Le col du Chat est un col situé en France, sur la commune de La Chapelle-du-Mont-du-Chat, dans le département français de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes. Il franchit le mont du Chat dans le massif du Jura, en surplomb du lac du Bourget face à la ville d'Aix-les-Bains.
Même s'il n'a jamais été traversé par un axe transalpin principal, le col est depuis l'Antiquité franchi par une route dont l'usage a souvent dépassé un strict cadre local, du moins jusqu'au percement du tunnel du Chat : ainsi Montaigne l'a-t-il emprunté au retour d'Italie. Son usage est désormais surtout touristique, en tant qu'ascension pour les cyclistes, ou point de départ de randonnées pédestres au mont du Chat.
La faune et la flore particulières de la région font que le col est situé dans le périmètre et à proximité de zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique et de réserves . Il est ouvert toute l'année sans interruption hivernaleLe col du Chat sur le site de Savoie-Mont Blanc..
Toponymie Le col du Chat est aussi évoqué sous le nom de col du Mont-du-ChatParmi bien d'autres exemples, , . Généralement, dans les textes récents, cette expression désigne plutôt le sommet de la route beaucoup plus élevée qui passe près du sommet de la chaîne. ou de col de CheveluParmi d'autres exemples, , ..
La première occurrence connue du nom de mont du Chat apparaît en 1209 ; les textes plus anciens le désignent comme ou . On le rencontre d'abord sous les formes latines , ou , puis du Chat à la fin du .
Dans son étude toponymique de la zone linguistique francoprovençale, , après avoir énuméré une collection (non exhaustive) d'hypothèses sur la toponymie de la montagne, la dent et le col du Chat, conclut provisoirement que . Il y revient plus loin dans l'ouvrage, en y consacrant cinq pages, ..
Le mot « chat » pris à la lettre Une première thèse rattache le nom du massif et du col à la légende du chapalu, pour Wipf. Soutenue dans les travaux des médiévistes et folkloristesPar exemple dans , , cité et repris dans , , ou , qui emploie un prudent conditionnel et renvoie à Émile Freymond, ., cette interprétation n'obtient guère le soutien des linguistes. Alphonse Gros suppose que la légende . Wipf, sans croire davantage à cette explication, ne peut le suivre : dans la mesure où la rencontre avec le chapalu figure dans le cycle arthurien où elle est supposée se dérouler près du « lac de Lausanne », elle n'est pas une construction ad hoc élaborée autour du lac du Bourget.
Dauzat et Rostaing expliquent pour leur part le nom de la dent du Chat par sa forme, qui selon eux évoquerait celle d'une canine de chat, , référence fournie par Wipf, .. Wipf n'est pas non plus convaincu, sa propre impression visuelle de la montagne lui évoquant difficilement un trait félin.
Un mot franco-provençal Pour sa part, Henri Jaccard considère le mot francoprovençal , qui désigne la scie. Il observe l'existence d'une source de 1582 où le col du Chat est dénommé « la Sciaz » et rapproche ceci de noms de lieux des Alpes vaudoises, où la toponymie s'explique par la présence d'une arête évoquant les dents d'une scie, tel que lu par Wipf, , voir les articles « Chaz » et « Sciaz » . La source de 1582 à laquelle se réfère Jaccard (à l'article « Chaz ») est présentée sous la forme : Mem. Savoie IV, 252..
Des noms propres de personnes La déformation de noms propres de personnes a été suggérée. Sans s'attarder sur cette possibilité, Gros rappelle qu'on trouve dans des chartes du Sud-Est des noms à consonance voisine : Dominus Rodulfus Cati ou même Johannes dictus Chat. En se référant à sans plus de précision, André Palluel-Guillard renvoie aux Catulli, nom de famille qui apparaît sur deux inscriptions conservées dans la crypte du Bourget.
La version soutenue par Gros est une variante de celle qui précède : la montagne tirerait son nom du hameau de Chevelu (anciennement Chavelu), hameau dont il explique à son tour la toponymie par le surnom d'un habitant à la chevelure remarquable.
