vignette|upright=1.5|L’USS Congress (au premier plan) et le Polaris, dans la baie de Disko au Groenland.|alt=Le bateau USS Congress et le Polaris en arrière plan. L’expédition Polaris est une expédition polaire dirigée par l'explorateur américain Charles Francis Hall et financée par le gouvernement américain qui a tenté sans succès d'atteindre le pôle Nord en 1871. Il s'agit d'une des premières tentatives sérieuses, après celle de l'officier de marine britannique William Edward Parry, qui avait réussi à atteindre, en 1827, la latitude 82°45' Nord.
Après avoir effectué deux longues expéditions dans les contrées de l'Arctique, Hall a la réputation d'être un explorateur chevronné. Le Polaris, qu'il a affrété et qui comporte un équipage hétéroclite encadré par deux patrons de baleinier, quitte New York en . Le , le Polaris atteint sa latitude maximale et peu après débute l'hivernage dans une baie située sur la rive septentrionale du Groenland. Alors que les membres de la tentative vers le pôle Nord se préparent à s'élancer sur la banquise en utilisant des traîneaux, Hall tombe gravement malade et décède le après avoir accusé des membres d'équipage de l'avoir empoisonné. Sidney Budington prend le commandement de l'expédition. Une tentative infructueuse est effectuée en de poursuivre vers le pôle avec les baleinières puis l'objectif de l'expédition est abandonné. Le Polaris prend la route du sud mais, après avoir heurté des glaces, dix-neuf membres de l'expédition se retrouvent séparés du navire. Ils dérivent sur un morceau de banquise durant six mois en parcourant avant d'être secourus par un navire. Budington décide d'échouer le Polaris à court de charbon en octobre 1872 près d'Etah, au Groenland. Les rescapés réussissent à survivre à l'hiver et, après avoir repris la mer en juin à bord d'embarcations construites avec le bois du Polaris, sont recueillis en mer par un navire en juillet.
L'expédition est marquée par les dissensions entre les officiers et, après la mort de Hall, par la désorganisation. Une commission d'enquête navale constituée au retour de l'expédition conclut à un décès naturel de Hall. Une exhumation du corps effectuée en 1968 révèle qu'il a ingéré une grande quantité d'arsenic au cours des deux dernières semaines qui ont précédé son décès.
Préparation Les origines du projet vignette|upright=0.7|Avant Charles Francis Hall, William Edward Parry a tenté d'atteindre le pôle Nord.|alt=Portait de William Edward Parry. En 1827, l'amiral William Edward Parry de la Royal Navy tente pour la première fois d'atteindre le pôle Nordp. 97-102.. Au cours des cinquante années suivantes, les Américains montent plusieurs expéditions : la première expédition Grinnell dirigée par Edwin De Haven, veut tenter de mieux comprendre l'issue catastrophique de l'expédition Franklin dont les membres de l'équipage ont disparu en 1845. L'équipe réunit des indices sur les activités de Franklin mais finit par être prise dans les glaces. La seconde expédition Grinnell dirigée par Elisha Kane de 1853 à 1855p. 10-49. est une nouvelle tentative, où l'équipe ne réussit pas à déterminer le sort de John Franklin mais découvre et délimite une grande partie inexplorée du littoral Nord à une latitude de 82°, p. 16... Une exploration est également dirigée en 1860 et 1861 par Isaac Israel Hayesp. 62-78..
Charles Francis Hall n'a lui ni connaissance scientifique ni expérience de la navigation . Ce grand lecteur, passionné par l'ArctiqueDictionnaire biographique du Canada : Hall, Charles Francis sur biographi.ca.p. 345.p. 88. a acquis une connaissance approfondie des terres arctiques en lisant l'ensemble des récits d'expédition polaire et en lançant deux missions de secours à la recherche de l'expédition de John Franklin disparue en 1845 : l'une de 1860 à 1863, et l'autre de 1864 à 1869. Ces expériences ont fait de lui un explorateur de l'Arctique chevronné, et lui ont permis de nouer des contacts avec le peuple inuitp. 15.. Grâce à la notoriété acquise et à l'enthousiasme des Américains pour l'exploration des pôles depuis le succès du livre de Elisha Kane, Artic Explorationsp. 87., Charles Francis Hall obtient du gouvernement américain le financement de sa troisième expédition, cette fois vers le pôle Nord. Lors d'une conférence de presse organisée juste avant son départ, il déclare : .
Financements et matériels vignette|gauche|upright=1.3|L'arsenal de Washington où le USS Periwinkle est devenu le Polaris.|alt=Arsenal de Washington.
En 1870, un projet de loi appelé Artic Resolution est présenté au Sénat pour financer une expédition vers le pôle Nord. Charles Francis Hall fait en sorte d'obtenir la subvention du Congrès des États-Unis de . et le commandement de l'expédition. Il commence donc à recruter un équipage à la fin de l'année 1870p. 113.. Un remorqueur à vapeur et hélice de 387 tonneaux de la Marine de guerre américaine, le USS Periwinkle Fiche du navire, Dictionary of American Naval Fighting Ships., est choisi pour embarquer l'expédition. Le bateau est gréé en goélette à hunier au chantier naval de lArsenal de Washington. Pour la préparer à sa navigation dans les glaces la coque est renforcée avec des membrures en chêne massif, et la proue doublée avec des plaques de fer. Un nouveau moteur est ajouté, et l'une des chaudières est transformée pour pouvoir fonctionner à l'huile de phoque et de baleine. Le USS Periwinkle est alors rebaptisé Polarisp. 24–27..
