René Arrieu est un comédien français, sociétaire de la Comédie-Française, né le à Paris où il est mort le Fiche sur Les Gens du cinéma.
Contemporain de Gérard Philipe et de Jean Vilar, il participa aux nombreux festivals qui, au lendemain de la Libération, jalonnaient, au début de l'été, la vallée du Rhône.
Alternant planches et télévision, il eut une carrière foisonnante, autant pendant sa période « indépendante » qu'à partir de 1957 à la Comédie-Française dont il devint le sociétaire en 1970Notice d'autorité sur le site de la Comédie-Française .
S'il tourna peu au cinéma, il fut très actif en revanche dans le domaine du doublage dès 1946, prêtant sa voix à de très nombreux acteurs étrangers tels Henry Fonda, Jeff Chandler, Lee Marvin, Burt Lancaster, Jason Robards ou Charlton Heston, mais également à des personnages d'animation comme Bagheera dans Le Livre de la jungle.
Biographie Jeunesse et études
Il est le fils de Raoul-Gabriel Arrieu (1893-1970), comptable, et Jeanne-Étiennette Talibon. thumb|right|180px|Certificat d'inscription dans la classe d'André Brunot, le 21 janvier 1944. En , il entre au Centre de jeunesse du spectacle à Paris dont le directeur est Raymond Rognoni assisté de Pierre Sabbagh. L'audition des lauréats du concours de fin d'année 1941-1942 a lieu le , avec, entre autres, Paul-Émile Deiber, Gina Celdac, Pierre Gallon, Françoise Vitrant, Noëlle Fougères, Cécile Paroldi et Jean-Jacques Dreux. En 1943, il s'inscrit au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, dans la classe d'André Brunot. L'année suivante, il fréquente le Centre d'art dramatique de la rue Blanche où le metteur en scène Julien Bertheau lui fait faire ses premières apparitions sur scène, comme figurant d'abord à la Comédie-Française dans La Reine morte d’Henry de Montherlant, puis dans des rôles plus consistants.
L'Occupation le voit entrer dans une période de turbulences. Il fréquente en effet à cette époque la comédienne Florence Luchaire, une des filles de Jean Luchaire, directeur du journal collaborationniste Les Nouveaux Temps. Lorsque, le , ce dernier quitte précipitamment Paris à la veille de sa libération, abandonnant femme et enfantsClaude Lévy, Les Nouveaux Temps et l'Idéologie de la collaboration, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1974, 224., René décide d'aider ceux-ci à quitter à leur tour la capitale, direction le Brenner Park Hôtel à Baden-Baden (où il croise Jean Hérold-Paquis qui le qualifie de « sorte d'éphèbe égyptien, que d'aucuns disaient danseur »Jean Hérold-Paquis, Des illusions… désillusions!, Bourgoin, 1948, 49.), puis Sigmaringen où ils retrouvent Jean Luchaire qui exerce les fonctions de commissaire à l'information dans la Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux animée par Fernand de Brinon, et dirige le quotidien La France, journal officiel destiné aux exilés collaborationnistesPhilippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration française, Jean Picollec, 1997, 518.. Pendant leur séjour outre-Rhin, Florence Luchaire tombe enceinte, ce qui cause un scandale dans la colonie française en Allemagne, ainsi que le relate Louis-Ferdinand Céline dans son ouvrage D'un château l'autreLouis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre, rééd. Folio, Gallimard, 1994, 369..
Lors de la chute du gouvernement en exil, en , il fuit vers la frontière suisse avec les Luchaire et Marcel Déat dans la voiture de Fernand de Brinon, « empruntée » pour l'occasion. La Suisse étant fermée aux collaborateurs le groupe trouve refuge à Merano, en Italie du nord, début . Marcel Déat et sa femme fuiront pour se cacher dans un couvent, quant aux Luchaire, ils furent livrés aux Français par les Américains. Interné au camp d'Écrouves (Meurthe-et-Moselle), où il épouse Florence, René Arrieu est acquitté par la commission d’épuration du théâtre qui reconnaît le caractère extra-politique de son « escapade ».
Quant à Jean Luchaire, il comparaîtra devant la Haute Cour de justice pour intelligence avec l'ennemi (article 75 du Code pénalArticle 75 sur afmd.asso.fr.) en , et sera fusillé le au fort de Châtillon.