Une racine celtique Deux hypothèses renvoient à des divinités gauloises : en se référant à « Joanne », Palluel-Guillard évoque une déformation de Thuat, lui-même graphie du nom du dieu TeutatèsCette hypothèse est attribuée à Albanis Beaumont dans , qui la cite comme exemple de la médiocrité des trouvailles étymologiques de ce géographe.. Une deuxième est sans doute plus sérieuse : Wipf mentionne la possibilité d'une racine commune entre « Chat » et « Chambéry », qui pourraient dériver tous deux du nom du roi légendaire Caturix.
L'hypothèse qui a la faveur de Wipf est la dérivation depuis une racine celtique car ou cal, désignant la montagne en langues préceltiques. Pour lui, on retrouverait cette racine dans de nombreux noms savoyards, en particulier celui de Chamonix ; ce dernier rapprochement a du sens, car Wipf croit aussi distinguer une racine celte commune moniz, désignant également la montagne, dans l'ancien nom du mont du Chat () et le nom « Chamonix ». Pour sa part, Gros explique par une étymologie latine : une ou désignant une route ou un chemin ayant nécessité des aménagements.
Enfin, renvoyant à « Mailland », Palluel-Guillard suggère l'hypothèse d'une dérivation d'une racine celtique chai, désignant un combat ou une embuscade.
Géographie Situation thumb|Vue du lac du Bourget et de la ville d'Aix-les-Bains depuis la route du col.
Le col du Chat se trouve à d'altitude. Il sépare le mont du Chat, qui s'élève à d'altitude et se situe au sud-sud-ouest, avec en particulier le roc de Cornillon qui surplombe immédiatement le col de environ, du mont de la Charvaz, qui s'élève à d'altitude et se situe au nord. Le col domine de plus de le lac du Bourget situé à un kilomètre à l'est, sur le versant de la Savoie Propre. Il domine de plus de la vallée du Rhône à l'ouest, sur le versant de l'Avant-Pays savoyard. Il est situé à au nord-ouest de Bourdeau qu'il surplombe de plus de et à au sud-sud-ouest de La Chapelle-du-Mont-du-Chat, village placé sur un rebord de l'anticlinal qui domine le lac du Bourget de plus de . Il est situé à au-dessus du village de Saint-Jean-de-Chevelu, placé à en contrebas du col, à l'ouest-nord-ouest. Le tunnel du Chat passe sous la montagne à du col, vers le sud-sud-ouest.
Géologie thumb|left|Vue du mont du Chat avec le col visible et facilement repérable à l'emplacement du « V », point le plus bas.
Le col est creusé dans les calcaires kimméridgiens du mont du Chat. Son soubassement est traversé par une faille de sens nord-ouest/sud-est nommé faille du col du Chat, transversale à l'anticlinal. Cette faille est visible de Saint-Jean-de-Chevelu au lac du Bourget. Elle décale les couches crétacées d'environ vers le nord-est et laisse penser à la présence d'un décrochement. Cependant, les données cartographiques montrent une absence de décalage des couches jurassiques situées au niveau de la faille et un décalage très peu perceptible au niveau de la faille du mont du Chat, traversée par la faille du col du Chat au niveau de la base occidentale de l'anticlinal, à au nord-ouest du col du ChatCarte géologique de la France au consultée sur InfoTerre.. La faible épaisseur des calcaires urgoniens situés sous les premières couches de transgression marine datant du Miocène, au niveau de Bourdeau, qui contraste avec une épaisseur plus importante au nord de la faille, située sur la base orientale de l'anticlinal au bord du lac du Bourget, semble indiquer que cette faille fut formée lors du soulèvement du Jura à cette même période et provoqua une différence de soulèvement entre le mont de la Charvaz et le mont du Chat. Le col fut alors formé par érosion, avant la transgression marine du Miocène..
