Un ladoix est un vin français rouge ou blanc d'appellation d'origine contrôlée produit sur une partie des communes de Ladoix-Serrigny et de Magny-lès-Villers, dans le département de la Côte-d'Or.
Il s'agit d'une des appellations communales du vignoble de la côte de Beaune, située à l'extrémité nord de ce dernier, limitrophe de celui de la côte de Nuits au nord (AOC côte-de-nuits-villages) et de celui produisant l'aloxe-corton au sud. Le ladoix est majoritairement produit en rouge (63 % en 2023) à partir de pinot noir N, le blanc représentant approximativement le tiers restant réalisé avec du chardonnay B.
Histoire Si la viticulture est attestée sur le territoire actuel de la Bourgogne depuis la période romaine, les vins de Ladoix n'apparaissent sous ce nom que tardivement, le négoce beaunois préférant le vendre sous d'autres noms plus vendeurs jusqu'à la création des appellations au début du . En fait, le lieu était connu jusqu'au plus pour ses carrières de pierre veinée que pour son vin.
Plusieurs hameaux « Ladoix » est le nom d'un des hameaux au pied de Corton, d'abord centré sur la source de la Lauve (une exsurgence, appelée aussi une source vauclusienne), puis qui s'est étalée en village-rue le long de la D 974 (l'ancienne N 74). L'étymologie de « Ladoix » vient du vieux français « la douix », ce qui veut dire « la source »..
Depuis le Moyen Âge, c'est Serrigny (anciennement écrit Sarigney, Sarigni, Sarigniacum, Sericiacum et Seriliacensis Villa), . qui domine, située plus en plaine au sud-est de Ladoix le long de la Lauve, centrée sur l'église paroissiale élevée au (modifiée au , le clocher est du ). et le château du . On trouve dans les documents la trace au d'un prieuré à Serrigny, dépendant à partir de 1351 de l'abbaye de Saint-Seine.
Buisson est mentionné en 1305, comme dépendance de la paroisse de Villers-la-Faye, puis le hameau est rattaché à Serrigny au , .. Les autres hameaux (Neuvelle de l'autre côté de la voie ferrée de Dijon à Lyon ; Corcelles-sous-Serrigny au-delà de l'autoroute A31) sont regroupés en 1988 pour former la commune de Ladoix-Serrigny.
Des débuts modestes En 1728, l'abbé Claude Arnoux n'évoque pas Ladoix dans sa Dissertation sur la situation de la Bourgogne et sur les vins quelle produit, ., dans laquelle il mentionne les « Volnet », « Pomard », Beaune, « Alôʃʃe », Pernand, Chaʃʃagne, Savigny et Auxey comme « vin de primeur » (des rouges à boire dans l'année), au contraire des « Nuis », « clôs de Vougeot » et Chambertin qui sont déjà des vins de garde. Pourtant la carte de Cassini montre une côte couverte de vignes, formant un vignoble continu d'Aloxe au sud-ouest à Corgoloin au nord-est, et au-delà, avec au milieu deux hameaux près de la route nommés « La Doys de Serrigny » et « Buisson »Carte de Cassini, feuille , d'Autun, levée en 1759, ..
En 1816, André Jullien lui non plus ne mentionne pas les vins de Ladoix dans sa Topographie de tous les vignobles connus, mettant les vins voisins de Corton dans sa deuxième classe, tandis que ceux d'« Alox » (Charlemagne et « Bressantes », ce dernier étant l'actuel climat de Corton-Bressandes) se retrouvent en troisième classe..
En 1831, le docteur Denis Morelot, dans son ouvrage Statistique de la vigne dans le département de la Côte-d'Or, indique que la commune de Serrigny est plantée avec de gamays et de noiriens, produisant en moyenne par an (soit un rendement de 21,6 hl/ha) ; à titre de comparaison, la voisine Aloxe est monocépage avec de noiriens (pour de vin, soit 13 hl/ha), tandis que Corgoloin a de gamays et de noiriens (pour , soit 23,6 hl/ha), .. En 1855, l'ouvrage Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la côte-d'Or mentionne lui-aussi Serrigny comme une commune viticole d'un rang moindre que sa voisine Aloxe : ..
vignette|upright=1.5|Plan des climats de la commune de Serrigny (avec ses hameaux de Ladoix et de Buisson) selon le classement de 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert ; les vignes à l'est de la route (produisant à l'époque les « grands ordinaires ») ne sont pas classées, carte au 1/ de 26 × 278 cm : .. La classement a évolué depuis. En 1861, le classement du Plan statistique des vignobles produisant les grands vins de Bourgogne met de Serrigny en « vignes en vins fins » (alors qu'Aloxe en a et Corgoloin 0), dont dix hectares en première classe sur Les Vergennes, Le Roguet et Corton (climats actuellement classés en grand cru corton), dix autres hectares en deuxième classe sur La Maréchaude, La Toppe au Vert, La Coutière, Les Grandes-Lolières, Les Petites-Lolières (maintenant en premier cru, sauf l'avant-dernier faisant partie du corton), enfin cinq hectares en troisième classe Le Clou-d'Orge, La Corvée et Basses Mourottes (en premier cru, sauf le dernier à moitié en corton)..
Naissance de l'appellation Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (à Meursault), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer). Le pinot noir est privilégié par rapport au gamay. En 1892, René Danguy dans son livre sur Les grands vins de Bourgogne montre que les vins de la commune commencent à monter en gamme (mentionnant notamment quelques vins blancs) : En fait, les vins de la commune sont alors vendus sous les noms génériques et réputés de « vin de Beaune », « d'Aloxe-Corton » ou « de Corton ». Les négociants de cette époque mélangeant les vins de différentes provenances, le nom d'un vin ne correspond pas forcément à son origine strict, mais plutôt à un niveau de qualité qui n'est garantie que par la réputation du négociant..
