Les Kabyles (en en tifinagh : ⵉⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵢⵏ) sont une ethnie berbère originaire de la Kabylie (en kabyle : Tamurt n Leqbayel ou Tamurt n YizwawenRamdan At Mansour, Isefra n at zik, Poèmes kabyles d'antan. 2012. De l’espace comme signe identitaire dans le roman kabyle. Cas de Tafrara de Salem Zenia. Nabila Sadi Département de langue et culture amazighes Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou ), une région berbérophone d'Algérie à dominante montagneuse. Ils peuplent le littoral et les divers massifs montagneux de la région : les montagnes du Djurdjura, des Bibans et des Babors. Les Kabyles constituent le premier groupe berbérophone par le nombre en Algérie. Ils parlent le kabyle, une langue berbère, première en Algérie par le nombre de locuteurs avant le chaoui. Une minorité parle des variantes (Le chaoui des Amouchas ou le tasahlite) dans le massif des babors. À partir de la fin du , ils constituent, depuis l'indépendance de ce pays, le milieu le plus favorable au développement de la revendication identitaire berbèreHistoire-Géographie, Collection Martin Ivernel, Hatier. Ils sont aujourd’hui présents dans d'autres régions d’Algérie, notamment à Alger, et parmi la diaspora algérienne en France.

Dénominations et étymologie vignette|311x311px|Une famille kabyle.

Nom originel des populations de Kabylie vignette|206x206px|Stèle numide faisant figurer en écriture libyque ZWW (Azwaw), retrouvée à Sidi Naamane à 10 km de Tizi Ouzou Historiquement, les Kabyles ne se caractérisaient pas eux-mêmes de Kabyle mais de Izwawen. Pour désigner la population de la Kabylie dans son sens actuel, les arabophones utilisaient le mot Zouaoua (Zwawa), sg. Zouaoui (Zwawi) qui, d’après une hypothèse, serait une déformation du berbère Agawa, un massif au cœur de la Grande Kabylie, le massif Agawa, d'où l'origine du mot IgawawenIl semblerait que dans l'Antiquité, les Igawawen aient porté le nom de Quinquegentiens, appellation administrative désignant cinq tribus (quinque gente). Une vieille légende rapporte en effet que les montagnards descendent d'un géant qui eut cinq fils, lesquels formaient les cinq tribus antiques (Boulifa, 1925), les fameux Quinquegentiens qui se révoltèrent contre les Romains. (Leroux, 1857, p. 57.) pour désigner les Kabyles, et qui est le nom d’une puissante confédération de huit tribus répandue en Kabylie et organisée en deux groupes : Aït Bethroun (Aït Yenni, Aït Boudrar, Aït Bou Akkach, Aït Ouasif) et Aït Menguellath (Aït Menguellath, Aït bou Youssef, Aït Akbil, Aït Attaf). La toute première mention des Zouaouas est relatée dans un passage du 9e siècle d'al Yaqoubi, qui avec les Sanhadjas, les localise dans la région de Haz (approximativement les actuelles Médea et Bouira) et les considère comme Branès. Ibn Khaldoun avait relevé que les Zouaoua sont aussi une fraction des Kutamas, tribu issue de la branche des Branès (descendants de Bernès, fils de Berr et frère de Madghis). L'appellation zwawa qualifiait ainsi une partie des Kabyles, son équivalent en langue berbère étant izwawen. D'après d'autres chercheurs, le mot Azwaw et le mot Agawa/Agawaw n'auraient pas la même étymologie, Igawawen désignant une confédération alors que Izwawen désigne l’ensemble des kabyles.

Le professeur Salem Chaker avance que le terme Zwawa/Zwawi utilisé par les arabophones ne devrait pas être relié à agawa/igawawen mais plutôt à Azwaw/Izwawen (prénom kabyle et nom de clan répandu en Kabylie). Salem Chaker soutient l'idée que Izwawen est le véritable nom ancien et autochtone des Kabyles qui, . En outre, dans l’Ouest algérien, les Kabyles sont toujours désignés sous le nom de Zouaoua/ZouaouiMalha Benbrahim, professeur à l'Inalco, Documents sur Fadhma N’Soumeur (1830-1861), Clio, numéro 9/1999, Femmes du Maghreb..

