La finitude qualifie, dans le langage courant, ce qui est fini, le caractère de toute chose qui possède une limite au moins sous un certain rapport ; pour l'être humain, dont l'existence est limitée par la mort, la finitude s'entend principalement, mais pas seulement, par rapport au temps : c'est donc un trait, voire une définition, de sa condition essentiellement mortelleSelon le Larousse - .. Mais la finitude concerne également les limitations de nos facultés, et, en particulier, de notre faculté de connaître (par les sens et par l'entendement). Le courant humaniste, notamment son plus illustre représentant Kant, qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain et sa capacité d'auto-détermination va avoir à résoudre l'aporie que lui impose la prise en compte de la finitude concrète des capacités humainesNotre connaissance dépend d'une intuition, exclusivement réceptrice, qui se rapporte à un objet existant, elle est donc non créatrice et finie, insiste particulièrement Kant comme le rapporte Heidegger dans son Kant et le problème de la métaphysique-.. Considérée sous le rapport de la fragilité de notre condition, éphémère et changeante, à notre opacité, la finitude s'oppose à l'immuable ainsi qu'à la transparence . Si l'on s'en réfère à Franz-Emmanuel Schürch, .

Il existe plusieurs notions opposées à celle de finitude, selon le point de vue considéré. Temporellement, par exemple, la finitude est le négatif de l'éternité, de ce qui existe positivement hors du temps (un être tel que Dieu par exemple). De même quant à notre capacité à comprendre ou à créer elle s'oppose à la puissance et à la connaissance infinie de Dieu. Dans la phénoménologie contemporaine notre finitude va devenir, dans un renversement total de perspective, une détermination positive de notre existence, ce qui en trace le contour, en nous distinguant par exemple de ce qui est indéfini ou indéterminé.

Par rapport aux autres choses et êtres finis, la conscience que nous avons de notre finitude et de notre condition précaire en est un aspect essentiel, tant par la perception de notre inéluctable dégradation physique que par la valeur que nous donnons à notre existence et à notre être, valeur que résume une notion comme celle de dignité de la personne humaine : « L'homme est grand en ce qu'il se connaît misérable », écrivait ainsi Blaise Pascal.

Sommaire Ce n'est que récemment avec le déploiement de la « phénoménologie », que la notion de « finitude », vieux concept théologique, a été introduite en philosophie en tant que caractère fondamental de l'existence humaine. La philosophie contemporaine distingue la notion de « finitude » du couple traditionnel « fini/Infini » d'origine métaphysique qui ont peu en commun, sinon l'illusion que le temps et l'opposition entre éternité et temporalité les rapproche. L'une décrit la situation de l'homme en tant qu'« être-au-monde », l'autre ne fait que mettre en opposition deux concepts métaphysiques parfaitement clairs issus de la pensée grecque. Comme il s'agit de l'être de l'homme, il ne saurait y avoir de définition de la notion de finitude car la « Finitude » se dit de multiples manières, la plupart d'entre elles apparaissent chez les philosophes qui ont traité de cette notion comme une transposition d'origine religieuse. Le Larousse l'aborde ainsi : ..

La tradition des premiers pères (Grégoire de Nysse au ) nous a transmis une première conception de la finitude encore insérée dans la vision grecque en tant que , ou un état d'incapacité ainsi que l'exercice d'une puissance limitée par rapport à ce que pourrait être une puissance infinie. Autrement dit dans la première pensée chrétienne, la « Finitude » concerne dans la pensée des Pères grecs, ce qui . Plus tard, au sein même de la théologie, l'insistance de Martin Luther, sur la corruption assimilée au péché et au néant, va entraîner un changement de perspective sur cette idée de finitude et en faire un élément déterminant de toute l'analyse existentielle de l'homme. Avec Heidegger la « Finitude » va devenir le pendant religieux du concept existentiel de la « déchéance », , et occuper une place exorbitante..