La création des appellations d'origine par la loi du oblige les producteurs et le commerce à donner aux vins des noms conformes à leur origine, dans le souci de lutter contre les fraudesLoi du 6 mai 1919 relative à la protection des appellations d'origine, publiée au Journal officiel du page 4726., ce qui entraine la limitation par décision de justice du . de l'appellation bourgogne (qu'on pouvait compléter d'un nom de commune) aux seuls vins réalisés avec du pinot noir ou du chardonnay, rejetant le gamay, l'aligoté et les hybrides considérés comme de moindre qualité. Ces mesures ne font pas que des contents en Bourgogne, notamment les négociants, ainsi que les vignerons des communes déshéritées, qui ne peuvent plus écouler leurs vins sous des noms vendeurs. En 1921, est fondé le Syndicat de défense des intérêts viticoles de Serrigny (présidé alors par le maire), qui cherche à faire reconnaître l'appellation « Ladoix-Corton » ; en 1923, la demande d'accoler le nom du cru corton à celui du village (ce qui avait été accordé à Aloxe) est refusé. Aloxe-Corton (représenté par le syndicat du Corton, présidé par Louis Latour) engage alors une bataille juridique avec ses deux voisines : le , le tribunal de Dijon donne le droit à Serrigny d'appeler corton le vin produit sur ; le , la cour d'appel réduit ce droit au climat « Le Rognet et Corton ». ; le , la cour de cassation remet en cause le jugement de 1931 ; le , le Comité national des appellations d'origine (CNAO) donne raison à Aloxe-Corton ; finalement en 1954, Serrigny obtient l'extension du corton et du corton-charlemagne sur quelques-uns de ses climats..
Après d'âpres négociations auprès du Comité national des appellations d'origine (CNAO), une série de décrets crée les appellations contrôlées, notamment celles du concernant corton, corton-charlemagne, charlemagne, ladoix, côte-de-beaune-villages (pour les mélanges entre différentes appellations communales), bourgogne, bourgogne grand ordinaire, bourgogne ordinaire, bourgogne passe-tout-grains et bourgogne aligotéDécret du 31 juillet 1937, publié au JORF du 11 août 1937 page 9072, consultable dans le .. L'appellation aloxe-corton dut attendre le décret du pour être créée, à cause de l'opposition des vignerons de Ladoix et de Pernand-Vergelesses. Le décret d'appellation autorise d'utiliser du (le pinot noir), pinot beurot et pinot lièbault, avec comme pour les autres appellations tolérance pour quinze ans d'y adjoindre des plants de Renevey (alias le pinot Renevey, ou pinot à queue verte), ainsi qu'autorisation d'y rajouter jusqu'à 15 % de pinot blanc, pinot gris et chardonnay. Les rendements étaient limités à par hectare (moyenne calculée sur cinq années). À ce décret fournissant un court cahier des charges à l'appellation se rajoute celui du , qui institue les premiers crus, décret du , article 9, , publié au JO de l'État français (le nom du JORF sous le régime de Vichy) du . La liste des premiers crus est publiée dans le Bulletin officiel du service des prix (l'ancien nom du Bulletin officiel de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, le BOCCRF) du ; une campagne de numérisation des anciens numéros est en cours (pour l'instant à partir de 1970 : ), ceux de 1941 à 1980 sont consultables sur microfiches à la BNF Tolbiac salle D ()..
L'appellation connait ensuite les mêmes évolutions que ses voisines : les viticulteurs (ceux qui cultivent la vigne) vinifient de plus en plus leurs vins (au lieu de vendre leurs raisins), se mettant à les vendre eux-mêmes (plutôt qu'en passant par un négociant nuiton ou beaunois) ; dans les années 1960 et 1970, l'enjambeur remplace le cheval, complété par le chenillard sur les pentes ; les techniques en viticulture et œnologie évoluent pendant les cinquante ans suivants : vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique Le décret de intègre les premiers crus à la définition de l'appellation et prévoit une révision des délimitations, publié au JORF du .. En 1984, la commune de Ladoix-Serrigny organise la fête de la Saint-Vincent tournante ; une seconde fête se déroule au village les samedi 25 et dimanche . Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , homologué par le ., puis en (extension sur Magny-lès-Villers ; trois parcelles perdent leur rang de premier cru Hautes-Mourottes), homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Vignoble Aire d'appellation L'aire d'appellation du ladoix se situe en Bourgogne, dans le département de la Côte-d'Or, sur une partie des communes de Ladoix-Serrigny et de Magny-lès-Villers (cette dernière depuis ), dans le vignoble de la côte de Beaune. Ce vignoble se situe sur la route des Grands Crus, entre ceux d'Aloxe-Corton au sud-ouest et de Corgoloin au nord-est, à de Beaune.
Le vignoble de la commune de Ladoix-Serrigny produit plusieurs appellations différentes. Sur le coteau à l'ouest de la D974 se situe l'aire de production de l'appellation communale ladoix (qu'il soit classé parmi les premiers crus ou non), mais aussi une petite partie des grands crus corton et corton-charlemagne, ainsi que quelques climats ayant droit à l'appellation aloxe-corton premier cru. Les vignes de piedmont à l'est de la D974 (autour de Serrigny) produisent les appellations régionales bourgogne côte-d'or, coteaux-bourguignons et bourgogne aligoté.