Le navire embarque quatre baleinières de de long et de large, et un chaland à fond plat. Au cours de ses expéditions arctiques précédentes, Charles Francis Hall a découvert les umiaks, de grandes embarcations traditionnelles inuits. Il décide d'emporter pour l'expédition un de ces bateaux qui peut embarquer vingt hommesp. 26.. Le ravitaillement est essentiellement composé de jambon, de viande salée, de pain et de biscuits. Il est prévu de compléter sur place cette alimentation avec les produits de la chasse du bœuf musqué frais, du phoque et de l'ours blanc qui doivent permettre de se prémunir du scorbut.
Le choix de l'équipage vignette|redresse|Charles Francis Hall, le chef de l'expédition.|alt=Portrait de Charles Francis Hall.
Au printemps 1871, le président américain Ulysses S. Grant nomme Charles Francis Hall commandant en chef de l'expédition et capitaine. Hall est un fin connaisseur de l'Arctique mais il n'a aucune expérience de la navigationp. 384., et le titre de capitaine est donc purement honorifique. Hall choisit, en guise d'officiers et de marins, de simples baleiniers ayant une expérience de l'Arctiquep. 384–5.. À l'époque, les chasseurs de baleines ont une très mauvaise réputation et c'est donc une approche radicalement différente de celle des expéditions polaires de l'Amirauté britannique qui ont recours à des officiers et équipages de la marine militaire très disciplinés.
Hall propose le commandement du navire successivement à deux capitaines de baleiniers : Sidney O. Budington puis à George Tyson. Tous deux refusent d'abord car ils se sont déjà engagés pour une future campagne de chasse à la baleine avant finalement d'accepter ; ils sont nommés respectivement capitaine et navigateur. Les deux hommes ont une expérience cumulée de plusieurs dizaines d'années comme capitaine de baleinier. Le Polaris a donc trois commandants, ce qui influera lourdement sur le déroulement de l'expédition. Circonstance aggravante, Budington et Hall se sont querellés en 1863 : le premier, qui dirigeait alors une expédition, n'a pas voulu que Hall amène les guides inuits Ipirvik et Taqulittuq tombés maladesp. 30-31..
Les autres officiers de l'expédition sont des américains (Hubbard Chester est le premier-lieutenant, William Morton est second-lieutenant et R.W.D. Bryan est astronome et aumônier), et des allemands (Emil Bessels, est chef du personnel scientifique et médecin et Frédéric Meyer est chargé de la météorologie). Les marins sont en majorité allemands, comme le chef mécanicien Emil Schumannp. 385.. En plus des , scientifiques et membres d'équipage, le navire embarque l'Inuk Ipirvik, qui sert d'interprète et de chasseur, ainsi que sa femme Taqulittuq et leur enfant. Un autochtone du Groenland nommé Hans Hendrik, sa femme Merkut et leurs trois enfants se joignent à l'expédition.
Expédition De New York à Upernavik vignette|upright=1.5|Itinéraire de l'expédition Polaris.|alt=Itinéraire de l'expédition Polaris.
Avant même de quitter l'arsenal de New York le , des dissensions apparaissent au sein de l'expédition. Le cuisinier, un marin, un pompier et Wilson, l'adjoint du chef mécanicien, désertent. L'intendant, qui se révèle être un ivrogne, est finalement laissé au portp. 48..
Le navire s'arrête le à New London dans le Connecticut, pour embarquer un second mécanicien. Au moment d'atteindre Saint-Jean, une dispute éclate entre les officiers de l'expédition et les scientifiques. Bessels, soutenu par Meyer, rejette l'autorité de Hall sur l'équipe scientifiquep. 51.p. 134.. Les dissensions se propagent à l'équipage qui se divise en fonction de l'appartenance nationalep. 387.. Dans son journal, le navigateur adjoint George Tyson écrit qu'au moment d'atteindre l'île de Disko au Groenland, En anglais : .p. 120.. Hall demande au capitaine Davenport, du navire de ravitaillement Congress d'intervenir. Ce dernier menace de mettre aux fers Meyer pour refus d'obéissance et de le renvoyer aux États-Unis mais les Allemands menacent en retour de quitter l'expédition. Hall et Davenport sont donc forcés de faire machine arrière, mais Davenport prononce un discours très ferme sur la discipline navale à l'attention de l'équipage.
Les chaudières du navire sont sabotées par un des membres de l'équipage. La chaudière spécialement adaptée pour brûler de l'huile de baleine, disparaît, apparemment jetée à la merp. 61..
Le , le navire atteint Upernavik sur la côte ouest du Groenland, où ils embarquent le chasseur et interprète inuit Hans Hendrik. Le Polaris prend la route du nord et passe par le détroit de Smith puis le détroit de Nares. Il dépasse la limite septentrionale atteinte par les expéditions d'Elisha Kane et Isaac Israel Hayes.
Les préparations pour le pôle et la mort de Hall Le , le Polaris atteint son point le plus proche du pôle : entre 82°11' et 82°29' Nord selon les sourcesLe journal de George Tyson (p. 121) indique la latitude de 82°29' tandis que l'article de C.H. Davis dans le New York Times du 2 juillet 1877 rapporte un point plus au sud, 82°16' Nord et le livre de Pierre Vernay (p. 91) rapporte lui seulement 82°11' Nord.. Une dispute éclate alors entre les trois commandants de l'expédition. Hall et Tyson veulent continuer afin de réduire la distance à parcourir en traîneaux à chiens, tandis que Budington qui veut s'arrêter là pour ne pas prendre le risque de perdre le navire dans les glaces, refuse de discuter plus avantp. 389.. Finalement, le , ils décident de mouiller dans une baie qu'ils baptisent En français : le . (appelé aujourd'hui le Bassin Hall).