La Longue Marche 1 (en chinois : 长征一 ), abrégée en CZ-1 ou LM-1, parfois appelée Chang Zheng 1, est un lanceur léger de la famille des Longue Marche, dont il est le premier représentant, développé par la République populaire de Chine à partir 1965. Ce lanceur a notamment permis la mise en orbite du premier satellite artificiel chinois, nommé Dong Fang Hong 1, ce qui a fait de la Chine la cinquième puissance spatiale (après l'URSS, les États-Unis, la France et le Japon). Ce premier vol orbital, en 1970, fut suivi d'un deuxième l'année suivante et ouvrit la voie à la réalisation des lanceurs et , à la base des lanceurs toujours utilisés de nos jours par le pays.
Historique
Débuts du spatial chinois et Projet 581 Comme les autres puissances spatiales de l'époque, la Chine a commencé par développer des missiles balistiques, qui ont par la suite constitué le point de départ pour la réalisation de lanceurs orbitaux. Au milieu des années 1950, l'industrie des missiles balistiques chinois se développe avec l'aide des ingénieurs soviétiques. À l'époque les dirigeants chinois entretiennent des liens étroits avec l'Union soviétique considérée comme un pays frère régi par les mêmes principes socialistes. Le lancement d'un satellite artificiel fait partie des objectifs inscrits dans la politique du Grand Bond en avant déclenchée par Mao Zedong en et la construction de la base de lancement de Jiuquan en Mongolie-Intérieure à la limite du désert de Gobi est décidée. La décision de lancer de programme, alors dénommé , a été prise lors de la deuxième session de la huitième conférence du Parti communiste chinois, et fait suite à la mise en orbite réussie du premier satellite artificiel de l'histoire, Spoutnik-1, par l'Union soviétique. Un budget de de yuans est alors débloqué, devant permettre la construction d'installations d'essais de moteur à Jiuquan, le développement de composants électroniques pouvant résister au vide spatial, et la construction d'un pas de tir. Un délégation chinoise tentera la même année d'organiser une visite du cosmodrome de Baïkonour, en URSS, mais cela leur sera refusé par Moscou, qui ne leur permettra que de voir un lancement de fusée-sonde. gauche|vignette|Missile R-2 (à gauche), qui aurait dû servir de base au lanceur orbital du Projet 581 Toutefois, après tous ces efforts engagés, les responsables chinois réalisent que leur ambition est bien trop élevée comparée aux moyens dont dispose le pays, qui possède alors une économie très fragilisée par le Grand Bond en avant, lancé à la même époque. De plus, plusieurs dissensions ont mené à de nombreux retards. Certains préféraient l'utilisation de missiles R-2 soviétiques, là où d'autres auraient voulu le développement d'un lanceur complètement national. En plus de cela, la réalisation d'un unique moteur fusée aurait nécessité à cette époque de regrouper plusieurs centaines d'entreprises, et de créer des machines dont la Chine ne maîtrisait pas la fabrication. Enfin, l'Union soviétique refuse désormais de livrer des missiles R-12 de nouvelle génération. Par conséquent, le est annulé à la fin de l'année 1959, et le gouvernement préféra se concentrer sur la réalisation de fusées-sondes, ce qui débouchera sur la fusée T-7.
Malgré l'annulation du , une petite équipe de scientifiques continue à travailler sur le secteur spatial. De plus, le programme d'armement nucléaire n'est pas stoppé, mais progresse plus lentement. Le , la Chine réalise son premier tir de missile balistique depuis la base de Jiuquan, grâce à un R-2 soviétique, rempli avec du carburant chinois. Le , un autre essai est tenté, avec cette fois un missile R-2 entièrement fabriqué en Chine. Mais ceci marquera le dernier échange entre les deux pays, à cause de la détérioration des relations entre la Chine et l'Union soviétique. Par la suite, les scientifiques chinois devront se baser sur leurs propres technologies.
