La persécution du Falun Gong se réfère à la campagne lancée depuis par le Parti communiste chinois contre les pratiquants de Falun Gong, visant à éliminer cette pratique dans la République populaire de Chine. Selon Amnesty International, elle comprend une campagne de propagande à très grande échelle Thomas Lum, CRS Report for Congress: China and Falun Gong, Congressional Research Service 25 mai 2006. un programme de conversion idéologique et rééducation forcées, ainsi que toute une variété de mesures coercitives extrajudiciaires telles que des arrestations arbitraires, le travail forcé, la torture, entraînant parfois la mort des victimes (23 March 2000) The crackdown on Falun Gong and other so-called heretical organizations, Amnesty International., le prélèvement forcé d'organes Revised Report into Allegations of Organ Harvesting of Falun Gong Practitioners in China by David Matas, Esq. and Hon. David Kilgour, Esq..

De 1992 à 1999, alors que l'État soutenait le Falun Gong, ce dernier enregistrait une progression fulgurante en Chine. Le , le Parti communiste a lancé une campagne pour « éradiquer » le Falun Gong Mickey Spiegel, "Dangerous Meditation: China's Campaign Against Falungong", Human Rights Watch, 2002. Retrieved 28 September 2007. À cet effet, Jiang Zemin, secrétaire général du Parti Communiste de l'époque, créa une organisation chargée d'organiser et de coordonner la persécution au niveau national, le bureau 610. Celui-ci échappe à toute réglementation et fonctionne en dehors du contrôle gouvernementalCongressional-Executive commission on China, Annual Report 2008..

Les observateurs étrangers estiment que, depuis 1999, des centaines de milliers, voire des millions de pratiquants de Falun Gong ont été détenus dans les camps de « rééducation par le travail », les prisons et autres centres de détention pour avoir refusé de renoncer à leur pratique spirituelle Congressional Executive Commission on China, Annual Report 2008. U.S. Department of State, 2009 Country Report on Human Rights: China (includes Hong Kong and Macao).. D’anciens prisonniers, dont beaucoup n’étaient pas des pratiquants de Falun Gong, ont rapporté que les pratiquants de Falun Gong recevaient systématiquement « les peines les plus longues et les plus mauvais traitements » dans les camps de travaux forcés Human Rights Watch, "We Could Disappear at Any Time, " 12 July 2005. ; selon divers rapports, un grand nombre d'entre eux ont été torturés à mort Andrew Jacobs. 'China Still Presses Crusade Against Falun Gong', New York Times, 27 April 2009..

Depuis 2006 il y a aussi eu à plusieurs reprises des témoignages et rapports selon lesquelles les organes vitaux de pratiquants de Falun Gong non-consentants auraient été utilisés pour alimenter l'industrie du tourisme de transplantation d'organes en Chine Ethan Gutmann, "China’s Gruesome Organ Harvest", The Weekly Standard, 24 November 2008.. Le Comité des Nations unies sur la torture a appelé la Chine à effectuer une enquête indépendante concernant ces allégations. En , le Parlement européen a voté une résolution condamnant les prélèvements forcés et systématiques d'organes effectués par l'État chinois, une pratique qui touche les prisonniers de conscience, et en grande partie les pratiquants de Falun Gong Parlement Européen Résolution du Parlement européen du 12 décembre 2013 sur le prélèvement d'organes en Chine Texte adopté: RC-B7-0562/2013.

Origine de la persécution

En RPC, bien que la liberté d'association soit garantie par la constitution, toutes les associations doivent en pratique être déclarées et parrainées par une association gouvernementale. Le Falun Gong s'est d'abord développé conjointement avec la Société de Recherche sur le Qigong Chinois, organisme gouvernemental regroupant les différents Qi Gong. Par la suite, en raison de plusieurs facteurs, le Falun Gong sortit de l'égide gouvernementale.

