La campagne d'Égypte est une expédition militaire française, menée en Égypte par le général Bonaparte et ses successeurs de 1798 à 1801. Son but est de s'emparer de l'Égypte et d'une partie de l'Orient, afin de barrer la route des Indes à la Grande-Bretagne dans le contexte de la lutte entre cette dernière et la France révolutionnaire.
Elle se double d'une expédition scientifique, puisque de nombreux historiens, botanistes, dessinateurs et scientifiques accompagnent l'armée afin de découvrir les richesses de l'Égypte. Elle est donc parfois aussi appelée « l'expédition d'Égypte » lorsqu'il est question de son apport scientifique.
Le (30 floréal ), après l'arrivée du trésor monétaire pillé à Berne«…Un médailliste eût fait grande fortune ici. On y a apporté le trésor de Berne, au fond duquel il paroit qu'on n'avoit pas touché depuis plusieurs siècles. On a commencé par extraire tous les écus de France pour les donner selon la valeur actuelle ; il n'y avoit que des écus de , ou des écus de la jeunesse de , parce que ces pièces gagnoient à Gênes cinq sols : le reste de l'argent de Berne est donné au poids. J'ai vu chez un directeur d'hôpitaux composés de toutes pièces étrangères ; un assez grand nombre frappées aux armes de Suisse ayant pour face un ours ; il s'en trouvoit de Charles-Quint, du Duc d'Albe, de tous les cantons d'Allemagne et de Suisse, de Danemark, de Russie, de Suède, etc. ; toutes ces pièces étoient remarquables par leur antiquité. On a donné cet argent à le marc, et on n'en trouve ici que 47. Il va être donné aux orfèvres qui le fonderont impitoyablement… » Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, lettre à Georges Cuvier, Toulon, 21 floréal VI (10 mai 1798)., le corps expéditionnaire français quitte Toulon, rejoint par des navires venus de Marseille, Gênes, Ajaccio et Civitavecchia. Au total, plus de composent cette flotte, ainsi que et .
Elle s'empare d'abord de Malte le , puis débarque à Alexandrie le . L'une des plus célèbres batailles de cette campagne, la bataille des Pyramides, se déroule le .
Ayant d'abord déjoué la vigilance de la marine britannique, la flotte française est anéantie à Aboukir peu de temps après le débarquement de l'armée. Sur terre, Bonaparte connaît quelques succès militaires en Égypte et en Syrie, mais il échoue devant Saint-Jean d'Acre. Puis, sentant venir un complot politique en France, il échappe au blocus anglais et regagne Paris. Il laisse le commandement au général Kléber, qui après son assassinat est remplacé par le général Menou. Les troupes françaises sont finalement vaincues et quittent l'Égypte en 1801.
Préparatifs Contexte vignette|gauche|Situation stratégique en Europe en 1798. C'est le gouvernement du Directoire qui décide de l’expédition d’Égypte. Les cinq Directeurs qui occupent le pouvoir exécutif en France ont besoin de l'armée pour maintenir l’ordre, face aux menaces jacobines et royalistes. Ils font appel au général Bonaparte, auréolé de succès depuis sa brillante campagne d'Italie.
Le but de l'expédition d'Égypte est longtemps tenu secret. Certains pensent qu’il faut éloigner un Bonaparte trop ambitieux. Mais il faut surtout gêner la puissance commerciale britannique, dont l’Égypte est une pièce importante sur la route des Indes orientales. La France n’étant pas prête à attaquer la Grande-Bretagne de front, le Directoire décide d’intervenir indirectement par la création d'un , préfigurant le canal de Suez.
L'historien Emmanuel de Waresquiel avance que l'une des raisons de la campagne d'Égypte se trouve dans des tractations secrètes entre Talleyrand et l'Angleterre. Il s’agirait d'opérer une manœuvre de diversion, ce qui expliquerait que la flotte française soit arrivée sans encombre à Alexandrie.