L'après-guerre En 1946, René Arrieu remonte sur scène, toujours grâce à Julien Berthau, dans les différents festivals d'été organisés dans le sud de la France. Il se voit ainsi confier le rôle-titre de Britannicus et celui de Curiace dans Horace représentés au théâtre antique de Fourvière, suivis en 1947 de Pyrrhus dans Andromaque et en 1948 du rôle-titre dans Polyeucte.
Il acquiert très vite une réputation de tragédien et se produit en tournée avec différentes troupes, en France (Chorégies d'Orange, théâtre des Célestins) comme à l'étranger (Belgique, Suisse, Tunisie, Maroc, etc.) dans un répertoire classique (Jean Racine, Pierre Corneille, Shakespeare) et moderne (Jean Giraudoux, Jean Anouilh, Jean Cocteau). Il épouse le à Paris la comédienne Ketty Albertini.
En 1954, il alterne au cours d'une tournée de deux mois le rôle de Mesa dans Partage de midi de Paul Claudel et La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils sous la direction de Jean-Louis Barrault, suivie en 1955-1956 d'une tournée de quatre mois avec Bérénice.
Il est engagé en comme pensionnaire de la Comédie-Française où il fait ses débuts dans le rôle-titre de Bajazet. S'ensuivent durant près de 25 ans de très nombreux rôles tels que Éghiste dans Électre de Jean Giraudoux, Don Salluste dans Ruy Blas de Victor Hugo, Astrov dans Oncle Vania, d'Anton Tchekhov ou Théramène dans Phèdre. Il épouse en 1967 la comédienne Alberte Aveline, entrée comme pensionnaire l'année précédente. Il est nommé sociétaire en 1970.
Parallèlement à sa carrière sur les planches, il participe à de nombreuses émissions télévisées (dramatiques, séries, téléfilms) et à de très nombreux doublages, prêtant sa voix notamment à Henry Fonda, Charlton Heston, Lee Marvin, James Stewart ou encore Burt Lancaster.
Il meurt d'une embolie cérébrale le à l'âge de 58 ansD'une crise cardiaque selon Les Gens du cinéma.. À l'instar de Jean Yonnel, il fut l'un des rares tragédiens en titre du Théâtre-Français.
Vie privée René Arrieu a été marié successivement à : Florence Luchaire, petit rat de l'Opéra puis comédienne, avec qui il eut un fils, Dominique (né en 1945), chef opérateur de cinéma et de télévision ; Ketty Albertini (de 1949 à 1960)Acte de mariage n°296 délivré à Paris par la mairie du premier arrondissement le 26 juillet 1949., comédienne puis journaliste à Radio-France, avec qui il eut Jean-Baptiste (né en 1950), pilote d'avion, et Frédéric (1954-2015), opérateur projectionniste de cinéma ; Alberte Aveline (de 1967 à 1978), sociétaire de la Comédie-Française, avec qui il eut Cécile (1968-2010), comédienne.
Théâtre 1942-1957 thumb|right|300px|Charlan, Jean-Marc Thibault, René Arrieu et Lucien Nat dans Cristobal au théâtre Montparnasse, mai 1943. 1942 () : L'Anneau de Sakountala, légende hindoue de Kalidasa adaptée pour la scène par Maurice Pottecher, décors, costumes et mise en scène de Pierre Richard-Willm - théâtre du Gymnase 1942 (juin) : Polyeucte, « tragédie chrétienne » de Pierre Corneille ; spectacle présenté par les élèves du Centre de Jeunesse du Spectacle à la salle paroissiale Saint-Jean de Montmartre 1942 () : La Reine morte d’Henry de Montherlant, mise en scène de Pierre Dux, création à la Comédie-Française : figuration 1943 (février) : Horace de Pierre Corneille, mise en scène de Julien Bertheau, Théâtre national populaire : Curiace 1943 (avril) : La Mégère apprivoisée de William Shakespeare, mise en scène de Jean Serge - spectacle monté par La Comédie de Provence / troupe des Galas dramatiques Jean Serge (première à Albertville puis tournée dans le sud-est de la France) : Cambio 1943 (avril) : Hamlet de William Shakespeare, mise en scène de Jean Serge - Spectacle monté par La Comédie de Provence (première à Chambéry puis tournée dans le sud-est de la France) : Laerte 1943 () : Cristobal de Charles Exbrayat, mise en scène Jean Darcante, Compagnie d'art