Enregistrement officiel

Li Hongzhi présente le Falun Gong au public en . Cette époque marquait la fin du « boom du qi gong », une période qui a vu la prolifération de milliers de différentes sortes d’exercices lents et méditatifs destinés à améliorer la santé et apporter le bien-être. Durant les premières années de sa diffusion, le Falun Gong, qui se différencie des autres écoles de qigong en faisant renaître des éléments spirituels contenus dans les enseignements bouddhistes et taoïstes, reçoit plusieurs distinctions et récompenses émanant d’organisations gouvernementales. De 1992 à 1994, Li Hongzhi voyage dans la plupart des grandes villes chinoises pour délivrer son enseignement à la suite d'invitations d’organisations de Qigong. Les conférences de Li Hongzhi sont organisées par la Société chinoise de recherche sur le Qigong, organe gouvernemental qui profite le plus des frais d’inscription à ces conférences. Li Hongzhi commença par la suite à donner des conférences gratuitement. En 1993, le Falun Gong est admis dans la Société de recherche scientifique sur le qigong de Chine gérée par l'État (SRQC). Il devient tout de suite une « star » au sein du mouvement de qigong et bénéficie d’un soutien officiel considérableDavid Ownby, The Falun Gong in the New World, European Journal of East Asian Studies, Septembre 2003, Vol. 2 Issue 2, . Toutefois, vers 1996, les relations entre le Falun Gong et la SRQC se durcissent. Selon David Palmer, Li Hongzhi rejette la politique du SRQC qui veut formaliser la structure du mouvement, puis refuse par la suite l'obligation émise par le Ministère des Sports de créer une section du Parti Communiste dans le Falun GongPalmer (2007), ..

Après avoir refusé d’augmenter les tarifs de ses conférences, à la suite de plaintes d’autres maîtres de Qigong, Li Hongzhi quitte la Société chinoise de recherche sur le Qigong. D'après lui, celle-ci n'essaye simplement que de se faire de l’argent sur le dos des maîtres de Qigong sans faire la moindre rechercheNoah Porter (Masters thesis for the University of South Florida), Falun Gong in the United States: An Ethnographic Study, 2003, . Des sources provenant du Falun Gong affirment, qu’à l’époque, des individus de la Société chinoise de recherche sur le Qigong ont alors commencé à colporter des rumeurs au sujet de Li Hongzhi auprès du gouvernement, le pressant de faire ce qu’il fallait pour limiter son succès grandissant.

Oppositions et critiques initiales

David Ownby (agrégé d’histoire à l’université de Montréal) soutient que l’opposition au Falun Gong au sein du parti n’a commencé qu’en 1994 et a augmenté les années suivantes. Il note qu’il n’y a pas de preuve concluante concernant les motifs initiaux d’opposition au sein du partiDavid Ownby, Falun Gong and Canada's Foreign Policy, International Journal, Vol. 51, Spring 2001, . Quoi qu’il en soit, Ian Johnson, (journaliste au Wall Street Journal, correspondant du journal en Chine pendant plusieurs années) note que la croissance phénoménale du Falun Gong fait partie d’une tendance plus large en Chine venant du refus du gouvernement de tenir compte des changements de la société et son refus de revoir certaines politiques rigides en matière de religion qui ont créé l’opposition entre le Falun Gong et le gouvernementIan Johnson, A Blind Eye:China's Rigid Policies On Religion Helped Falun Dafa for Years, Page A1, The Wall Street Journal, 13 décembre 2000.

Six mois plus tard, les agences de police lancent une enquête nationale concernant le Falun Gong sous les ordres de fonctionnaires du Parti communiste - dont Luo Gan - avec pour objectif de trouver des fautes au Falun Gong. Une autre enquête officielle démarre sous le même prétexte en 1998, et la surveillance policière des pratiquants de Falun Gong augmente. Malgré l'évaluation précédente du Falun Gong indiquant que la pratique n'a « que des aspects bénéfiques et ne fait aucun mal ni au Politburo, ni à la société »Danny Schechter, Falun Gong's Challenge to China: Spiritual practice or Evil Cult?, Akashic Books: New York, 2001, , une circulaire est distribuée dans tous les bureaux de police du pays, désignant le Falun Gong comme une « secte ».