L’Égypte est alors une province de l’Empire ottoman. Mais repliée sur elle-même et soumise aux dissensions des mamelouks, elle échappe au contrôle du sultan. En France, l'Égypte est à la mode : les intellectuels pensent qu'elle est le berceau de la civilisation occidentale, et que la France doit lui apporter les idées des Lumières. Enfin, les négociants français installés sur le Nil se plaignent des difficultés que leurs causent les mamelouks.
L'expédition d'Égypte a également une portée intérieure en France. La République française, bien que victorieuse de la Première Coalition en 1797, se trouve dans une situation économique et sociale très difficile que le Directoire ne parvient pas à inverser. L'idée est alors de relancer les hostilités contre le Royaume Uni, seule nation encore en guerre contre la France, mais inatteignable car protégée derrière la Manche par sa marine militaire, en portant le combat dans sa sphère d'influence, loin du territoire français, de sorte à continuer à mobiliser l'économie nationale dans un conflit et justifier les difficultés économiques par l'état de guerre prolongé.
Enfin, Bonaparte, qui a acquis de l'expérience gouvernementale en réorganisant en véritable chef d'État le nord de l'Italie au printemps 1797, cherche lui-même à s'éloigner temporairement de Paris et du jeu politique afin de mieux revenir quelque temps plus tard, une fois que le Directoire, déjà impopulaire en 1797, se sera discrédité auprès de la bourgeoisie d'affaires sur laquelle il compte pour s'emparer du pouvoir. Réaliste, il ne croit pas en la faisabilité de transformer durablement l'Égypte en une colonie française. Il semble qu'il ait tout au plus espéré détacher la province de l'Empire ottoman pour la placer sous influence française.
Avant le départ de Toulon vignette|gauche|L'embarquement, à Toulon, des troupes à destination de l’Égypte. À gauche : Bonaparte et ses officiers. Le bruit court alors que de troupes terrestres et sont réunis dans les ports français de la Méditerranée, et qu’un armement considérable est rassemblé à Toulon, organisé par le commandant des armes Vence et l'ordonnateur Najac. Treize vaisseaux de ligne, quatorze frégates et quatre cents bâtiments se sont en effet équipés pour le transport de cette nombreuse armée. Sa destination est un mystère, par crainte de croiser la flotte anglaise de l'amiral Nelson. Seuls Bonaparte, ses généraux Berthier et Caffarelli ainsi que le mathématicien Gaspard Monge en sont informés.
Bonaparte organise son État-Major et choisit ses aides de camp. Comme en Italie, il désigne huit officiers pour remplir cette fonction. Ce sont Duroc, Beauharnais, Jullien, le noble polonais Sulkowski (seul à avouer son inquiétude quant à cette aventure), Croizier, Lavalette, et MerlinLaurent Jullien, Campagne d'Égypte de Bonaparte - L'affaire Alqam, ou l’assassinat de Thomas Prosper Jullien, aide de camp de Bonaparte en Égypte, Éditions Universitaires Européennes, 2016.. Il a également sous ses ordres Thomas Alexandre Dumas, Kléber, Desaix, Berthier, Caffarelli, Lannes, Damas, Murat, Andréossy, Belliard, Menou, Joseph-Louis-Victor JullienLaurent Jullien, Le Général Comte de l’Empire Jullien, de Lapalud à la préfecture du Morbihan, itinéraire d’un haut fonctionnaire sous le Consulat et l’Empire, Éditions de la Fenestrelle, novembre 2021, Reynier et Zajączek…
La grande flotte reçoit des escadres venues de Gênes, de Civitavecchia et de Bastia. Elle est commandée par l’amiral Brueys et les contre-amiraux Villeneuve, Duchayla, Decrès et Ganteaume.
