L'élection présidentielle russe de 1996 se tient les et afin d'élire le président de la fédération de Russie pour un mandat de quatre ans. Ce scrutin a lieu sous la présidence de Boris Eltsine, au pouvoir depuis 1991.
Le premier tour voit arriver en tête le président sortant, talonné par le communiste Guennadi Ziouganov. Fait notable, Mikhaïl Gorbatchev, ancien dirigeant de l'URSS, est éliminé avec 0,5 % des voix. Le troisième homme du scrutin, le général centriste Alexandre Lebed, appelle à voter pour Eltsine en vue du second tour. Ce dernier est finalement réélu avec 53,8 % des suffrages exprimés, contre 40,3 % pour son opposant communiste.
Cette élection présidentielle est la première démocratique dans l'histoire de la Russie post-soviétique (la seconde si on prend en compte celle de la république russe au sein de l'URSS en 1991), même si elle fut probablement entachée de fraudes massives au point que son issue véritable est controversée. Sont régulièrement relayées les interventions des États-Unis et des spin doctors en faveur de Boris Eltsine, donné largement battu par les sondages de début de campagne.
Contexte
Dislocation de l'URSS et Constitution de 1993 Lors de l'élection présidentielle de juin 1991, Boris Eltsine est élu pour un mandat de cinq ans à la présidence de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, recueillant 58,6 % des voix dès le premier tour.
Quelques mois plus tard, à la suite de la dislocation de l'URSS (dont Mikhaïl Gorbatchev était le président), la Russie soviétique devient une nation souveraine, ce qui signifie que l'élection présidentielle prévue en 1996 doit être le premier scrutin présidentiel à se tenir dans une Russie pleinement souveraine.
En , une Constitution est adoptée par référendum : elle ramène notamment la durée des futurs mandats présidentiels à quatre ans.
Impopularité du président Eltsine thumb|upright|left|Le président Boris Eltsine, au pouvoir depuis 1991.
Dans le cadre d'une économie de transition, le bilan de Boris Eltsine est jugé négativement par une grande partie de la population.
En , lorsqu'il annonce sa candidature à sa propre succession, ses chances de succès sont maigres : sa popularité est à un plus bas historique et les sondages le donnent souvent à la cinquième place de l'élection présidentielle à venir. Son mouvement politique, Notre maison la Russie (NDR), a obtenu à peine 10 % des voix aux élections législatives de décembre 1995, alors que le Parti communiste de la fédération de Russie (KPRF) est devenu la première formation politique du pays avec plus de 20 % des suffrages.
Tirant profit de la vague contestataire due aux difficultés économiques de l'après communisme, le candidat du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, fait la course en tête durant plusieurs mois. Présent au Forum économique mondial de Davos en , il est traité avec égard par de nombreux dirigeants et médias internationaux, qui pensent qu'il sera le prochain président de la fédération de Russie David M. Kotz, Russia's Path From Gorbachev To Putin, pp. 260–264..
Modalités
Mode de scrutin thumb|upright|Livre constitutionnel russe.
En vertu de la Constitution de 1993, le président de la fédération de Russie est élu pour quatre ans, « au suffrage universel, égal et direct, à bulletins secrets ».. La loi fédérale précise qu'il est désigné au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, qu'il existe un vote « aucun d'entre eux » et que les bulletins blancs ou nuls sont comptabilisés dans les suffrages exprimés.
Conditions de candidature Les dispositions constitutionnelles prévoient que les candidats doivent être des citoyens russes âgés d'au moins 35 ans et résidant de façon permanente en Russie depuis au moins dix ans. Par ailleurs, une même personne ne peut exercer la fonction de président de la fédération de Russie plus de deux mandats consécutifs.
Dates de déroulement de l'élection Le scrutin doit intervenir cinq ans après l'élection présidentielle de 1991, le chef de l'État ayant alors été élu pour cette durée.
Lors du référendum d'avril 1993, la tenue d'une élection présidentielle anticipée est rejetée : si la proposition est approuvée par 51,2 % des suffrages exprimés, le quorum de 50 % des inscrits n'est pas atteint Dieter Nohlen, Philip Stöver, Elections in Europe: A data handbook, 2010, p.1642 ..
Alors que Boris Eltsine fait face à une forte impopularité, la possibilité d'un report ou d'une annulation de l'élection présidentielle de 1996 est évoquée. Mais le président sortant décide de maintenir le scrutin à la date prévue..
Liste des candidats
Retenus Onze candidats sont retenus pour participer au premier tour de l'élection, dont un (Aman Touleïev) se retire quelques jours avant le scrutin.
Candidat (nom et âge) Parti politique Principale fonctionpolitique lors de la campagneVladimir Bryntsalov() alt=|80px Parti socialiste russe Député à la Douma(depuis 1995)Martin Chakkoum() alt=|80px Parti populaire socialiste de Russie Boris Eltsine() alt=|80px Indépendant Président de la fédération de RussiePrésident de la République socialiste fédérative soviétique de Russie jusqu'en 1992.(depuis 1991)Sviatoslav Fiodorov() alt=|80px Parti de l'autonomie des travailleurs Mikhaïl Gorbatchev() alt=|80px Indépendant Aucune(ancien secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique)Grigori Iavlinski() alt=|80px Iabloko Vladimir Jirinovski() alt=|80px Parti libéral-démocrate de Russie Alexandre Lebed() alt=|80px Congrès des communautés russes Iouri Vlassov() alt=|80px Indépendant Guennadi Ziouganov() alt=|80px Parti communiste de la fédération de Russie Candidat s'étant retiré avant le premier tour :Aman Touleïev() alt=|80px Indépendant
Disqualifiés
Campagne
Boris Eltsine
thumb|Boris Eltsine en campagne dans la région de Moscou, le .