Les kabyles du Djurdjura se définissaient sous le nom de Imazighen, c'est-à-dire « hommes libres » ou suivant d'autres, les « agriculteurs ».

Origine et usage du mot « kabyle »

Le terme français « kabyle » (et sa berbérisation aqbayli) est emprunté à l'arabe qabīla (« tribu, famille »), dont le pluriel, qabāʾil, désigne les Kabyles [consulté le 22 août 2016]. [consulté le 22 août 2016].. Qabīla est dérivé de la racine q-b-l qui, comme le verbe qabila, dénote la tribu, la famille .. Les termes « Kabylie » et « Kabyle » se popularisent au milieu du au moment où, prenant possession de l’Algérie, les Français (militaires, administrateurs puis chercheurs) ont éprouvé le besoin d’identifier les différentes régions de la colonie et les populations qui y étaient établies..

Le terme originel « Qaba'il », qui signifie en arabe « Tribus » est le terme que les Français utiliseront pour désigner ces montagnards qui portaient des noms différents en fonction de la tribu à laquelle ils appartenaient. Aussi pouvait-il plus rarement désigner aussi bien les berbères des Aurès que ceux de l'ouest algérien. On parlait alors de Eugène Daumas, Mœurs et coutumes de l'Algérie : Tell, Kabylie, Sahara, éd. Hachette, 1855, ...

Le nom s'est ensuite restreint aux berbérophones de KabylieJean Morizot, Les Kabyles : Propos d'un témoin, Centre des Hautes Études sur l'Afrique et l'Asie modernes (diff. Documentation française), coll. « Publications du CHEAM », Paris, 1985 , . et a pris une signification ethnique pour désigner ce groupe ethnique en particulier.

Le terme d’el Qbayl (sing. el Qbayli) a été adopté dans différentes régions du Maghreb et à différentes époques pour désigner des groupements tribaux particuliers. Il a ainsi été utilisé, à l’époque des Almoravides et des Almohades (xie et xiiie siècles), pour désigner les trois tribus masmouda qui occupaient alors la plaine de Marrakech, le Haouz d’aujourd’hui. Le terme devait sans doute s’étendre, à une période plus ancienne, à une région plus importante, puisque le terme taqbaylit (berbérisation d’el qbayliya) qui désigne l’idiome berbère des tribus de Kabylie est aussi utilisé par les Aït Menacer, Ichenouiyen (sous la forme haqbaylit) et Aït SalahLaoust 1912 : 1.

C’est par le biais de l’administration coloniale, qu’en Algérie, ce terme connaît un sort particulier qui l’a amené à désigner spécifiquement la population berbérophone situé à l’est d’Alger (Kabylie). Cependant il n’en fut pas toujours ainsi, aussi bien en Algérie qu’en Tunisie où ce terme avait un sens plus courant :

D’après d’autres témoignages, on relève aussi que, dans l’est algérien et en Tunisie, on a fait longtemps la distinction entre deux types différents de « Kabyles », les « Kabyles ennigh’as » (el qbayl nnighas) et les « Kabyles el hadra » (el qbayl el hadra) :

À l’arrivée des Français au Maghreb, le terme el qbayl, francisé en kabyle, était donc d’un usage courant dans les villes pour désigner les populations sédentaires des campagnes et des montagnes alentour. Ces populations pouvant être soit berbérophones, soit arabophones.

L'appellation historique berbère pour désigner la Kabylie est tamurt n Yizwawen.

Histoire

Durant toutes les invasions antérieures aux Français, les Kabyles avaient réussi à conserver leur indépendance et ce n'est qu'en 1857 avec la fin du conflit mené par la confédération de Lalla Fatma N'Soumer, qu'ils furent entièrement conquisThe Twentieth Century, Volume 71The United Service MagazineThe art journal London, Volume 4The Kabyle People - By Glora M. WysnerThe History of Colonization from the Earliest Times to the Present Day, Volume 1 - Henry Crittenden Morris - Macmillan.