Elle est sur le point d’appareiller lorsqu’un incident mineur menace de tout compromettre. À Vienne, en arborant le nouveau drapeau tricolore sur l'ambassade de France, Bernadotte, ambassadeur de la République française, provoque une émeute et est contraint de quitter la capitale autrichienne. Les avantages reconnus par le traité de Campo-Formio, notamment la paix avec l'Autriche, risquent donc d'être remis en question.
Le Directoire envisage alors d'annuler l'expédition afin que Bonaparte puisse faire face à l'Autriche. Cependant, après quelques discussions, les affaires s’arrangent et la paix est maintenue. Bonaparte reçoit donc l'ordre de se rendre à ToulonOn prétend que, dans une conférence orageuse qu’il eut avec le Directoire, il menaça de donner sa démission, et que le directeur Reubell, lui présentant la plume, lui dit : ..
Il y parvient le et loge à l'hôtel de la Marine. Le jour de son arrivée, il déclare à ses soldats : . Dix jours plus tard, au moment de s’embarquer, il s’adresse en particulier à ses soldats de l’armée d’Italie et leur dit :
Prise de Malte
Vingt jours après l'appareillage, le corps expéditionnaire se trouve devant Malte. Le grand maître de l'ordre de Malte, Ferdinand von Hompesch zu Bolheim, refuse d'accueillir l'armée française pendant une période limitée avant son départ. Bonaparte décide de prendre l'île de force. Grâce au peu d’attachement de la population pour les chevaliers de Malte, il lui suffit de quelques coups de canon pour faire tomber la redoutable forteresse de La ValetteCe qui fit dire au général Casabianca : .
Bonaparte s’intéresse à Malte surtout pour sa position en Méditerranée, qui lui permettrait de repousser les Anglais naviguant dans cette région et ayant des vues sur le fort de La Valette.
Avant de quitter l’île, le général français libère les captifs barbaresques et italiens emprisonnés dans ses bagnes. Cette mesure a sans doute pour but de donner aux populations musulmanes une bonne image des troupes françaises, alors même qu'elles préparent l'invasion d'une terre d'islam.
Bonaparte en Égypte Débarquement à Alexandrie
vignette|Flotte napoléonienne en Égypte. Musée de la Révolution française. Treize jours après son départ de Malte, la flotte française est en vue d’Alexandrie. Avant le débarquement, le général adresse cette proclamation à son armée :
Le général Menou, qui partira le dernier d’Égypte, y met pied à terre le premier. Bonaparte et Kléber débarquent ensuite et le rejoignent dans la nuit, à l'anse du Marabout, à treize kilomètres d'Alexandrie. Le général en chef, informé qu’Alexandrie a l’intention de lui résister, se hâte de débarquer. À deux heures du matin, il met ses troupes en marche sur trois colonnes, arrive à l’improviste devant la ville et donne l’assaut. Les forces égyptiennes cèdent et prennent la fuite. Les soldats français, malgré l’ordre de leur chef, se précipitent dans la ville, qui n’a pas le temps de capituler et se rend à discrétion.
Une fois maître de cette capitale, et avant de pénétrer plus avant sur le sol égyptien, Bonaparte adresse le une proclamation aux habitants musulmans d’Alexandrie.
Lorsque le débarquement est terminé, l’amiral Brueys reçoit l'ordre de conduire la flotte dans le mouillage d’Aboukir. L’escadre doit quant à elle entrer dans le vieux port d’Alexandrie, sinon se rendre à Corfou. L’arrivée certaine des Britanniques, qui déjà se sont montrés au large d’Alexandrie vingt-quatre heures avant l’arrivée des Français, rend ces précautions nécessaires. Le commandement français cherche à éviter le combat naval, car une défaite aurait des conséquences désastreuses pour la campagne. Les Français espèrent marcher au plus vite sur Le Caire, afin de surprendre le commandement égyptien avant qu'il n'ait achevé de préparer sa défense.
Vers la bataille des Pyramides vignette|Bonaparte devant le Sphinx par Jean-Léon Gérôme.