Aptera (), parfois appelée Aptara, Apteria, Apterea, Aptariawww.traveltoCrete.com ou AptèreC. Wescher, Rapport sur les fouilles d'Aptère, p.440, est une ancienne cité de Crète, désormais en ruines, située dans le district régional de La Canée. Aptera fut fondée sur la colline de Paliokastro, à une altitude de environ, et domine toute la baie de Souda, à environ à l'est de l'actuelle La Canée.
Fondée vers le à la fin de l'époque minoenne, la ville atteint son apogée à l'époque hellénistique. Aptera, par sa position stratégique dans la baie de Souda, possédait deux ports : Minoa (l'actuelle Maráthi) et Kissamos (près de l'actuelle Kalyvès). Aptera continua à être une importante cité au cours de la période romaine puis lors des premiers temps de l'Empire byzantin, avant d'être détruite par deux tremblements de terre, aux , puis par les Sarrasins en 823Greekisland.co.uk.
Les Vénitiens ont ensuite construit un fort à l'emplacement de la cité. Il fut détruit par des pirates en 1583. La position stratégique du site fut également exploitée par les Ottomans qui firent construire une forteresse dominant toute la baie de Souda, au nord du site, ainsi que par les troupes allemandes qui se positionnèrent sur le plateau de l'ancienne cité lors de la Seconde Guerre mondiale.
Robert Pashley fut le premier à établir un lien entre les ruines découvertes sur la colline de Paliokastro et la cité d'Aptera, confirmant cette identification grâce aux monnaies que l'on trouva sur le site. Les fouilles archéologiques commencèrent en 1942. Elles furent alors menées par les Allemands qui occupaient l'île. D'autres fouilles eurent lieu en 1986-1987 puis en 1992-1995. Les fouilles se poursuivent encore aujourd'hui.
Topographie vignette|upright=1.5|alt=photographie couleurs d'une grande baie avec sa plaine côtière|Kalyvès, et le cap Drápano depuis Aptera L'ancienne Aptera fut fondée sur l'actuelle colline de PaliokastroLe nom de Paliokastro ou Paleokastro (en français : vieux fort) vient de la présence d'une ancienne forteresse vénitienne au nord-est du site, construite au et longtemps en ruine entre 1583 et 1866. Par-dessus cette forteresse, fut construite la forteresse turque que l'on peut encore voir de nos jours. Le terme Paliokastro est resté à une altitude d'environ Perseus. La cité est remarquable par son emplacement stratégique : elle domine toute la baie de Souda au nordCependant on ne voit pas l'ancienne Kydonia depuis Aptera, située au fond de la baie de Souda, la plaine d'Apokóronas à l'ouest et tout le massif des Montagnes blanches, au sud. Cet emplacement stratégique a favorisé son développement, en particulier au De plus, ses deux ports : Kissamos (l'actuelle Kalyvès) et Minoa (l'actuelle Marathi), situés à l'entrée de la baie, lui ont assuré le contrôle du commerce dans la région. L'historien Nicolas Svoronos alla jusqu'à qualifier Aptera de la plus importante cité commerciale de Crète et l'une des plus puissantes pendant sa période de prospérité.
En tant que cité-État, Aptera contrôlait toute la région et de nombreux villages. Selon les sources, les frontières possibles de ce territoire auraient été le territoire de Kydonia, à l'ouest, et celui de Lappa, au sud. Il se serait étendu sur l'ensemble du cap Drapanon, à l'estPtolémée,Géographie, III, 15. La rivière Pyktos, qui traverse les plaines situées au sud et à l'est de la colline sur laquelle repose Aptera, faisait des plaines des actuelles Stýlos et Armenoi des plaines fertiles pour l'agriculture. Des traces de villages ou de fermes isolées ont été découvertes aussi bien dans ces plaines que plus haut en altitude. Des parties du réseau routier reliant Aptera aux cités voisines ont été mises au jour. Une borne milliaire indiquant la distance entre Aptera et Kissamos a été retrouvée sur l'axe menant à Lappa. Cette borne fait également mention de l'empereur Trajan et daterait de l'année 99-100Informations du ministère de la Culture hellénique. Site archéologique d'Aptera.