Plusieurs éléments nuisent à la campagne de Boris Eltsine. L'économie russe continue de se contracter et de nombreux travailleurs restent impayés depuis plusieurs mois. En , des autonomistes tchétchènes prennent en otage des milliers de personnes au Daghestan ; la réponse d'Eltsine face à la situation est considérée comme un échec. Par ailleurs, son état de santé et son mode de vie posent question.
Cependant, le président sortant bénéficie de l'appui des États-Unis et se voit conseillé par des spin doctors, qui reluisent de façon significative son image auprès de l'opinion publique.
Guennadi Ziouganov
Alexandre Lebed
Grigori Iavlinski
Vladimir Jirinovski
Sviatoslav Fedorov
Mikhaïl Gorbatchev
Martin Chakkoum
Yury Vlasov
Vladimir Bryntsalov
Aman Touleïev
Résultats
Au niveau national +Résultats de la présidentielle russe de 1996 CandidatsPartis tour tourVoix%Voix%Boris EltsineIndépendant 35,79 54,40 Guennadi ZiouganovParti communiste de la fédération de Russie 32,49 40,73 Alexandre LebedCongrès des communautés russes 14,73 Grigori IavlinskiIabloko 7,45 Vladimir JirinovskiParti libéral-démocrate de Russie 5,79 Sviatoslav Fedorov Parti de l'autonomie des travailleurs 0,94Mikhaïl GorbatchevIndépendant 0,52 Martin Chakkoum Parti populaire socialiste de Russie 0,37 Iouri Vlassov Le Pouvoir au peuple 0,20 Vladimir Bryntsalov Parti socialiste russe 0,17 Aman TouleïevRetire sa candidature avant les élections, mais reçoit 308 voix au cours de la période de vote anticipé, suffrages considérés comme validesIndépendant 308 0,00 Aucun d'entre eux 1,56 4,88Votes valides98,5898,95Votes blancs ou nuls1,421,05Total100100Abstention30,3331,22Inscrits/Participation69,6768,78
Analyse À l'issue du premier tour, Boris Eltsine arrive en tête, juste devant Ziouganov.
Le score du général Alexandre Lebed, militaire qui faisait ses débuts en politique en 1995 sous les couleurs du « Congrès des communautés russes » d'ex-URSS, qui finit avec 14,7 % des voix, . L'issue du scrutin dépend donc de ses consignes de vote pour le second tour. Deux jours après le premier tour, Eltsine a un entretien avec Lebed et lui promet le poste de secrétaire du Conseil de sécurité de la fédération de Russie. Il reçoit officiellement son soutien et c'est ainsi que le Eltsine est réélu avec 53 % des voix contre 40 % pour Ziouganov et 7 % de bulletins blancs ou nuls. Il est réinvesti le .
Cette élection voit également la participation du dernier dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, mais celui-ci obtient un score très faible : 0,5 % des voix au premier tour.
Controverses vignette|Portrait officiel de Boris Elstine
Interventions étrangères Le président américain Bill Clinton s'engage en faveur de Boris Eltsine lors de l'élection présidentielle. Il intervient auprès du Fonds monétaire international (FMI) afin de faire octroyer à la Russie un prêt de de dollars durant la période préélectorale. Des conseillers américains sont également envoyés, sur instruction de la Maison-Blanche, rejoindre l'équipe de campagne du président russe, alors extrêmement impopulaire, pour enseigner de nouvelles techniques de propagande électorale..
Plusieurs gouvernements européens manifestent également leur soutien à Boris Eltsine. Le Premier ministre français, Alain Juppé, se rend à Moscou le , jour de l’annonce de la candidature d’Eltsine. Il déclare souhaiter que la campagne électorale soit . Le chancelier allemand Helmut Kohl se rend le même jour à Moscou, où il présente Eltsine comme .
Outre le FMI, le gouvernement russe bénéficie de l'intervention du Club de Paris, qui accorde en avril à la Russie un délai de 25 ans pour rembourser 40 milliards de dollars de dette extérieure, et de la Banque mondiale qui octroie un prêt de 200 millions de dollars destiné à soutenir les services sociaux.
Soupçons de fraudes Le KPRF, premier parti d'opposition en Russie et victime principale des supposés trucages, aurait eu un grand intérêt à contester la légitimité d'Eltsine et de son héritage. Mais, faute de preuves, le scandale n'est abordé ni par Guennadi Ziouganov, ni par le ..
Le , le président de la fédération de Russie en exercice, Dmitri Medvedev, aurait déclaré lors d'une réunion avec des représentants de l'opposition non systémiqueTerme qui désigne les organisations qui ne sont pas officiellement reconnues comme des partis politiques. que .. Les médias nationaux relaient l'information dès le lendemain, mais les rumeurs de falsification sont démenties par le Kremlin..
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Tania Rakhmanova (dir.), « Juin 1996 : la très improbable réélection de Boris Eltsine », dans Au cœur du pouvoir russe, Paris, La Découverte, « Poche / Essais », 2014, p. 13-42 (lire en ligne).
1996 Russie Catégorie:1996 en Russie Catégorie:Politique en juin 1996 Catégorie:Politique en juillet 1996