Dans une première période, avec les caractéristiques de l'entente, de l'angoisse, de la déchéance, de l'« être-vers-la-mort », développés dans Être et Temps , il semble que, selon Franz-Emmanuel Schürch Heidegger, imprégné des idées de Luther, conserve les traits traditionnels de la finitude comme révélation d'impuissance et de limitation en application du principe . Dans un deuxième temps l'imperfection et l'impuissance ne seront plus de mise alors que du fait même de cette finitude .

Le concept hérité de Finitude Christian Sommer., note quÊtre et Temps, l'œuvre majeure de Martin Heidegger, est imprégnée de motifs néotestamentaires ; ainsi dans toute l'analytique du , le thème de la « Finitude », d'origine paulinienne, tourne autour du même constat de la « Nihilité » du vivant humain qui s'expose à travers des thèmes fondamentaux, comme ceux d'« Être-en-faute », d'« Être-vers-la-mort » ou d'« Être-jeté » dans lequel l'homme contraint, premier trait de la finitude, ne peut se libérer de ce qu'il a été. , nous dit Heidegger., l'homme ou l'.. On constate que la notion de « Finitude » reprend plus ou moins, jusqu'à y compris Être et Temps, l'idée traditionnelle d'impuissance ou d'imperfection déclinée selon les thèmes suivants : vignette|alt=Statue en bronze d'un homme dont on ne voit que la tête et le buste sans bras, bouche ouverte|Le Cri, d'Auguste Rodin (musée Rodin). L'entente ou la compréhension L'« entente » ou compréhension, appartenant en propre au , lui ouvre son être-au-monde (en quoi il est « être-au-monde »), selon la définition même du concept d'« entente » ., c'est-à-dire à la fois le monde et le possible. Elle lui dévoile, de même, à tout moment, dans un esprit augustinien, , son insécurité fondamentale et le danger qu'encourt, sous la pression du « On » et du conformisme « son pouvoir être soi-même ». Hans-Georg Gadamer. note que si le jeune Heidegger est sensible à cet « éclairement », à ce qu'il appelle à plusieurs reprises sa , sa médiocrité, il prendra ultérieurement conscience . Cette prise de conscience sera à l'origine d'une radicalisation de la position du penseur.

Il y a donc la mise en évidence de ce rapport de l'homme à l'être, en vertu de quoi l'homme a une entente de l'être mais aussi en retour selon Dominique Saatdjian., qui souligne la relation inverse, un rapport de l'être à l'homme en tant que . D'où cette idée étonnante d'une double finitude et notamment de la finitude de l'être qui fera scandale dans la théologie chrétienne. Emilo Brito souligne. en quoi il est lui-même fini.

L'angoisse L'« angoisse » . révèle l'insignifiance du monde et la futilité de tous les projets de la préoccupation quotidienne. Par contrecoup, cette impossibilité amène au jour, la possibilité d'un pouvoir-être propre, , dégagé des préoccupations mondaines. Emmanuel Levinas. note qu’. Guillaume Fagniez souligne que

La déchéance ou dévalement Le « dévalement », , correspond à la vie « facticielle » qui se dissout et s'aliène dans la multiplicité et l'affairement, mouvement auquel tente de s'opposer un contre mouvement de retenue et de retour à l'unité. Le responsable de lui-même souffre d'un « verrouillage » du chemin d’accès à soi-même que lui impose l'opinion moyenne en l'enfermant dans des « évidences » qui se présentent comme un abri construit de fausses théories et d'illusoires sécurités..