Les murs de la ville, longs de , entourent la partie plate de la colline. La surface encerclée par la muraille ne fut jamais complètement urbanisée.
Nom de la cité Le terme « Aptera » pourrait être lié au culte d'Artémis Aptera. Il n'est pas rare de voir le nom d'une cité dériver de celui d'un dieu ou d'une déesse. À Aptera, la cité aurait cependant choisi une épiclèse plutôt que le nom même de la déesse, ce qui est plus rare. Cela pourrait signifier que le terme Aptera précédait peut-être celui d’Artémis, une confusion née de la fusion des cultes d’Artémis avec celui du culte minoen de la déesse des animaux.
Selon Eusèbe de Césarée, le nom d'Aptera viendrait d'Apteras, roi de Crète qui aurait vécu au temps de Moïse, en . Cette information est reprise par Joseph Pitton de TournefortJ.P. Tournefort, Relation d'un voyage du Levant, fait par ordre du Roy, 1717 p. 80-81 ainsi que Richard PocockeR. Pococke, Voyages en Orient, dans l'Égypte, l'Arabie, la Palestine, la Syrie, la Grèce, T. IV, p. 237. D'après Pausanias, Ptéras, fondateur du second temple d'Apollon à Delphes, aurait donné son nom à la cité, X, 10.. Enfin, une autre légende, rapportée par Étienne de Byzance au , raconte qu'une compétition musicale fit s'affronter les Muses et les sirènes dans le temple des Muses. À l'issue de ce concours, les Muses l'emportèrent et les Sirènes, désemparées, retirèrent leurs ailesSelon certaines traductions, les sirènes perdirent leurs ailes de désespoir et, devenues blanches, se jetèrent dans la baie de Souda, formant ainsi les différents îlots de la baie, appelés îles blanches. Les sirènes, se retrouvant dépourvues d'ailes (Apteres en grec) donnèrent ainsi leur nom à la villeÉtienne de Byzance, Ethnika (éd. par Margarethe Billerbeck), vol. A p. 230-231 ).
La plus ancienne occurrence du nom « Aptera », sous la forme A-pa-ta-wa, a été trouvée à Cnossos, sur une tablette en linéaire B du Le terme Aptara, d'origine dorienne, n'est apparu que plus tard, lorsque les Doriens se rendirent maîtres de l'îleJohn Bennet, « The Structure of the Linear B Administration at Knossos »Une étude montre que, parmi les noms de cités de la Crète antique, 70 % sont d'origine dorienne, contre 20 % d'origine crétoise et 10 % d'origine pélasgienne. Aptera fait partie des 70 %. .. C'est la forme dorienne qui semble avoir prédominé en Crète, comme l'indiquent les pièces de monnaie ainsi que les inscriptions retrouvées. La forme Aptera semble, quant à elle, avoir prédominé dans le reste du monde grec.
Histoire De la fondation à la période hellénistique La Crète bénéficia, vers le , de conditions favorables au développement de nouvelles cités, parmi lesquelles Eleftherna, Lappa, Lyttos, Kydonia et Aptera. Cette dernière aurait été fondée au cours de la période géométrique, soit vers le , d'après les fouilles effectuées dans le cimetière de la villeR. A. Tomlinson, « Archaeology in Greece 1995-96 », Archaeological Reports, n° 42 (1995 - 1996), p. 47.. Aptera pourrait avoir été, au moins dans un premier temps, une cité « industrielle ». Il existait alors, dans la région, des mines exploitées depuis la période minoenne. Ainsi, à Meskla, antique , à environ trois à quatre heures de marche d'Aptera, on exploitait le fer et le cuivreCrète Terre de Rencontres. Mais la région d'Aptera est surtout connue au travers des Dactyles idéens qui, selon la tradition, auraient découvert le feu, le cuivre et le fer ainsi que l’art de travailler ces métaux dans la région des Aptéréens. Ils se seraient situés près du mont Berekynthos. Là, dans la commune de Maláxa, se trouvait également une des plus anciennes mines d'EuropeJust-crete.co.uk.
