Le type Le Triomphant est la classe des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), dits de nouvelle génération (SNLE-NG) de la marine française. Il tire son nom du sous-marin tête de série, Le Triomphant, opérationnel à partir de 1997. Il s'agit de la deuxième génération de SNLE français qui prend la suite des six unités du type classe Le Redoutable. Nettement plus gros que leurs prédécesseurs, ils sont longs de et leur déplacement en plongée est de . Ils sont aussi beaucoup plus silencieux, pratiquement indétectables, et peuvent plonger jusqu'à une immersion de . En 2020 ils embarquent, d'une part un armement nucléaire de dissuasion composé de seize missiles mer-sol balistiques stratégiques (MSBS) de type M51, dotés chacun de six têtes thermonucléaires ayant une puissance chacune de Ainsi chaque tête (ou ogive), qui est une bombe à hydrogène (bombe H), a une puissance environ équivalente à celle de la bombe A d'Hiroshima. Chaque missile, étant équipé de six têtes, aura donc un impact supérieur à celui de la bombe A de 1945. Et avec seize missiles à bord, le sous-marin transporte ainsi une puissance destructrice plus de supérieure à celle d'Hiroshima., missiles de portée supérieure à , et d'autre part un armement conventionnel d'autodéfense composé d'un panachage de torpilles F21 et de missiles Exocet SM39.

Sur les six prévus initialement (au cours de la décennie précédant la fin de la guerre froide), quatre exemplaires sont en définitive construits par le chantier naval de la DCN à Cherbourg. La construction du premier exemplaire débute en 1986 et la livraison à la Marine nationale des quatre sous-marins s'échelonne de 1997 à 2010. Au cours des années 2010, les trois premières unités sont mises au standard du quatrième, dans le cadre d'une refonte lourde dont l'objet est de pouvoir accueillir le nouveau missile M51 (en lieu et place du M45) de puissance et portée supérieures, et de remplacer les équipements électroniques et informatiques devenus obsolètes.

Les quatre sous-marins sont basés à l'île Longue, en rade de Brest, et font partie de la Force océanique stratégique française qui comprend également six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA), à propulsion nucléaire mais ne transportant pas d'arme nucléaire. La France maintient en permanence au moins un SNLE en patrouille et un deuxième à la mer ou prêt à partir en patrouille.

Contexte : la force de dissuasion nucléaire française

Durant la guerre froide, la France décide d'adopter une stratégie de dissuasion nucléaire indépendante des États-Unis, en développant des capacités nucléaires permettant de faire subir à un agresseur des dégâts équivalents aux dommages qu'il aurait infligés pour annihiler les bénéfices de son attaque. Cette stratégie suppose toutefois que les forces nucléaires françaises ne soient pas vulnérables à une attaque surprise et conservent ainsi une capacité de riposte, dite de «seconde frappe ». Pour donner corps à cette stratégie, la France se dote d'un arsenal nucléaire important qui atteint dans les années 1990 plus de opérationnelles disponibles, nombre équivalent à celui du Royaume-Uni, mais qui ne représente qu'un ou deux pour-cent des stocks accumulés par les États-Unis ou l'Union soviétique à la même époque. Depuis la fin de la guerre froide, ce stock est régulièrement réduit : fin 2017, la France dispose de nucléaires déployées et de en réserve, soit un total de nucléaires....

La force de dissuasion nucléaire française met en œuvre en 2020 deux des trois composantes de la « triade nucléaire » (mer-sol, air-sol et sol-sol) : la composante mer-sol par la force océanique stratégique (FOST), qui compte quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la classe Le Triomphant armés des missiles mer-sol balistiques stratégiques de type M51 ; la composante air-sol par les forces aériennes stratégiques (FAS), qui disposent de missiles air-sol moyenne portée améliorés (ASMP-A) emportés par les Dassault Rafale de l'Armée de l'air et de l'Aéronautique navale.

Historique du projet vignette|Profil à l'échelle du Redoutable (en haut) et du Triomphant (en bas).

Caractéristiques de la nouvelle classe

Les sous-marins de la classe Le Triomphant constituent la deuxième génération de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins français. La première génération de la classe Le Redoutable de comprenant six unités est entrée en service entre 1971 et 1985. Ces sous-marins, qui furent progressivement désarmés entre 1991 et 2008, nécessitaient d'être à terme remplacés. Depuis la conception des «Redoutable», les techniques de détection sous-marine ont fortement progressé: les nouveaux sonars qui captent des fréquences de plus en plus basses peuvent potentiellement détecter des sous-marins éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres. On redoute également que la détection de ces navires depuis l'espace devienne possible. Enfin pour augmenter les capacités des missiles stratégiques (MSBS) embarqués, qui en deviennent plus lourds et plus encombrants, il faut revoir la capacité d'emport des prochains sous-marins car la quatrième génération de missiles MSBS embarqués sur les « Redoutable », les missiles M4 de , exploite au maximum cette capacité d'emport..

Lancement des développements

Au cours de l'automne 1981, un conseil de Défense présidé par François Mitterrand, tout juste élu, décide la construction d'une nouvelle génération de SNLE. Le navire tête de série doit entrer en service opérationnel au cours de la décennie 1990. Plus rapide, ce sous-marin doit être mille fois plus silencieux que la classe précédente et ses instruments de détection doivent être dix fois plus sensibles, deux caractéristiques fondamentales pour ce type de navire qui, pour pouvoir remplir sa mission, ne doit pas être détecté par les sous-marins d'attaque et les navires de surface de lutte anti-sous-marine. Pour échapper à la détection, le sous-marin doit également pouvoir plonger plus profondément que les « Redoutable ». La taille du navire et celle des tubes accueillant les missiles doivent être sensiblement accrues afin d'emporter les futurs M51 de , lesquels doivent remplacer les missiles M4 de à . Pour augmenter la disponibilité de la flotte, le temps entre deux immobilisations pour grand carénage est allongé et passe de six ans à sept ans et demi..