La mort Le « On », l'opinion commune, cherche à surmonter la mort en faisant miroiter le réconfort d'un « au-delà » ou bien en disant que la mort n'est pas encore là.. C'est l'angoisse qui nous délivre de cette pression, qui nous fait passer d'emblée d'un mode d'être déchu à l'autre, au mode authentique. Une telle angoisse nous projette face au néant devant lequel le plus intime de nous-même (l'essence de notre être) se trouve définitivement annihilée. Le promis au Néant, existe de façon finie. À travers la « conscience authentique de la mort, la « voix de la conscience » va être l'instrument qui va se charger de ramener l'existant perdu dans le « On » à son être même en l'invitant à s'assumer dans sa finitude radicale d'être sans fondement et sans lieu, c'est-à-dire dans sa vérité.. Avec « le mourir », le authentique comprend qu'à chaque instant, la vie a un sens et que la seule certitude qui lui reste c'est que ce sens ne sera jamais parachevé. Le sens de l'existence n'est alors plus à penser comme un accomplissementJL Nancy, dans ..

La finitude du s'affirme, sans le dire expressément, de bien d'autres manières comme chez Eugen Fink qui note dans sa Sixième Méditation cartésienne. et Maurice Corvezainsi citées en vrac : le fait que tout pro-jet se trouve jeté, c'est-à-dire déterminé par le déjà existant, la négativité lui étant constitutive ; le constat que la temporalité mise en œuvre est circulaire et finie ; la position d'écoute du vis-à-vis des injonctions de l'Être ; le fait que pour « s'entendre », le ait besoin du monde ; c'est l'histoire de la « vérité » de l'Être qui commande sa propre compréhension ; le constat que toute possibilité existentielle de l'être-jeté implique le retrait d'autres possibilités ; enfin et en toute rigueur la « Die Unheimlichkeit », le à jamais « ne pas être chez Soi » examiné plus haut est un des traits les plus caractéristiques de la finitude humaine-..

Finitude et humanisme thumb|upright=1|Quatre philosophes humanistes pensionnés par les Médicis : Marsile Ficin, Cristoforo Landino, Ange Politien et Démétrios Chalcondyle (fresque de Domenico Ghirlandaio). À travers le rapprochement de ces deux notions, il s'agit de savoir si la « finitude » constitue un simple point de départ à l'existence humaine promis à un dépassement ou si elle constitue une dimension essentielle et par là indépassable de l'humanité de l'homme ? La Finitude dans l'humanisme traditionnel Le projet humaniste dans son sens le plus originaire vise à accomplir la perfection humaine. Il s'agit, selon une définition de Heidegger, de faire , propos tenus dans Être et Temps et rapporté par Thierry Gontier.. Heidegger reproche à l'humanisme de rester « métaphysique » en ce qu'il situe l'homme à l'intérieur de l'étant comme un étant parmi d'autres.

L'humanisme historique se fonde sur une définition de l'homme comme zoôn logon ékhôn, transposée en « animal raisonnable » ; définition qui selon Heidegger ne permet en aucune façon d'éclairer l'essence de l'homme. C'est pourtant cette vision de l'homme en tant qu'«animal raisonnable » qui domine, depuis la métaphysique grecque en passant par les humanistes de la Renaissance jusqu'à Montaigne et DescartesOn pourrait noter cependant, les réserves de Montaigne qui se plaint de cette définition qui propose pour expliquer une notion obscure telle que « homme », de lui substituer deux notions tout aussi obscures « animal et raisonnable » voir note (3) .

Finitude et dépossession de soi La cohérence L'accomplissement de la perfection demande que l'homme soit relevé de sa dispersion dans la multiplicité ce que l'on recherche traditionnellement par la mise en évidence après coup de l'enchaînement des vécus par l' . La perte dans le On Chez Heidegger, l'extraction de l'homme, de l'emprise du « On » ( de l'opinion générale, du ce qu'il faut penser) et retrouver ce qui lui appartient en propre, va demander, pour briser cette emprise, l'appel à quelque chose qui pourra jouer le rôle que joue le divin par exemple chez Luther (voir Heidegger et Luther), quelque chose d'extrême, de quasiment eschatologique pour l'être humain, sur lequel l'homme n'a aucune prise, et qui ne peut être pour lui que ., autrement dit l'expression la plus absolue de la finitude dans l'existence humaine.

L'arraisonnement technique