vignette|Exemple d'application de la géographie électorale : résultats du parti "Serviteur du Peuple" lors des élections législative en Ukraine en 2019 La géographie électorale est une branche de la géographie, et plus particulièrement de la géographie politique, qui étudie les résultats électoraux d'une région donnée à l'aune de leur distribution spatiale.

Géographie électorale en France Racines et premiers pas La France et l'Italie recèlent les géographies électorales les plus complexes du monde démocratique, sans doute à cause de leur richesse historique régionale.

Celle de la France fut plus simple. La première photographie de l'opinion politique des Français est fournie par les élections de décembre 1848 et mai 1849. Celle de 1848 montre une France largement bonapartiste, celles de 1849 révèlent des familles de pensée anciennes: royalisme légitimiste, orléanisme ou conservatisme sans préférence dynastique, bonapartisme (beaucoup plus restreint qu'en décembre parce que mal à l'aise dans une compétition multiple), républicanisme modéré mais limité aux seuls républicains dits de la veille (ceux du lendemain ayant rejoint d'autres conservateurs voire des listes de droite uniques), enfin une démocratie plus ou moins avancée, l'ensemble de la gauche républicaine faisant souvent liste commune. À cette époque, les zones de préférence de vote sont amples et peu nombreuses; les clivages sont simples, et commandés principalement par trois facteurs: la pratique religieuse, qui efface tous les autres là où elle pèse beaucoup, le mode de propriété, qui permet ou non l'émancipation politique (à travers la propriété pleine et entière avec le contre-exemple du métayage qui exacerbe les rancœur du paysan), et le degré d'urbanisation, qui facilite l'ouverture aux idées nouvelles et donc au républicanisme. Le résultat est un vote tranché, consacrant parfois 100 % des voix en faveur d'une liste à l'échelle de la section de vote (en comme en les cantons sont sectionnés en quelques bureaux de vote regroupant chacun quelques communes). Dans une France aux trois quarts rurale, les villes exercent déjà un rôle moteur, mais leur poids est quantitativement limité. Ainsi les villes se distinguent souvent, en région conservatrice, par un vote républicain, tandis qu'en région républicaine leur vote varie. Mais le Second Empire va corseter l'opinion et faire disparaître presque tous les opposants, soit par ralliement des orléanistes les moins dynastiques mais aussi de la plupart des légitimistes de l'Ouest et nombre de ceux du Midi, soit par le simple jeu de la pression sur l'électeur isolé qu'est le démoc-soc du Massif central, du Centre-Est, du Sud-Est ou du Sud-Ouest. Le caractère commun à toutes ces régions est son habitat dispersé. Ce facteur est devenu tellement important que dans l'ensemble du pays, seuls les chefs-lieux osent désormais émettre quelques votes d'opposition, parce que lieux de sociabilité échappant aux pressions individuelles. En 1869, après les mesures de libéralisation de l'Empire finissant, les élections donnent lieu à de vifs débats et à une remontée des oppositions dans les grandes villes, surtout à Paris. Après le vote de peur des élections de février 1871, la France rurale accepte progressivement la République. Dès lors, les préférences politiques des Français se diversifient.

Évolution En effet, la révolution industrielle a commencé à diversifier les classes sociales et à élargir surtout deux d'entre elles: les employés et les ouvriers. D'autres, auxquelles s'adressait particulièrement Gambetta dans son discours de 1872 sur la « nouvelle couche sociale », accroissent leurs effectifs (médecins, instituteurs, avocats, publicistes), qui constituaient déjà, avec les notaires voire avec certains négociants, une petite bourgeoisie fer de lance de la résistance à l'Empire autoritaire, et qui est destinée, selon l'orateur, à remplacer les anciennes classes dirigeantes« Discours prononcé le 26 septembre 1872 à Grenoble », dans Joseph Reinach, Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta, Paris, G. Charpentier, 1880-1885, volume 3, p.101.. En conséquence, au sein du camp républicain les choix divergent, parmi lesquels l'opportunisme se taille la part du lion, convenant parfaitement au monde rural converti à la République après l'épreuve de l'occupation allemande (donc l'est de la France) et rassuré par la campagne du commis-voyageur de la république modérée Gambetta, à une époque peu éloignée du souvenir fâcheux de la Commune de Paris, pendant que le radicalisme rompt avec elle et regagne en grande partie la France rouge de 1849-1851 (Centre-Est, Sud-Est, quartiers urbains à forte population d'artisans). Puis la question ouvrière, qui était marginale en 1848, devient la grande question à cause de l'extension du monde de l'usine. Des ouvriers, jusque-là pour la plupart paysans employés à la mine ou à la petite usine proche, naissent tels; un prolétariat se constitue, déraciné, qui peut adopter un socialisme n'ayant plus rien à voir avec celui de 1848. De façon générale et au-delà des concentrations industrielles, la croissance urbaine fait déborder les vieilles villes sur leurs communes périphériques; souvent radicales tant que le maraîchage y règne, ces dernières passent au socialisme en recevant les vagues de nouveaux venus. Ainsi naît la ceinture rouge autour de Paris, à laquelle s'ajoutent d'autre banlieues ou bassins ouvriers à la fin du , notamment dans le Nord.