L'érosion du col fut accentuée lors des épisodes glaciaires et sa faible altitude, comparée à celle des sommets voisins, a permis, tout comme le col de l'Épine, le passage du glacier de l'Isère, lors de la dernière glaciation et la formation du lobe glaciaire lyonnais..
Climat Le col du Chat est soumis à un climat montagnard légèrement atténué en raison de la présence voisine du lac du Bourget qui tempère le bassin d'Aix. Deux stations météorologiques sont situées à proximité : la station d'Aix-les-Bains, située à à l'est, et la station du mont du Chat, située à au sudLocalisation des stations météorologiques sur Géoportail...
Faune et flore Le col du Chat est situé en zone forestière fermée. Le versant sud de la percée du col est peuplé de hêtres, tandis que le versant nord est peuplé de divers feuillus associés avec des conifères dans la partie occidentaleCarte forestière consultée sur Géoportail..
On dénombre, dans les cavités du versant occidental du col, plusieurs espèces différentes de chauves-souris, comme la Barbastelle, l'Oreillard gris.. ou encore le Grand rhinolophe, qui est la plus grande espèce de rhinolophe d'Europe.. Parmi les oiseaux dont la présence est relevée dans les parages du col figurent l'Engoulevent d'Europe, le Circaète Jean-le-Blanc, le Faucon pèlerin, l'Alouette lulu, le Guêpier d'Europe ou encore le Petit-duc scops. Les insectes sont représentés par le Capricorne du chêne, l'Agrion de Mercure et l'Azuré des paluds.
Histoire et patrimoine Période gallo-romaine Le col du Chat est probablement déjà une voie de passage à l'époque gauloise, voire plus tôtPierre Dagenais, art. cit., .. Plusieurs érudits, tels Albanis Beaumont, Jean André Deluc et John Antony Cramer autour de 1800, puis l'historien Theodor MommsenTheodor Mommsen, Histoire romaine, Depuis la réunion de l’Italie jusqu’à la soumission de Carthage et de la Grèce, chap. IV, lire en ligne. ont émis l'hypothèse de l'utilisation du col pour le passage des Alpes par Hannibal en route vers l'Italie ; cette thèse périmée est à présent disqualifiée.
Un réseau de voies romaines dessert progressivement la Gaule conquise. Le tracé de la voie prétorienne, qui relie alors Vienne à Milan par le col du Petit-Saint-Bernard et traverse le chaînon Épine-Chat au-dessus d'un mystérieux Labisco à peu près à mi-chemin d'Augustum (actuellement Aoste, au confluent du Rhône et du Guiers) et de Lemencum (actuellement Lémenc, quartier de Chambéry), n'est pas connu avec précision. Il est cependant acquis qu'elle ne traversait pas le chaînon au col du Chat mais en un point situé plus au sud. Les deux hypothèses les plus crédibles situent Labisco à Lépin-le-Lac, auquel cas la voie de Vienne à Milan franchirait le chaînon au col Saint-Michel ou aux Échelles, avec passage par le col de Couz. L'hypothèse situant Labisco à Chevelu, ce qui conduirait à faire passer la voie prétorienne au col du Chat, a été énoncée au début du (par John Antony Cramer en collaboration avec Henry Lewis Wickham dans ses travaux sur l'itinéraire d'Hannibal, cf. William John Law, , ), mais n'est plus prise au sérieux depuis plus d'un siècle.. Si le col du Chat n'était pas sur l'axe de traversée transalpine, il était tout de même franchi par une voie vicinale, c'est-à-dire une voie à vocation plus locale de trafic commercial, d'une largeur de quatre mètres environ contre six pour les voies prétoriennes, notamment ..
Des vestiges romains sont visibles au col jusqu'au milieu du ; il n'en reste plus que quelques inscriptions lapidaires qui ont pu être sauvegardées. Ces vestiges sont attestés par plusieurs relations de voyage. Ainsi Alphonse d'Elbène, abbé de Hautecombe, écrit à la fin du :