Ce que nous savons de la cité provient d'ailleurs majoritairement des fouilles, étant donné le peu de textes l'évoquant. Cependant Pausanias nous apprend qu'en -668 les archers d'Aptera prirent part à la seconde guerre de Messénie aux côtés de SpartePausanias, 4,20,8. Au , tout comme l'ensemble des cités crétoises, Aptera ne prit pas part aux guerres médiques, sans pour autant rompre ses relations commerciales avec Athènes, si l'on en croit les poteries importées retrouvées lors des fouilles et datant de cette période. Comme de nombreuses cités crétoises, la ville prospéra au On comptait jusqu'à huit faubourgs, situés au pied de la colline jusque dans la vallée de StýlosGreekisland.co.uk. Réputée pour l'habileté de ses archers, Aptera fournit des mercenaires à divers conflits hors de Crète qui ramenèrent ensuite des richesses dans leur cité d'origine. On trouva également des mercenaires d'Aptera parmi les nombreux pirates de l'ÉgéeA. G. Russell, « The Greek as a Mercenary Soldier ». L'argent, importé d'Égypte et de Cyrénaïque, permit à la cité de frapper ses propres pièces et ainsi de renforcer son indépendance et sa puissance économique. La plupart de ces pièces (on compte 76 types différents) représentaient la déesse Artémis sur l'envers avec l'inscription APTARAION ou APTERAION et Pteras sur le revers. D'autres pièces ont été retrouvées avec les portraits de Zeus, Apollon ou Héra et une torche, une abeille ou un arc sur le revers. Les archéologues estiment la population d'Aptera à cette période à , dont 1/5 d'hommes libres et le reste d'esclaves. De nombreux hommes libres sont marchands, propriétaires terriens ou armateurs.
On retrouva Aptera aux côtés de Sparte dans sa guerre chrémonidéenne contre les Macédoniens en -267 - -266. Les querelles internes que connut la Crète au , principalement entre Cnossos et Gortyne, amenèrent Aptera à s'allier le plus souvent avec Cnossos. Après la destruction de Lyttos par Cnossos, lors de la Guerre de Lyttos en -220, les alliés de Cnossos que sont Aptera, Kydonia et Eleftherna se retrouvèrent assiégées par les alliées de Gortyne (Lappa et Pollyrrhenia) ainsi que par l'armée de Philippe V de Macédoine. Aptera finit par se joindre au camp de Gortyne, devenue alors la principale cité de l'île, IV, 55, 4.Voir Guerre de Lyttos.
L'intense activité d'Aptera en matière de politique étrangère est confirmée dans des inscriptions concernant des alliances et dans la nomination de consuls représentant la cité dans de nombreuses autres cités. Ainsi on trouva Aptera dans les trente villes qui s'allièrent au roi de Pergame Eumène II en -183Perseus. Elle honora Attale II en érigeant une statue de bronze à son effigie. La cité nomma des consuls pour la représenter à Knossos, Hierapytna, Malia, mais aussi dans le Péloponnèse, dans l'Égée, en Asie mineure et sur les côtes de l'Adriatique.
Les plus anciennes traces de cultes découvertes datent du et ont été retrouvées près du temple bipartite attribué au culte d'Artémis et d'Apollon Ce temple, découvert en 1942, daterait du La déité centrale d'Aptera était Artémis. En plus de ce temple, on retrouvait le portrait de la déesse sur deux types de monnaies d'argent aux . Aux , une inscription nous informe que des courses se tinrent en son honneur pendant le mois de Diktynnaois, c'est-à-dire le mois de Dyktinna, une forme archaïque du nom d'Artémis en Crète. On trouve également la mention d'un sanctuaire d'Artémis dans une autre inscription à l'occasion du renouvellement d'une alliance avec la cité de Teo, en Asie mineure, en -170. Enfin, dans une autre inscription votive, il est fait référence à Artémis sous le nom Eileithyia, ou déesse de la naissanceR. F. Willetts, « Cretan Eileithyia ». D'autres dieux et déesses furent honorés à Aptera. Les chercheurs allemands ont mis au jour un temple dédié à Dionysos et des pièces avec les portraits d'Hermès, de Zeus, Hestia ou d'Héra ont pu être retrouvées.
Aptera romaine vignette|alt=statue féminine en marbre : elle est en toge, avec une coiffure élaborée|Noble romaine anonyme