Le sociologue André Siegfried produit la première analyse électorale aboutie dans un célèbre Tableau politique de la France de l'Ouest, publié en 1913André Siegfried, Tableau politique de la France de l'Ouest sous la Troisième République, A. Colin, 1913 ; réimp. Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2010 . Mais celle-ci se contente de régions essentiellement catholiques ou républicaines peu marquées à gauche, et de surcroît se restreint à un niveau d'analyse cantonal. Il y identifie cependant déjà les grands facteurs locaux du vote que sont la pratique religieuse, la dispersion de l'habitat et la présence de villes à fonctions administratives ou industrielles. Mais sa formule réductrice finira par lui nuire, quand lui seront comparés, passé l'épreuve de la Première Guerre mondiale, les travaux du géographe allemand Friedrich Ratzel, qui appelaient à la domination de l'Europe par la race allemande, elle aussi simplifiée à un tout, comme Siegfried sembla signifier par un raccourci facile à mémoriser un déterminisme naturel sur le comportement électoral. La géographie électorale est ainsi et temporairement oubliée, jusqu'à ce que la Revue française de science politique renoue avec de multiples analyses dans les années cinquante, dont le nom le plus connu est celui de François Goguel.

Le a vu s'étendre les banlieues, dans lesquelles le Parti communiste supplanta les socialistes. Concomitamment, l'exode rural dépeupla les campagnes, de façon accélérée depuis 1945, jusqu'à réduire le monde paysan à quelques centaines de milliers d'agriculteurs seulement, tandis que les classes sociales intermédiaires continuaient à s'étoffer, notamment dans les services, mais sans les bouleversements majeurs observables au siècle précédent. Aussi, la carte électorale ne bougea que lentement de son ajustement en 1902, quand les deux tiers des anciens républicains modérés (ou « opportunistes ») rejoignirent dans l'opposition le même camp de la droite, à l'année 1981Carte des élus de 1902 à 1981, sur geoelections, tout juste renouvelée à gauche par le remplacement progressif des socialistes par les communistes, par le remplacement non moins progressif des radicaux par les socialistes, et par la migration obligée des radicaux vers de nouvelles terres d'élection, après une série de déperditions qui réduisait cette tendance à un rôle d'appoint, tandis qu'à droite les cartes étaient un peu plus brutalement redistribuées par la Seconde Guerre mondiale et par la crise de 1958.

Une nouvelle mutation majeure intervient après l'arrivée au pouvoir de la gauche au pouvoir, en 1981, causée par son échec à maîtriser la crise économique qui sévit depuis 1974; le chômage augmente, les classes populaires déçues se tournent vers d'autres horizons. Le Parti communiste, qui avait terminé la guerre comme grand parti de la Résistance, auquel adhérèrent la majorité des intellectuels français après-guerre, qui était arrivé à une sorte de contre-épreuve de la France catholique en remplissant pratiquement tous les espaces à faible emprise religieuseCf. ''Atlas électoral de la France, 1848-2001, p.50, n'est plus suivi par les enfants de ceux qui ont connu la guerre; ceux-ci commencent par s'abstenir, puis fournissent les premiers gros bataillons du vote Front national, lequel dénonce l'immigration que ne peut plus absorber l'économie défaillante, comme le faisait les syndicats ouvriers et le PCF naguère, mais cette fois en mettant en avant l'insécurité alors grandissante en France. Un vote d'extrême droite apparaît dans les régions les plus concernés par l'immigration extra-européenne; Île-de-France, Est, région lyonnaise, Midi méditerranéen et vallée de la Garonne (deux zones où les rapatriés d'Algérie jouent un rôle amplificateur), et plus localement toutes les communes balnéaires, qui subissent un flot touristique imposé par les aménageurs du Plan.

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