivrance des âmes du purgatoire, par Rubens.

Un décret canonique contenant une doctrine identique est incorporé au Décret d'union rédigé avant la clôture du même concile. Un développement de cette doctrine se retrouve par la suite dans les canons de la session XXV du concile de Trente (1545-1563), qui déclarent que l’idée de purgatoire provient .

Selon le concile Vatican II, Vatican II, L’Église, ..

L'Église catholique célèbre traditionnellement des messes pour le repos des défunts, auxquels des indulgences peuvent être accordées.

Catéchisme vignette|La Libération des âmes du purgatoire, par Lodovico Carracci (1610). La théologie récenteMeinolf Schumacher : Souillure du péchés et pureté du cœur. Des études sur l'imagerie du péché dans la littérature latine et allemand du Moyen Âge ; Munich : Fink, 1996 ; . . rejette parfois l'idée de purgatoire comme un lieu de au sens d'un délai d'attente. Les spécialistes parlent alors d'une étape de purification. Le processus de purification est un et une image de l'espérance du croyant en la purification par Dieu. Le catéchisme publié par la Conférence des évêques de France en 1991 avec l'approbation du Saint-Siège indique :

Le compendium du Catéchisme de l'Église catholique définit le purgatoire comme et ajoute que, en raison de la communion des saints, les vivants 210-211Catéchisme de l'Église catholique, sections 1020-1032. Catéchisme de l'Église catholique, section 1054.Catéchisme de l'Église catholique, sections 1472-1473..

Déclin

vignette|Image pieuse « Priez pour les âmes du purgatoire », fin XIX siècle. La croyance dans le purgatoire décline à la fin du , après les grands moments de la piété baroque. Elle connaît un renouveau spectaculaire au milieu du , en lien avec la dévotion mariale (Marie étant considérée comme la reine du purgatoire) et la rechristianisation du culte des morts : entre 1850 et 1914, les messes pour les défunts se multiplient.

Le purgatoire s'efface peu à peu des consciences et des représentations avec la Grande Guerre dont les millions de « morts glorieux » de la patrie rejoignent directement la gloire céleste sans passer par le purgatoire. Il s'interrompt dans le deuxième tiers du Quand s'efface le purgatoire sur franceculture.fr.. En Italie méridionale, le culte des âmes du purgatoire (anime purganti, anime pezzentelle) reste particulièrement vif dans les milieux populaires jusqu'au milieu du .

Théologie orthodoxe Un état intermédiaire