Au milieu des années 1960, la situation économique du pays commence à s'améliorer, de plus, l'expérience engendrée par les tirs de fusées-sondes permettent d'envisager de nouveaux développements dans le secteur spatial chinois. En , une feuille de route est créée avec le but de lancer un satellite artificiel dans cinq ans. Le Comité Spécial du Conseil Central approuva le projet, et demanda à la CAS de concevoir les grandes lignes du premier satellite en moins d'une dizaine de jours. Il en découla le satellite dénommée Dong Fang Hong 1 (), qui est conçu pour peser approximativement une centaine de kilogrammes, et pour avoir une forme de sphère d'un mètre de diamètre. Le , le est adopté, comprenant le développement du premier satellite ainsi que de son lanceur orbital.
Projet 651 et la Longue Marche 1 vignette|Ohsumi, premier satellite artificiel japonaisLes Chinois commencèrent alors le développement de la CZ-1 à la seconde moitié de l'année 1965, alors que la France venait d'envoyer Astérix en orbite, devant ainsi la troisième puissance spatiale. L'objectif non officiel du gouvernement de l'époque était de lancer un satellite par eux-mêmes avant que les japonais ne le fasse. Or, le Japon développait un lanceur très simple, composé d'étage à poudre empilés les uns sur les autres, la Lambda-4S. La Chine va miser sur son missile balistique (abrégé en DF-4), qui possède lui deux étages à propulsion liquide, calqué sur le modèle de certains missiles soviétiques, qui a cette époque était encore en développement. Le responsable de la conception de la fusée est Ren Xinmin.
Le Japon essaiera une première fois d'atteindre l'orbite avec sa Lambda-4S en 1966, mais ce fut un échec. Le pays rentera la même année, mais l'issue du vol fut similaire. À cette époque, le DF-4 n'en est encore qu'au stade du développement, et n'est pas prêt au vol. Le Japon effectuera une nouvelle tentative de lancement en 1967, ce sera un échec. Ces erreurs sur les lanceurs japonais vont permettre à la Chine d'enfin aboutir à un missile DF-4 fonctionnel. Fin 1969, le Japon s'apprête à réaliser une quatrième tentative de vol orbital. La Chine va alors précipiter le premier vol d'essai suborbital du missile qui aura lieu le Certaines sources indiquent que ce vol d'essai est une tentative ratée d'envoi d'un satellite en orbite. Néanmoins, aucun élément ne permet d'affirmer cela, cette rumeur étant très certainement infondée., là où la tentative japonaise aura lieu le 22. Les deux lancements, chinois et japonais, se solderont pas un échec.
Le futur lanceur orbital chinois, nommé , est composée d'un missile DF-4, qui est surmonté d'un troisième étage à propergol solide pour finaliser la mise en orbite. Le développement de ce missile devait également servir de base à la réalisation du futur DF-5, qui aurait dû être utilisé pour l'envoi du vaisseau habité Shuguang. La mise au point d'un propulseur à carburant solide pour le troisième étage du lanceur fut une étape majeure pour les Chinois, à la fin des années 1960. Ce troisième étage a poudre fut testé à bord de la fusée-sonde T-7A lors de deux vols ayant eu lieu en . Ces deux essais en vol furent des succès, l'étage prouvant sa capacité à s'allumer à n'importe quelle altitude comprise entre 100 et .
Le moteur-fusée de cet étage mesurait de long pour un diamètre de , et brûlait de propergol, un chiffre bien plus élevé que tout ce qu'avaient réalisé les Chinois jusqu'alors. Il fallait, de plus, pouvoir assurer un allumage fiable à ce moteur, à haute altitude, alors qu'il était en rotation sur lui-même à grande vitesse. De à , quatre essais à pleine puissance furent effectués sous différentes conditions.