dramatique Jean Darcante, création au théâtre Montparnasse-Gaston Baty : le héraut / un marin 1943 () : La Légende du chevalier d'André de Peretti della Rocca, mise en scène de Julien Bertheau, Comédie-Française : Guillaume 1943 (octobre) : Saint François d'Assise de Julien Luchaire, Théâtre national populaire : le charpentier 1944 (avril) : Néron de Jean Bacheville, mise en scène d'Alfred Pasquali, théâtre Hébertot : figuration (un garde) 1946 : La Fugue de Caroline d'Alfred Adam, mise en scène de Pierre Dux, théâtre Gramont : le charron 1946 () : Mala de Jean Laugier, mise en scène de l'auteur Musique d'André Amellér, décors de Maurice Gaillard, avec Maurice Ronet, Michèle Audrey, Jean Laugier., théâtre Charles-de-Rochefort : Le Père 1946 (6 et ) : Britannicus de Jean Racine, mise en scène de Julien Bertheau, Théâtre antique de Fourvière, troupe de la Comédie-Française : Britannicus 1946 () : Ana drôle des années tristes de Lucien FresnacDe son vrai nom Lucien-Jean Soubrat., troupe des Galas français (FLAM), une seule représentation au théâtre Molière de Poissy : Claude 1946 (octobre) : Horace de Pierre Corneille, Théâtre national populaire : Curiace 1946 (décembre) : Huon de Bordeaux d'Alexandre Arnoux, mise en scène d'Alexandre Tansman et Georges Douking, théâtre Pigalle : Huon 1947 : Amphitryon de Molière, mise en scène de Jean-Louis Barrault, théâtre Marigny : Argatiphontidas 1947 (28 et ) : Horace de Pierre Corneille, mise en scène de Julien Bertheau, festival des Nuits de Fourvière, théâtre antique de Fourvière : Curiace 1947 (juillet) : Andromaque de Jean Racine, mise en scène de Julien Bertheau, théâtre antique de Vienne : Pyrrhus 1947 () : Le Procès de Franz Kafka, adaptation d'André Gide, mise en scène d'André Gide et Jean-Louis Barrault, Compagnie Renaud-Barrault, théâtre Marigny : l'inspecteur Wilhem 1948 (?) : Les Chevaliers de la Table ronde de Jean Cocteau, mise en scène de Jacques Dacqmine, troupe des Spectacles de France 1948 () : Polyeucte de Pierre Corneille, Festival de Lyon Charbonnière, théâtre antique de Fourvière : Polyeucte 1948 (septembre) : Yerma de Federico Garcia Lorca, traduit de l'espagnol par Jean Camp et Jacques Lassaigne, mise en scène de Maurice Jacquemont, studio des Champs-Élysées : Victor / le mâle 1949 (janvier) : 107 minutes de Steve Passeur, théâtre Montparnasse 1949 (janvier) : Si je vis... de Robert E. Sherwood, adaptation de Maurice Clavel, mise en scène de Raymond Hermantier, théâtre Saint-Georges 1949 (février) : Le Pain dur de Paul Claudel, mise en scène d'André Barsacq, théâtre de l'Atelier puis théâtre des CélestinsDu 2 au 5 décembre puis tournée France et Belgique. : Louis 1949 () : La Lune dans le fleuve jaune de Denis Johnston, adaptation de C. Robson et R. J. Chauffard, mise en scène de Roger Blin, théâtre de la Gaîté-Montparnasse : Cdt Lanian 1949 (juillet) : Les Sept contre Thèbes d'Eschyle, traduction en vers de M. Pelissane, mise en scène de Jean Hervé, Chorégies d'Orange : le messager 1950 : Le Damné pour manque de confiance de Tirso de Molina, adaptation de Georges Pillement, compagnie Norbert Pierlot - Spectacle présenté pour le concours des jeunes CompagniesConcours créé en 1946 par Jacques Jaujard et Jeanne Laurent organisé par la Direction générale des arts et des lettres, il récompensera les jeunes compagnies professionnelles ou amateurs jusqu'en 1968. 1950 (avril) : L'Enterrement d'Henry Monnier, mise en scène d'André Barsacq, théâtre de l'Atelier : Moin 1950 (avril) : Le Bal des voleurs de Jean Anouilh (création), mise en scène d'André Barsacq, théâtre de l'Atelier : le Premier Agent 1950 (juillet) : Salomé d'Oscar Wilde, Chorégies d'Orange 1950 (juillet) : Bérénice de Jean Racine, Chorégies d'Orange 1950 (4-) : Andromaque de Jean Racine, festival de Lyon-Charbonnières, mise en scène de Julien Bertheau, production du théâtre des Célestins : Pyrrhus