Intensification des critiques

Le , He Zuoxiu, un physicien de l'Académie chinoise des sciences, remonté contre toute forme d’idée ou touchant au surnaturelWho's afraid of Falun Gong International Religious Freedom Report, Vol. 3, issue 1, International Coalition for Religious Freedom, April 2001, dénonce le Falun Gong lors d’un interview pour la télévision pékinoise. L’émission montrait un site de pratique et désignait le Falun Gong comme une . La station de télévision reçoit des lettres de protestations de pratiquants, et 2000 d’entre eux ont manifesté silencieusement en s’asseyant devant ses bureaux.

En 1999, selon le journaliste du New York Times Seth Faison, il y a entre 70 et de pratiquants du Falun Gong en Chine Seth Faison, [The New York Times In Beijing: A Roar of Silent Protestors], 27 avril 1999 : “...the Government’s estimate of adherents represents a large group in a nation of 1.2 billion”.

Le , He Zuoxiu publie un éditorial dans Science et technologie pour la jeunesse, revue éditée par l'Université de Tianjin. Celui-ci se titre « Je ne suis pas d’accord pour que les jeunes pratiquent le Qigong » affirmant qu’un étudiant de l’institut avait connu “deux rechutes d’aliénation mentale” après avoir pratiqué le Falun Gong. Les pratiquants qualifient l’article d’être « inexact, insultant et calomniant injustement la pratique ». Noah Porter suggère que les critiques de He sont peut-être une tentative intentionnelle de provoquer les pratiquants, qui qualifient ses exemples cités en tant que preuves d'"erronés" et de "très choquant"David Palmer, La Fièvre du Qigong, .

Quoi qu’il en soit, la publication refuse d’appliquer un droit de réponse concernant l’article de He. Des pratiquants se rendent à l’université de Tianjin et dans ses agences gouvernementales affiliées pour faire appel du 18 au . La police anti-émeute se rend sur les lieux, des pratiquants sont battus et 45 sont arrêtés, d’après au moins un rapport. Selon Danny Schechter, les pratiquants sont « choqués » par ce « traitement injuste » et se plaignent auprès des autorités locales. Celles-ci les préviennent que les pratiquants emprisonnés ne seront relâchés qu’avec l’accord du gouvernement central.

D’autres académiciens et membres de la communauté scientifique, y compris le directeur de l’académie des sciences, dénoncent alors le Falun Gong.. He Zuoxiu, le beau-frère de Luo Gan, un des exécutants en chef de la persécution, est désigné comme étant « devenu un héros national » pour s’être opposé au Falun GongSpiritual Practice or Evil Cult?: Comprehending Falun Gong in the Context of China's Religious Policy, Zhonghu Yan, Center for the Study of Religion, University of Toronto, December 13, 2001. D’après le New York Times, He Zuoxiu a joué un rôle important dans le bannissement du Falun GongCraig S. Smith, Sect Clings to the Web in the Face of Beijing's Ban, New York Times, Jul 5, 2001. pg. A.1. Il déclare au Times que les pratiquants « devraient être chassés et enfermés jusqu’à ce qu’ils aient renoncé à leur croyance » et publie un livre intitulé Comment le Falun Gong m’a harcelé et a harcelé ma famille, dans lequel il décrit le Falun Gong comme étant un « culte hérétique » – un mot qui apparait dans les pamphlets du gouvernement. Il a également fondé « l’association chinoise anti-culte » qui a participé à la campagne de diffamation contre le Falun Gong, en le désignant comme un culte mauvais.

Manifestation à Zhongnanhai et ses conséquences upright=1.3|vignette|Les pratiquants de Falun Gong manifestent devant le quartier gouvernemental de Zhongnanhai en avril 1999 pour demander la reconnaissance officielle.

Comme les pratiquants de Falun Gong n'avaient pas accès aux médias de masse, ils n'ont eu d'autres recours que de faire des manifestations pacifiques pour informer le public et faire appel auprès des responsables.