Premiers vols orbitaux (CZ-1) vignette|Dong Fang Hong 1, premier satellite artificiel chinois|gauche Après avoir réalisé les vérifications nécessaires, le gouvernement approuve l'envoi à la base de Jiuquan de la première opérationnelle en début d'année 1970. Quelques jours plus tard, le Japon réussi après cinq tentatives à atteindre l'orbite en y plaçant le satellite Ohsumi. Il faudra attendre le pour que la Chine ne réalise finalement son premier vol orbital, grâce à la , en plaçant le satellite Dong Fang Hong 1 (abrégé en DFH-1, traduit par « L'Orient est rouge ») en orbite. Le satellite en orbite jouera quelques notes de la chanson populaire homonyme grâce à un émetteur placé là quelques mois avant le lancement du satellite, en remplacement d'instruments scientifiques. Avec cette mise en orbite, Dong Fang Hong 1 devient le plus lourd premier satellite lancé par un pays, . Zhou Enlai, dirigeant du programme spatial chinois, déclarera:« Nous l'avons fait grâce à nos propres efforts »Il est également à noter que lors de ce vol une expérience scientifique était installée sur le troisième étage GF-02. Il s'agit d'un réflecteur solaire déployable, chargé de refléter la lumière du Soleil afin de rendre son passage visible pour toute la planète dans le ciel. Ce que les observateurs pensaient être Dong Fang Hong 1 n'était en réalité que le troisième étage.
Dans le cadre du programme , deux troisièmes étages furent produits au cas-où le premier vol soit un échec. Ainsi, l'étage restant fut réutilisé pour le lancement du satellite Shijian-1 le mois suivant, un satellite scientifique. Le lancement de ce dernier fut chaotique. Après l'arrêt de propulsion du troisième étage, les boulons explosifs retenant le satellite explosèrent, mais Shijian ne se sépara pas du reste du lanceur. Les signaux transmis pendant les huit premiers jours seront très faibles, avant que tout à coup la réception se fasse comme prévu, le satellite ayant été finalement délogé du troisième étage. Le satellite était assez proche de DFH-1, mais à la place de l'émetteur qui avait été installé sur ce dernier, plusieurs expérimentations ont pu être embarquées, dont un magnétomètre. Le satellite brûlera finalement dans l'atmosphère le , alors qu'il émettait toujours.
Après ce vol, le pays ne lancera plus aucune fusée pendant , préférant finalement par la suite les et pour le lancement de satellites.
La version d'origine CZ-1 de cette fusée était capable de placer une charge utile de en orbite basse (OBT/LEO). Dans cette configuration, le lanceur a donc été tiré seulement deux fois, entre le et le .
Versions ultérieures (CZ-1A, 1B, 1C et 1D) vignette|Étages supérieurs d'une Longue Marche 1D exposée à Hong-Kong vignette|Maquette d'une Longue Marche 1D exposée à Hong Kong. Après le lancement réussi des deux premiers vols orbitaux chinois, le pays mettra en pause tous les développements envisagés pour le lanceur, concentrant les efforts des constructeurs sur la réalisation des et .
Parmi ces versions abandonnées se trouve la , proposée dès 1969, qui aurait été équipée d'un nouveau troisième étage, qui contrairement à celui de la aurait été propulsé par des ergols cryotechniques (hydrogène et oxygène liquide), et aurait été contrôlable, ce qui aurait permis l'envoi de plus gros satellite. La aurait dû envoyer les satellites Dengta-1 et Shijian-2 en orbite. Le projet d'étage à hydrogène fut néanmoins jugé trop complexe, et le projet fut mis en sommeil pour quelques années (à l'époque, seuls les États-Unis et très récemment la France maîtrisaient ces ergols).
En , la finalise le concept de , et le développement se poursuit jusqu'en 1975. À ce moment, la création d'un moteur à hydrogène était de nouveau envisagé, tant pour équiper la que la , mais les ressources financières et techniques étaient surtout concentrées sur ces nouvelles Longue Marche. Le projet fut transféré à l'Institut de Machinerie et d'Électronique de Pékin, mais fut par la suite abandonné au début des années 1980.