Antiquité vignette|Stèle iconographique numide retrouvée à Abizar en Kabylie Dans l'Antiquité, les Kabyles sont organisés en confédérations que les Romains appellent Quinquegentiens et Bavares. L'historien Ammien Marcellin fait connaître les différentes tribus Quinquegentiennes sous les noms de Tendenses (Ifnaien), Mississenses (Imssissen), Isaflenses (Iflissen), lesalenses (Aït Irathen) et Jubaleni (dans les Bibans). Certains mythes kabyles font d'un certain géant Maziq (Mazigh), le patriarche des archs kabyles. Son royaume se composait de cinq confédérations, qui rappellent les cinq confédérations des Quinquegentiens.

La Kabylie fait partie du royaume de Numidie. Il est plus tard annexé par l'Empire romain, et est divisé entre les provinces d'Afrique et de Maurétanie césarienne. Les Romains puis plus tard les Byzantins contrôlent la route principale et la vallée, et évitent les montagnes (appelées Mont Ferratus, littéralement : montagnes de fer). Les Kabyles sont le fer de lance de nombreuses révoltes contre la domination impériale romaine dans la province, les plus dévastatrices étant celles des Quinquengentiens et leurs alliés Bavares, puis celle du chef Firmus.

Période de la conquête musulmane À la faveur de l'expansion de l'Islam au , les Omeyyades contrôlent des plaines en Kabylie, mais pas toutes les campagnes. Les montagnes autour de Béjaïa sont reconnues par les conquérants pour leur forte résistance (appelées en arabe : el aadua ou el ‘adua, en français : « l'ennemie »). L'Islam est introduit progressivement et pacifiquement sous l'impulsion de marabouts. En 743, suivant la Grande révolte berbère, et l’effondrement du califat Omeyyade, les Kabyles restent indépendants du joug de la nouvelle dynastie Aghlabide.

Les Kutamas auraient reconnu l'autorité religieuse des rois de Tahert et intégré le conseil des six membres.

Période fatimide

vignette|Carte des mouvements fatimides au Maghreb de 909 à 973.|219x219px La dynastie des Fatimides fondée au , a son centre d'origine situé en Petite Kabylie, où le dâ`i (signifiant « agent recruteur, propagandiste, apôtre ») ismaélien, Abou Abdallah al-Chii, a trouvé un public réceptif pour les croyances millénaires qu'il prêchait et a ensuite conduit, avec succès, la tribu kabyle Ketama à conquérir l'Ifriqiya (Tunisie actuelle, alors occupée par les Aghlabides), atomisant la présence arabe au Maghreb, puis l'Égypte. De meme que les Kutama, les Zouaouas ont également suivi le mouvement fatimide, et ont meme ralliés le 3e calife Al Mansour lors de la révolte de Abu Yazid en 947. Après avoir pris le contrôle de l'Égypte, les Fatimides perdent de l'intérêt pour le Maghreb, le chef sanhadja Bologhine ibn Ziri, hérite du contrôle de l'Ifriqiya (la Kabylie et une grande partie de l'Algérie, y compris la Tunisie moderne). La branche Ziride des Hammadides règne sur la place quelque deux siècles, avec un effet durable sur le développement non seulement de la Kabylie mais aussi de l'Algérie dans sa globalité, refondant des villes comme Béjaïa (sa capitale après l’abandon de Kalâa des Béni Hammad) et Alger, entre autres. vignette|204x204px|Béjaïa, capitale des Hammadides, cité du savoir et des sciences Une partie de la Kabylie des Babors (Jijel) sont originaires de deux tribus berbères, les Kutamas (sous la dynastie Fatimide), et les Sanhadja (sous la dynastie Hammadide). À cela il faut ajouter les berbères d'Andalousie qui se sont réfugiés à Béjaïa (Bougie), aidés par le sultan hammadide En-Nacer de Béjaïa au .

Après l'effondrement des Hammadides, la Kabylie passe régulièrement sous le joug de diverses dynasties berbères, alors qu'une grande partie de l'intérieur n'est pas contrôlée efficacement. Les Espagnols, en pleine reconquista, en profitent, au début du , pour prendre pied dans les ports : Mers el-Kébir (1504), Oran (1509), Béjaïa (1512), Le Penon (en face d'Alger, en 1510). Menacés, les habitants appellent à leurs secours des corsaires turcs, les . En 1516, ils prennent Alger, évincent le seigneur local et, quatre ans plus tard, instituent la régence et se placent sous la protection virtuelle du sultan ottoman.

Époque ottomane vignette|Qala’a des Beni Abbas au XIXe siècle