Mise au point des sonars

Pour mettre au point les sonars de la classe Le Triomphant, la DCN obtient de la Marine nationale que le sous-marin à propulsion classique Dauphin de la classe Narval soit transformé en bateau d'expérimentation. Une première refonte a lieu entre 1984 et 1986 : les tubes lance-torpilles sont supprimés et remplacés par une antenne sonar sphérique protégée par un dôme hémisphérique en PVC. Le sous-marin reçoit également une antenne remorquée pour la réception des communications en très basse fréquence. Une deuxième transformation a lieu entre 1989 et 1990 avec l'installation d'antennes sonar latérales et l'ajout d'un treuil d'antenne remorquée à très basse fréquence (ETBF). Le Dauphin dispose ainsi de l'ensemble des équipements d'écoute sonar des futurs SNLE. Entre 1986 et 1989 puis entre 1990 et 1992, des essais en mer totalisant plus de cinq cents jours sont réalisés pour valider la tenue mécanique et les capacités des sonars ainsi que la réception des communications..

Un nouveau missile

Le missile MSBS qui équipe initialement les nouveaux sous-marins est le missile M45, une évolution du missile M4 installé sur les « Redoutable ». Son développement est décidé en 1988. Il ne comprend aucune modification du vecteur (la fusée) mais la tête nucléaire et les aides à la pénétration sont améliorées pour prendre en compte le système anti-missile que les Soviétiques construisent alors autour de Moscou, lequel système dispose de trois chaînes de radars..

Construction des trois premiers exemplaires

Les nouveaux sous-marins sont construits comme leurs prédécesseurs au chantier naval de la DCN à Cherbourg (Normandie). L'assemblage se fait dans le chantier Laubeuf inauguré en 1989 qui comprend deux grandes nefs, longues respectivement de et d'une cinquantaine de mètres de hauteur. Une nouvelle méthode de construction est mise en œuvre pour faciliter l'assemblage : les cinq sections de la coque du sous-marin (propulsion, compartiment électrique, chaufferie nucléaire, soute à missiles et locaux opérationnels) sont complètement équipées avant d'être réunies. Les sections puis le sous-marin complet sont déplacés à l'aide d'une quarantaine de robots marcheurs. La mise à l'eau se fait à l'aide du dispositif DME, baptisé Cachin, qui comprend une plateforme flottante et immergeable qui reçoit le sous-marin et est abaissée dans une forme de radoub....

La construction du premier navire de la classe, Le Triomphant, débute en et sa mise à l'eau a lieu en . Le navire très innovant nécessite une longue mise au point et il n'est déclaré opérationnel qu'en , soit après une période d'essais de trois ans et demi.. Les deux navires suivants, Le Téméraire et Le Vigilant, deviennent opérationnels respectivement en 1999 et 2004. Au départ, la nouvelle série doit comporter six unités, mais elle est réduite à quatre, à la suite de la prise en compte de la fin de la guerre froide (chute du mur de Berlin, fin 1989 ; dislocation de l'URSS, fin 1991).

Construction du Terrible : missile M51 et refonte de l'électronique (2000-2010)

vignette|Pour convertir les trois derniers navires de la classe au missile M51 plus grand, les tubes ont besoin d'être légèrement prolongés comme le montre cette coupe : à gauche, un SNLE équipé du M4 ; à droite, un SNLE-NG (classe Le Triomphant) équipé du M45. Tout à droite, à l'écart de la coupe : représentation à la même échelle d'un M51, avec la taille d'un homme symbolisé, démontrant la nécessité d'une adaptation.

Le missile M45 n'est qu'une étape avant la réalisation d'un missile à la portée fortement augmentée, le M51. De nombreux travaux exploratoires ont été menés depuis la mise au point du missile M4 portant sur les différentes évolutions prévues pour le nouveau vecteur : utilisation du carbone pour l'enveloppe de tous les étages qui avaient jusque là recours à l'acier plus lourd, méthode de chargement du propergol, butée flexible de tuyère à armature composite. Le nouveau missile beaucoup plus lourd (la masse passe de ) et volumineux (le diamètre passe de ) peut être adapté à la coque des « Triomphant » en modifiant le système de suspension latérale. Mais cette modification a une forte incidence sur le devis de masse du sous-marin et impose un investissement important. L'alternative est d'opter pour un nouveau propergol, le nitralane, beaucoup plus énergétique qui permet de conserver les mêmes dimensions et masses en améliorant fortement les performances. C'est le choix fait par les Américains lors du passage de leur missile Poseidon C3 au missile Trident 1 C4. L'utilisation du nitralane permet de conserver la masse embarquée sur le sous-marin et d'améliorer le M4 de manière incrémentale. Mais la mise au point par les Américains du lanceur utilisant le nitralane a été difficile avec notamment une explosion des du propergol du missile (l'équivalent de de TNT) lors d'un tir. Pour trancher, un groupe de travail est créé réunissant tous les acteurs concernés. Une méthode d'analyse de la valeur, prenant en compte à la fois les conséquences sur les infrastructures opérationnelles et industrielles et les conséquences au niveau des capacités des missiles et de leur évolution, conclut sans ambiguïté en faveur de l'accroissement de la masse et de la taille du missile et ne retient pas le recours au nitralane.